Sahara, autopsie d'un flop

Julien Dury | 17 avril 2007
Julien Dury | 17 avril 2007

Dans la longue et tragique série des échecs au box-office, il existe différents cas de figure. Il y a d'abord le film qui ne trouve pas son public et qui sombre vite dans les abîmes du classement... Et puis dans un autre genre, il faut bien parler de ces longs-métrages qui ne se débrouillent pas trop mal en salles mais dont le budget pachydermique handicape gravement un hypothétique retour sur investissement. Avec plus de 100 millions de dollars de déficit pour des recettes avoisinant les 200 millions, Sahara fait incontestablement partie de cette seconde catégorie. On comprend aisément que le traditionnel secret autour de la composition des budgets hollywoodiens ait été encore mieux gardé que d'habitude. Le Los Angeles Times ne s'est pourtant pas arrêté là et a pu obtenir le détail exact de la comptabilité du film. Résultat : un mélange vaguement absurde entre argent jeté par les fenêtres et économies de bouts de chandelle. 

 

 

 
Passons encore sur les 2 millions de dollars consacrés à la mise en place d'une scène de crash d'avion finalement coupée au montage. Ce sont des choses qui arrivent. En revanche, il aurait peut-être été possible d'éviter d'engager et de virer successivement dix scénaristes pour leur offrir un total de 3,8 millions d'indemnités... Un peu moins lourds en termes de billets verts brassés mais encore plus consternants sont les petits arrangements menés avec les autorités marocaines locales sur les lieux du tournage. Ainsi, 40 000 $ ont été offerts pour faire annuler un projet d'aménagement d'une rivière qui avait le malheur de gêner l'équipe du film. Avec autant de dépenses d'une utilité éclatante, il fallait bien se serrer la ceinture ailleurs. C'est du côté des chameaux qu'il a fallu le faire. Dans l'une des scènes les plus spectaculaires du film, un personnage se retrouve au milieu d'un troupeau de quadrupèdes lancés à toute vitesse. Pas forcément une mauvaise idée, sauf que la race malienne de camélidés utilisée sur le tournage est connue pour ne pas être habituée à courir sur de longues distances. La centaine de bestioles payée 80 000 $ a donc été poussée à bout sans qu'ait été engagée une équipe compétente pour s'occuper d'eux. Conséquence logique, la classique phrase selon laquelle aucun animal n'a été maltraité lors de ce tournage ne figure pas au générique...

 

 


 

On peut donc se poser la question de savoir qui a le plus profité de ce joyeux naufrage financier. Pour cela, tournons nous vers un autre type de bêtes : les acteurs. Non contents d'être respectivement payés 8 et 1,6 millions de dollars pour 10 semaines de tournages, Matthew McConaughey et Penélope Cruz ont chacun dépassé les 800 000 $ de faux-frais. Du côté de l'actrice, ce ne sont pas les six gardes du corps marocains engagés sur place qui ont le plus coûté (80 000 $, pourquoi s'en priver ?) à côté des 135 000 $ consacrés à son coiffeur personnel. Quant à Matthew, les 3 500 $ payés pour une salle de gymnastique à l'hôtel sont bien négligeables comparés aux 45 000 $ offerts à son cuisinier personnel. Pour information, cette dernière somme correspond exactement au salaire gagné par Rainn Wilson durant la même durée de présence sur le plateau. Le malheureux n'avait pas encore la chance d'être assez connu, Six feet under  et la version américaine de The Office n'étant pas passés par là... Finalement, les producteurs du film peuvent être heureux. Grâce à leur remarquable gestion, on se souviendra encore longtemps d'un long-métrage plutôt anecdotique.

 

Cliquez sur la photo pour accéder à notre galerie Penélope Cruz. 

 

 

Source : Los Angeles Times

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