James Bond : Skyfall, GoldenEye... 007 épisodes surestimés

La Rédaction | 5 octobre 2021 - MAJ : 05/10/2021 14:25
La Rédaction | 5 octobre 2021 - MAJ : 05/10/2021 14:25

Avant Mourir peut attendre, retour sur 7 films de la saga James Bond qui sont peut-être surestimés, et méritent d'être remis en perspective.

Repoussé depuis un an et demi (temps ressenti : 150 ans et 5 litres de gel hydroalcoolique), Mourir peut attendre arrive enfin au cinéma le 6 octobre. Ce sera enfin la fin des jeux de mots sur le titre d'un film qui a longuement attendu son tour, mais également le dernier film de Daniel Craig en 007, après Casino Royale, Quantum of Solace, Skyfall et Spectre.

Choix d'un nouvel acteur pour incarner l'agent créé par Ian Fleming, rachat de James Bond par le géant Amazon (qui a avalé le studio MGM) : la saga est à un tournant de son histoire. Et alors que tous les regards sont tournés vers l'avenir, Ecran Large se replonge dans le passé. Avec une envie : revenir sur 007 films de la saga peut-être surestimés, qui ont parfois fait de l'ombre à d'autres épisodes.

 

 

BONS BAISERS DE RUSSIE

Pourquoi il est si culte : Après le succès du premier chapitre de ce qui n'était pas encore une saga, c'est ce deuxième film qui va véritablement transformer James, en Bond. Mieux écrit (ces dialogues !), mieux mis en scène, mieux rythmé, plus ambitieux et jubilatoire, le film est une réussite dans à peu près tous les domaines, qui achève de transformer les spectateurs en adeptes baveux se roulant par terre pour obtenir des suites jusqu'à la fin des temps.

Mais ce qui achève d'en faire un jalon si fort au sein de la mythologie 007, c'est la quantité d'éléments qu'il va cristalliser, lesquels deviendront des ingrédients à part entière de la saga, pour ne pas dire des passages obligés, auxquels Mourir peut attendre, un demi-siècle après leur surgissement, ne peut se dérober. On pense notamment au pré-générique, à l'affrontement ferroviaire et plus globalement à l'incarnation de la figure de l'homme de main charismatique, les gadgets, mais aussi leur fonction, ou encore les sombres plans de S.P.E.C.T.R.E. qui deviendront des récurrences évidentes. Prototype absolu, Bons Baisers de Russie a des airs de cahier des charges programmatique.

 

photoEt James devint Bond

 

Pourquoi il mérite moins d'amour : Rappelons qu'en dépit de son titre aguicheur, ledit film ne se déroule absolument pas en Russie. Et la publicité mensongère demeure un fléau contre lequel il faut lutter, classique ou pas classique. Bref, Bons baisers de Russie se moque un peu de nous, et c'est un chouïa agaçant. Plus sérieusement, on est encore aux débuts de la saga, et si cette dernière est en train de prendre forme, on demeure frappé par combien un élément central (encore problématique aujourd'hui) laisse à désirer : son scénario. 

James a désormais un style arrêté, des ennemis désignés, des rituels dans tous les sens, bref, une feuille de route extrêmement précise et structurée... mais tout cela est mû par une dynamique un peu absurde, à l'image de cette ouverture, où des assassins s'entraînent à tuer James, comme s'il était soudain devenu une légende identifiée que tous les salopards du monde veulent liquider. Soit l'antithèse d'un agent secret, à fortiori dans un monde aussi complexe et politique que la Guerre froide de la première moitié des années 60. Bref, si ce récit est un pur objet de cinéma, il appartient à une enfance du genre qui rend parfois difficile l'immersion.

De même, si Robert Shaw livre ici une performance assez géniale en assassin glacial, professionnel et retors, on est forcément déçu de découvrir que le grand méchant de ce récit n'est finalement qu'un factotum, un tueur à la petite semaine envoyé sur les traces de 007 pour le raccourcir. Même constat du côté de la James Bond Girl, pourtant interprété par la brillante Daniela Bianchi. La comédienne fait largement jeu égal avec Connery en matière de charisme, la mise en scène met intelligemment en valeur son visage, l'écriture lui confère une personnalité qu'on devine bien plus fantasque et ludique que celles qui lui succèderont... mais elle est tragiquement mal utilisée par une histoire dont elle reste en permanence satellite. Si bien que chacune de ses répliques est aussi frustrante que prometteuse.

 

photo, Robert 'Buddy' Shaw, Sean ConneryUn des affrontements les plus tendus de la saga

 

GOLDFINGER

Pourquoi il est si culte : La scène du laser avec le fameux "Do you expect me to talk ?" "No, Mr. Bond. I expect you to die", la mort de la James Bond girl Jill recouverte de peinture d'or, le grand méchant Golfdinger et Oddjov avec son chapeau tueur, la chanson de John Barry et Shirley Bassey... le 3e épisode de la saga regorge de scènes et idées mémorables, qui ont contribué à le placer parmi les opus cultes.

Goldfinger a rencontré un succès phénoménal longtemps resté un record, qui l'a imposé comme un modèle pour la saga James Bond. La recette a donc été recopiée quasiment à la lettre par la suite - une longue scène d'intro, un grand méchant protégé par un homme de main improbable, une James Bond girl sacrifiée en cours de route, une armée de gadgets, un héros globe-trotter, et beaucoup d'humour.

Bref, c'est avec cet épisode que la saga James Bond s'est transformée en or, avec même une première victoire aux Oscars (pour le montage son).

 

photo, Sean ConneryD'or bien chérie

 

Pourquoi il a perdu de sa superbe au fil des années : Goldfinger a peut-être mis en place la formule James Bond, mais la franchise a largement eu le temps de la perfectionner par la suite. Moins exotique que Dr. No et Bons baisers de Russie, moins spectaculaire qu'Opération Tonnerre et On ne vit que deux fois, le troisième épisode Sean Connery en James Bond semble finalement un peu trop simple et mécanique, sans ce petit grain de folie hormis des idées à droite à gauche.

Côté action, le spectacle est d'ailleurs un peu trop sage, voire mou, entre un 007 qui aligne quelques échecs et des affrontements comiques avec le recul (les militaires de Fort Knox, les hommes de main de Goldfinger).

Le problème n'est pas tant la bêtise de certaines parties du scénario (classique de la saga), comme le fait que Goldfinger épargne James Bond, mais fasse tuer Jill, pour l'amour de la performance artistique. Goldfinger est surtout un beau témoin du sexisme ordinaire de l'époque, avec une galerie de scènes qui donneraient presque envie de rire si ce n'était pas si triste. Bond qui dégage sa copine masseuse avec une claque sur le cul après lui avoir demandé de les laisser les hommes, Jill puis sa soeur Tilly évacuées brutalement de l'intrigue, et bien sûr Pussy Galore. La pilote, censée être lesbienne et donc insensible aux charmes du héros, sera vite calmée pour revenir dans le droit chemin comme une petite sauvageonne dans la grange. Et ce n'est pas quelques pirouettes badass qui pourront lui permettre d'y échapper.

 

photo, Honor BlackmanPas d'honneur pour Honor Blackman

 

Moonraker

Pourquoi il est aimé : Pour la même raison qui lui a valu une place dans notre dossier sur les Bond mal-aimés, en faisant le seul opus de la liste à figurer dans les deux articles. Un honneur (on prépare un placement de produit dans le prochain film) dû à sa réputation de nanar interstellaire. Ce que les cinéphiles tatillons méprisent fait le bonheur des aficionados de l'ère Moore, voyant dans cette orgie de gimmicks indignes de l'Inspecteur gadget, de clichés de science-fiction mal digérés et de plans trop mégalo pour être crédibles une consécration du versant cartoonesque du personnage.

Moonraker, c'est un beau concentré du n'importe quoi Bondien (bondage ?), mélangé aux pires des émanations de l'imaginaire de la guerre froide, avec batailles spatiales et rayons laser à la clé. Et pour motiver cette improbable aventure, qui de mieux que le plus ricanant des comédiens franco-britanniques dépeint en adepte du tir aux perdrix quatre ans à peine après sa performance glaçante dans La TraqueMichael Lonsdale rajoute encore une couche de délire à la plus délirante des aventures de 007, se déroulant dans un centre Pompidou à peine maquillé en base scientifique, une Venise où les morts se réveillent pour flinguer à tout va et une station spatiale des plus indiscrètes.

D'où son culte évident, qui est allé jusqu'à le faire exister dans des blockbusters super-héroïques récents, comme dans Black Widow, où il est cité directement.

 

photoLe futur, enfin presque

 

Pourquoi il mérite moins d'amour : Parce qu'il n'est pas si rigolo en définitive, voire parce qu'il échappe un peu à la définition du gros nanar tel qu'on aime les savourer, une bière à la main. Moonraker cesse rapidement d'être ridicule pour se parodier lui-même. Difficile de croire à la spontanéité naïve de la plupart de ses situations les plus abracadabrantesques. Et d'ailleurs, il se mue bien vite en gigantesque pastiche, qui n'hésite pas à outrepasser certaines limites établies, comme celles du gag visuel pur (le bateau roulant de Venise) ou de la référence à la culture populaire (l'emprunt sonore à Rencontres du troisième type).

Et si la plus mooresque des aventures de Moore n'était finalement qu'une exploitation cynique des codes de la saga vouée à flatter les tendances bis des amateurs de cinéma d'action ? Non pas que la franchise n'ait jamais été tentée de profiter un peu des succès de son ère, au contraire, mais savoir que l'écriture a été motivée par la résurgence de la science-fiction (Star Wars est passé par là) rend la folie qui s'en dégage moins amusante. Car si Moonraker constitue pour certains un James Bond divertissant, il reste un piètre film de science-fiction, en dépit de ses ambitions.

 

photoBase spatiale #15864687

 

Aussi allumé soit le concept du dernier acte vis-à-vis du monde dans lequel évolue l'espion, aussi succulents soient les lasers des hommes de main du méchant, jamais cette longue scène n'atteint les niveaux d'absurdité de certains space operas post-Star Wars de l'époque. Elle se contente de recycler bien des poncifs d'un genre dans lequel elle rechigne à s'immerger complètement, comme le prouvent les designs des vaisseaux, tristement génériques quand on connait l'inventivité de certains décors de la saga.

La décennie 1970 nous aura pourtant gâtées en Z spatiaux savoureux, tous devenus de glorieux nanar trônant en tête de gondole des collections des cinéphiles curieux. Sean Connery lui-même avait carbonisé son image en troquant le costume anglais contre le slip à bretelles croisées dans Zardoz. Le cinéma d'exploitation italien avait fait fort avec le légendaire Star Crash un an auparavant. Et surtout, un an après, Flash Gordon s'apprêtait à redéfinir le kitsch SF, avec une générosité qui fait défaut à cette 11e aventure.

 

photoPiou, piou

 

AU SERVICE SECRET DE SA MAJESTÉ

Pourquoi il est super aimé : Assez logiquement parce que Au service secret de Sa Majesté est l'un des meilleurs James Bond. Après la très longue période de Bond version Sean Connery, George Lazenby a complètement bousculé les habitudes du personnage. Terminées les aventures indépendantes et bonjour les liens (succincts certes, mais bel et bien réels) entre les films et ici les précédentes missions de l'espion 007 (et donc forcément les aventures de l'espion incarné par Sean Connery).

George Lazenby a beau être le nouveau visage de l'espion, il ne représente pas du tout une renaissance, mais bien une continuité de la période Connery. Loin d'être un poids, le changement d'interprète est totalement assumé par le récit (dès la scène d'ouverture avec le brisage de 4e mur) pour mieux rendre le spectateur complice de cette nouvelle identité (qui deviendra même une force puisqu'elle lui permet d'échapper à la vigilance de son ennemi de toujours Blofeld).

De fait, le long-métrage réussit à conserver ce que les cinq films précédents avaient instauré (du spectaculaire, de l'action à foison, un espion courageux) tout en amenant 007 dans un registre beaucoup plus dramatique. Le James Bond de Lazenby est devenu un homme bien plus vulnérable, plus fragile et surtout amoureux. Avec une relation plus puissante et monogame, ses sentiments sont décuplés et la mort de sa jeune épouse en devient que plus triste et tragique.

 

Photo George LazenbyUn plan que tout le monde a pris en pleine face

 

Pourquoi il mérite moins d'amour : Parmi la liste des films présents dans ce dossier, Au service secret de Sa Majesté est peut-être celui qui est le moins aimé et porté aux nues, car le plus méconnu. Étant le seul film porté par George Lazenby, le long-métrage est légèrement tombé dans l'oubli face aux ères plus pérennes de Sean Connery, Roger Moore, Pierce Brosnan ou même Daniel Craig. Toutefois, difficile de ne pas trouver que les fans de l'unique long-métrage Bond ère Lazenby ne se touchent pas un peu trop sur la qualité du métrage.

Certes, il renouvelle la figure de 007, mais globalement l'histoire est d'un classicisme peu emballant. Encore une fois, James Bond est confronté à un méchant qui veut contrôler le monde (wow quelle surprise) et qui plus est, ce méchant est le même que dans trois des précédents opus (aka Blofeld donc). Une idée ingénieuse sur le papier qui permet de passer en douceur le relai entre Connery et Lazenby, mais qui prouve, d'une certaine manière, le manque d'envie de renouveler le bousin.

Pire, elle atteste d'un grand manque d'originalité tant la mission de l'espion avance et déroule sa trame sans jamais trop se risquer à des embardées. Alors évidemment, il y a ce sentimentalisme novateur pour le héros, mais il manque de place et révèle véritablement la tragédie du personnage seulement dans les derniers instants. Et puis sérieusement, au-delà de tout ça, le film est ultra-kitsch. Rien que regarder la séquence pré-générique accélérée vous donnera une bonne idée du ridicule des scènes d'action qui suivront. 

 

PhotoPuis bon, le sexisme ordinaire, c'est quelque chose

 

GOLDENEYE

Pourquoi il est adoré : C'était le grand retour de James Bond, et son entrée dans l'âge moderne. Après une pause forcée de six ans (la plus longue de la saga) suite à des problèmes de business entre Danjaq (la société des Broccoli) et MGM-United Artists, le contrat de Timothy Dalton était terminé, et l'acteur ne souhaitait pas rempiler. En parallèle, Barbara et Michael G. Wilson ont pris le relai de leur vieux père, pour superviser le premier James Bond post-chute du mur de Berlin.

GoldenEye était donc un grand chapitre nouveau pour la franchise, qui devait s'adapter pour survivre. Le choix de caster une femme (Judi Dench) pour incarner M n'est pas anodin, d'autant qu'elle accueille 007 comme une "relique de la Guerre froide", et un "dinosaure sexiste et misogyne". Déjà approché pour remplacer Roger Moore, à une époque où il était bloqué sur la série Les Enquêtes de Remington Steele, Pierce Brosnan est devenu le visage du renouveau.

Et tout le monde a accueilli GoldenEye comme le redémarrage parfait de la saga, entre vieux refrain connu (une histoire de laser spatial et de grosse vengeance) et soif de modernité (notamment côté technique, avec l'avènement des CGI). Avec plus de 350 millions au box-office, soit un score largement supérieur au précédent opus, ce 17e épisode réalisé par Martin Campbell a imposé le nouveau schéma du succès. GoldenEye a bercé une génération entière, reboosté l'aura du personnage, et imposé quelques références instantanées (le thème de Tina Turner, Famke Janssen en Xenia Onatopp).

 

photo, Pierce BrosnanTank Boy

 

Pourquoi il faut se calmer un peu : Rien que la musique d'Eric Serra (que même Martin Campbell critique) devrait servir d'avertissement. GoldenEye était peut-être un James Bond exemplaire en 1995, mais il a depuis été largement ringardisé par la saga et le monde. En bouffant à tous les râteliers (avec notamment beaucoup d'humour) pour cocher toutes les cases, afin de redynamiser la marque et réimposer James Bond dans le paysage, le film a pris la forme d'un spectacle ultra-calibré, mais un peu terne.

Le méchant épris de vengeance avec une méchante balafre sur le visage, la gentille James Bond girl scientifique légèrement insipide, la méchante James Bond girl pour le quota de sexualité débridée, le décor perdu dans la jungle... c'est la formule quasi originale de James Bond, mais peut-être trop respectée à la lettre par une équipe de bons élèves, soucieux de ne froisser personne et séduire un peu tout le monde.

Pas aidé par la photo grisâtre de Phil Méheux (qui reviendra avec Campbell sur Casino Royale), GoldenEye s'est terni avec le temps. Hormis le gros parfum de nostalgie, le film ressemble maintenant à un épisode très classique qui n'a ni le grain de folie des volets grandiloquents ni la modernité des plus récents. Un mauvais esprit dirait même que GoldenEye peut remercier Tina Turner, les cuisses de Famke Janssen, le tank et ses dérapages, pour sa postérité. Et pas grand-chose d'autre.

 

photoMais elle, on l'aime

 

Casino Royale

Pourquoi il est super aimé : Casino Royale n'a pas volé sa réputation, tant les défis qu'il concentrait étaient nombreux. Il était question de défendre un choix de casting loin de faire l'unanimité tout en accordant au personnage un nouveau départ et un nouveau style, d'introduire un arc narratif beaucoup plus cohérent, et beaucoup plus humanisant. Il fallait donner envie de redécouvrir l'agent, quatre ans après Meurs un autre jour.

Et le pari est remporté en grande partie. Le retour aux sources fonctionne sans peine, grâce à quelques scènes d'action ébouriffantes et une poignée de parti-pris - présents dès l'introduction avec ce noir et blanc inaugural - originaux. Bond version Craig se la joue super-héros à l'image de ses prédécesseurs avant de comprendre malgré lui que dans ce monde trouble, cela ne lui apportera que des ennuis. Il va donc devoir en appeler à son humanité, quitte à délaisser ses traits de caractère habituels, et se laisser sombrer dans une tragique romance.

Des idées osées, qui avaient tout pour foirer, mais qui s'imposent avec facilité, grâce à un casting parfait, entre une Eva Green en passe de faire des femmes fatales et fortes son domaine de prédilection, une Judi Dench déjà parfaitement à sa place et un Mads Mikkelsen prédestiné à affronter 007. Le nom du méchant qu'il incarne, pourtant dans la grande tradition de la saga, symbolise les nouvelles menaces auxquelles le MI6 va être confronté, tandis que James Bond est forcé de transformer sa force brute en diplomatie musclée.

 

Photo Daniel Craig, Mads MikkelsenAgression presque sacrilège de la virilité du héros

 

Pourquoi il mérite moins d'amour : Nul doute que Casino Royale a relancé l'intérêt de toute une partie du public pour l'espion et que Daniel Craig s'est emparé assez facilement du rôle. Reste qu'il souffre d'un défaut inhérent à la plupart des films de son ère, plus voyant ici que dans les autres. Il démarre sur les chapeaux de roue avec une séquence d'action introductive à couper le souffle, qui en fait peut-être l'un des seuls blockbusters des années 2000 à incorporer correctement la mode du parkour à ses cascades... et ne retrouve jamais la même vélocité, la même générosité, trop occupé à plonger dans la psyché et les faiblesses du héros.

Ainsi, le climax et son concept lourd en symbolique n'existent que pour renforcer la tragédie du récit, négligeant leur dimension spectaculaire. Hormis ces dernières minutes, seule la poursuite sur le tarmac de l'aéroport parvient à rivaliser, à la faveur d'une cascade millimétrée, avec l'inventivité des premières minutes.

Les nombreux défenseurs du long-métrage avanceront que les parties de poker, entrecoupées d'interludes musclés (avec un petit redémarrage de coeur en prime) constituent les séquences les plus palpitantes. Ici, nous ne sommes pas tous égaux devant Casino Royale. Les amateurs de poker ont sans doute eu le souffle coupé après l'inespérée quinte flush, mais les autres ont eu l'impression de passer à côté d'un twist remarquable. Heureusement, ils peuvent se rattacher au jeu de Mikkelsen et son faux bluff évident. 

Cette version plus rêche et réaliste de 007 perd en fun ce qu'elle gagne en profondeur. Voilà qui peut inévitablement diviser. Il faudra attendre Skyfall pour voir Bond marier sa crise existentielle avec ses gimmicks les plus attachants.

 

Photo Daniel Craig"Je comprends tout à cette partie... enfin presque"

 

Skyfall

Pourquoi il est devenu une référence 007 : Après Casino Royale (qui avait ravivé la flamme) et Quantum of Solace (qui avait pissé dessus, notamment à cause de la grève des scénaristes), la saga James Bond se retrouvait à nouveau dans une situation fâcheuse. Et personne n'aurait pu imaginer que le 23e épisode allait faire l'effet d'un bidon d'essence jetée dans le brasier 007. Avec plus d'un milliard encaissé au box-office, un Oscar pour la meilleure chanson originale et un amour à peu près absolu côté critique et public, Skyfall a marqué l'histoire de James Bond.

Première explication : Sam Mendes. Oscarisé pour American Beauty, le réalisateur des Sentiers de la perdition et Les Noces rebelles était un choix inspiré et inattendu dans la famille Bond. En parfait chef d'orchestre, le cinéaste a posé un regard neuf sur la mythologie, et réuni une équipe en or : Roger Deakins à la photo, Thomas Newman (et Adele) à la musique, John Logan (Gladiator, Aviator) en co-scénariste, ou encore Javier Bardem en antagoniste.

 

photo, Javier Bardem"Vous trouvez pas ça bizarre qu'on se touche le zob en parlant de Picasso, hein ?"

 

Skyfall a donc une sacrée gueule, et s'est instantanément imposé comme l'un des épisodes les plus beaux. La baston en ombres chinoises dans l'immeuble à Shanghai (particulièrement bien découpée), le casino de Macao, le manoir Skyfall en feu : le film est particulièrement soigné, et s'éloigne des couleurs ordinaires et grisâtres de la saga.

Avec la fin de M version Judi Dench, les retours de Moneypenny avec Naomi Harris et Q avec Ben Whishaw, et le passé ténébreux de James Bond, Skyfall se positionne entre passé, présent et futur avec un scénario plus sombre et torturé, en écho à sa renaissance douloureuse dans Casino Royale. Silva a beau faire dérailler le métro à Londres, ce 23e a remis 007 sur les rails.

 

Photo komodo sceneCasino presque royal

 

Pourquoi il mérite moins d'amour : Skyfall est bien, Skyfall est beau, Skyfall est noir. Mais Skyfall est long aussi, avec 2h20 qui semblent plus longues que celles de Casino Royale. L'approche plus cérébrale de Sam Mendes, qui ne court pas après l'action gratuite, peut donc désarçonner, surtout avec le scénario signé Neal Purvis, Robert Wade et John Logan.

Un mauvais esprit (toujours le même) résumerait le grand final à un Maman, j'ai raté l'avion dans une vieille maison humide en Écosse, où Bond et ses copains grabataires affrontent une organisation criminelle à coup de lattes de parquet piégées. Mais en réalité, c'est l'écart entre le premier degré solennel de l'écriture et les bonnes vieilles ficelles James Bondesque qui laisse parfois perplexe. Comme si deux films coexistaient, et parfois dans la douleur - ce qui serait logique puisque les scénaristes Purvis et Wade datent du Monde ne suffit pas, alors que Logan était tout nouveau.

Le grand méchant Silva obéit ainsi aux vieux codes de la franchise, avec sa tronche accidentée, sa vengeance d'ex-agent vener, son île secrète, et ses plans absurdes (ralentir Bond avec une bombe activée par une radio, pour qu'un métro qui passait au bon moment se crashe pile au bon endroit). Et il suffit de regarder le personnage raté de Severine, interprété par Bérénice Marlohe, pour se dire qu'il y a de gros déséquilibres dans ce scénario.

Tout savoir sur Mourir peut attendre

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commentaires
Ethan
06/10/2021 à 12:48

@trucbidule
En fait ici il y a davantage de jeunes et qui n'ont connu que les bond avec Craig

C'est triste de dire que les films d'avant sont ternes alors que ce n'est pas vrai (confère messages précédents)

Grabataire box
06/10/2021 à 10:16

@Trucbidule
C’est pour les fans de James en Ehpad

Trucbidule
06/10/2021 à 08:06

@musicbox

??????
Goldfnger, Diamond for ever, c'est du pipi de chat?

Ethan
06/10/2021 à 08:02

@Music box
La meilleur niveau chanson et musique pour toi
Pour moi c'est Goldeneye
Après la plupart des musiques sont bien dans les James Bond

Casino royale se veut choquant au niveau du romantisme. Et c'est dommage. La scène d'amour est beaucoup plus romantique dans Goldeneye.
Casino Royale est aussi dans le choquant sur la scène de torture. Meurs un autre jour ne va pas loin et c'est mieux
Il faut pas oublier que le cinéma fait rêver avant tout on y va pas pour être choquer. En plus il y a pas mal de jeunes qui vont voir ces films

Music box
06/10/2021 à 06:48

Il faut le souligner pour Skyfall, la chanson d’Adele est phénoménale et fait partie des meilleures de la saga et des meilleures de l’ère Craig avec No Time to Die de Billie Eilish. Et soulignons aussi que pour une fois la meilleure musique coïncide avec un des meilleurs Bond !
Avant on trouvera À view to a kill de Duran x2 et l’increvable Live and let die de Mc Cartney
Une vraie music box

dododu92
06/10/2021 à 04:47

Le problème de Skyfall c'est l'inspiration trop prononcée sur The Dark Knight.

La scène de l'évasion m'a laissé de marbre tellement c'était flagrant.

Ethan
05/10/2021 à 22:16

Skyfall et Spectre sont bons mais il le côté vieille voiture est bas been je trouve

Goldeneye ne s'est pas terni, c'est juste vos yeux qui ne le regarde plus de la même manière car nous sommes aujourd'hui sur du numérique

Il faut essayer de faire la différence et ne pas tomber sur l'excès ça a vieilli. Et il est toujours possible de le revisionner via une vhs et une télé d'avant

Maintenant sur le numérique ce n'est pas super au niveau des cascades qui sont trafiquées. Là où avant elles étaient d'origine

Bonisseur de la bath
05/10/2021 à 21:51

Moi j'ai trouvé que le principal défaut de Skyfall était de copier un peu la trame de Dark knight (ambiance plus sombre, méchant nihiliste qui a toujours un coup d'avance, perso féminin iconique sacrifié...). A part c'est bien le opus que je retrouve vraiment bon. Les 15 premières minutes sont au dessus de tout ce que la franchise a pu faire d'autre.

Yamcha
05/10/2021 à 18:02

@ TX

Pourquoi, le plan s'est déroulé sans accrocs ? ;]

TX
05/10/2021 à 15:15

Pour moi la fin de Skyfall m'a fait penser à un épisode de L'Agence Tout risque

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