La Reine Margot : un carnage plus traumatisant que Game of Thrones et Bambi réunis

Simon Riaux | 17 avril 2022
Simon Riaux | 17 avril 2022

Quand La Reine Margot s'énerve sur grand écran, cela donne un chef-d'œuvre, qui ferait passer les traumatisants Game of Thrones et Bambi pour des blagues de Toto.

En 2007, Les Tudor, série produite par Showtime, va faire son petit effet. Récit romancé du règne marital d’Henri VIII, l’œuvre va s’inspirer des méthodes qui assurent alors le succès de la chaîne câblée américaine HBO, créatrice de feuilletons prestigieux, aux moyens bien supérieurs au tout-venant de la production audiovisuelle traditionnelle, dont de nombreux récits se démarquent par des protagonistes affirmés, aux affects dévorants... et à la sexualité aussi graphique qu’abondante.

Un succès engendrant toujours sa nuée de décalques, les séries historiques (au sens large, elles engloberont le péplum aussi bien que le récit médiéval ou les relectures de la Renaissance européennes) n’auront de cesse de se multiplier. Au cœur de cette dynamique, on trouve évidemment le succès planétaire, pour ne pas dire phénoménal, de Game of Thrones, épopée de fantasy qui maximisera un temps tout ce que le genre peut promettre de violence décomplexée et de coïts fiévreux.

Tantôt politiques, tantôt priapiques – coucou Spartacus – ces productions, souvent décrites comme des sommets de transgression formelle ou de provocation hormonale, ont un ancêtre français. Pas tant Les Rois Maudits, brandis légitimement comme source d’inspiration littéraire par l’écrivain George R. R. Martin, mais bien La Reine Margot, opéra de chair et de sang, disponible sur Netflix.

 

La Reine Margot : photoAvoir le sang chaud

 

BRÛLER LES PLANCHES

À en croire les âmes chagrines, le cinéma hexagonal n’engendre que des comédies trépanées et des drames bourgeois, quand on ne l’accuse pas un peu vite d’être incapable de sortir de la gangue du “théâtre filmé”. Avec maestria, le film de Patrice Chéreau démontre ici qu’il n’en est rien, et que le paysage cinématographique hexagonal n’a pas attendu la récente passion des festivals pour générer des œuvres plastiquement délirantes... et capables de nous faire reconsidérer jusqu’à la notion même de théâtralité. 

Avant d’être réalisateur de cinéma, l’artiste connut la consécration au théâtre, puis à l’opéra. Est-ce à dire que ses longs-métrages vont puiser dans son expérience scénographique ? Oui, c’est une évidence, mais ces greffons ne sont jamais là pour statufier la dramaturgie, mais bien au contraire la renouveler, et permettre le surgissement d’émotions nouvelles, de sidérations plastiques. Avec une réussite aussi éclatante que contre-intuitive, l’auteur remâche, recycle et repense de purs mécanismes venus des planches, pour au contraire dynamiser l’action. 

Dès les premières minutes et à la faveur d’un mariage à la cérémonie terriblement pesante, on découvre tout le projet de Chéreau, et l’éclat avec lequel il le mène. La jeune Margot, au visage comme incandescent de rage, doit échanger ses vœux avec l’époux auquel sa mère la sacrifie. La composition des plans est parfaite, millimétrée. On croit d’abord à un tableau, jusqu’à ce que parviennent le son des corps, les humeurs, le tremblement des mâchoires, un halètement, le flux et reflux régulier des poitrines se soulevant. 

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commentaires
Kimfist
18/04/2022 à 11:59

Je n'ai jamais vu ce film, mais c'est bien d'aborder le sujet du surjeux théâtral dans le cinéma français.

Personnellement, ça m'empêche encore de regarder des films français, mais j'essaie de faire des efforts. J'ai bien aimé le chant du loup, et "jusqu'à la garde" même si une des deux avocats au début vous encore comme au théâtre...

Nico
18/04/2022 à 08:05

J avais été le voir à l époque au cinéma , poussé par un article de feu Kameha magazine dans la même veine que celui -ci . Revu il y a pas si longtemps et encore plus impressionné aujourd'hui par les qualités de ce film.

Brosdabid
17/04/2022 à 15:28

Phénoménal jusqu'à la fin de la Saint Barthélémy et après je me suis fait chié

Padou90
17/04/2022 à 13:20

Avis mitigé. Impression théâtrale très marquée. D'une part surjoué et d'un autre côté magistral. Vraiment à part.

Hank Hulé
17/04/2022 à 12:22

Detesté à sa sortie.
Haï à la revoyure récente.
C’est surjoué à mort er ça se la pete grave. Avis perso naturellement…

Flash
17/04/2022 à 12:05

À revoir aussi, j’en ai un souvenir très lointain.

Eddie Felson
17/04/2022 à 11:34

Le souvenir d’un grand film vu en salle à l’époque, jamais revu depuis. Casting au top, Virna Lisi en tête… seul Pérez me semblait un ton en dessous. À revoir, assurément.

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