À part Jurassic Park, les 10 meilleurs films de dinosaures que tu n'as pas vus

La Rédaction | 22 juin 2022 - MAJ : 22/06/2022 18:07
La Rédaction | 22 juin 2022 - MAJ : 22/06/2022 18:07

Pour se remettre du fiasco Jurassic World 3, on replonge dans 10 films de dinosaures remplis de dents, d'écailles et de stop-motion.

Les communautés scientifique et cinéphile sont catégoriques : les dinosaures, c'est trop cool. Bien que Jurassic Park ait émerveillé des millions de jeunes paléontologistes en herbe (dont la moitié de cette rédaction), au point de devenir instantanément la référence en la matière, les tyrannosaures et autres diplodocus étaient déjà devenus des figures mythologies avant 1993 et la démocratisation des effets spéciaux numériques. Et le cinéma y est pour beaucoup.

Depuis la balade de Gertie, l'un des premiers héros du cinéma d'animation et l'un des premiers dinosaures anthropomorphiques, les reptiles géants s'invitent régulièrement sur les écrans, grâce à de grands artistes comme Willis H. O'BrienRay Harryhausen ou même Phil Tippett. Petite sélection de 10 pépites ou classiques à découvrir absolument.

 

 

Le monde perdu

Sortie : 1925 - Durée : De 1h04 à 1h46 selon les versions

 

Le monde perdu : photoLe grand spectacle à l'état pur

 

Ça raconte quoi ? Pour impressionner sa copine, le reporter Edward Malone s'embarque aux côtés du controversé Professeur Challenger dans une drôle d'expédition. Celui-ci entend sauver un explorateur perdu sur un plateau sud-américain. Selon lui, l'endroit grouillerait de créatures ancestrales...

Pourquoi c'est un grand film de dino ? Parmi les grands contributeurs au mythe des dinosaures, il y a bien sûr Arthur Conan Doyle. Dans son roman Le Monde perdu, l'écrivain décrit un voyage grandiose en Amérique du Sud, au coeur d'une contrée inexplorée où vivent en toute liberté quelques espèces animales disparues. Du pain béni pour une industrie hollywoodienne encore naissante et qui s'apprête à populariser le stop-motion à grande échelle.

À l'origine du miracle, un jeune artisan du nom de Willis O'Brien. L'américain, alors en train d'impressionner nombre de ses pairs avec ses animations préhistoriques, fait des merveilles grâce au format long-métrage. Il modèle - à raison de 5 secondes d'images par jour - un ptérodactyle, l'affrontement entre un Allosaure et plusieurs autres espèces, ainsi qu'un T Rex, déjà star de cinoche. Plus dingue encore, il lâche un brontosaure dans les rues de Londres. Un exploit qui sidère les spectateurs de l'époque et préfigure son futur chef-d'oeuvre : le légendaire King Kong.

 

Le monde perdu : photoEt ils ont déjà la dalle

 

Selon les versions, les personnages mettent plus ou moins de temps à rencontrer les bestiaux. La montée en puissance de l'intrigue, les sublimes matte-paintings et une mise en scène qui incruste assez astucieusement les humains dans l'action en font également un film d'aventure d'une pureté ahurissante. La matrice flamboyante de tout un pan du cinéma grand public américain, en somme, qui plus est désormais visible entièrement sur YouTube dans une bonne qualité. Ce sont les joies du domaine public.

Un classique, qui donne le coup d'envoi de la longue histoire d'amour entre le 7e art et les dinosaures en tous genres. Son héritage est colossal et infuse l'intégralité des films d'aventure ultérieurs. En 1960, une autre adaptation verra le jour. Steven Spielberg lui-même saura s'en souvenir au moment d'écrire la suite de son Jurassic Park, adaptation libre du roman éponyme de Crichton et relecture évidente du livre de Doyle et des films de O. Hoyt et Allen. Un retour aux sources naturel pour l'autre metteur en scène ayant su imposer nos amis les reptiles géants sur les écrans du monde entier.

Le Monstre des temps perdus

Sortie : 1953 - Durée : 1h20

 

Le Monstre des Temps Perdus : photoUn gros lézard, au sens propre

 

Ça raconte quoi ? Dans les années 1950, un essai nucléaire est effectué près du cercle arctique. L'explosion réveille une gigantesque créature qui dormait sous la glace depuis 100 millions d'années et se dirige désormais vers la côte Est des États-Unis, occasionnant quelques dégâts sur son passage. 

Pourquoi c'est un grand film de dino ? Déjà réputé pour sa carrière comme décorateur pour Abel Gance (Napoléon) ou Charlie Chaplin (Les Feux de la Rampe) et collaborateur de longue date de Jean Renoir (La Grande Illusion, La Bête Humaine, La Règle du Jeu), Eugène Lourié n'a fait ses débuts en tant que réalisateur qu'à l'âge de 51 ans. Son premier long-métrage, en plus d'entretenir une plastique exceptionnelle, cristallise parfaitement les thèmes qu'il traitera dans le reste de sa filmographie : la différence d'échelle entre un colosse et les habitants d'une ville (Le Colosse de New York), la peur de la menace atomique (Behemoth the Sea Monster), mais surtout son amour des dinosaures et créatures préhistoriques (Gorgo).

En revanche, même si Eugène Lourié est capable de plonger une ville dans la terreur avec seulement quelques figurants, quelques voitures et des plans d'une grande intensité, Le Monstre des Temps Perdus est surtout un grand film grâce au travail de Ray Harryhausen, alors sorti de l'ombre de Willis O'Brien pour se charger seul des effets spéciaux (qui ont demandé près de sept mois de travail). L'animateur s'est lancé dans un travail titanesque pour que sa créature entre le varan, l'iguane et le dragon, par ailleurs baptisée Rhedosaurus, saccage les bâtiments, croque les passants et détruise les véhicules.

 

Le Monstre des Temps Perdus : photoDeux formes de gigantisme

 

Alors que ce titan déambule dans ce monde miniature qu'il ne reconnaît plus et démolit ce qui se trouve sur son passage, certaines scènes regorgent d'une discrète poésie, comme lorsque le gigantesque reptile se rapproche timidement du faisceau régulier du phare, appel désespéré dans les ténèbres qui résonne comme la Corne de brume de Ray Bradbury dont s'inspire le film. L'auteur et Ray Harryhausen, qui étaient de vieux amis, avaient tous les deux été émerveillés en découvrant Le Monde Perdu en salles : le premier Ray suivra la voie de la littérature et deviendra une référence de son époque en matière de science-fiction, tandis que l'autre se dirigera vers le cinéma pour devenir le maître de l'image animée et des effets spéciaux en son temps.

Un an après la sortie du film, cette histoire de lézard géant qui se réveille après des essais nucléaires et détruit une ville sera reprise par Ishirô Honda pour créer Godzilla, qui sera ensuite couronné roi des monstres du septième art et lancera le règne des Kaijus sur les écrans. Le Monstre des Temps Perdus est ensuite retourné dans les profondeurs, laissant d'autres créatures radioactives ravager ce monde instable dans Des monstres attaquent la ville ou Tarantula.

Voyage dans la préhistoire

Sortie : 1955 - Durée : 1h26

 

Voyage dans La Prehistoire : photoBadass Babar

 

Ça raconte quoi ? Quatre garçons plein d'avenir remontent le fleuve du temps, ce qui leur permettra de découvrir moult créatures préhistoriques, jusqu'à faire face à des trilobites. Et non, ce n'est pas sale.

Pourquoi c'est un grand film de dino ? Parce que les dinosaures, ce n'est pas qu'une affaire hollywoodienne. En effet, les formidables créatures qui ont foulé la surface de la Pangée il y a 65 millions d'années sont rapidement devenues, une fois les premières découvertes publiées, des sources de fascination, de rêverie et d'exploration historique qui, pour l'essentiel, ne se sont jamais démenties depuis. Certes, les sommes nécessaires aux effets spéciaux indispensables à leur représentation ont naturellement poussé les dinos sur les rivages du cinéma américain, pour autant, on trouve ça et là des tentatives européennes de leur rendre hommage.

C'est le cas de Voyage dans La Prehistoire, réalisé par Karel Zeman. Surnommé le "Méliès tchèque", l'artiste déploie ici une tonalité bien différente des blockbusters ou série B dans laquelle les sauriens se déploient d'ordinaire. Véritable catalogue des innombrables techniques d'illusionniste qui régnaient alors sur le cinéma, le long-métrage est d'une richesse picturale stupéfiante. En avance sur son temps de plusieurs décennies, il demeure un des films les plus artistiquement aboutis sur le sujet.

 

Voyage dans La Prehistoire : photo"Ah tu fais moins le malin sans ton orchestre symphonique !"

 

Nimbé dans une naïveté rare pour un film représentant le bestiaire préhistorique, il est à mi-chemin entre le songe enfantin et le film éducatif, que sa splendide photographie sépia éclaire d'une splendeur quasi-irrésisitble. Difficile de ne pas céder devant cette descente d'un fleuve aux airs de conte total, immensément spectaculaire, où l'on croise maquettes, peintures, modèles réduits, animation image par image et complexes jeux de perspectives forcées. On notera en outre que malgré le poids des décennies, l'ensemble est une des propositions les plus réalistes et anatomiquement précises que le genre a pu proposer.

Enfin, les amateurs du glorieux Fantasia ne manqueront pas de verser une larme en découvrant avec quel soin méticuleux Zemen rend hommage à l'une des scènes les plus bouleversantes du classique Disney, au cours de laquelle un stégosaure est terrassé par un théropode. Autant de qualités qui font de ce miracle artistique et technique un jalon indispensable pour quiconque se pâme d'émotion devant un fossile.

La Montagne mystérieuse

Sortie : 1956 - Durée : 1h19

 

La Montagne mystérieuse : photoAvec la langue bien pendue

 

Ça raconte quoi ? Aux abords d'une bourgade mexicaine, près d'un mystérieux marais, les animaux et les fermiers du coin disparaissent régulièrement. Moins superstitieux que les autochtones, un cow-boy américain élève son troupeau dans les environs.

Pourquoi c'est un grand film de dino ? Un western avec un tyrannosaure (enfin, un animal du style), ça vous dit ? C'est le programme de ce Beast of Hollow Mountain, plus subtilement retitré La Montagne Mystérieuse chez nous. Une curiosité à plusieurs égards.

Premièrement, il est issu d'une idée de Willis O'Brien, qui n'aura finalement pas l'opportunité de s'occuper des effets spéciaux, et ça se voit. Ensuite, il s'agit d'un des premiers films du genre utilisant le glorieux CinémaScope, alors un format de luxe né à peine un peu plus de deux ans auparavant. En couleur et fier de l'être, le film s'amuse bien avec le procédé, surtout quand attaque la bête du titre. Les réalisateurs Edward Nassour et Ismael Rodríguez composent quelques plans inédits avec la stop motion, qui compensent les rhumatismes de notre pauvre T rex.

 

La Montagne mystérieuse : photoHere's rexie !

 

Enfin, il s'agit d'une co-production mexicano-américaine, d'où les décors situés au Mexique, l'hétérogénéité d'un casting qui comprend Guy MadisonPatricia MedinaCarlos Rivas (un fameux second couteau de l'époque) ou encore Pascual García Peña et une intrigue articulée autour des états d'âmes des gringos et des locaux. Des péripéties amoureuses et des rivalités masculines franchement redondantes, mais assez révélatrices dans un tel contexte diplomatique, étant donné les archétypes présents.

Résultat des courses : il faut tout de même attendre le dernier quart d'heure avant de voir débarquer le reptile enragé, ce qui a de quoi irriter le dinophile acharné, mais confère une étrangeté hybride à cette drôle de série B. Drôle de série B qui a également pavé la voie au sympathique La vallée de Gwangi, dont on vous cause plus bas. En effet, le projet à l'origine du film de 1969 était déjà dans les petits papiers d'O'Brien à cette époque. Il y a fort à parier qu'il a tiré son idée de cette histoire en gestation. À notre connaissance, il s'agit des deux seuls films à mélanger western et dinosaures. Et c'est trop peu.

Un million d'années av. J.-C.

Sortie : 1966 - Durée : 1h40

 

Un million d'années avant J.C. : photo"Je mangerai le fruit défendu, si je veux !"

 

Ça raconte quoi ? Tumak est chassé par ses frères de la tribu des cavernes. Heureusement pour lui, il rencontre Loana, de la tribu de la mer. Elle et ses humides compagnons l'accueillent, mais comme il y a des dinosaures partout, le quotidien est plus aventureux qu'un film des frères Dardenne.

Pourquoi c'est un grand film de dino ? C'est un grand film de dinos, parce qu'on y retrouve absolument tous les clichés de deux domaines bien spécifiques, lesquels sont employés ici avec une absolue sincérité. Tout d'abord, Un million d'années avant J.C. débarque avant une série de révolutions en matière de représentation du fait préhistorique, qui nous offre un instantané passionnant. Dinosaures exclusivement représentés sous les traits de gros reptiles lézardeux, dont la queue traîne encore au sol, impavides et systématiquement hostiles... autant de visions sorties d'une image d'Épinal, encore renforcée par les décors, entre Eden inviolé déserts calcinés.

Il en va de même pour le concept du récit, qui met aux prises des hommes préhistoriques romantiques, entre sauvages bruns et primitifs blonds avec des dinosaures, deux formes de vie qui n'ont jamais cohabité. Quant aux autres espèces, si on est bien en peine d'apercevoir les mammifères à l'origine des slips et soutiens-gorges de peau de nos ancêtres, on notera la présence de formes de vie atteintes de gigantisme, à l'instar d'un varan et d'une mygale.

 

Un million d'années avant J.C. : photo, Raquel Welch, I John RichardsonGame of peaux de bêtes

 

Cet écrin idéal pour un scénario digne des pulps de l'époque, dont les couvertures étalaient la promesse d'aventures sauvages, emmenées par des mâles musculeux partant à la rescousse de plantureuses blondes, bénéficie en outre du savoir-faire d'un artiste hors-pair : Ray Harryhausen. Parce qu'à l'époque, les longs-métrages se faisaient essentiellement sur le nom et le savoir-faire de cet animateur de génie, c'est le bestiaire qui est ici au centre du récit, plus encore que ses personnages superficiels. D'où un sentiment d'innocence assez touchant, qui nous propulse instantanément dans une galaxie aussi kitsch qu'artisanale.

Et puis, dans la catégorie des monstres sacrés d'antan, avouons que Raquel Welch fait de l'ombre à tous les allosaures et autres ceratosaures du film.

La Vallée de Gwangi

Sortie : 1969 - Durée : 1h36

 

La vallée de Gwangi : photoQu'est-ce qui pourrait mal tourner ?

 

Ça raconte quoi ? Comment un groupe de cavaliers découvre une mystérieuse vallée en Amérique du Sud peuplée de créatures préhistoriques et décide de ramener un des sauriens pour l'exhiber et faire fortune. Sauf qu'une fois arrivée en ville, la bête se libère de ses entraves. 

Pourquoi c'est un grand film de dino ? Le premier argument - et non des moindres - est le grand spectacle visuel proposé le grand Ray Harryhausen, une sommité en matière d'effets spéciaux cinématographiques, qui a étalé dans La vallée de Gwangi son talent et ses ambitions créatives pour continuer de nourrir l'imaginaire collectif autour des dinosaures. En découlent ainsi des séquences d'aventure saisissantes où sauriens et humains partagent les mêmes plans et interagissent à l'écran, comme lorsque le groupe est pris dans une bataille féroce entre un allosaure et un tricératops ou lorsqu'un des cavaliers est attaqué par un ptéranodon. 

Pour que la vanité des hommes et l'appât du gain les attirent jusqu'à la vallée, le film réalisé par Jim O'Connolly choisit cependant d'aller à contre-courant des représentations habituelles de la faune jurassique en déjouant dans un premier temps le gigantisme qu'on lui associe par défaut. L'histoire présente ainsi l'anti T-Rex avec son Eohippus, un cheval miniature tout mignon et docile qui conforte les personnages dans leur domination, jusqu'à l'inversion du rapport de force une fois dans la vallée. 

 

La vallée de Gwangi : photoUne des nombreuses compositions picturales du film

 

L'histoire en elle-même est assez programmatique, ne cachant pas ses similitudes scénaristiques et thématiques avec le King Kong de 1933, mais La vallée de Gwangi se double surtout d'une sincère remise en question de l'évolution du média, métaphorisant les doutes de l'industrie face à une nouvelle ère cinématographique et des attentes toujours plus élevées de la part des spectateurs.

Le film reprend ainsi les figures emblématiques du western qu'il tort pour transformer les cow-boys, shérifs et autres bandits anti-héroïques en une troupe de cirque, d'acteurs et des cascadeurs qui rejouent, non sans lassitude, les grandes batailles entre cow-boys et Indiens et se demandent comment moderniser ce spectacle et dépasser le mythe de l'Ouest qui ne prend plus auprès du public. En s'apparentant à un genre en déclin, l'âge d'or du western étant derrière lui à l'approche des années 70, le long-métrage s'interroge ainsi sur sa façon de se renouveler, notamment par l'hybridation des genres et des symboliques qu'il maîtrise admirablement.

Le sixième continent

Sortie : 1975 - Durée : 1h31

 

Le Sixième continent / Le 6eme continent : photoLe plastique, c'est fantastique

 

Ça raconte quoi ? En pleine Première Guerre mondiale, un sous-marin allemand ayant fait prisonniers les survivants d'un bâtiment britannique fraîchement coulé, fait la découverte d'un continent oublié, dégorgeant de dinosaures et d'hommes préhistoriques.

Pourquoi c'est un grand film de dino ? Bien sûr, on pourra se plaindre des effets spéciaux, qui évoquent plus la fin du cycle digestif d'un nourrisson qu'une authentique performance technique, ou regretter la dimension clairement surannée de ce récit qui accuse le poids de presque 50 ans d'âge. Mais ce serait passer à côté de ce qui fait son charme insubmersible. À savoir son goût pour un type de récits d'aventures, déjà largement passés de mode lors de sa sortie, étalée dans le monde entre 1974 et 1976. 

En effet, le long-métrage est une adaptation très libre d'un texte d'Edgar Rice Burroughs, écrivain visionnaire à l'origine des mythes de Tarzan ou encore John Carter. Il fut l'un des représentants émérites, durant les années 20, de la mode des "continents oubliés", et c'est précisément ce que ressuscite le réalisateur Kevin Connor. Grâce à un rythme très soutenu, un amour débordant des modèles réduits dans sa première demi-heure, et surtout une mise en scène plutôt solide, malgré un budget bien faiblard, il parvient à impulser une énergie véritable à ce divertissement pas tout à fait fossilisé.

 

Le Sixième continent / Le 6eme continent : photoDormir peut attendre

 

Et pour cause, en dépit des divergences avec le matériau original, on retrouve l'appétit du romancier pour des univers denses, une narration échevelée, mais aussi une galerie de morts impitoyables. En effet, l'époque était autrement moins frileuse que la nôtre en matière de divertissement, et une proportion notable de personnages se feront piétiner, dévorer, découper ou mitrailler au gré de cette promenade dans un continent mystérieux. 

On soulignait plus haut combien les effets spéciaux étaient rudimentaires, le projet n'ayant pas un budget l'autorisant à se payer un Ray Harryhausen (lequel avait déjà nettement ralenti la cadence à l'époque), mais cette limite pourra devenir une source de ravissement, tant le résultat à l'écran confère à l'ensemble une dimension étrange, parfois presque poétique. C'est le cas de l'arrivée au coeur du Sixième continent, qui vaut aux survivants de faire face à une sorte de mélange de bottes en caoutchouc et de monstre du loch' Ness. Et quand la poésie se fait la malle, ce sont les duels de vessies en caoutchouc qui métamorphosent tout cela en formidables blagounettes.

La Planète des dinosaures

Sortie : 1977 - Durée : 1h24

 

La Planètes des dinosaures : photoRex à la niche

 

Ça raconte quoi ? En plein voyage spatial, le vaisseau Odyssey rencontre un problème technique qui le force à se crasher sur une mystérieuse planète. La bonne nouvelle : elle présente des caractéristiques similaires à la Terre. La mauvaise nouvelle : elle présente des caractéristiques similaires à la Terre d'il y a plus de 66 millions d'années.

Pourquoi c'est (presque) un grand film de dino ? Tout comme Jurassic Park (voir plus bas), les grands classiques du film de dinosaures comme Le Monstre des Temps Perdus ou La vallée de Gwangi n'ont pas manqué d'inspirer un lot de séries Z opportunistes, fauchées et/ou absurdes. Trois qualités dont peut s'enorgueillir La Planète des dinosaures, qui n'a pour lui que son pitch abracadabrant et pas grand-chose d'autre.

 

La Planètes des dinosaures : photoNon, ce n'est pas le prochain Aardman

 

Et encore, l'argument de la science-fiction tient difficilement passé les 15 premières minutes. Quelques secondes à peine après s'être écrasé sur une exoplanète en tous points identique à la Terre, l'un des personnages explique calmement que les mondes abritant des atmosphères similaires sont quand même monnaie courante dans l'univers. Un niveau d'expertise qui résume bien le je-m'en-foutisme de la chose, où des crétins tout droit sortis des pires épisodes de Star Trek pique-niquent au milieu de dinos pas extraterrestres pour un sou.

Pourtant, malgré les dialogues qui jouent clairement la montre, des incrustations à la ramasse et une réputation peu flatteuse (il n'aurait même pas eu le droit à une sortie salle), La Planète des dinosaures reste un film attachant avec ses bastons de reptiles en stop-motion, dans la lignée des expérimentations de Ray Harryhausen, et ses personnages au flegme inattaquable. D'autant que l'idée reste amusante : privé de toute aide, le groupe de survivants doit s'installer sur cette planète hostile et par conséquent bouter le dernier T rex du coin loin d'eux. On signe où pour un remake plein de fric ?

Carnosaur

Sortie : 1993 - Durée : 1h25

 

Carnosaur : photoUn dinosaure vorace, pour de vrai

 

Ça raconte quoi ? Comment la mère de Laura Dern a transformé des poulets en dinosaures dans le but d'exterminer l’Humanité (et de faire un doigt d’honneur à John Hammond).

Pourquoi c'est un grand film de dino ? Carnosaur a tout de la série B à tendance Z opportuniste avec un dino en plastique, un scénario en carton et des personnages en mousse. Même si le film réalisé par Adam Simon est sorti quelques semaines avant Jurassic Park et s’inspire d’un livre publié six ans avant le roman de Michael Crichton, le producteur Roger Corman a lancé la production de Carnosaur au moment où Steven Spielberg terminait celle de Jurassic Park pour profiter de la campagne marketing du blockbuster. 

Mais contrairement à Piranhas de Joe Dante qui parodiait ouvertement Les Dents de la Mer, Carnosaur cultive ses différences avec le film d’Universal, chacun représentant à un même moment et sur un même sujet deux branches de l’industrie cinématographique : les superproductions qui s'approprient les grosses bestioles du cinéma de genre et le cinéma bis vampirisé par les majors. Le fait que le Dr Triptree veuille rendre la planète aux dinosaures parce que « l’Homme est une espèce infidèle » prend dès lors une tournure plus métaphorique.

 

Carnosaur : photoUn combat qui rappelle une certaine saga avec des aliens

 

Malgré ses bribes d’intrigues nanardesques - notamment les femmes qui accouchent de bébés dinos après avoir mangé des oeufs de poule génétiquement modifiés - Carnosaur est donc moins bête que méchant. Le film verse dans le gore et l’hémoglobine en éviscérant et démembrant ses personnages - qui n’existent que pour être massacrés à l’écran -, mais aussi en charcutant ses dinos. Une boucherie et un défouloir bienvenus après Jurassic World 3 et ses dinos en liberté qui mangent de l’air. 

Mais plus qu’être sadique et sanglant, Carnosaur est aussi étonnamment cynique et nihiliste, en témoigne les réactions gouvernementales plus que drastiques, le dénouement radical, le dernier plan cryptique et la musique grave du générique qui dénotent de l’absurdité ambiante dans ce film tout compte fait plus surprenant que rebutant. 

Tammy and the T-Rex

Sortie : 1995 - Durée : 1h22

 

Tammy and the T-Rex : photo, Denise RichardsDeux doigts coupe-faim

 

Ça raconte quoi ? Elle est belle, elle est douce, c'est une apprentie pom-pom girl et elle aime son petit ami d'amour. Malheureusement, son ex le tue jusqu'à ce que mort s'ensuive. Tout aurait pu en rester là, si le cerveau du copain refroidi n'était pas soudain transféré dans un tyrannosaure robotique.

Pourquoi c'est un grand film de dino ? C'est un grand film de dino pour une raison rien de moins qu'évidente. Sorti à peine un an après Jurassic Park, ce nanar de l'espace aurait pu (dû ?) coûter leur carrière aux débutants Denise Richards et Paul Walker, marqués au fer rouge du Z absurde. Et pourtant, preuve que les dinosaures sont des déités magnanimes, celle qui devait marquer la puberté de toute une génération avec Sexcrimes et celui qui fut jusqu'à sa tragique disparition était la caution neuronale de Fast & Furious ont survécu à la sortie de cette radioactive étrangeté.

 

Tammy and the T-Rex : photo"Et mon compte personnel de formation gros tarba ?"

 

Mélange de délire improbable, de premier degré absurde, de non-sens incompréhensible et trip gore partiellement charcuté sur son banc de montage, Tammy and the T-Rex engendre une forme de fascination morbide, au fur et à mesure que son intrigue progresse vers le n'importe quoi radical. Ainsi l'ensemble est-il traversé d'images aussi mémorables que curieuses. Un tyrannosaure téléphonant à sa bien-aimée, cette dernière s'assoupissant entre ses petits bras lubriques, ou encore notre théropode dégoulinant d'amour et de circuit imprimés, balançant en travers de nos rétines un immortel doigt d'honneur.

On regarde la chose comme on ralentit devant un accident de la route. Pour se souvenir que malgré les coups du sort, en dépit des récifs qui nous déchirent les mollets, n'en déplaise au froid, à la faim et à la maladie, il est toujours une lueur d'espoir qui survit. Fut-elle nichée dans le scrotum d'un dinosaure robot, abandonné loin de Michael Bay.

Tout savoir sur Jurassic World : Le Monde d'après

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commentaires
Cactus
23/06/2022 à 23:32

Coucou,

Je cherche désespérément un film de dinosaures de mon enfance et impossible de le retrouver donc je vous demande au cas où...

C'était en live action avec des vrais humains et des fx dégueulasses genre Power Rangers. Dans mes lointains souvenirs, y avait un mec qui sortait une barre chocolatée de sous son coussin avant d'aller au dodo et y avait un dinosaure qui se faisait avoir par une espèce de piège électrique artisanal posé sur le sol par les protagonistes.

Si miraculeusement ça dit quelque chose à quelqu'un, c'est cool.

Fantomas
23/06/2022 à 11:32

@zetagundam
J'allais le dire ! Enfin un connaisseur de ce film

Bob ns
22/06/2022 à 23:03

Komodo

Kyle Reese
22/06/2022 à 22:34

Je vais devoir jeter un à ce Tammy and the T-Rex, ce film est beaucoup trop improbable !

zetagundam
22/06/2022 à 18:33

Pas même un mot sur Velocipastor ?
Mais quel indignation !

Geoffrey Crété - Rédaction
22/06/2022 à 18:07

@Poirot528

Et cette erreur est honteuse vu qu'on a encore récemment écrit sur Sexcrimes
https://www.ecranlarge.com/films/dossier/1421292-sexcrimes-sliver-color-of-night-le-meilleur-du-pire-des-films-erotico-neuneu

Poirot528
22/06/2022 à 17:51

"coûter leur carrière aux débutants Denise Richards et Paul Walker, marqués au fer rouge du Z absurde. Et pourtant, preuve que les dinosaures sont des déités magnanimes, celle qui devait marquer la puberté de toute une génération avec Sexe Intentions", erreur, c'est "Sex crimes".

Cidjay
22/06/2022 à 15:56

et sinon, des films avec des dinos bien faits ? y'en a aussi ?
à part le King kong de Jackson ?

Tricky Dick
22/06/2022 à 15:45

J'ai un petit faible pour le premier Prehysteria!!
Charles Band aux commandes; Jim Danforth aux sfx stop-motion!!
Une certaine idée du bonheur nanardesque.

Professeur Hammond
22/06/2022 à 15:09

@ ttopaloff
C'est de la merde de mélanger comme ça partouze et politique, c'est mieux de faire les choses dans l'ordre

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