Les Vieilles Légendes tchèques : la grande épopée communiste du "Walt Disney de l'Est"

Déborah Lechner | 2 juin 2022
Déborah Lechner | 2 juin 2022

Les chefs-d'oeuvre ne vieillissent pas, ou très peu. La preuve encore avec Les Vieilles Légendes tchèques, un film d'animation de 1952 d'une puissance et d'une beauté presque immuables.

Aujourd'hui, l'oeuvre de Jiří Trnka est tombée en désuétude en Occident. Ce touche-à-tout aux mille talents (entre autres dessinateur, sculpteur, auteur et réalisateur) a cependant participé à la renommée internationale du cinéma d'animation tchèque au lendemain de la Seconde Guerre mondiale en rivalisant de génie avec ses confections de marionnettes, un art plutôt marginal dont il est passé maître.

Après avoir décroché le grand prix international du dessin animé lors de la première édition du Festival de Cannes avec le court-métrage Les Petits Animaux et les Brigands, celui qui n'a pas tardé à être surnommé  "le Walt Disney de l'Est" s'est attelé à ses premiers longs-métrages. S'il partage un même penchant pour l'animation et les contes - ayant notamment illustré ceux des frères Grimm ou de Charles Perrault -, Jiri Trnka s'est vite distingué de son homologue américain en proposant un plus large éventail de genres narratifs, dont certains moins accessibles au jeune public comme dans Les Vieilles Légendes tchèques

Même s'il a été éclipsé par la sortie de Peter Pan de l'autre côté du Rideau de fer, ce quatrième long-métrage de 1952 reste une prouesse artistique impressionnante et saisissante, qui a pourtant été réalisée à l'initiative de l'ancien régime communiste tchécoslovaque. En louant la grandeur mythologique du peuple tchèque et de ses pères fondateurs, le film n'échappe pas aux écueils du roman national laudatif. Mais s'arrêter à ce patriotisme ronflant serait passer à côté de tout ce que le film a brillamment transcendé, de ses contraintes techniques à ses enjeux idéologiques

 

Les Vieilles Légendes tchèques : photoUn film d'une grande richesse

 

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Les Vieilles Légendes tchèques trouve un équilibre et une harmonie entre l'héritage théâtral et pictural de Jiri Trnka et ses ambitions cinématographiques. En 1936, avant de se lancer dans l'animation, l'artiste a créé un théâtre de marionnettes qui n'a pas survécu au début de la Seconde Guerre mondiale, mais a influencé une large partie de sa filmographie, de la même façon que ses nombreux travaux en peinture et dessin.

En plus d'une minutie remarquable dans la fabrication des marionnettes - et notamment la miniaturisation de leurs accessoires et environnement qui fait appel à son expérience de décorateur et costumiers de théâtre -, le film regorge de plans composés comme des tableaux, la plupart des décors étant directement peints sur du verre. 

Le rythme est lent, les scènes s'étirent (s'autorisant même quelques ralentis) et les poupées n'ont clairement pas l'hyperactivité des personnages de cartoons américains. Pour dynamiser le récit et contrebalancer le statisme des protagonistes, le réalisateur a donc multiplié les techniques de mise en scène et exploité toutes les possibilités qu'offre le médium. De nombreux travellings latéraux et avant élargissent l'espace et fluidifient les transitions, mais ajoutent également de la profondeur à l'image, notamment quand la caméra joue sur les perspectives pour s'enfoncer dans les forêts luxuriantes de la Bohême.

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commentaires
captp
04/06/2022 à 18:43

Merci pour la découverte.

rientintinchti
02/06/2022 à 13:02

Article très intéressant. à découvrir

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