L'Incroyable Hulk : Preview

La Rédaction | 13 mars 2008
La Rédaction | 13 mars 2008

Oubliez tout ce que vous savez sur Hulk. Oubliez tout de la version d'Ang Lee. Fini les écrans splités en huit qui ne veulent rien dire, le cabotinage de Nick Nolte ou même ces affreux caniches mutants. Marvel entend bien rafraîchir le mythe en le plaçant sous la direction de Louis Leterrier, le réalisateur efficace de la série des Transporteur et du féroce Danny the Dog, emmené par un casting 4 étoiles : Edward Norton, Tim Roth, William Hurt et Liv Tyler. Un casting étonnant pour ce genre de films et qui semble être la marque de fabrique des productions indépendantes Marvel depuis Iron Man. Tout cela promet un mélange de spectacle et d'intelligence qui sera (enfin ?) à hauteur du mythe qu'il défend.

 

 

 

 

Le changement dans la continuité

 

Après l'échec de la version d'Ang Lee en 2003, le producteur de Marvel Avi Arad ne veut pourtant pas s'avouer vaincu. Alors que Spider-man 2 cartonne sur les écrans, il tient à développer cette franchise en bonne et due forme. L'idée est donc de tout recommencer à zéro : on efface tout, on oublie tout le travail d'Ang Lee et de ses acteurs. Comme la nouvelle trilogie lancée par Batman begins en 2005, faisons table rase du passé pour  réaliser quelque chose de plus en phase avec son époque. Face à une version plus réaliste et moins burtonienne du mythe de l'homme chauve souris, cette « fausse suite » de Hulk se veut plus centrée sur ses personnages et avec plus d'action spectaculaire. Exit les complexes oedipiens du réalisateur tawaïnais ou encore ses combats métaphysiques, L'Incroyable Hulk se veut plus proche de la BD.

 

Le scénario de ce Hulk reprend certaines bases initiées par Ang Lee pour mieux repartir. Le film devrait commencer précisément là où le précédent s'est arrêté : fuyant la ville et le monde qu'il a détruit, le Dr Bruce Banner s'est réfugié au fin fond de l'Amazonie où le monstre qui est en lui ne pourra faire de mal à personne. Dans le film de Louis Leterrier il en profite alors pour chercher un remède à sa condition.

 

« C'est un peu comme Aliens, le retour par rapport au premier Alien, c'est complètement différent tout s'inscrivant dans la même continuité » explique le réalisateur.

 

Cette suite fonctionnerait aussi avec les mêmes personnages du premier film, à savoir le triangle « Bruce Banner - Betty Ross et son père le général Ross ». Trop insipide pour refléter les tourments du Dr Banner, Eric Bana est remplacé par Edward Norton, plus habitué aux rôles de dérangés et qui vient apporter la note « intelligente » du film.

Le scénariste Zak Penn (pourtant auteur des calamiteux X-Men 3, Elektra et 4 Fantastiques) avoue même avoir pensé à son personnage schizo de Fight Club en réécrivant le rôle. La séduisante Jennifer Connelly qui incarnait Betty Ross, l'amour du héros, laisse sa place à la belle Liv Tyler, et le Général Ross, pourtant bien interprété par Sam Elliot, est joué par William Hurt, qui reprend son look trait pour trait. Ce personnage devrait plus exprimer sa rage et son obsession pour le monstre, répondant plus à son surnom de « Thunderbolt » (orage en anglais) et le réalisateur explique qu'il a tout de suite pensé à William Hurt pour le rôle.

 


 

 

En arrivant sur le tournage, Edward Norton aurait réécrit certains passages du script pour faire gagner son personnage en intensité émotionnelle, preuve que l'histoire devrait être moins manichéenne. Il compare d'ailleurs le Dr Bruce Banner au personnage mythologique de Prométhée qui a volé le feu aux dieux et qui a été condamné au supplice éternel : en voulant jouer avec les forces de la nature, le Dr Banner doit subir le monstre qui est en lui pour le reste de sa vie. Pour bien explorer les différentes facettes psychologiques du personnage, Louis Leterrier s'est inspiré de plusieurs sources du comic book, dont les scénarios de Peter David, l'auteur qui a le plus longtemps écrit sur la série (13 ans) et de Bruce Jones. Ces deux auteurs ont notamment apporté l'idée que Bruce Banner est un être torturé psychologiquement bien avant l'arrivée de Hulk : c'est en fait un enfant battu par ses parents (comme il est suggéré dans le premier film) qui doit sans cesse jongler avec son traumatisme d'enfance, ses frustrations mais aussi sa colère enfouie, représentés par des Hulks de différentes couleurs chez Peter David. Bruce Jones appuie encore plus le trait en dépeignant Bruce Banner comme un être persécuté par une mystérieuse organisation. Les scènes de la bande-annonce où il s'enferme dans des lieux isolés pour contrôler la bête, notamment à travers des séances de yoga, rappellent des épisodes écrits par Bruce Jones.

 

 

 

 

Une troisième influence majeure vient se rajouter à cette relecture du mythe avec l'album Hulk : Gris, écrit par Jeph Loeb (aussi producteur, entre autres de Lost) et dessiné par Tim Sale (les tableaux du peintre extra lucide dans Heroes, c'est lui). Hulk Gris voit Bruce Banner se confier à un psychologue et raconter ses premières aventures en tant que Hulk et comment il a du fuir le Général Ross, apprivoiser son côté bestial, et surtout a du renoncer à son amour de toujours, Betty Ross. Le personnage de Banner serait donc au centre du film, écartelé entre son amour pour Betty, que la bête oblige malheureusement à fuir.

 

Plus intense psychologiquement et plus dense en scènes d'action, le film n'oublierait pas cet enjeu dramatique d'une histoire d'amour perturbée. C'est ce qui a séduit Liv Tyler dans le personnage, au-delà de son entraînement physique. On espère juste qu'elle ne sera pas limitée au rôle de potiche qu'elle semble avoir dans la bande-annonce.

 

Plus fidèle a certaines grandes lignes du comic book, le film se voudrait aussi plus proche, dans le look, de la série télévisée des années 60 avec Bill Bixby en Dr Banner et le catcheur Lou Ferrigno en monstre vert. Louis Leterrier admet lui-même qu'il n'a jamais lu de comics étant petit et qu'il a surtout connu le personnage grâce à cette série. Malgré son aspect kitsch et vieillot, la série est justement considérée par les fans comme la vision la plus représentative du « Titan de Jade »...

 

 

 

 

Un nouveau chapitre plus proche de la série

 

Le film de Louis Letterrier se démarque de son prédécesseur en revenant aux bases de la série des années 60, à commencer par reprendre son titre « The Incredible Hulk », mais aussi son histoire : le pilote voit le Dr Banner exposé aux rayons gamma, rapidement confronté à son double colossal, et qui décide alors de prendre la fuite en se faisant passer pour mort. La série le voit alors errer de ville en ville tel un vagabond maudit, essayant de trouver un remède à sa maladie. Le film reprend d'ailleurs cette histoire jusqu'au thème musical du générique, un air de piano intitulé « Lonely Man » tout en douceur qui voit le Dr Banner au bord de la route tel un fugitif qui essaie de faire du stop, sac à l'épaule. Inhabituel dans une série fantastique de ce genre, ce thème a beaucoup contribué à l'identité mélancolique et émouvante de la série. Le film verrait aussi Edward Norton errer sur les routes, piégé entre son envie de guérir et son pouvoir immense qui lui permet pourtant de sauver des gens. Les premières photos du film font d'ailleurs directement référence à l'univers visuel de la série. La machine qu'utilise Edward Norton est un hommage à celle employée par Bill Bixby pour se transformer en Hulk. La bande-annonce ressemble d'ailleurs à un épisode version longue, et avec plus de moyens, de la série où Banner est comme un fugitif, avant d'accepter de se transformer pour la bonne cause. Le design de Hulk se rapproche d'ailleurs plus de celui de la série : loin du colosse gigantesque et vert fluo d'Ang Lee, le Hulk de Leterrier possède une taille plus humaine, avec des couleurs plus sombres pour faire plus réaliste.

 

 

 

 

Mais tout en se rapprochant de la série, le film veut redéfinir l'univers de Hulk en introduisant des personnages inhérents au comics. Le film d'Ang Lee ne tournait qu'avec deux personnages, le Général Ross et sa fille. L'Incroyable Hulk vient rajouter le Dr Léonard Samson, psychiatre et ami de Banner joué par Ty Burrell, qui l'aide à combattre ses démons intérieurs comme au début de la bande-annonce. Par la suite dans le comics, le Dr Samson est exposé aux mêmes radiations que Hulk et se retrouve doté d'un force surnaturelle... proportionnelle à la longueur de ses cheveux (ca ne s'invente pas !). Dans le comics le Dr Samson est un véritable ami de Banner qui aide souvent Hulk à regagner sa part humaine.

 

Aux cotés du général Ross, un deuxième nouveau méchant en la personne de Tim Roth fait son apparition : ancien agent du KGB dans la BD, il est ici une sorte de mercenaire à la solde de l'armée qui se transforme en une version diabolique d'Hulk, appelée l'Abomination, promesse du duel de titans qui s'annonce comme le morceau de bravoure du film. Louis Leterrier aurait convaincu les studios avec les storyboards de cette scène d'action. La présence de l'Abomination et de Doc Samson avaient déjà été prévus par James Schamus, le premier scénariste de la version d'Ang Lee, pour une éventuelle suite. Toujours par souci de réalisme, l'Abomination abandonne son apparence de reptile de la BD pour ressembler plus à une sorte de créature mutante. Si le personnage risque d'être 100% de synthèse, on fait confiance à Tim Roth pour lui injecter toute l'ambiguïté du personnage : souvenez vous de la cruauté qu'il arrivait déjà à faire passer sous le maquillage du Général Thade dans La Planète des singes de Tim Burton.

 

   

 

  

Le film inclurait aussi le personnage de Samuel Sterns, joué par Tim Blake Nelson qu'on aperçoit un bref instant dans la bande-annonce quand il commente la résistance physique de Banner. Dans la BD, ce savant est aussi exposé aux rayons gammas et devient le Leader, une créature supra intelligente aux pouvoirs télépathiques et télékinésiques très étendus,qui pourrait faire l'objet d'un troisième film.

 

« Il faut envisager le film sous plusieurs aspects, c'est un nouveau départ, mais aussi une sorte de premier chapitre pour l'évolution des personnages » explique Edward Norton dans son approche du scénario.

 

Marvel entend bien rénover le mythe maltraité par Ang Lee pour installer un tout nouvel univers. Si on ajoute à cela le caméo de Robert Downey Jr en tant qu'Iron Man, et la possibilité qu'Edward Norton et Downey Jr reprennent leurs rôles dans un futur film des Vengeurs (un groupe de super-héros rassemblant les plus grands héros Marvel), on peut alors voir qu'une solide mythologie Marvel qu'on attendait plus est en train de s'installer au cinéma.

 

 

 

 
Damien Virgitti

 

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