Phase IV : la meilleure adaptation de Lovecraft avec des fourmis ?

Antoine Desrues | 30 avril 2022
Antoine Desrues | 30 avril 2022

L'horreur cosmique n'a pas besoin des Grands Anciens, mais de petites fourmis. Pourquoi Phase IV est-il un bijou de terreur et d'anticipation ?

Quand on pense aux classiques du film de monstres, de Tarantula ! à Des monstres attaquent la ville, la plupart d’entre eux reposent sur le changement de taille d’un véritable animal, et donc sur l’effroi lié à l’expectative d’un bouleversement de la chaîne alimentaire par cette transformation contre nature. 

Mais avec l’arrivée des années 70 et du Nouvel Hollywood, ces films de série B sont tombés en désuétude, malgré l’envie des majors de les maintenir en vie. Dans cet élan, Paramount s'est risqué à un projet improbable, en confiant au designer Saul Bass sa première réalisation. Le résultat, Phase IV, est tout sauf ce qu’on peut attendre du genre et troque ici la mutation physique de fourmis pour une évolution intellectuelle et sociétale mille fois plus terrifiante. 

 

Phase IV : photoCoucou toi !

 

1001 Pattes cauchemardesque

Afin de rafraîchir les mémoires, il est toujours bon de rappeler que Saul Bass, avant d'être le réalisateur d’un très grand film, est un plasticien de génie, connu pour ses affiches, mais surtout ses génériques de nombreux classiques du septième art. Après avoir sublimé le travail d’Otto Preminger sur Autopsie d’un meurtre ou Exodus, le bonhomme a marqué à tout jamais l'oeuvre des plus grands cinéastes, d’Alfred Hitchcock (Psychose, Sueurs froides) à Martin Scorsese (Casino). 

C’est important parce que Bass a appris à mettre en scène de purs élans formalistes, et à assembler dans le mouvement des formes géométriques plus ou moins abstraites pour dégager un geste de cinéma en accord avec l’œuvre concernée. On pense en particulier aux lignes qui strient le générique de Psychose, telles les lacérations que s'apprête à subir le corps de Janet Leigh plus tard dans le récit.

 

Phase IV : photo, Michael Murphy (XIX), Nigel DavenportParamount en voyant le premier montage

 

Or, Phase IV est tout entier construit sur un rapport aux formes et à la symétrie. Outre la structure chapitrée du film, qui se rythme comme un métronome en fonction des phases évolutives de la fourmi, Bass façonne l'étrangeté de cette transformation grâce à un duel cérébral, qu'on pense dans un premier temps équilibré. D'un côté, on a les scientifiques Ernest D. Hubbs (Nigel Davenport) et James Lesko (Michael Murphy), et de l'autre, une colonie d'insectes qu'ils observent en premier lieu avec fascination et amusement (mais aussi une pointe de mépris). C'est cette légèreté face au danger qui cause bien évidemment la perte d'une humanité trop sûre d'elle, incapable de concevoir qu'un appel du cosmos puisse bouleverser l'ordre des choses.

La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ?

Accèder à tous les
contenus en illimité

Sauvez Soutenez une rédaction indépendante
(et sympa)

Profiter d'un confort
de navigation amélioré

Tout savoir sur Phase IV

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.
Vous aimerez aussi
commentaires
JR
30/04/2022 à 16:42

@Flash, tout pareil, et bon sang que ça me manque

Flash
30/04/2022 à 10:50

Les vidéo clubs, c’était vraiment la terre promise pour un ado dans les années 80. Le nombre de films que j’ai pu voir à cette époque là.
Ce Phase IV en fait partie, même si les souvenirs que j’ai de ce film sont très très lointains.

votre commentaire