Nicolas Cage

Sylvie Rama | 4 janvier 2006
Sylvie Rama | 4 janvier 2006

L'enfant de la balle

Gros plan sur la tête de Nicolas Cage en présentateur météo prenant une expression rieuse et forcée version ultra-brite : « Je le trouve moche » lance un spectateur devant sa télé, « Pas moi, il est mignon » réplique sa femme. Cette savoureuse scène extraite d'un des derniers films de Nicolas Cage, The Weather man, illustre un brin l'opinion générale à l'égard d'un acteur dont la carrière oscille entre les rôles ballants et ceux qui emballent. Mais faisons fi de ce constat qui tourne en rond, et zoomons d'encore plus près sur l'acteur qui a ce « je ne sais quoi » d'irrésistible et d'agaçant à la fois, et plus d'un tour dans une carrière loin d'être à deux balles.

Il se joue des difficultés

À l'âge de 6 ans, le petit Nicholas veut déjà jouer. Il imite les acteurs qu'il voit sur le petit écran et se fait sa propre télé-réalité en s'imaginant filmé par des caméras sur le chemin qu'il le mène à son école californienne. Ses parents, une chorégraphe de renom et un professeur de littérature comparée, l'encouragent vivement à vivre sa passion. Il quitte l'école, prend quelques cours d'art dramatique au conservatoire et participe à un atelier estival du Conservatoire de théâtre de San Fransisco. Le débutant fait ses premières armes au théâtre à 17 ans, tandis que son mythique oncle, le réalisateur Francis Ford Coppola, s'impose avec des films comme Le Parrain, Conversation secrète, Apocalypse Now, et que sa tante, l'actrice Talia Shire, fixe la TV en regardant son mari de Stallone s'époumoner à crier « Adrian, Adrian ! » dans la série des Rocky.

Loin d'être impressionné ou d'opter pour la facilité en usant de son patronyme, Nicholas Kim Coppola décide de ne pas saisir la balle au bond et change de nom : il efface le « h » qui fait tâche « Nicolas fait tout de même plus moderne, moins vieillot », et en hommage au héros bedesque Luke Cage, se renomme scéniquement Nicolas Cage.

En 1981, il part tenter sa chance à Los Angeles où il décroche un petit rôle dans le téléfilm Best of time, suivi d'une apparition l'année suivante dans Fast Times At Ridgemont High où il donne la réplique à un autre débutant, Sean Penn. Pour vivre, Nicolas vend du pop-corn dans les cinémas, « un moyen comme un autre de faire fortune ». En 1983, son oncle lui donne l'occasion de se lancer en lui attribuant le rôle de Smokey dans Rusty James. Son nom est crédité aux côtés de ceux de Mickey Rourke, Matt Dillon, Diane Lane, Laurence Fishburne et sa jeune cousine Sofia Coppola.

Cette petite expérience lui permet d'auditionner pour le rôle de Randy, rocker punk romantique de Valley girl qui lance véritablement sa carrière, puis de retrouver Sean Penn dans Les moissons du Printemps. Il collabore à nouveau avec Coppola pour Cotton Club en 1984, tournage sur lequel il se fait surtout remarquer pour son pétage de plombs, et Peggy Sue s'est mariée en 1986 qui lui permet de pousser la chansonnette (un de ses passe-temps favoris). Entre temps, sa surprenante performance de vétéran du Vietnam dans Birdy, d'Alan Parker, lui vaut une renommée internationale.

À ses débuts, Nicolas Cage donne de lui une image de bad boy violent et agressif qu'il explique comme la conséquence de « beaucoup de pression subie à un très jeune âge ». Sa conception du métier, « comme De Niro, j'essayais d'être les personnages que j'interprétais », crée un amalgame entre ses désirs d'acteur et son besoin d'identification. « Dans Cotton Club je jouais un ignoble psychopathe. si j'avais dû interpréter un bon gars, rien de tout ça ne serait arrivé » . Pour éviter de faire un transfert, tout en se faisant la main, l'acteur varie ses rôles en apparaissant dans des comédies déjantées ou romantiques en 1987, du loufoque Arizona Junior de Joel Coen à l'attendrissant Éclair de lune de Norman Jewison. Ce dernier ne veut d'ailleurs pas de lui mais Cher, sa future partenaire à l'écran insiste, convaincue du potentiel du sympathique mauvais garçon : « selon elle, j'étais un accident qui dure deux heures ! ».

Il joue sur tous les registres

À 42 ans, l'unique Nicolas Cage aligne une cinquantaine de films dans des genres très différents. L'acteur que l'on croyait versatile et instable (capable de jouer tout et n'importe quoi) s'avère en réalité fin stratège et anti-conformiste : « je suis ouvert à n'importe quel type de cinéma, sauf le porno ». En 1990, après quelques rôles passés inaperçus, dans la comédie d'épouvante Embrasse-moi Vampire, un film de guerre italien Le raccourci, ou Fire Birds avec Tommy Lee Jones, il rencontre David Lynch qui l'embauche pour un court métrage TV, le drame musical The Dream of the broken hearted. La même année, le réalisateur lui fait à nouveau confiance pour Sailor et Lula, allant jusqu'à réécrire le scénario afin d'y intégrer la fameuse veste en peau de serpent et la référence à Elvis suggérées par l'acteur (qui entonne magistralement le légendaire Love me tender).

Nicolas Cage s'investit pleinement dans ses rôles tout en faisant confiance à son instinct et son objectif de diversité « j'essaie de me mettre dans des situations de jeu inconfortables, c'est ce qui me permet d'évoluer ». Conscient du risque qu'il prend en campant des rôles trop rock'n'roll, Nicolas Cage n'hésite pas à accepter des comédies plus accessibles au grand public, « j'étais allé tellement loin dans mes films précédents que j'ai eu peur de m'exclure du métier » : Lune de miel à Las Vegas en 1992, Un ange gardien pour Tess, Milliardaire malgré lui en 1994 formeront son lot de comédies romantiques (insipides). Descente à Paradise, la même année, lui permet de retrouver l'ambiance délurée de son expérience avec Coen. Il n'oublie cependant pas d'illuminer sa toile par la noirceur du thriller : il s'affuble d'une moustache en jouant un peintre briseur de ménage dans le méconnu Zandalee en 1991, joue le héros tendance loser dans le désertique Red Rock West face à un Dennis Hopper complètement barjot, et tient le rôle du méchant asthmatique bodybuildé du classique Kiss of death de Barbet Schroeder.

La consécration arrive en 1995 pour son interprétation bouleversante d'homme grave et jamais sobre dans Leaving Las Vegas de Mike Figgis, qui lui vaudra un Oscar et un Golden Globe. Pour ce projet, Nicolas Cage accepte un salaire inférieur à 15 fois sa côte du moment et compose les paroles de la chanson Ridiculous, qu'il interprète sur la bande son. Fidèle à ses principes d'équilibre, il passe à l'action en tournant l'incontournable Rock de Michael Bay, production Jerry Bruckheimer, dans lequel son duo formé avec Sean Connery fonctionne à merveille.

Durant un temps, les films d'action à pleine allure vont bon train : il signe sa seconde collaboration avec Jerry Bruckheimer dans Les Ailes de l'enfer réalisé par Simon West, où il joue le rebelle à tignasse enragée un peu ridicule dans son marcel face à un John Malkovitch obligé d'en faire des tonnes. En 1997, Volte Face de John Woo lui sauve la face et le public américain l'encense. Et comme toujours, Nicolas Cage change de ciel. Après ces derniers rôles d'enfer, il opte pour le mélodrame angélique en incarnant une créature céleste épris de Meg Ryan dans La Cité des Anges de Brad Silberling (remake des Ailes du désir de Wim Wenders). « Cet équilibre entre des projets commerciaux et des films d'auteurs plus exigeants est devenu le moteur de ma carrière ».

Il joue dans la cour des grands

Star hollywoodienne incontestée, méga-vedette au Japon (où il a tourné dans des pubs hilarantes pour une chaîne d'hôtels) Nicolas Cage est aussi réputé pour aimer les voitures de sport européennes et raffoler du karaoké « j'adore surtout My way que j'interprète à la manière des Sex Pistols, et je préfère crier que chanter, ça me permet de décompresser ». L'acteur n'affiche pas de projets exagérément démesurés, il s'essaie à tous les genres sans exiger de prétentions mirifiques « sur 55 films que j'ai faits, seuls 5 ont dépassé les 100 millions de dollars ».

Un profil gentiment discret qui lui permet de tirer les grosses ficelles. Et de tourner avec des réalisateurs de poids. On retiendra À tombeau ouvert dans lequel il est dirigé par Martin Scorsese en 1999 ; Snake eyes de Brian de Palma, le controversé 8 MM de Joel Schumacher, thriller aux abords glauques qui, en dépit de la sublime prestation de Nicolas Cage, cède au voyeurisme qu'il est censé dénoncer ; Windtalkers pour lequel il retrouve John Woo en 2002 ; l'inventif et difficile Adaptation de Spike Jonze ou encore Les Associés de Ridley Scott en 2003.
Bien entendu, il ne déplace pas brutalement ses pions, reste un bon client des drames et comédies poignantes (Family man, Capitaine Corelli), il n'omet pas de repasser par la case action de Jerry Bruckheimer (60 secondes chrono… au scénario zéro) et de tirer la carte du nouvel aventurier dans Benjamin Gates et le trésor des templiers (encore une action Jerry Bruckheimer).

L'aventurier n'as pas de fouet mais plusieurs cordes à son arc : il créé sa propre société de production Saturn Films et réalise son premier film Sonny, en 2002. Bien qu'ayant ouvert le Festival de Deauville, le film sort dans l'indifférence générale. Mais Nicolas a déjà plusieurs projets en cage : la production d'une future série télévisée, The Dresden Files ; Time Share pour lequel il partagera l'affiche et la production avec Will Smith ; World Trade Center et son histoire (vraie), celle de deux policiers piégés dans les décombres du World trade Center le jour des attentats du 11 septembre ; Ghost Rider, adaptation à l'écran du super héros biker et revenchard à tête de mort, filmé par un habitué du genre, Mark Steven Johnson (Daredevil) ; Amarillo Slim adaptation de la vie d'un célèbre joueur de poker, Milos Forman à la réalisation. Son planning survolté prévoit également Electric God, drame dans lequel il interprètera un homme violent, le thriller Next, l'histoire d'un homme capable de prédire l'avenir, et pour la première fois, un thriller horrifique, The Wicker man.

Benjamin Gates va quant à lui réapparaître dans un second volet, et les bruits circulent fortement sur le fait que Nicolas Cage serait pressenti, devant Colin Farell et Brad Pitt, pour incarner derrière la caméra de Justin Lin la version US d'Oh Dae-su, le Old Boy de Park Chan Wook. En attendant la concrétisation des nouvelles, tout juste après The Weather man que les (rares) salles ont malheureusement vite remballé, on peut toujours retrouver le sémillant acteur qui a toujours une balle de rechange, dans l'excellent Lord of war.

Tout savoir sur Lord of War

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