Eddie Murphy - Portrait

Thomas Messias | 1 mars 2007
Thomas Messias | 1 mars 2007


La carrière d'Eddie Murphy démarre de manière on ne peut plus naturelle, comme s'il était facile de devenir un acteur populaire : après des premiers pas sur les planches à 15 ans dans son New York natal, il est engagé à 19 ans pour participer au show télévisé Saturday Night Live, aux côtés de Steve Martin, Bill Murray ou encore Dan Aykroyd. Trois ans plus tard, il effectue ses grands débuts au cinéma. Dans 48 heures, il fait tourner Nick Nolte en bourrique et devient célèbres dans un film qui rapportera pas loin de 80 millions de dollars aux Etats-Unis. Pour une première, on fait pire. Et la suite n'est pas mal non plus : intronisé roi de l'humour black et idole des foules, il cartonne dans le savoureux Un fauteuil pour deux, où il retrouve Dan Aykroyd.

Mais c'est en 1984 qu'Eddie Murphy assoit définitivement son règne sur le monde en devenant Axel Foley, flic tenace et toujours drôle. Le Flic de Beverly Hills est le plus gros succès de sa carrière d'acteur, atomisant tout sur son passage. C'est le début d'une décennie de folie, où tout semble lui sourire. Golden child, Le Flic de Beverly Hills II et l'excellent Un prince à New York ("sexyyyy chocolat!") rapportent à eux trois un total de 360 millions de billets verts rien que sur le territoire américain. Un prince à New York marque d'ailleurs le début d'une nouvelle ère dans sa carrière d'acteur : tellement bankable que ses désirs sont des ordres, Eddie exploite son amour du travestissement du maquillage pour interpréter à lui seul quatre des rôles principaux du film. Le pire, c'est que l'ensemble est si réussi qu'on finirait par trouver que certaines scènes manquent de Murphy.

Moins éblouissants mais presque aussi gagnants au box-office, les films suivants sont écrits pour lui, et peu importe qui lui donne la réplique : Richard Pryor dans Les Nuits de Harlem ou Nick Nolte dans 48 heures de plus ont beau être des bêtes de somme, c'est lui et lui seul qu'on vient voir. À tel point que dans les films suivants, il évolue en solitaire, complètement en roue libre, plus agité que jamais. Ce nombrilisme forcené est sans doute à l'origine de la lassitude du public, qui attend visiblement des films plus construits, avec un scénario comportant autre chose que "Eddie fait une grimace" ou "Eddie débite des conneries à tort et à travers". Et c'est alors que la qualité et le succès des films se mettent à décroître de façon fulgurante. L'insipide Boomerang, le gentiment rigolo Monsieur le député et l'opportuniste Flic de Beverly Hills III passeraient presque inaperçus. Mais le four des fours est à venir : sous l'égide de Wes Craven, Murphy joue le rôle-titre d'Un vampire à Brooklyn, film aussi effrayant que les plus grands films du maître Wes (mais pas pour les mêmes raisons).

En passe de devenir le roi des has-beens alors qu'il n'a que 35 ans, Murphy décide de prendre les choses en main au lieu de se laisser vivre en acceptant paresseusement n'importe quel scénario. Et commande Le professeur Foldingue, comédie grasse aux doux relents de flatulence, lui permettant de jouer pas moins de sept rôles. Avec une délectation particulière à jouer les obèses. Dans le film, il finit par emballer Jada Pinkett Smith; dans la vraie vie, il reconquiert le public, qui se rue dans les salles pour assister aux facéties de la famille Klump. Après une tentative plus sérieuse (Metro, film policier lambda malicieusement rebaptisé Le Flic de San Francisco par chez nous), bien décidé à surfer sur son récent retour en grâce, il se met comprendre le langage des animaux dans Docteur Dolittle, qui casse la baraque. De quoi donner des regrets à Patrick Bouchitey, qui aurait pu devenir riche s'il avait transposé sa "Vie privée des animaux" sur grand écran. Toujours aussi énergique mais tout de même moins agaçant, Eddie Murphy est redevenu en deux films le chouchou du public. C'est du moins ce qu'il croit, la suite des évènements lui montrant que les spectateurs ne se contenteront plus jamais de son simple nom sur une affiche. D'où le bide du tout mou Mister G (où il interprète un gourou new age!). Suivent une collaboration avec Martin Lawrence dans le Life du premier (et avant-dernier) film de feu Ted Demme, des retrouvailles avec Steve Martin dans le très sympathique Bowfinger, roi d'Hollywood (où il est choisi par Frank Oz pour sa facilité à jouer plusieurs rôles), et le retour de la lourde famille Klump dans La famille Foldingue, nouveau carton intersidéral.

On n'a pas encore parlé de l'atout principal d'Eddie Murphy : si Jim Carrey s'est fait connaître grâce à son élasticité corporelle (et sa capacité à parler avec ses fesses), c'est sans doute grâce à ses cordes vocales extensibles que mister Eddie s'est distingué. Ce qui n'a pas échappé aux plus grands producteurs de films d'animation : après avoir été le dragon dans Mulan, il est choisi pour devenir l'âne dans Shrek. Un personnage essentiel dont la voix est la clé (ce n'est pas Med Hondo, l'excellent doubleur français d'Eddie et de l'âne, qui vous dira le contraire). Après avoir joué des grosses dames et des vieillards lubriques, c'est l'occasion pour lui d'élargir sa palette. Alors que Shrek le troisième n'est pas encore sorti, le quatrième est déjà signé. Aucune raison de refuser : savoureux, délirants, techniquement parfaits, les Shrek sont un excellent moyen pour Eddie Murphy de rebondir régulièrement.

Sans doute parce que ses cinq enfants sont en âge d'aller au cinéma, il se consacre alors à la comédie très très familiale : dans École paternelle ou Espion et demi, films mineurs et sans aspérités, il s'adresse à un public jeune et peu exigeant. Mais c'est pour mieux préparer Pluto Nash, blockbuster de science-fiction destiné à séduire tous les publics. Sauf que non : bénéficiant d'un budget plus que confortable, le film est le plus gros bide de la carrière du comédien, avec un score à peine croyable : environ 4 millions de dollars. Un revers historique qui condamne Eddie Murphy à faire une croix sur des projets "personnels", le poussant à se cantonner à des comédies faciles et grossières. C'est le cas de Norbit, à venir chez nous dans quelques semaines, où il exploite à nouveau le filon lucratif de la comédie grasse à rôles multiples (trois seulement, c'est décevant).

Heureusement, il y a des réalisateurs comme Bill Condon qui se moquent des étiquettes. Dans Dreamgirls, il est James "Thunder" Early, chanteur inspiré de Marvin Gaye, Jackie Wilson et Smokey Robinson. L'occasion pour lui de prouver qu'il peut encore devenir autre chose qu'un gugusse de bas étage : il y a tellement de Martin Lawrence pour remplir ce rôle.

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