Cannes 2005 – Troisième et quatrième jour

Laurent Pécha | 15 mai 2005
Laurent Pécha | 15 mai 2005

Ande Cannes, terre de tous les contrastes

En ce troisième jour de festival, le temps maussade laisse la part belle à une embellie qualitative des films projetés en compétition officielle. Soupirs de soulagement. Si jusque-là, aucun des auteurs conviés à cette grand-messe cinématographique n'a véritablement conquis nos cœurs d'artichaut de boulimiques de pelloches, il faut croire que le coup de massue que Gilles Jacob nous a asséné dès notre arrivée, aura suffit à attendrir notre jugement critique. Non pas que les longs-métrages sélectionnés aujourd'hui nous aient scotché à nos sièges écarlates. Tout juste pouvons-nous sortir du lot Last Days , dernier ovni en date de Gus Van Sant, maestro en la matière de la composition de plans, qui nous y interprète un remix onirique des ultimes soubresauts d'existence de l'icône grungie Kurt Cobain. Magnétique errance dans les méandres d'un esprit furieusement secoué, égrainant instants de (sur)vie et épiphanies contemplatives dont la langueur séduit tout autant qu'elle irrite. De la poésie à l'état pur, dont la musicalité bat à un rythme assez opaque pour que l'on puisse comprendre qu'elle ne fasse pas vibrer le plus grand nombre. D'où l'absence notable de coup de cœur universel. Pour le moment, pas l'ombre d'un raz-de-marée critique ne pointe au large de la Croisette. Seules quelques agréables surprises sont venues tempérer les déceptions d'hier.

Atom, Johnnie et Michael ont défilé sur les écrans, et avec eux se sont succédés tout un éventail de genres très codifiés, leurs exercices de style respectifs ouvrant un horizon nettement plus réjouissant. Approchez, mesdames et messieurs, il y en aura pour tous les goûts, du thriller ? En veux-tu ? En voilà, Monsieur Egoyan investissant dans Where the truth lies le champ de l'enquête journalistique, mâtiné d'une incursion dans le showbiz médiatique des années 50. Une rédactrice junior ambitionne d'éclaircir dans quelles circonstances les deux présentateurs télé qu'elle idolâtrait ont mis fin à leur prestigieuse carrière en tandem, après qu'une de leur conquête ait été découverte morte dans leur suite d'hôtel. Images chiadées et interprétation quasi-parfaite d'Alison Lohman, exquise esquisse d'un futur premier rôle avec qui il faudra désormais compter, elle-même très bien entourée par le binôme formé par Kevin Bacon et Colin Firth, contrebalancent le manque de fantaisie de cette intrigue rondement menée. En bref, rien de nouveau, si ce n'est un retour aux sources du bon vieux polar appliquant soigneusement un calibrage efficace, ce qui n'est déjà pas si mal.

À l'est de l'éden, même constat. Pas de révolution particulière, puisque Johnnie To, venu présenter Election, variation sur le thème de la guerre des gangs, décroche bel et bien sa carte d'habitué, en faisant une nouvelle démonstration de ses talents de chorégraphe scénographique. Hong Kong, comme tous les deux ans, les anciens de la plus antique des triades régnant sur la ville s'apprêtent à élire leur nouveau président. Une rivalité assassine éclate alors entre les deux candidats au titre. Le sang gicle, les pneus crissent, les boites crâniennes s'enfoncent, les corps se démembrent, les haches entaillent la chair, les gorges se serrent, et… les mecs jubilent !!! Scorsese, Coppola, et toute la smala parrainent ce film détonant qui suinte à chaque séquence la testostérone. Les fanatiques de la baston apprécieront, les autres s‘assoupiront.

Et, enfin, pour ceux à qui le divertissement ne procure aucune extase, le drame psychologique bien tassé du jour se déroule à Paris et s'intitule Caché. Réalisé par Michael Haneke, cette dernière projo aurait pu virer au cauchemar. S'initiant sur un plan d'ensemble inébranlable, étiré jusqu'à son paroxysme, le récit de cette déliquescence familiale nous fait d'emblée une belle frayeur, mais en l'occurrence rien ne sert de craindre le pire, dans la mesure où ces fixations, ralentissements, pauses et rembobinages d'images stigmatisent, un peu à la manière du rongeur dans Lemming, les phases de destruction successive de ce noyau familial étouffé dans l'œuf. Préservation du mystère oblige, restons motus et bouche cousue, et contentons-nous d'inciter les amateurs d'atmosphère trouble à s'y laisser glisser. Mais gare aux âmes sensibles ! La dégringolade peut s'avérer corsée, en lasser certains et en laisser perplexes tant d'autres.

To be continued...

Mrs Pink

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