Bruce Campbell - Portrait

Zorg | 13 février 2006
Zorg | 13 février 2006

Bruce Campbell est un acteur à part. Depuis ce jour fatal où il fut immortalisé en train de découper du zombi/spectre/revenant (rayer les mentions inutiles) à la tronçonneuse, il a franchi un seuil dans le paysage hollywoodien. Un moment qui l'isola de la masse et fit de lui une icône du cinéma fantastique en une fraction de seconde.


L'homme derrière le mythe (ou comment faire un peu d'histoire à peu de frais)

Né le 22 juin 1958 de parents aimants (du moins on l'imagine), le petit Bruce s'intéresse dès son plus jeune âge à la comédie et au théâtre, mais c'est au cours de son adolescence qu'il fit la rencontre qui allait changer le cours de son existence. Nous sommes en 1975, et il fait la connaissance d'un autre ado de son lycée, un certain Sam Raimi.

Bruce apprend alors les ficelles du métier en travaillant sans relâche dans une compagnie de théâtre locale. De fil en aiguille, il se fait engager dans une boîte produisant des pubs, et prend des cours d'art dramatique en poursuivant ses études dans le Michigan, tout en continuant ses expérimentations avec son copain Sam Raimi. Ensemble les deux compères vont bidouiller quantité de films en Super-8 au cours de leurs jeunes années, jusqu'en 1978 où ils montent Within the woods.

Ce court-métrage d'une trentaine de minutes, écrit et réalisé par Raimi, produit par Bruce Campbell et Robert G. Tapert (devenu depuis un mogul du film d'horreur et autres productions à caractère fantastique, producteur entre autres de Maniac Cop 1 & 2 ou du récent remake de The Grudge), est conçu comme une ébauche, une démo pour un projet de long-métrage que les deux acolytes ambitionnent de faire depuis toujours. Ils réussissent finalement par décrocher 350 000 dollars d'un généreux producteur. Nous sommes en 1979, Evil dead est sur les rails, et le reste appartient
désormais à l'histoire.

« KLAATU BARADA NIhmgrmmbllmh »

C'est donc depuis cet instant fatidique que Bruce Campbell est sans aucun doute un des acteurs les plus populaires et les plus charismatiques d'Hollywood. Ou pour être plus précis, le plus populaire au sein des hordes d'amateurs de films fantastiques et d'horreur. Statufié de son vivant grâce à la trilogie des Evil dead, il porte sur lui la « cool attitude » qui fait rêver des générations de geeks et autres nerds (on peut en effet difficilement faire plus cool qu'un type qui massacre du zombi avec une tronçonneuse à la place de la main droite et un shotgun dans la gauche).

Bruce Campbell est pratiquement un paradoxe à lui tout seul. Acteur extrêmement populaire auprès de certaines couches de la population, il n'a somme toute que rarement été sur le devant de la scène. Son actualité est chargée, mais elle ne fait bien évidemment pas la une des journaux et des magazines. Son nom est connu de tous les amateurs de films de genre, mais il n'a que rarement occupé le haut de l'affiche en dehors des Evil dead. Acteur polyvalent, marqué au fer rouge par son personnage le plus célèbre, Ash, il virevolte d'apparitions en cachetons dans une série Z, tout en produisant et en réalisant des films.

On pourrait ainsi citer une bonne pelletée d'obscurs B-Movies des années 1980-1990 qui sentent la soupe, sans oublier une poignée de téléfilms moisis et de direct-to-video frelatés. Qui connaît Terminal Invasion ? Qui a vu Timequest ? Ou même entendu parler d'Icebreaker, d'Alien apocalypse ou de Running Time ? Autant de titres aussi évocateurs que nébuleux qui ne manqueront pas de déclencher un réflexe pavlovien chez l'amateur de ciné fantastique ringard et pas cher.

Appelons cela capitaliser sur une inébranlable notoriété gagnée à la faveur du tour de force Evil dead, mais Bruce Campbell semble se complaire dans la constitution minutieuse d'une des plus belles collections de caméos de ces vingt dernières années. On ne compte plus les apparitions non créditées, chez les frères Coen par exemple (Ladykillers, Intolérable Cruauté), ou les rôles en clin d'œil dans les films de son pote Sam Raimi (Darkman, Spider-Man 1 & 2). Mais on pourrait aussi citer quantité de guests dans des séries télés, allant d'X-Files à Xéna la guerrière en passant par Lois & Clark, Hercule, ou même [i]Charmed, sans oublier la célèbre série American Gothic de Sam Raimi (pour changer).

Un héros très discret (mais très occupé)

C'est alors que le fan dilettante (traduction : qui ne scrute pas trimestriellement sa fiche IMDb pour savoir ce qu'il y a de nouveau dans la vie de Bruce Campbell) s'exclame : « Mais qu'est qu'il peut bien faire de ses journées ce brave homme ? » Réponse : plein de choses. Ecrivain, réalisateur, et aussi acteur à ses heures.

Bientôt demi-centenaire, Bruce Campbell a ressenti l'irrépressible besoin de rédiger ses mémoires, comme toute personne célèbre normalement constituée finit par le faire, arrivé à l'heure du bilan comptable de son existence. Il a ainsi publié en 2001 son autobiographie, ironiquement intitulée If chins could kill : Confessions of a B-Movie Actor (que l'on pourrait traduire par : Si mon menton pouvait parler : Confessions d'un acteur de séries B), où il distille conseils et anecdotes sur l'industrie du cinéma. Mais le diable ne s'est pas arrêté là, car il a publié en 2005 une suite romancée de son autobiographie (si si, ça existe), qui s'intitule Make love the Bruce Cambell way (Faites l'amour comme Bruce Campbell). L'acteur, décidément lourdement armé en autodérision, se met lui-même en scène et s'autoparodie en tentant de se faire passer pour un acteur de la « ‘A' list », en décrochant un rôle de premier plan dans un film avec Richard Gere et Renée Zellweger.

Cependant, que ses groupies se rassurent, l'acteur ne délaisse par pour autant sa passion première pour le cinéma car il multiplie les projets, tant devant que derrière la caméra. Entre deux caméos pour Sam Raimi, une apparition dans The Woods, le nouveau Lucky McKee, une autre dans Sky high (L'École fantastique, avec Kurt Russell), et une tête d'affiche dans une bonne vieillie série B des familles, Alien apocalypse, il s'est ainsi attelé à la réalisation de deux longs-métrages de fiction ces deux dernières années (sans pour autant oublier deux documentaires, dont un court, Fanalysis, sur le merveilleux monde des conventions peuplées de fans toujours plus avides et exigeants envers leurs idoles).

Le premier, Man with a screaming brain (L'homme au cerveau hurleur), raconte l'histoire d'un homme à qui l'on a greffé une moitié de cerveau (sic) appartenant à un chauffeur de taxi russe (re-sic), et qui va chercher à se venger de ses bourreaux avec l'aide de son nouveau voisin d'infortune. Appliquant l'adage selon lequel on n'est jamais mieux servi que par soi-même, il s'est bien évidemment octroyé le rôle titre, de même qu'il a co-écrit l'histoire (avec l'aide de Sam Raimi notamment). Le tout se déroule en Bulgarie, où le film a été tourné pour de sombres raisons budgétaires qui n'échapperont à personne. Il a bénéficié d'une sortie limitée en salles en avril 2005 aux Etats-Unis, pour être édité en DVD le 4 octobre suivant chez Anchor Bay (il est donc trouvable dans toutes les bonnes crémeries).

Le second, dont le tournage vient de débuter, s'intitule They call me Bruce (Ils m'appellent Bruce). Il raconte comment l'acteur Bruce Campbell (encore lui, décidément !) est confondu avec Ash, son personnage d'Evil dead, par les habitants d'une petite ville d'Oregon, et est recruté de facto pour combattre de vrais et méchants monstres (un programme hautement alléchant il est vrai).

Bruce Campbell, bientôt sur vos écrans... ou pas !

Ainsi, malgré tout son talent, toute sa popularité, une activité bouillonnante telle la marmite poisseuse d'une sorcière au nez crochu un soir de pleine lune, une « fanbase » extrêmement étendue et dévouée, et à laquelle il rend régulièrement hommage devant tant de fidélité, Bruce Campbell reste un comédien à part. Un vrai acteur de série B. Le Roi des acteurs de série B même, un des fils bénis de l'Oncle Sam, qui jouit de son succès avec lucidité et ironie.

Et si l'on considère que Bubba Ho-Tep, son dernier grand rôle, petit chef-d'œuvre fantastique de Don Coscarelli, réalisé pour moins d'un million de dollars et sorti en 2002 aux Etats-Unis, a mis près de quatre ans pour traverser l'Atlantique et atterrir dans nos salles obscures le 15 février (mieux vaut tard que jamais après tout), on peut raisonnablement estimer que les deux réalisations originales estampillées Bruce Campbell n'arriveront pas chez nous avant au moins… 2012, si vous êtes plutôt verre à moitié plein ; 2027, si vous êtes verre à moitié vide. Nous n'aurons plus alors qu'à nous consoler en attendant sa future apparition dans Spider-Man 3, et la suite de Bubba Ho Tep, Bubba Nosferatu, où il reprendra son personnage d'Elvis, cette fois-ci aux prises avec une horde de vampires femelles avides de fluides corporels, toujours sous la direction de Don Coscarelli.

Tout savoir sur Bubba Ho-tep

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