Dune : Timothée Chalamet a-t-il les épaules pour être un héros hollywoodien ?

La Rédaction | 19 septembre 2021
La Rédaction | 19 septembre 2021

Sa sélection a beaucoup fait jaser. Timothée Chalamet est-il le meilleur choix possible pour incarner le héros de Dune ?

La planète cinéphile avait appris la nouvelle le 16 juillet 2018 dans les colonnes de DeadlineTimothée Chalamet hériterait du rôle principal de l'adaptation, si redoutée, de Dune supervisée par Denis Villeneuve. Alors que ce choix se confirmait, encore influencées par un Blade Runner 2049 loin de faire l'unanimité, les réactions furent nombreuses, parfois violentes, parfois enthousiastes. Et jusqu'à la sortie du long-métrage le 15 septembre 2021 chez nous, voire après, sa légitimité à rentrer dans le distille de Paul Atréides n'a cessé d'être remise en question, à l'occasion de joutes en ligne meurtrières.

Des débats prévisibles : déjà incarné par le très apprécié Kyle MacLachlan dans l'adaptation de Lynch, le Mahdi, connu sous le nom de Muad'Dib ou Usul, est l'un des protagonistes les plus marquants de l'histoire de la science-fiction. De son côté, le comédien révélé aux yeux du monde par Call Me by Your Name ne fait pas l'unanimité. Maintenant que ce premier opus est sorti et au regard de la carrière et la réputation de l'acteur, était-il le meilleur choix possible ?

 

 

small beginnings

« Le choix de Timothée Chalamet s’est révélé très simple : il n’y a pas eu de casting ! Je n’envisageais que Timothée. Je n’avais pas de plan B. Autrement dit, je tournais Dune avec Timothée Chalamet, un point c’est tout". Voilà comment Denis Villeneuve justifie son choix dans le dossier de presse du film, avant de renchérir à son sujet : "C’est un immense acteur, fascinant et merveilleux." Au-delà de la déclaration promotionnelle, il a toujours affirmé avoir pensé son adaptation avec le comédien en tête, qu'il estime beaucoup. De son côté, Chalamet a également fait des pieds et des mains pour travailler avec le réalisateur. Leur collaboration n'a donc jamais été mise en doute.

Et d'ailleurs, les deux compères se sont déjà croisés auparavant. Un entretien avec le cinéaste dans GQ, en 2020, révélait que l'acteur avait déjà passé une audition pour Prisoners, son sombre thriller finalement porté par Hugh Jackman, Jake Gyllenhaal et Viola Davis. Recalé à cause de son physique, il avait donc loupé une chance de percer sur grand écran. À l'époque (Prisoners est sorti en 2013), il n'avait à son compte que deux participations à des courts-métrages (Sweet Tooth et Clown), ainsi que plusieurs apparitions remarquées à la télévision, dans New-York - Police judiciaire, Royal Pains, L'amour plus fort que la raison, Trooper et surtout dans 8 épisodes de la saison 2 de Homeland.

 

photo, Timothée ChalametÀ l'assaut d'Hollywood dans Homeland

 

Car c'est peut-être aussi l'une des raisons pour lesquelles le metteur en scène a jeté son dévolu sur lui : il a pu suivre sa carrière depuis ses débuts et constater la singularité de son ascension. En effet, tout comme Paul, dans l'ombre du Duc durant toute la première partie du récit, il s'est souvent contenté du second plan. Dès son premier long-métrage de cinéma, Men, Women & Children, il est resté en retrait. Le grand public a commencé à l'identifier après sa collaboration avec Christopher Nolan, pour qui il incarne le plus second des seconds rôles : celui du jeune Tom dans Interstellar. Un personnage typique de l'auteur de Tenet, qui s'efface au profit des héros.

Bien sûr, il y a eu quelques rôles principaux... ou presque, comme dans One & Two et Miss Stevens, au sein desquels il complète un duo. Mais il a fallu qu'il attende un évènement majeur pour véritablement percer. Avec Call Me by Your Name, où il fait les yeux doux à un Armie Hammer encore fréquentable, l'avènement de la maison Chalamet a débuté officiellement. Il fut nommé pour l'Oscar du meilleur acteur, aux Golden Globes et dans un nombre de cérémonies impressionnant.

Depuis, ses seconds rôles ont pris en prestige (Lady Bird, Hostiles, Les Filles du docteur March et bientôt The French Dispatch, ainsi que Don't Look Up) et ses premiers rôles en importance (My Beautiful Boy, Un jour de pluie à New-York ou Le roi), bien qu'il doive toujours partager le haut de l'affiche. Dune est donc son premier vrai rôle de héros au sens élémentaire du terme (avant Wonka), le premier le plaçant au-dessus de ses collègues. Le symbole doit compter pour Villeneuve : à l'instar de Paul, c'est un petit prince trop jeune pour la gloire et propulsé prophète dans un univers inédit.

 

Photo, Timothée ChalametCasquette à l'envers dans Don't Look Up

 

La nouvelle génération de la controverse

Villeneuve le compare à une "rockstar" dans GQ. Pourtant, sa célébrité reste très différente de celle des figures qui ont dominé Hollywood ces dernières années. Issu de la télévision, puis du cinéma indépendant américain, où sa binationalité a été bien utile, Chalamet n'a jamais renié ses racines. Les auteurs sont juste désormais plus médiatisés, ils disposent de plus de moyens. Mais une fois de plus, Dune ne sera que son deuxième véritable blockbuster après Interstellar. Et faut-il rappeler que lors de l'annonce de son engagement dans la fresque de science-fiction, il sortait à peine de Call Me by Your Name ?

Son visage a beau être connu de tous les cinéphiles et d'une immense partie du grand public, il n'a jamais vraiment approché le cinéma qui côtoie les cimes du box-office, contrairement à la plupart des comédiens-vedettes de sa génération. La comparaison la plus évidente est à faire avec Tom Holland. Ce dernier, peut-être le plus en vue des jeunes acteurs actuels, de un an seulement le cadet de Chamalet, a du passer chez Marvel pour imposer son image de roi de la promo.

 

photo, Timothée ChalametChalamet et Villeneuve parlent français : un avantage non négligeable lors du tournage

 

L'attachement de Chalamet à un cinéma hollywoodien moins tonitruant parle forcément à Villeneuve, lui qui essaie également d'insuffler une certaine noblesse et une esthétique plus dépouillée, parfois carrément à contre-courant de ses contemporains (avec jusqu'ici un échec à la clé, Blade Runner 2049) dans la culture populaire actuelle. Il l'avouait carrément dans un entretien à Far Out, perdu dans les louanges envers son interprète : "Il a des traits qui me rappellent les vedettes hollywoodiennes à l'ancienne. C'est une vraie vedette de cinéma. Il a un charisme incroyable". Dans leurs goûts, les deux artistes sont sur la même longueur d'onde.

Néanmoins, paradoxalement, il n'a pas inspiré confiance à tout le monde. Aux antipodes des beaux gosses baraqués qui ont baladé leurs abdos saillants sur les bobines de pellicule des années 1980, 1990 et 2000, il revendique son aspect juvénile et frêle et échappe pour beaucoup à la définition d'une star de cinéma, comme si ses épaules étaient trop maigres pour porter le poids d'une oeuvre aussi monumentale que Dune.

 

photo, Timothée ChalametÉcrasé par les décors

 

En réalité, Chalamet semble populaire chez une génération elle-même très jeune. Il a bien un point commun avec Tom Holland : celui d'adapter parfaitement sa bouille aux réseaux sociaux. Tant et si bien que la confidentialité d'une grande partie de sa filmographie ne dérange que peu sa notoriété. Il est autant la muse de Luca Guadagnino que de Tik Tok et Instagram. Évidemment, il n'est pas aussi populaire que Holland et ses 47,8 millions d'abonnés sur Instagram ou d'autres méga-stars du style. Mais il a réussi à s'imposer comme l'étoile montante par excellence sans pour autant céder à un film de super-héros. Évidemment, Dune va probablement encore booster sa côte.

Voilà un type de célébrité qui intéresse probablement bien Villeneuve : Chamalet, qu'on apprécie ou pas son jeu, est perçu par beaucoup comme l'un des principaux symboles d'une nouvelle génération. Et c'est justement ce qu'il incarne dans cette histoire : une relève forcée de corriger les erreurs de maîtres de guerre épuisés (Leto, le Baron Harkonnen). Son statut si particulier sied parfaitement à la trajectoire du personnage. Et Blade Runner 2049 a prouvé à quel point le cinéaste aimait jouer de l'aura de ses têtes d'affiche.

 

Photo Zendaya, Timothée ChalametDeux symboles

 

Paul dans le livre

Tandis que tout le monde s'empressait de louer ou mépriser le jeune comédien, une question était sur les lèvres les plus raisonnables : qui est Paul ? Jeune héritier de la maison Atréides, il n'est âgé que de 15 ans lorsque le récit débute, sur sa planète de Caladan. Pour le reste, on laisse Frank Herbert et sa Révérende mère le décrire (la traduction est de Michel Demuth) :

"Il avait le visage ovale de sa mère, avec une ossature plus forte. Ses cheveux étaient noirs, très noirs, comme ceux du duc, son père. Ses sourcils étaient ceux de ce grand-père du côté maternel dont on ne pouvait dire le nom. Il avait un nez fin, plein de dédain, et ses yeux verts avaient le regard direct du vieux Duc, son grand-père paternel qui était mort."

Une description extrêmement comparative trahissant bien le style de l'auteur, qui ne cesse de relier entre elles les composantes de son univers. Ce passage nous montre Paul vis-à-vis de son entourage, préfère subtilement nous suggérer sa place plutôt qu'énumérer ses traits physiques. Chez Herbert, et particulièrement dans le cas de Paul, ce sont les attitudes qui définissent les personnages. Toutefois, physiquement, Chalamet correspond à la description du roman.

 

Photo Timothée ChalametDark sasuke.JPEG

 

Renfrogné, pas spécialement costaud, il laisse transparaitre sa jeunesse, quoique sa stature et son air sombre trahissent non pas ses capacités autocratiques (qui sont justement l'apanage des grandes maisons), mais son potentiel symbolique (il est au coeur d'une philosophie voire religion cultivée par les Fremen). Un esprit puissant dans un corps frêle. Toujours dans Far Out, Villeneuve l'expliquait lui-même :

"[...] C'est un acteur phénoménal, c'est quelqu'un qui a beaucoup de profondeur, quelqu'un qui est très mature pour son âge parce que Paul Atréides est une vieille âme dans un corps jeune, et Timothée a ça."

Une lecture classique, mais intéressante du protagoniste, qui se répercute sur ce choix. En effet, l'acteur a souvent été engagé pour servir une réflexion sur sa propre maturité. C'est, par exemple, toute la singularité de son jeu dans Call me by Your Name, où il est aux prises avec un Armie Hammer magnétique, dont l'apparente virilité s'oppose à son apparente fragilité. Ici aussi, il doit incarner un personnage forcé de sortir de l'enfance et de se confronter à des sentiments complexes. Reste à savoir s'il est à la hauteur des enjeux.

 

Photo , Timothée ChalametMoins d'enjeux, autant de pression

 

Paul dans le film

Chacun jugera de sa performance, déjà - à l'heure où sont écrites ces lignes - auscultée et commentée par la moitié des observateurs de la pop culture. Tout le monde n'a pas le même référent : si sa sélection n'a en effet rien d'hérétique chez une majeure partie des lecteurs, les aficionados du film mutilé de Lynch le compareront forcément à Kyle MacLachlan, le premier élu du grand écran après l'échec de la version de Jodorowsky, qui voulait confier le rôle à son propre fils.

Pourtant, le Paul dirigé par Lynch n'est pas si différent de cette nouvelle interprétation. L'acteur devenu depuis la muse du réalisateur de Blue Velvet avait le même âge que Chalamet lorsqu'il a hérité du rôle : 25 ans (eh oui !). Inconnu au bataillon, il avait été sélectionné pour son air innocent, quoique sage. Et lui aussi incarnait l'héritier des Atréides avec une fragilité qui devenait vite une façade. Seule sa silhouette, plus élancée, le distingue de son successeur. Dans un entretien d'époque avec le média espagnol De Película retrouvé par la chaine DuneInfo, il revenait sur son approche :

"Je me suis concentré sur trois ou quatre différentes qualités de Paul, et avec l'aide de David [Lynch], j'ai essayé de les recréer le plus fidèlement possible au livre."

 

photo, Kyle MacLachlanPaul pré-Chalamet

 

Dans un autre entretien retrouvé par la chaine, Lynch détaillait ces qualités : "Une innocence, une force pouvant amener à diriger, une intelligence visible dans les yeux et une qualité spirituelle en plus".

Les nombreux défenseurs de Chalamet avanceront qu'il joue également ces caractéristiques. Et d'ailleurs, lorsqu'il parlait de son acteur à Stephen Colbert d'IGN, Villeneuve en revenait à la même conclusion : "Une intelligence très, très profonde dans les yeux". Une fois de plus, libre à chacun de les comparer, mais l'approche reste plutôt similaire.

L'avantage de Dune, c'est qu'il contient une séquence-clé, obligatoire, annonçant l'intégralité du récit à venir, située au tout début (le livre s'ouvre quasiment sur elle) et faisant office de test à la fois pour le personnage et pour le comédien qui l'incarne. C'est le Gom Jabbar. Comme Chalamet le reconnaissait lui-même lors de la conférence de presse du film à Venise, il n'y a pas plus évident défi et complexe exercice pour un acteur que de mettre sa main dans une boite dont le contenu est décrit uniquement par le mot "pain" (douleur en français, il n'y a pas de boulanger sur Caladan).

 

photo, Timothée ChalametLe baptême du feu

 

Les deux réalisateurs en avaient conscience. Mais tandis que Lynch entrecoupait la performance de MacLachlan par des inserts sur l'intérieur de la boite, amputant un peu sa mystique, Villeneuve laisse le poids de la scène sur les épaules de Chalamet, dont le jeu n'est interrompu que par de brefs flashs censés symboliser sa douleur. Celui-ci se lance alors dans une véritable démonstration, exprimant non seulement la souffrance, mais également sa maîtrise, face en plus à une comédienne unanimement respectée, Charlotte Rampling.

La séquence est autant révélatrice des choix du cinéaste que de l'appréciation du spectateur. Ici, son interprétation nous a plutôt convaincus, même si sa prise de conscience et sa transformation en chef, spécifiquement dans le passage sous la tente, nous ont apparu un peu trop brutales. Si la suite de ses aventures se concrétise, il devra alors achever sa mue en authentique prophète, entrevue à l'occasion d'un flash-forward rêvé très commenté. Et pour le juger alors, il faut évidemment le juger maintenant, en salles.

Tout savoir sur Timothée Chalamet

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commentaires
jeandive
23/09/2021 à 01:41

sans doute un très bon acteur mais peu de charisme et pas vraiment un bon choix pour le personnage de Paul. d'ailleurs le film dans son ensemble est sur la même valeur, assez fade, lisse , les méchants ne font pas peur et sont peu présents de toute façon , comme la plupart des personnages secondaires, Même Jessica est pleurnicheuse. Dune n'est pas assez " nourrie"

Eddie Felson
21/09/2021 à 16:58

@KyleReese +1

Flash
21/09/2021 à 12:26

Kyle @ + 1

Kyle Reese
21/09/2021 à 11:53

@Spooky

Non mais ce troll ...

1- "Null" = 0 à part le chiffre en lui-même rien n'égale 0 et encore moins un humain.
2- "Le monde du cinéma l'impose" ??? Encore heureux que ce soit ce monde là qui choisit ses acteurs et pas toi ou le quidam du coin ...
3- "On en veut pas" ... "On"=Spooky ? Tu fais parti du groupe de On ? Narcissique peut être ?
4- "Null dans ..." voir 1
5- "C'est juste un mannequin" oui il est beau, a du charme, est apprécié et a les épaules pour jouer ce rôle ... jaloux ?

Spooky
21/09/2021 à 00:36

Il est nul, le monde du cinéma l'impose alors qu'on en veut pas...
Nul dans interstellar, nul dans the king
C'est juste un mannequin

Framboise
21/09/2021 à 00:11

J'apprécie beaucoup cet acteur que j'ai vu dans plusieurs films et il a les épaules qu'il faut pour continuer

Pat Rick
20/09/2021 à 21:02

Il joue bien, on ne peut le nier, il est bon dans Dune. Mais tout comme Zendaya, on ne peut pas dire qu'ils transpirent de charisme.

Nono45
20/09/2021 à 17:26

Il a comme des airs à Zemmour, non ?

mrjulot
20/09/2021 à 16:24

Il peut surtout remercier papi, tonton et tata !

storm
20/09/2021 à 13:55

moi je trouve qu'il n'a pas de charisme

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