Spider-Man : No Way Home - comment Disney et Marvel en ont fait un FDP Macroniste ?

Simon Riaux | 12 décembre 2021
Simon Riaux | 12 décembre 2021

Spider-Man est sans conteste le super-héros Marvel le plus populaire à l’international. Le plus lu. Le plus vu. Et celui dont les incarnations filmiques ont été les plus commentées, adulées, questionnées, adorées ou détestées. Mais pourquoi ? 

Parce qu’il symbolise à lui seul toutes les ambitions de la maison Marvel : des héros issus du même quotidien que leurs lecteurs, dont les conflits, les enjeux, les dilemmes leur sont communs. À ce petit jeu, Peter Parker est forcément le grand gagnant. Adolescent ou jeune homme, il galère avec une situation familiale compliquée, des origines modestes, la difficulté d’accorder ses aspirations à son quotidien, des petits boulots dont il est bien difficile d’obtenir une rémunération décente, et bien sûr ses premières amours. 

 

 

En somme, un héros populaire, issu du cœur du corps social, qui en comprend et partage les aspirations. Sauf que depuis que Spider-Man, dont les droits sont toujours détenus par Sony, est artistiquement développé par Disney/Marvel, le héros a bien changé. En effet, il s’est transformé en atroce arachnide Macroniste, impatient de traverser la rue pour mieux casser la bouche de son prochain, surtout s’il est dans le besoin. 

Attention, cet article contient des SARCASMES, de la MAUVAISE FOI et des APPROXIMATIONS, il doit donc être lu avec modération par les FANS.

 

Spider-Man : No Way Home : AfficheQuand un graphiste appelle à l'aide

 

THÉORIE DU RUISSELLEMENT 

Dans les comics, Peter Parker se fait donc mordre par une vilaine araignée, laquelle lui confère des pouvoirs, qu'il va démultiplier via son ingéniosité, se fabriquant, au lendemain du trauma engendré par la mort de son oncle, ce qu'il lui faut de gadgets et autres lanceurs de toiles pour écumer les cieux de New York et y faire régner la justice. Le "Friendly Neighborhood Spider" peut alors être appréhendé comme une métaphore arachnide, à savoir un prédateur tissant sa toile pour piéger les nuisibles, en protégeant par la même son environnement.

Et quand le cinéma a voulu interpréter le matériau original, il a su le faire avec génie. C'est le cas de Sam Raimi, qui décide de faire de ses lance-toiles des excroissances physiques, qui l'autorisent à traiter organiquement les états d'âme de son héros au sein du récit. Aucun concept de ce type chez Disney. Tonton Mickey ne veut pas d'un protagoniste démerdard ou dont le corps serait un enjeu dramaturgique. Chez Disney, on peut s'en sortir grâce au ruissellement.

 

Spider-Man : No Way Home : photo, Tom Holland, ZendayaL'ascenseur social vous salue bien

 

La preuve, Spidey ne doit être un héros qu'aux largesses d'un milliardaire, ex-marchand d'armes, poivrot notoire, dont le loisir le plus éminent consiste en des entretiens d'embauches lubriques et des séances de bêtes à deux dos avec tout ce qui bouge, y compris la tante de son "protégé". Dès Spider-Man : Homecoming, c'est Tony Stark qui donne ses super-gadgets et - quasiment - ses pouvoirs à Peter. Il recommencera par-delà la mort, puisque le Tisseur bénéficie dans Spider-Man : Far from Home de super lunettes de vues, elles aussi saturées de gadgets, qui manqueront de détruire la planète. Le même procédé devrait opérer dans Spider-Man : No Way Home avec la figure du Dr Strange.

Bref, Parker est désormais un privilégié, un transfert de classe choisit par la bourgeoisie pour bénéficier d'un système inique. Pire, la classe dominante compte bien lui demander de jouer les chiens de garde, et tel un CRS français, mater le peuple, dont la colère gronde.

 

Spider-Man : Homecoming : Photo Michael KeatonUn ouvrier que le monde a mis à genoux

 

CEUX QUI NE SONT RIEN 

Dans les comics Spider-Man ainsi que dans les premières adaptations cinématographiques, notre héros protégeait son voisinage. Des gens de peu que l'action de méchants puissants, veules et cupides menaçait. Chez Disney, les victimes d'hier sont devenues des bourreaux. Dans le premier segment du reboot actuel, Michael Keaton interprète Adrian Toomes, un travailleur honnête, petit entrepreneur intégré dans sa communauté, dont l'entreprise, le travail et l'avenir sont pulvérisés par les actions de Tony Stark.

Et les scénaristes d'en faire Le Vautour, méchant tout désigné du film, que Spidey ira éparpiller façon puzzle pour protéger son petit pote plein aux as, et bien faire rentrer dans la tête des masses laborieuses, à coups de rangers, qu'on ne se révolte pas impunément contre les puissants. Il y a ceux qui ont tout réussi, et il y a ceux qui ne sont rien.

 

Spider-Man : Far from Home : photo"Tout ce que j'ai toujours voulu, c'est me payer un costard"

 

Mais il y a pire, il y a ceux qui sont syndicalistes et pensent au bien commun, à la manière de Mysterio. Le pauvre Quentin Beck, interprété diaboliquement par Jake Gyllenhaal, a vu lui et ses équipes se faire maltraiter professionnellement par les entreprises Stark. Quel sera son sort, pour avoir unifié les travailleurs, les avoir encouragés à recouvrer leur fierté en reprenant la main sur leur outil de travail ? La mort. Purement et simplement. Bourreau au service du Capital, Spider-Man ne fait pas de prisonnier quand il s'agit de défendre la place du marché et de ses argentiers.

Espérons que l'homme-araignée ne se risque jamais à régler un conflit social en France.

 

Iron Man 2 : photo, Scarlett Johansson, Robert Downey Jr.Félon Musc

 

TE TISSER DANS LA BOUCHE 

La vie est faite d'embûches. De déceptions. De frustrations. D'échecs. La maturité comme l'humilité nous intiment d'apprendre de ces épreuves pour mieux grandir. Murir. Mais pas le Peter Parker de Disney. Pour lui, hors de question de se soumettre à l'ordre commun, au bon sens populaire, à la morale collective. Peter veut être un bourgeois et réclame haut et fort son droit à l'exception. Tout lui est dû, et rien ne doit lui résister, en vertu de ses amitiés haut placées.

Petites corruptions entre amis, ou la vie sans honte d'un parvenu. Tel est le sous-titre qui aurait dû accompagner chacun des blockbusters produits par Marvel et Sony. Mais non, quand Peter en a marre de sa tenue en laine qui gratte les gonades, il réclame une super combinaison spatiale. Quand il en a marre de ne pas avoir la force de Stallone, il exige une combi-araignée chromée. Et quand bichon en a marre de sa vie, il demande à un mage de rebooter son existence, parce que c'est ça le fun et que c'est quand même plus pratique pour tasser la colonne de MJ.

 

Spider-Man : No Way Home : photo, Zendaya, Tom HollandDeux âmes brisées par le chaos institutionnel

 

Vous l'aurez compris, Peter Parker n'est plus le héros local, qui aide ses semblables, sauve et soutient ses concitoyens, dans le but d'assurer des lendemains qui chante et un avenir fait d'émancipation. Devenu suppôt du grand Capital, il veille désormais à ce qu'aucune tête ne dépasse et que chacun rentre bien dans le rang. Ce n'est pas la rue qui gouverne, pourrait-il susurrer à l'oreille du spectateur, une tonfa gluante de toile à la main.

D'ailleurs, après No Way Home, son prochain ennemi mortel ne sera-t-il pas probablement Eddie Brock, un journaliste d'investigation et lanceur d'alerte, symbole vivant de la démocratie ?

Tout savoir sur Spider-Man : No Way Home

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commentaires
John Red Pill
13/01/2022 à 02:51

Adoré ce billet. Merci
On fait des dissertations dans les commentaires mais il est vrai que ces films Disney/Mcu sont faits pour des enfants et ados tout au plus.
Toute facilité ou incohérente dans l histoire est permise car c est fait pour des enfants. La saga home avec ses armures en nano-robot est clairement un spin-off de la saga iron man. Le dernier volet en allant chercher dans l univers de Sony, essaye clairement de recentrer sur Spiderman et ce peu importe si l histoire conduit à des Nexus Events, que Dr Oc va toujours devoir se sacrifier en revenant dans sa dimension au moment où il crée un mini soleil à côté de New York, que l homme sable se battait à la fin pour détruire le cube alors qu il voulait rentrer dans son monde... bref

Robin hobb
22/12/2021 à 15:09

Et que dire de là dénonciation communiste chez T'choupi et de la critique du cyber harcèlement chez oui oui.
Plus sérieusement, faut baisser les consommation de produits illicites chez écran large. Ça commence à se voir...

majigador
17/12/2021 à 23:48

Oh mec, si t'as vu le film entre temps tu dois te sentir teeeeeeeeellement comment dire ^ ^

@Solarien: et c'est tellement ce qui se passe :D Jon Watts est un génie.

Flo
17/12/2021 à 13:32

Surtout quand on voit dans ces films que le héros a tout sauf déménagé dans le luxe (à part la cage dorée moche de « No Way Home », pour cause de harcèlement)… Il a juste un parrainage officieux (le FBI ainsi lui tombe dessus et l’invalide), mais mettant en pièce cette incohérence des comics dans lesquels aucun super-héros adultes n’ont eu la courtoisie d’aider un ado de 15 ans, même un peu.
Une précédente adaptation moderne, les comics Ultimate, l’ont fait avec le SHIELD… Certes menaçant plus ou moins Peter pour l’enrôler à sa majorité.
Tandis que ici, le personnage a été introduit via l’arc narratif de Stark qui repose pendant plusieurs films sur son héritage – soit celui de son père, soit ce que lui va laisser (sachant qu’il se plantera plusieurs fois, et qu’il a besoin de se rattraper, surtout avec des jeunes).
Le lien entre les deux est logique (orphelins de génie gouailleurs), mais Peter garde une identité moins cynique, moins dirigiste.
S’il y avait eu Reed Richards, c’est plutôt lui qu’il aurait un peu plus suivi. On fait avec ce qu’on a…

Myky
17/12/2021 à 13:17

Je pense qu'une large partie de ce qui est abordé ici de manière véridique à été "corrigé" assez habilement dans No Way Home à mon avis.

Simon Riaux - Rédaction
15/12/2021 à 11:50

@Flo

Merci pour ce moment.

Flo
14/12/2021 à 13:33

Non Simon Riaux, c'est fidèle tout court. Suffit de lire Ultimate Spider-Man : un gamin de visiblement 15 ans, pour qui aucun adulte ne trouve le besoin de le chapeauter pour éviter qu'il fasse des erreurs, c'est plus possible aujourd'hui... on n'est plus dans les années 60, la suspension d'incrédulité doit être plus maîtrisée encore.
Fidèle à ces comics... Ils s'adressent toujours au public du présent, avec toutes les compétences narratives acquises ou non. Et aujourd'hui, elles sont censées l'être, acquises.
Ta copine te l'expliquera peut-être mieux si elle est aussi dégourdie.

Zapatt
14/12/2021 à 09:40

Super article. Ironique , mais representatif du glissement des valeurs . Merci ecra' large

Fliflu
14/12/2021 à 08:03

Un put*in de bon article !!!enfin ! J ai le kiki dur...!

Tuco64
13/12/2021 à 15:30

Ah il a neigé de la coke à écran large !
Le coup du tassement de colonne m'a buté.

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