Les attentes de Cannes 2005

La Rédaction | 11 mai 2005
La Rédaction | 11 mai 2005

L'année dernière, la sélection de films présentés au festival de Cannes était assez exceptionnelle et à la hauteur du président de son jury : Quentin Tarantino. À tel point que l'on s'était demandé à un moment s'il ne s'en était pas occupé personnellement. Notamment lorsque l'on découvrit le nombre anormal, aux vues des habitudes cannoises, de films de genre. Le palais des festivals s'était transformé pendant douze jours en véritable cinéma de quartier « bigger than life » où les accrocs se gavaient de pop-corn en regardant des zombies se faire décapiter ou des manchots commettre un carnage. Certains s'avançaient même pour dire que c'était l'un des meilleurs festivals ; Ce sont sans doute les mêmes qui deux ans auparavant se souvenaient en ayant la nausée du côté trop expérimental des sélections. Était-ce un moyen pour l'équipe du festival de se racheter ?

Mais le plus prestigieux des festivals de films au monde ayant révélé quantité de chefs-d'œuvre intemporels, peut-il se contenter de ne présenter que de simples « bons » films ? Assurément non et pour que la cuvée 2005 soit mémorable, il faut absolument que les « Cannes junkies » se prennent des claques de la trempe d'un Pulp fiction ou d'un Mulholland drive pour ne citer que deux récents immenses moments vécus par l'auteur de ces lignes. Un électrochoc cinématographique que l'on espère, pourquoi pas, retrouver cette année.

Pour revenir à la précédente édition, le plus choquant fut son inévitable palmarès ultra orienté et politiquement correct. Le politique l'ayant en effet emporté sur l'artistique avec la Palme d'Or de Fahrenheit 9/11, un quasi documentaire qui n'avait pourtant rien d'une fiction. Le public acclamait Michael Moore comme un Francis Ford Coppola ou un Stanley Kubrick (avant même d'avoir vu le film !!!) alors même que l'auteur de cette « busherie » n'a en commun avec les deux cinéastes de génie que la barbe (un remarque qui n'engage que toi Mr Blue. Ndlr !). Alors c'est vrai que l'on peut légitiment se poser la question suivnte : va-t-on enfin pouvoir parler de cinéma cette année, en espérant que le malaise social puisse s'exprimer dans des fictions de haute qualité (il y a une vingtaine d'années, si Michael Moore avait réalisé un documentaire sur le Vietnam, il n'aurait sans doute jamais atteint l'intensité et la subtilité de Taxi Driver ou encore d'Apocalypse now).

Comme à son accoutumé, le festival prend les mêmes et recommence à tel point qu'on serait même tenté de dire qu'au sein même du festival, qu'au sein même de la sélection, il s'est créé des liaisons dangereuses pour ne pas dire incestueuses. Quand tel réalisateur était jury ou même président du jury, un autre réalisateur était en compétition et vice-versa. Le festival s'est avéré être ces dernières années, un véritable jeu de chaises musicales. À ce titre, on pense à un épisode de La Quatrième dimension qui résume parfaitement bien la situation où un homme condamné à mort lors d'un procès, refait le même cauchemar tous les jours tout en changeant de rôle, une fois victime puis innocent accusé puis avocat enfin juge. La croisette cette année, c'est un peu ça !

Si Cannes 2005 se passera (exceptionnellement) de David Lynch, des frères Coen, elle retrouvera donc les habitués des lieux que sont Gus Van Sant (Last days), David Cronenberg (A history of violence), Atom Egoyan ( Where the truth lies ?), Michael Haneke (Caché), Lars Von Trier (Manderlay), les frères Dardenne (L'enfant), Wim Wenders (Don't come knocking it) sans oublier le multi palmé Emir Kusturica en tant que président du Jury. Ozon n'est pas là ? Ah juste dans une autre section, on a eu peur ! Essayons tout de même que chacun n'est là pour ne monter que les marches et son tapis rouge. Pour être franc, on n'attend rien de ces cinéastes respectés (qui ont déjà prouvé à maintes reprises l'étendue de leur talent) à part au mieux de nous montrer ce qu'ils nous ont déjà faits voir dans leurs précédents films. Sauf peut-être un : Jim Jarmush, soit un des rares réalisateurs à ne venir à Cannes que lorsqu'il a quelque chose à dire et à «montrer ». Pour les critiques, il ne reste plus qu'à faire du copier coller avec les articles des années précédentes (un peu d'humour ne fait pas de mal avant d'affronter la masse colossale de papiers qui nous attend) et le tour est joué. Cependant, et pour être totalement franc, on attend beaucoup du premier film de l'acteur Tommy Lee Jones (Trois enterrements) ou encore d'Election de Johnny To, sur le point de devenir un habitué des lieux après la présentation l'an dernier de son excellent Breaking News. Et puis il y a aussi toujours cet espoir si stimulant de découvrir les Cronenberg, Coen, Lynch ou Von Trier de demain que l'on trouvera éventuellement dans les sections parallèles.

Finalement les films les plus attendus de cette édition sont sans aucun doute les deux blockbusters (sans parler des vingt minutes du dernier George Romero, Land of the dead projeté un vendredi 13 à minuit). Nous sommes très curieux de savoir ce que nous réserve la collaboration entre Robert Rodriguez et le célèbre « bdtiste » Frank Miller (Sin City) même si dors et déjà on peut dire qu'au vu de cette sélection très auteur, le film aura peu de chance de rafler autre chose qu'une mention technique. Mais l'évènement le plus important du festival est sans conteste Star Wars Épisode III (présenté hors compétition). Est-il nécessaire de préciser que cet épisode fait le lien entre la nouvelle et l'ancienne trilogie ? Dans quelques années, on se souviendra de cette année 2005 pour avoir été l'année George Lucas et non d'un autre George américain.

Enfin, si c'est sans doute l'année de Lucas, ce sera aussi peut être celle de Natalie Portman. Après nous avoir gratifié de la plus belle démarche au ralenti de l'année dans Closer et nous avoir fait tomber raide amoureux avec Garden State, l'actrice est à Cannes avec deux films : Star Wars Épisode III évidemment et Freezone d'Amos Gitai. Soit THE blockbuster et un film d'auteur qui nous permettront d'apprécier toutes les facettes de son talent de comédienne. En espérant désormais que le festival soit à la hauteur de sa splendeur.

          

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