Cannes wars – Épisode 4

Thomas Douineau | 15 mai 2005
Thomas Douineau | 15 mai 2005

Natalie Portman et moi...

Le festival de Cannes, c'est avant tout une question de choix. Une centaine de films par jour dans des dizaines de lieux différents, de l'immense salle Lumière à la petite salle du cinéma Les Arcades en passant par les dizaines de salles du palais. Des dizaines (voire des centaines) de stars, des dizaines d'ambiances différentes, des dizaines d'interviews possibles, des dizaines de manifestations, de rencontres, des dizaines de soirées mais aussi et même surtout si je me réfère à la haute direction d'Écran Large, des dizaines d'articles à écrire…

Pour un critique en une journée, il y a vraiment de quoi devenir totalement fou... On devient coupé du reste du monde car Cannes pendant onze jours c'est un pays à part entière dominé par la dictature du cinéma. On ne sait plus ce qui se passe ailleurs, dans le reste de la France, dans le reste du monde. Imaginez donc le dilemme qui peut s'emparer et bouleverser le critique d'avoir à choisir entre la projection du Narcisse noir (certainement l'un des plus beaux films au monde) du très grand Michael Powell, projeté dans le cadre du centenaire, et une rencontre avec George Romero venu annoncer et parler avec le public à la Fnac de son Land of the dead. Deux évènements qui ne peuvent se produire qu'une seule fois. Me voilà donc avec ce p… de dilemme. J'ai finalement opté pour la rencontre avec le grand homme aux grandes lunettes dont je vous livre plus bas un petit extrait de l'interview dont vous retrouverez l'intégralité dans quelques semaines. Et croyez moi, cela vaut le coup tant le cinéaste a des choses à dire et les dit bien.

Vers la fin d'après midi, un film rarissime de la Shaw Brothers passait dans une des salles du palais : La main de fer. Un film de Chung Chang Wha devenu culte en Occident dès sa sortie et auquel QuentinTarantino a rendu hommage au travers de Kill Bill 1 & 2. Dans ce film de mains et non de sabre datant de 1972, Lo Lieh doit apprendre d'un maître les bases d'un style de combat qui pourrait faire de lui le vainqueur d'un tournoi. Mais des ennemis peu scrupuleux qui souhaitent aussi remporter le tournoi lui tendent une embuscade et lui attachent les bras autour d'un tronc d'arbre et finissent par lui frapper les mains jusqu'à qu'il ne puisse plus s'en servir. Mais son maître va lui apprendre la technique de la main de fer qui va lui permettre de surpasser son handicap… Quentin Tarantino a utilisé la bande-son stridente et les éclats de lumière rouge au début de chacun de ses combats. Les scènes finales sont totalement anthologiques avec ses mains éclairées en rouge pour montrer leurs pouvoirs. Tarantino s'inspirera aussi d'une scène mythique où l'un des traîtres se fait arracher ses deux yeux et les voit tomber par terre. Véritable tragédie shakespearienne avec quelques séquences sirkiennes mélodramatiques. Il ne faudrait pas non plus oublier que Karaté kid lui doit aussi beaucoup... En effet, le maître enseigne l'art du kung fu en faisant d'abord faire des tâches domestiques. Ce film est l'occasion de pouvoir apprécier en copie neuve les couleurs époustouflantes du terrible Shaw scope et aussi l'utilisation intensive des samples de musiques de films occidentaux, choses que Quentin Tarantino allait refaire par la suite.

Pour sa deuxième séance de minuit, le festival de Cannes proposait Kiss kiss bang bang, un film de Shane Black (premier film du scénariste des Armes fatales et autre Dernier samaritain) produit par Joel Silver avec Val Kilmer, Robert Downey Junior et Michele Monhaghan, une inconnue dont évidemment on vous reparlera. Le festival de Cannes, c'est ça aussi : arriver à une projection en smoking en cherchant une place et se retrouver dix minutes après avec finalement deux places sans savoir à qui la donner. La montée des marches a été illuminée par une princesse. En effet, le crâne rasé, l'«immaculée conception» Natalie Portman se tenait devant les photographes comme une reine. À la voir, Luc Besson aurait pu la prendre pour en faire sa Jeanne d'Arc, après l'avoir révélé avec Léon. George n'est plus vraiment loin.

Durant la projection du film, les spectateurs hésitaient entre regarder le minois de Natalie Portman faiblement éclairé par le faisceau du projecteur et ce qu'il se passait à l'écran. Pourtant malgré la beauté de l'interprète d'Amidala, il valait mieux ne pas rater ce qui se passait sur l'écran. Kiss kiss bang bang est en effet un film génial renouant avec l'efficacité qui avait fait les grands succès des productions Silver : «buddy movies» mais pas parodique, un type qui s'en prend plein la gueule pendant deux heures mais s'en sort royalement avec un doigt en moins. Le script est brillant, la B.O est tout bonnement excellente. Le casting est fabuleux, Val Kilmer en détective homo, mais surtout Robert Downey Jr. en détective loser qui trouve ici son meilleur rôle. On espère que cela va nous permettre de le voir plus souvent à l'affiche d'un film qu'en gros titre d'un tabloïd pour des problèmes de drogue. Et de mémoire de cannois, on n'avait pas eu un tel choc dans la salle Lumière depuis Pulp fiction. Et le public, bien plus chaud que la nuit dernière, l'a bien fait comprendre par un enthousiasme qu'on ne lui connaissait plus et qui s'est terminé par une standing ovation.
Le film n'arrête pas de jouer avec le spectateur : l'image se fige pour que le héros nous interroge sans arrêt en voix off. C'est extremêment brillant. Puis la reine Natalie, amusée, s'est envolée pour préparer son arrivée pour Star wars. C'est demain, le jour J (NLDR/ aujourd'hui). Sur la croisette tout le monde ne parle que du dernier épisode de la saga lucassienne. Demain (dans quelques heures) dés 7h00 et peut-être dès maintenant, des centaines de personne vont essayer de rentrer à la première projection de Star wars : Épisode III. Natalie Portman sera alors à elle tout seule la reine du jour.

EXTRAITS DE LA MASTER CLASS DE GEORGE A. ROMERO
(l'intégralité de cette master class arrivera en ligne dans les prochains jours ou semaines)

Pourquoi avez-vous souhaité revenir à votre genre de prédilection après quinze ans d'absence ?
J'ai fait un film de zombies dans les années 60, les années 70 et les années 80. Je n'ai pas pu en faire dans les années 90 et j'ai pensé que c'était le moment d'en faire un nouveau. Car, à chaque fois ces films reflètent les malaises de notre société. Mes zombies même s'ils sont toujours les mêmes évoluent. Dans les années 60, ces voisins étaient avant tout des êtres biologiques dans les années 70, ils commençaient à avoir des réflexes, dans les années 80 ils étaient domestiqués et dans mon nouveau volet, ils pensent et communiquent.

Vous avez une véritable fascination pour les zombies ? Pourquoi ça revient si fréquemment dans votre filmographie ?
En fait, au départ, La nuit des morts-vivants devait s'appeler La nuit des mangeurs de chair. Les zombies sont une manière très facile de pouvoir parler de la société. Je n'ai pas vraiment de connection personnelle avec eux. Je pense que si les morts pouvaient revenir, la situation dans le monde serait bien meilleure. C'est un genre qui revient, c'est facilement utilisable, pas besoin d'avoir une explication rationnelle comme Dracula et le Loup garou. Je crois que tous les dix ans ce genre connaît un regain d'attention.

George Lucas et moi ?
Avec George Lucas, on a rêvé d'une indépendance par rapport aux studios et on y est arrivé chacun à notre manière. Mais dans sa façon de voir les choses, ces films ne sont pas une finalité en soi.

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