Trop de violence à la télé US ?

Zorg | 23 février 2007
Zorg | 23 février 2007

C'est bien connu, de la même manière que le jeu vidéo rend épileptique et que le jeu de rôle (surtout combiné au heavy metal) est la voie royale qui mène au satanisme, la violence à la télévision est la mère de tous les vices, de tous les crimes. Plus sérieusement, même si ses répercussions ont toujours été très difficiles à quantifier, elle inquiète particulièrement certaines instances aux États-Unis.

Sur la base d'un rapport au Congrès américain à sortir, la Federal Communications Commission (ou FCC, autorité américaine de régulation des télécommunications, équivalant à notre ART nationale) envisage donc de réguler la violence à la télévision de la même manière qu'elle régule déjà les contenus jugés « indécents », si tant est que les législateurs lui en donnent le pouvoir. Cette question, bien que récurrente depuis longtemps, ressurgit alors que le débat autour de la torture à la télévision fait actuellement rage, particulièrement autour de 24 (voir news).


En 2004, un groupe bipartisan de 39 députés américains a commandé la rédaction d'un rapport parlementaire sur la violence télévisée, pour savoir d'une part si la FCC pouvait définir ce qu'était « un programme télévisé excessivement violent et dommageable pour les enfants », et d'autre part si la FCC pourrait réguler un tel programme « de manière constitutionnelle ». Actuellement, les diffuseurs ne peuvent proposer de contenu « indécent » (voir, entre autres, les célèbres 7 mots que l'on ne peut dire à la radio ou à la télé de George Carlin) entre 6h et 22h sous peine de se voir imposer de fortes amendes (325 000 dollars par infraction relevée et par station - un grand network comme ABC ou CBS compte plus d'une centaine de stations affiliées). Toute nouvelle législation se heurterait de plus au Premier Amendement de la Constitution américaine (qui garantit, entre autres, la liberté de culte et d'expression) et à l'épineuse question de la définition de la violence.

Le rapport en question n'a pas encore été officiellement remis au Congrès, mais selon des sources proches du dossier, le président de la FCC Kevin Martin cherche à s'assurer les votes de différents sénateurs au sein de la commission pour en approuver les conclusions. Parmi celles-ci, le rapport établirait une corrélation directe entre la violence télévisée et « les comportements violents à court terme » chez les enfants.


Si pour l'instant la commission n'envisage de réguler que les diffusions hertziennes, le rapport songe tout de même à soumettre le câble aux mêmes règles. Il est alors probable que les législateurs imposeraient un système à la carte, qui permettrait aux consommateurs de choisir uniquement les chaînes qui les intéressent et d'éliminer celles jugées trop violentes. Traditionnellement plus libres que leurs grandes sœurs hertziennes, les chaînes câblées voient d'un très mauvais œil pareille mesure, jugée comme une entrave à la richesse et à la diversité des programmes et néfaste pour les prix des abonnements.

En attendant la publication officielle du rapport, les grands networks restent timorés. Même s'ils n'ont pas encore fait connaître leur position, ils devraient en toute logique s'opposer vigoureusement à toute nouvelle législation sur la violence à la télévision, qui serait considérée par eux comme une véritable intrusion gouvernementale dans les processus créatifs. Ils soulèvent aussi les difficultés d'application que pourraient entraîner une nouvelle réglementation sur la violence vis-à-vis des informations, des retransmissions sportives, des émissions de téléréalité ou des documentaires. Les networks de blâmer de surcroît la compétition en provenance du câble pour justifier l'escalade de la violence, et de rappeler en parallèle que les parents demeurent la première ligne de défense et sont responsables de ce que leurs chères têtes blondes voient dans la lucarne.


Les chaînes américaines tendent néanmoins le bâton pour se faire battre. Outre la violence ordinaire inhérente aux innombrables shows policiers, les associations pour le respect des droits de l'homme dénoncent la multiplication des scènes de torture dans les séries, désormais régulièrement à l'instigation des héros comme dans 24 et non plus exclusivement des méchants de service comme par le passé. Le puissant PTC (Parents Television Council, célèbre lobby de « parents » extrêmement conservateur) prétend ainsi en avoir compté plus de 200 en 2003, plus de 100 en 2004 et 2005, alors qu'en 1996 et 1997, les compteurs étaient restés à zéro ; et ce pour des shows aussi divers qu'Alias, The Wire, Law & Order, The Shield, voire même Star Trek : Voyager.

Même s'il n'est pas question de passer sous silence l'hypocrisie qui consiste à laisser Jack Bauer énucléer un suspect à 21h sans pour autant l'autoriser à dire « merde » ou « putain » (on ne parle alors même pas de dévoiler ce sein que personne ne saurait voir), il faut cependant reconnaître que toute nouvelle législation qui limiterait, restons délibérément vagues, le nombre « d'actions violentes » à une heure de grande écoute aurait des conséquences dramatiques sur les grilles de programmation et l'industrie télévisée en général.

Sources : Yahoo News 1, 2

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