The Addiction : les vampires à la Ferrara ou le purgatoire des junkies philosophes

Mathieu Jaborska | 7 novembre 2021
Mathieu Jaborska | 7 novembre 2021

On oublie parfois qu'après The King of New York et Bad Lieutenant, Abel Ferrara a réalisé un authentique film de vampire, dont le titre, The Addiction, résume ses tourments de l'époque.

Il y a des sujets qui s'imposent tout seuls. Nous avions consacré un petit cycle à la figure du vampire (avec Aux frontières de l'aubeEntretien avec un VampireVampire, vous avez dit vampire ? ou encore le sublime Morse) et un article à l'un des plus célèbres films d'Abel FerraraThe King of New York. La logique impose donc un texte sur The Addiction, rencontre peu citée entre ces deux univers.

De tous les films vampiriques que nous avons traités, c'est probablement le moins célèbre, et ce pour des raisons évidentes. Tournée au beau milieu des années 1990 en noir et blanc, d'une durée d'à peine plus d'une heure vingt, cette petite production semble proposer une lecture à la fois classique et je-m'en-foutiste du mythe, tartinée de références philosophiques indigestes. Christopher Walken n'y fait qu'une brève apparition, au grand dam de ses aficionados. Et pourtant, son vampire a largement de quoi rentrer au panthéon des suceurs de sang.

 

photo, Christopher WalkenThe Walken dead

 

Drugs, drugs and drugs

Ce n'est pas marcher sur les plates-bandes de la presse people que d'affirmer que la portion la plus appréciée de la carrière Abel Ferrara a été conçue sous l'influence de substances en tout genre. Le cinéaste, désormais clean, sobre et fier bouddhiste, l'assume dans différentes interviews, pour The Independant (dans un entretien titré "C'est un miracle que je sois encore vivant"), Rolling Stone ou même The Fix. Sa confirmation n'était pas nécessaire : il suffit de le voir s'extasier frénétiquement devant la table de montage dans une archive déterrée par l'édition Blu-ray récente de Carlotta pour constater l'état dans lequel il était à l'époque.

Au milieu des années 1990, la drogue infusait toute la filmographie du metteur en scène, si bien qu'être au courant des conditions de production de ses longs-métrages leur donne une authenticité malade, passée à la postérité dans le controversé Bad Lieutenant, empoisonné par une came tout sauf fictive. À ce moment, le metteur en scène était persuadé de la nécessité de laisser ses addictions transparaître à l'écran. Il le confirme à The Fix : "Je pensais que pour faire ces films je devais être accro".

 

Photo Harvey Keitel, Bad LieutenantBad Lieutenant, qui porte bien son nom

 

Il baignait alors dans un milieu gangréné par la cocaïne et l'héroïne. D'ailleurs, Zoë Lund, actrice et co-autrice (autrice, selon elle) de Bad Lieutenant, a payé cher le prix de sa consommation assumée de ces deux drogues : en 1999, elle est décédée d'une overdose. Plus qu'un ramassis de potins, ces éléments de contexte sont une clé de compréhension de son oeuvre, où un New York suintant la dépendance accueille des personnages en marge. L'autre clé, c'est Nicholas St. John, scénariste attitré du réalisateur depuis son court-métrage Nicky's Film, et même sur son porno 9 Lives of a Wet Pussy. St. John est un vrai chrétien qui refusait de se laisser entrainer dans la spirale d'auto-destruction de son collègue, conférant à sa carrière une aura unique.

La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ?

Accèder à tous les
contenus en illimité

Sauvez Soutenez une rédaction indépendante
(et sympa)

Profiter d'un confort
de navigation amélioré

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.
Vous aimerez aussi
commentaires
La Classe Américaine
08/11/2021 à 10:03

@Ray Peterson: exact Nos Funérailles, exceptionnel. Ferrara atteint son apogee avec ce film et paradoxalement, c'est après lui qu'il amorcera le début de son déclin...

Ray Peterson
07/11/2021 à 20:11

Absolument, un très bon cru Ferrara. La scène de fin chez les bobos arty est d'enfer et Annabella Sciorra à tomber. Complètement d'accord avec le commentaire en dessous, la photographie en N&B est somptueuse. Quant à Walken, peu de temps de présence à l'image mais quel magnétisme. C'était la bonne époque de Ferrara qui signera 1 an après le très beau et mélancolique Nos Funérailles.

La Classe Américaine
07/11/2021 à 14:43

Vu a l'époque au cinema, un des plus méconnus mais pourtant un des meilleurs Ferrara lorsqu'il savait encore faire des films. Casting impeccable, ambiance incroyable, photographie a tomber.

votre commentaire