Gong Li

Patrick Antona | 1 mars 2006
Patrick Antona | 1 mars 2006

Gong Li naît à Shenyang, en Chine continentale, le 31 décembre 1965, au sein d'une famille aisée. Désirant devenir chanteuse, elle échoue à l'examen d'entrée de l'académie de Musique, mais est admise à l'académie de Théâtre de Pékin en 1985. Elle en sort diplômée en 1989, mais a entre-temps déjà entamé sa carrière d'actrice de cinéma qui allait en faire la plus grande star chinoise connue à travers le monde. Le réalisateur Zhang Yimou la remarque au cours du casting du Sorgho rouge et lui donne illico le premier rôle. Zhang Yimou fait alors partie de cette génération de jeunes cinéastes qui, tout comme Chen Kaige ou Tian Zhuang Zhuang, tentent de secouer le cinéma chinois de ce début des années 1980 en portant à l'écran des sujets qui montrent l'envers du décor du prétendu « paradis » communiste. Malgré quelques problèmes locaux dus à la censure, Le Sorgho rouge, somptueux drame antimilitariste, bénéficie d'une distribution internationale et remporte l'Ours d'or au Festival de Berlin en 1988. Gong Li et son réalisateur, et désormais concubin, gagnent une reconnaissance internationale immédiate, le couple sera inséparable artistiquement pendant plus de 8 ans et enchaîne film sur film.

En 1989, Zhang Yimou coréalise The Puma Action, où Gong Li campe une hôtesse de l'air courageuse dans une histoire de piratage aérien, puis le couple se retrouve en vedette (Zhang Yimou étant aussi acteur) dans une production Tsui Hark, le sublime A Terracotta warrior, réalisé en Chine par Chin Siu Tung. Conçu dans la foulée du succès des Histoires de fantômes chinois, l'histoire de ce guerrier immortel de la dynastie Qin, qui se retrouve emporté dans la Chine des années 1930 à la poursuite de la réincarnation de son amour perdu, permet à la belle Gong Li de se faire connaître et apprécier à Hong Kong. Ainsi, jusqu'à la rétrocession en 1997, elle va alterner les tournages entre le continent et l'ancienne colonie britannique. Avec son concubin aux commandes, et qui en fait la passionaria d'une nouvelle forme de contestation chinoise, elle tourne le drame paysan Ju Dou, mais c'est surtout avec Épouses et concubines en 1991, où Gong Li est une magnifique concubine en compétition avec les autres femmes d'un sérail chinois du XIXe siècle, que le couple assure son autorité sur le cinéma de la Chine communiste. Autre drame, autre succès, Qiu Ju, une femme chinoise (1992), où Gong Li interprète avec conviction une paysanne butée qui demande justice, finit d'asseoir la réputation de l'actrice (remportant le Prix d'interprétation féminine au Festival de Venise) qui peut alors tout se permettre.

Parallèlement à ses films « sérieux », Gong Li s'encanaille à Hong Kong en tournant des comédies aux côtés de la star (à l'époque locale) Sing-Chi Chow qui sera connu plus tard sous le nom de Stephen Chow. Les parodiques God of gamblers III : Back to Shanghai et Flirting scholar sont des cartons au box-office asiatique, et Gong Li partage aussi l'affiche du wu xia pian fantastique, Dragon chronicles : The Maidens of heavenly mountain, avec d'autres déesses asiatiques, Brigitte Lin et Cheung Man. Mais en 1993, avec le succès public et critique de Adieu ma concubine, réalisé par Chen Kaige, qui décroche la première Palme d'or à Cannes jamais remportée par un film chinois, ainsi que d'autres récompenses à travers le monde, l'actrice acquiert un statut de quasi-déesse ! Symbole d'un cinéma engagé qui ose afficher sa différence dans un pays qui demeure la plus grande dictature du monde, tout en restant discrète malgré sa beauté et son côté sophistiqué, Gong Li continue de travailler en parfaite synergie avec Zhang Yimou, malgré une séparation qui va les obliger à prendre des chemins divergents. Après Vivre en 1994, histoire d'un couple pris dans les tumultes de l'histoire de la Chine de la première moitié du XXe siècle, Shanghai triad, film de gangsters à connotation sociale réalisé en 1995 marque un certain essoufflement, le souvenir que l'on conserve du film résidant dans les différentes toilettes que Gong Li porte avec sa grâce coutumière.

La star chinoise passe alors sous la barre de Chen Kaige, avec qui elle a déjà tourné, mais leur collaboration sera uniquement artistique (elle s'est mariée en 1996 avec un industriel chinois). Temptress moon, tourné l'année de son mariage, est un magnifique drame romantique, scandaleusement resté inédit en France, dont le côté sulfureux lui vaudra quelques tracas avec la censure chinoise. En revanche, le drame épique L'Empereur et l'Assassin tourné en 1998, tiré d'un des faits historiques les plus connus du début de l'ère impériale chinoise, est nettement plus marqué par un certain académisme et ne séduit personne. Entre temps, Gong Li a côtoyé Jeremy Irons et Maggie Cheung dans le crépusculaire Chinese box de Wayne Wang, coproduction internationale ayant pour sujet le retour de Hong Kong dans le giron de la Chine. Il s'ensuivra une pause de trois années pour l'actrice (le temps de bien apprendre la langue anglaise ?) avant un premier retour, d'abord local en 2002 avec Zhou Yu's train, du réalisateur chinois Zhou Sun, où elle a pour partenaire Tony Leung Ka-Fai dans une histoire de sexe et de mensonges qui n'a pas connu de grande diffusion internationale (mais que font nos distributeurs bon sang !).

Son come-back international se fera en 2004 avec 2046, le pétard mouillé de Wong Kar Waï, où ce dernier, un peu gêné aux entournures, tente de la faire passer pour un ersatz du personnage de Maggie Cheung de In the mood for love. Plus réussi est le segment « La Main » que Gong Li tourne avec Wong Kar Waï pour l'anthologie Eros, avec comme coréalisateurs Michelangelo Antonioni et Steven Soderbergh (que celui qui a compris le sens de son sketch contacte la rédaction d'Ecran Large, NDLR), histoire sensuelle et toute en retenue narrant la liaison très spéciale qui unit un couturier à une prostituée de luxe (forcément Gong Li). Les portes de Hollywood s'ouvrent alors à la déesse du cinéma chinois en 2005 par le biais de la production Dreamworks Mémoires d'une geisha, où elle endosse, en compagnie de ses compatriotes Michelle Yeoh et Zhang Ziyi (qu'elle a déjà croisée sur le plateau de 2046) les kimonos des concubines japonaises, puis enchaîne à la suite deux films qui sont particulièrement attendus pour 2006 : le polar de Michael Mann, Miami Vice, adaptation de la série TV éponyme aux côtés de Colin Farrell et Jamie Foxx, et Young Hannibal : Behind the mask, prequel des exploits du cannibale psychopathe le plus célèbre du cinéma, interprété par notre Gaspard Ulliel national. Reste que de nombreux cinéphiles rêvent encore à une hypothétique adaptation , réussie si possible, de la bande dessinée d'Edgar P. Jacobs, La Marque jaune, projet maintes fois repoussé du cinéaste James Huth (Serial lover, Brice de Nice) où Gong Li a été annoncée comme vedette féminine.

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