Portrait Paris Hilton

Julien Dury | 10 mars 2007
Julien Dury | 10 mars 2007

Paris Hilton existe, mais vit-elle réellement ? Depuis vingt-cinq ans, toutes les actions menées par la jeune fille n'ont été que tentatives désespérées de dépasser le stade de l'icône pour enfin accéder à l'incarnation.

Dès la naissance en 1981, il y a ce nom. On a beaucoup glosé sur l'héritage Hilton (430 millions d'euros pour la demoiselle sans compter les rentes) en ressortant le cliché rance de la petite fille riche mais l'essentiel n'est pas là. Le véritable drame, c'est d'avoir un prénom de ville et un nom d'hôtel. Quand on s'appelle comme cela, on est vouée à n'être qu'une chose inanimée. Précieuse, certes, comme en témoigne l'école huppée de l'Upper West Side new-yorkais que fréquente Paris lors de son adolescence avant d'en sortir sans diplôme.

Notre héroïne prend alors les choses en main et se précipite sur la scène publique. Commence la fameuse période jet-set avec des apparitions dans FHM qui feront la joie de milliers d'internats masculins à travers le monde. Paris compense son absence de charme en construisant un personnage de blonde ingénue enfin reconnaissable. Seul problème, son image est encore indissociable de sa jeune sœur Nicky. On parle alors des héritières Hilton comme un monstre moderne à deux têtes. Être une demi-personne, c'est bien mais seule la moitié du chemin est parcourue.

Comme souvent, les écrans vont faire la différence. Tandis que la cadette se dirige vers une carrière de styliste dans une relative ombre, Paris se lance dans le cinéma en jouant son propre rôle dans Zoolander. Premier film rêvé, puisque le long-métrage se révélera la prophétie la plus géniale sur la décennie à suivre : une époque où la superficialité et l'absurde se rejoignent en un comique vertigineux. Sur ce point, seules les images du 11 septembre 2001 peuvent rivaliser avec la scène finale de duel fashion arbitré par un David Bowie impérial.

 


Paris aime les bêtes

Un bon début donc, mais le véritable coup de génie vient bien entendu en 2003 avec la première saison de la série The Simple Life. Aux côtés de son amie Nicole Richie, Paris offre un mélange d'humiliation (les innocentes citadines forcées de se mêler à la bouse et au fumier) et de cruauté terrifiante. À ce titre, on n'oubliera jamais le jeune campagnard persuadé d'avoir trouvé la femme de sa vie pour être rapidement sorti avec l'héritière Hilton (cet article lui est dédié). Grand programme sadomasochiste, l'émission permet à celle-ci d'atteindre son apogée. Aux yeux de tous, elle est enfin un individu. La force de Paris dans l'affaire, c'est sa petite poitrine. Avec l'escalope panée et la voix de Van Morrison, les petits seins sont ce qu'il y a de plus émouvant au monde et suscitent immédiatement l'attachement du public à l'aspirante actrice.

 

À tout héros, il faut un signe de reconnaissance. Pour Paris, ce sera le chihuahua Tinkerbell. Là-dessus, on peut se demander si c'est bien le même petit chien qui se fait traîner depuis des années par sa maîtresse. Dans l'épisode Stupid spoiled whore, les créateurs de South Park font l'hypothèse non négligeable d'un suicide régulier des animaux de compagnie hiltonnesques. On sait en tout cas que Tinkerbell a donné de sérieux signes dépressifs en agressant un producteur de télévision en 2005.

 



C'est à la même période que la chute survient. Toujours entichée de cinéma, Paris fait une apparition dans le slasher House of wax. Hélas elle commet une erreur fatale en jouant un personnage. Franchement, tout le monde s'en fout. Ce qui intéresse le public, c'est de voir l'héritière interpréter sa propre vie, que ce soit dans The Simple Life ou au sein des pages people des magazines. À la même période se met à circuler le célèbre 1 night in Paris indélicatement tourné par son petit ami Rick Salomon lors d'une nuit d'ébats. Déception unanime des spectateurs : on n'a pas plus envie de voir Paris se faire tuer dans La Maison de cire que baiser dans 1 night in Paris.

 

Dès lors, c'est l'escalade. Une marque de bijoux est créée, un disque est enregistré mais il est déjà trop tard. Si le nom de Paris Hilton apparait partout, son image s'est dissoute ou pire suscite l'indifférence générale. Comme au bon vieux temps, on fait scandale en conduisant sans permis (retiré pour ivresse au volant) avec peine de prison potentielle, mais ça ne fait plus rire personne. Le temps est passé, et dans la déchéance de la jeune femme sont entraînés les plus proches. Ancien petit ami et comédien prometteur, Edward Furlong sombre dans l'oubli. Infatigable coéquipière, Nicole Richie semble littéralement fondre devant les objectifs en s'approchant dangereusement de l'anorexie.

Il y en a sûrement qui envient encore la vie de la fille Hilton. Ils n'ont qu'à feuilleter un album de photos de familles, appeler n'importe qui dans leur répertoire ou aller draguer dans la rue ; en bref des activités humaines. Soudain la chance d'être en vie leur apparaîtra, tandis que Paris n'est déjà plus aux yeux de tous et peut-être d'elle-même qu'un objet mort. Qu'ils se rappellent tout de même qu'eux aussi deviendront des cadavres. Dans cent ans, nous serons tous des Paris Hilton.

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