Guillaume Canet, cavalier seul

Erwan Desbois | 23 mars 2007
Erwan Desbois | 23 mars 2007

Dans Ensemble, c'est tout, Guillaume Canet interprète un « jeune » qui fait traîner son adolescence, ne tire aucun plan sur le futur, drague sans avoir l'air d'y toucher et conserve une lueur de tristesse au fond des yeux. Soit typiquement le genre de rôle cliché, sans âge ni aspérité, dans lequel l'acteur vient s'enfermer de temps en temps. De La fidélité à L'enfer et de Jeux d'enfants à Joyeux Noël, des drames plus ou moins ambitieux ou consensuels ont ainsi joué de cette image passe-partout et qui n'accroche nulle part. Et si c'était parce que les cinéastes ne savent pas quoi faire de lui ?

Car Canet acteur est assez insaisissable. Après des débuts remarqués dans Barracuda devant le pistolet de son protecteur Jean Rochefort, il a d'abord semblé s'orienter vers une carrière de comédien « à famille », avec deux films chez Rémy Waterhouse et deux autres chez Pierre Jolivet. C'est d'ailleurs le En plein cœur de ce dernier qui a servi de cassette de casting pour Danny Boyle, qui choisit Canet et sa partenaire du film Virginie Ledoyen pour venir jouer les utilités auprès de DiCaprio sur La plage – rappelant au passage au jeune premier français qu'on peut toujours trouver plus « hot » que soi.

Après cela, la trace de Guillaume Canet se fait encore plus floue. Il s'implique dans des projets à la marge, dont l'on ne sait trop qui du sujet ou du choix du réalisateur est le plus risqué (Les morsures de l'aube, Vidocq), puis tâte du contre-emploi en jouant un loser dans Narco et pour la première fois un personnage purement comique dans Un ticket pour l'espace, où il tient la dragée haute au duo de fous furieux de Kad et Olivier. Pour 2007, son choix s'est porté sur le genre actuellement en vogue en France, le polar, avec trois tournages appartenant à ce domaine : Les liens du sang avec François Cluzet, La clé de Guillaume Nicloux et Cortex de Nicolas Boukhrief.

En bref, Canet semble donner corps à cette figure de dilettante privilégié, inconstant et un peu imposteur, sans continuité dans les succès aux box-offices ou dans les critiques à mettre à son actif – sur ce second plan, ce serait même plutôt le contraire. Rajoutons une love story 100% glamour (aujourd'hui achevée) avec Diane Kruger, et la coupe en devient tellement pleine qu'elle devrait déborder s'il n'y avait une faille de taille : le talent et le désir de cinéaste du bonhomme. Des courts-métrages désenchantés des débuts (Je taim) au doublé César du meilleur réalisateur (dont il est devenu le plus jeune lauréat) – trois millions d'entrées au box-office de Ne le dis à personne, en passant par un premier long inclassable (Mon idole, comédie satirico-trash en huis clos), Guillaume Canet est aussi surprenant et libre derrière la caméra qu'il peut paraître emprunté et fade devant.

Les défauts et maladresses dont sont entachés ses films laissent à penser que Canet suit une courbe d'apprentissage, plutôt que de le présenter comme atteint de vices irrécupérables. Surtout, ils pèsent finalement assez peu face à l'identité et l'ambition qui s'en dégagent, au plaisir pris à piocher des influences des deux côtés de l'Atlantique, et face aux à-côtés qu'on ne voit pas forcément : c'est par exemple en tant que réalisateur que Canet s'est finalement constitué une famille (mêmes producteur, coscénariste, directeur de la photo depuis ses débuts). Mieux encore, l'obstination avec laquelle il casse son image dans l'un et l'autre des longs-métrages en se donnant des rôles peu reluisants laisse espérer le meilleur pour les œuvres à venir.

Arriviste crédule et simplet dans Mon idole, il se montre en meurtrier irréfléchi et gâté dans Ne le dis à personne, qui plus est avec des résonances autobiographiques marquées : comme son personnage, Guillaume Canet est fils de propriétaire d'un centre équestre, a participé à des concours de jumping et y a croisé Marina Hands (Lady Chatterley), qui joue sa partenaire d'équitation dans le film. Guillaume Canet n'a a priori jamais tué qui que ce soit, mais il a certainement quelques comptes à régler avec le regard des autres. Tant que cela le pousse à se distinguer de la masse, qu'il ne se prive pas pour poursuivre dans cette voie ; de notre côté, nous continuerons à fermer les yeux sur ses rôles les plus oubliables.

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