Soy Cuba : le film soviétique qui a mis une fessée à Scorsese, Coppola et tout Hollywood

Mathieu Jaborska | 10 mai 2022 - MAJ : 11/05/2022 09:56
Mathieu Jaborska | 10 mai 2022 - MAJ : 11/05/2022 09:56

Consacré par Martin Scorsese en personne, Soy Cuba comporte quelques-uns des plans les plus ahurissants de l'histoire. 

1992. Le romancier et critique Guillermo Cabrera Infante propose une séance de Soy Cuba au festival de Telluride. Edith Kramer du Pacific Film Archive se met alors à la recherche de ses bobines, qui prennent la poussière sur une étagère. Il est projeté au sein de cet évènement américain et abasourdit cinéastes, auteurs et cinéphiles, parmi lesquels Tom Luddy, un assistant de Martin Scorsese. Sur ses conseils, celui-ci décide d'organiser la distribution du film aux États-Unis aux côtés de Francis Ford Coppola et d'accorder à cette oeuvre oubliée une place de choix au panthéon des classiques soviétiques.

Né d'une collaboration politique inédite, tourné à l'acmé de la guerre froide (au lendemain de la crise de la baie des cochons), et boudé par son maigre public lors de son éphémère exploitation, Soy Cuba est une orgie visuelle démente, qui comporte des plans-séquences parmi les plus ambitieux jamais figés sur pellicule. Une baffe rétrospective qu'on doit à un contexte aussi particulier que permissif, au réalisateur Mikhail Kalatozov (aucun lien, fils unique), mais surtout au chef opérateur Sergueï Ouroussevski.

 

Soy Cuba : photoAttention les yeux 

 

Le cuirassé Ouroussevski

Né en 1908, Sergueï Ouroussevski reçoit une formation principalement plastique, participe à la guerre en tant qu'opérateur, puis acquiert une petite réputation en tant que directeur de la photographie sur deux films réalisés par Mark Donskoi, L'Institutrice du village et Alitet Leaves for the Hills, puis sur Le Chevalier à l'étoile d'or ainsi que sur La Moisson. Au milieu des années 1950, il rencontre Mikhail Kalatozov. Les deux hommes vont particulièrement bien s'entendre sur le plan artistique, en particulier au niveau de l'ambition esthétique. Ils vont travailler de concert à 4 reprises.

Leur effort commun le plus célèbre restera sans aucun doute Quand passent les cigognes, lauréat de la prestigieuse Palme d'or du Festival de Cannes en 1958. Leur travail marque d'autant plus l'imaginaire collectif qu'il vient parachever le processus de déstalinisation de la société soviétique, aux côtés du célèbre Guerre et Paix. Sous Staline, la production cinématographique se heurtait aux restrictions du régime. Kalatozov a commencé sa carrière de metteur en scène en 1928, et sa filmographie s'est vaguement conformée aux impératifs de son époque.

 

Quand passent les cigognes : photo, Tatiana SamoilovaLa beauté récompensée de Quand passent les cigognes

 

L'emploi de Ouroussevski lui inspire une certaine radicalité esthétique, tranchant avec les normes du moment. Sa caméra s'envole sans pour autant profiter de la stabilité qu'apportera l'invention du steadicam des années après, donnant l'impression d'emporter le spectateur dans un tourbillon, dans l'effervescence des décors et plus souvent encore des foules, paradigme qui sied particulièrement à l'idéologie révolutionnaire. Déjà dans Quand passent les cigognes, un plan-séquence célébrissime nous montre une jeune femme se faufiler au milieu d'un défilé de chars. Un modèle que le chef opérateur va pousser jusqu'au point de rupture dans Soy Cuba.

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commentaires
The Moon
11/05/2022 à 20:10

Barnabé Cherel +1

Barnabé Cherèle
11/05/2022 à 08:42

"acquiert" et non "acquière" ;-)

The Moon
10/05/2022 à 21:34

Tout comme Pi, c'est Kassovitz qui parlait de ce film, j'ai donc recherché la scène du fameux plan séquence.
Avec une belle musique qui accompagne cette scène magique tirée d'un film "réel" à une époque où il n'y avait pas d'ordinateur (@ Christophe).
J'ai acheter le bluray depuis...

Pi
10/05/2022 à 20:12

J'en ai entendu parlé dans le Kombini vidéo club de Kassovitz qui en dit énormément de bien. Apparemment tout ce qu'on trouve dans le cinéma moderne viendrait de là. Il faut juste que je passe outre le fait qu'il s'agit d'un film tout à la gloire du Communisme. Mais après tout, nous passons notre temps à regarder des films tout à la gloire du Capitalisme triomphant...

captp
10/05/2022 à 18:36

Vous avez pensé à demander un billet de l'éditeur chaque fois que vous faite un dossier parce que ça fonctionne bien quand même.
Votre couillonade bolchevique me coûte 35 balles ;p

Christophe Foltzer - Rédaction
10/05/2022 à 14:19

Mouais, ça vaut pas le trailer d'Avatar 2 hein...

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