Avant Shang-Chi, retour sur Iron Man 3, la transgression de Marvel et son Mandarin sacrilège

Simon Riaux | 28 août 2021 - MAJ : 29/08/2021 15:06
Simon Riaux | 28 août 2021 - MAJ : 29/08/2021 15:06

C'est l'histoire d'un risque (mal) calculé. C'est l'histoire d'un film de héros pas super. C'est l'histoire de fans colériques. C'est l'histoire d'Iron Man 3.

Avant que Marvel ne se risque à sortir un peu de ses recettes inamovibles avec Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux, avant que le studio dévore la Fox et écrase toute concurrence, Disney a pris un risque véritable. Ce risque s’intitule Iron Man 3, et si le film demeure encore largement incompris, voire salement conchié par l’Internationale Geek, il est une inclassable réussite, qui entretient des passerelles importantes avec le dernier héros Marvel en date. 

Essayons donc de comprendre comment et pourquoi le réalisateur Shane Black, s’il s’est cassé quelques dents sur les désidératas (et changements de dernières minutes) de Marvel, a livré un film si atypique au sein du MCU, et pourquoi il est si intimement lié à Shang-Chi (qu'on va donc légèrement spoiler).

 

AfficheL'heure de la petite mort est arrivée

 

LE HÉROS EST MORT CE SOIR 

Le sacrifice de Tony Stark dans Avengers : Endgame fut un jalon du Marvel Cinematic Universe, un tournant important pour nombre de spectateurs. Pourtant, la mort symbolique du personnage a eu lieu beaucoup plus tôt, à la veille d’Avengers : L'Ère d'Ultron. On se souvient que Jon Favreau avait déjà tenté dans Iron Man 2 de décrire un héros en armure victime de ses propres démons. Mais c’est bien Shane Black qui aura tout à fait embrassé cette idée. 

Dans Iron Man 3, nous retrouvons Tony au lendemain des évènements du premier Avengers, souffrant de stress post-traumatique, suite au climax du film, qui le vit temporairement coincé et inconscient du mauvais côté d’un portail interdimensionnel, en proie à une vision terrifiante. Pour le héros lui-même, la vocation héroïque est désormais problématique, pour ne pas dire impossible. 

Mû par une angoisse de mort qui lui interdit d’enfiler son armure et le fait douter de tout, Stark panique. Et pour cause, il souhaite désormais renoncer à sa charge et c’est précisément ce que s’évertue à raconter le film. On lui aura reproché de favoriser la ganache de la star Robert Downey Jr. au détriment du super-héros Iron Man, et si les volontés, de part et d’autre, d’user de la renommée de l’acteur sont sans doute bien réelles, elles nourrissent l’idée centrale selon laquelle, au cours de ce film, c’est Iron Man qu’on assassine. 

 

photoUn patriote apte

 

Stark, et c’est tout le sens du segment central où le personnage se redécouvre au contact d’un préado, revient à l’humanité pour mieux faire le deuil du héros qu’il fut. Tout comme Black prend un malin plaisir à détruire les symboles de son avènement, à commencer par sa luxueuse villa. 

Et ce n’est évidemment pas un hasard si le climax réunit quantité d’armures différentes. L’identité du personnage s’est dissoute, la notion même de “costume” est niée derrière cette industrialisation du concept. Tony s’éloigne de cet alter ego technologique, jusqu’à se faire amputer du réacteur inscrit dans sa chair dans les ultimes minutes du film. 

Et quand il prononce une nouvelle fois “I am Iron Man”, c’est bien dans le registre de l’élégie que se situe Shane Black, des années avant Endgame

 

photo Ben KingsleyIl a changé Gandhi

 

DANS LES GRIFFES DU MANDARIN 

L’annonce du débarquement du Mandarin, antagoniste célèbre de Marvel, dans Iron Man 3 avait mis les fans en joie. Avant de les faire hurler de rage en découvrant que Shane Black les avait menés en bateau, le Mandarin étant réduit à un comédien roublard et passablement demeuré, tandis qu’un odieux entrepreneur occidental revendiquait finalement le titre. Sacrilège ! Infidélité ! Trahison ! La rage des aficionados de comics fut d’autant plus regrettable et ridicule qu’ils passèrent à côté de l’excellente idée du metteur en scène et de la connaissance des comics dont elle témoignait. 

Plutôt que de simplement transposer le Mandarin sur grand écran, Shane Black en a livré une interprétation qui révélait un véritable regard sur le matériau de base. Apparu dans les années 60, ce super vilain est un écho direct des représentations qui faisaient alors florès dans la culture populaire américaine, en particulier dans les pulps, qui se plaisaient à mettre en scène le personnage de Fu Manchu, véritable collection de clichés sur les Asiatiques en général et les Chinois en particulier. 

 

photo MandarinUne adaptation plus fidèle qu'elle n'en a l'air

 

Guerre froide et Viêtnam obligent, lesdits clichés ne sont pas exactement positifs, et sont fabriqués par les cerveaux d’hommes occidentaux dont la connaissance du sujet est pour le moins parcellaire. Ainsi, faire franchement du Mandarin une fiction stéréotypée, une illusion (au-delà du clin d’oeil évident au Magicien d'Oz) s’avère une pirouette intelligente et en prise directe avec les origines de l’antagoniste. Et à la clef, une composition hilarante de Ben Kingsley.

Mais le crime est impardonnable pour le royaume des fans... d’où sa réapparition dans Shang-chi. Les spectateurs vont en effet découvrir, sous les traits du génial Tony Leung, un adversaire pensé pour ne pas heurter le public chinois, à la fois plus proche des enjeux des comics, et en prise avec les problématiques de représentation qui agitent actuellement Hollywood. 

Mais en plus de rattraper difficilement l'une des plus grandes vexations des fans, le studio s’évertuera également à réconcilier les spectateurs d’hier et d’aujourd’hui, via une sous-intrigue qui vaut son pesant de mandarines... 

 

Robert Downey JRPlus dure sera la chute...

 

JOIES DE LA PIRATERIE 

Mais la plus grande audace du film, c’est incontestablement de s'être laissé pirater par Shane Black (étant entendu qu’il ne risquait évidemment pas d’agir sans l’assentiment de Disney, peu connu pour lâcher la bride à ses metteurs en scène). Sur le papier, tous les ingrédients de la recette Marvel sont présents, mais le cinéaste les utilise pour mieux se les approprier et les détourner. 

Tout d’abord, c’est la toute-puissance du héros qui en prend un sacré coup, ainsi qu’on l’évoquait plus haut. Et si le film contient son lot de combats ou de fusillades, notamment lors d’une évasion pétaradante, les actes de bravoure essentiels sont des sauvetages, non des joutes. En témoigne la séquence de récupération de malheureux précipités depuis un avion vers une chute mortelle. Leçon d'action, de découpage et de rythme, elle renvoie à leurs copies la plus grande partie des passages spectaculaires du studio. 

 

Robert Downey JRPas de doute, on est chez Shane Black

 

Les dialogues, infiniment moins fonctionnels que d’ordinaire, bien plus organiques et enlevés, témoignent de l’investissement de Black, qu’on sent jusque dans la structure du scénario. Il faut sauver le monde ? Peut-être, mais les enjeux sont d’abord ceux des personnages. Que doivent-ils faire pour avancer ? Quels sont leurs conflits intérieurs et à quels dilemmes sont-ils confrontés ? Enfin un blockbuster du MCU qui avance par et pour ses protagonistes. 

Le réalisateur aura même réussi à transformer son long-métrage en film de Noël, c’est-à-dire à amener un blockbuster Marvel au sein de sa propre mythologie, qui l’amène à toujours situer ses récits dans la période de l’avent. Un choix qui donne une couleur unique à l’intrigue, une singularité trop rare au sein du MCU. 

Autant d’éléments qui font encore aujourd’hui du film une proposition unique. Si forte que presque une décennie et 18 blockbusters plus tard, Disney puise encore dans la création de Shane Black matière à commentaire, relecture et réflexion.

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commentaires
Anderton
30/08/2021 à 14:32

Perso, j'ai pris ce film pour ce qu'il était : du pur divertissement, centré sur le personnage de Stark et ses seconds couteaux; et c'est bien ça, le style de Shane Black : faire des films d'action portés par des personnages, souvent aux caractères opposés (L'Arme Fatale, 48 Heures, Kiss Kiss Bang Bang) mais qui se complètent. Après, on peut toujours trouver à redire sur les dialogues, évidemment, assez bas... Mais en tous cas, Black sait mettre ses personnages au centre du film. Et franchement, voir un nième film avec Iron Man qui défonce tout, franchement ça n'apporte plus grand chose après 2 épisodes solo et un Avengers...
Néanmoins, j'ai été aussi déçu par les incohérences scénaristiques déjà cités dans d'autres commentaires. Et même si non connaisseur des comics, le traitement du Mandarin m'a déçu. Je m'en étais fait un certaine idée via les bandes-annonces : un ennemi dont le surnom est asséz évocateur des origines mais dont le physique ne correspond pas; un moyen de brouiller les pistes, il peut être tout le monde et personne à la fois, apatride, se cachant n'importe où, bénéficiant d'aide (ou non) de gouvernemants, groupes terroriste, etc. ne manquant pas de ressources même si ne relevant pas forcément du domaine technologique (un bon pied-de-nez à Stark/Iron Man dont les techno ne peuvent l'aider cette fois-ci). Ce Mandarin aurait pu être l'équivalent du Joker de Nolan...

JR
30/08/2021 à 12:56

@Suisse
En fait Watanabe était bien RaG... C'est juste que dansa version de Nolan, Ras est une idée, un concept, du coup chaque leader de la secte porte ce nom... Et fait de lui un être immortel (c'est plus métaphorique et ça rejoint le comics... Quelque part)

Suisse ICE Kad
30/08/2021 à 12:21

J'ai bien aimé ce mandarin qui était quand même inquiétant quand il délivrait ses messages puis c'était inattendu et très drôle de voir qu'en fait c'était un alcoolique beauf fan de foot et sa réplique a Stark comme quoi il devrait attendre pour aller aux toilettes après lui était pas mal surtout sachant que l'acteur a fait des rôles très sérieux.En plus il cachait un autre ennemi .Moi dans ce cas je pense qu'il était l'équivalent plus farfelu du faux ras Al ghul / watanabe alors qu'en fait c'était Liam Neeson...

Rayan
29/08/2021 à 14:56

Mais le plus gros truc qui m a énervé avec ce film ce qu on avait une énorme occasion de voir Tony se confronter à SON MÉCHANT le plus célèbre et finalement ça a fait plouff, iron man ne fera jamais face au Mandarin merci Shane Black enflure

Rayan
29/08/2021 à 14:54

Mais j'aime le film quand même car il est divertissant malgré les milles trucs wtf qu il y a dedans comme dit arnaud

Rayan
29/08/2021 à 14:50

EcranL adore quand ca massacre les œuvres originales au nom de l innovation...

Faire de Mandarin un des méchants les plus réussis de marvel comics un clown pareil c'est bien selon vous, je comprend mieux maintenant comment vous fonctionnez

HuffyGML
29/08/2021 à 12:08

Je conseillerais le visionnage, pour ceux qui ont Disney+, du court métrage Alm Hail the King qui reprends justement lenpersonnage de Trevor en introductuon a Shang Shi.

Pierrick
29/08/2021 à 11:39

Excuse débile pour un film irrespectueux en plus d'être mauvais. Pourquoi prendre un acteur dont on devine à peine des origines indiennes pour jouer le rôle même d'un Mandarin qui devrait être par essence chinois ?! En voulant faire un soi-disant pied de nez aux films des 60's, Blake et Disney ont fait exactement pareil : nier et moquer le caractère chinois d'un personnage. De+, le film est bourré d'incohérences ! Ce ne serait pas mal, pour une fois, que le MCU s'inspire fidèlement pour une fois de scénarii existants déjà dans les comics de manière très profonde et intelligente.

Andarioch1
29/08/2021 à 11:37

@pi
Du cinéma, c'est tout à fait ça. Il n'y a que deux Marvel avec un vrai scénario qui, tout en suivant la logique Disney se permettent un peu d'originalité. Le premier avengers (ahh les manip de la veuve) et celui là.
"Un des plus mauvais Marvel. Totalement illogique, incohérent, pas très intéressant, et l'escroquerie du Mandarin est la cerise sur le gâteau."
Ben voilà, pour beaucoup le coup du Mandarin est une escroquerie. Perso j'attends d'un film qu'il m'étonne, pas qu'il me brosse mes pantoufles.
Quand aux incohérences je rigole. D'abord il n'y en a pas plus que dans les autres. Ensuite je rappelle aux lecteurs de BD que Marvel n'a jamais hésité à faire volte face, quitte à raconter n'importe quoi, pour diriger ses persos dans la direction souhaitées (la saga du clone par exemple).
Arnaud dit: un Tony Stark qu’on te présente comme traumatisé mais qui en fait va très bien tout le film sauf une fois quand un gosse lui demande un autographe
Ben non, pendant tout le film on voit bien que Stark va mal et qu'il le gère (mal) en faisant des vannes. Cette volonté de fuir et de redevenir le geek qui monte son truc dans un garage au lieu d'aller chercher ses armures en est l'exemple le plus flagrant. Besoin de se reconstruire psychologiquement pour s'en sortir, ça n'a rien d'incohérent au contraire.
Mais bon... Quand un film divise, autant on peut avoir la certitude que personne ne changera d'avis.
Je vais peut-être effacer ce post du coup, il ne sert à rien.
Ah si, à exprimer mon opinion, c'est déjà pas mal...

TofVW
28/08/2021 à 22:42

@Arnaud (le vrai): ah merci, voilà effectivement quelques trucs débiles du film que j'avais relevé à l'époque. Et encore, je suis sûr qu'il y en avait d'autres.
Le coup du réacteur ARC (la recharge à la batterie) et les morceaux de shrapnel que Tony se fait enlever en une simple opération (limite s'il ne fait pas ça sous anesthésie locale), c'est quand même l'apothéose du foutage de gueule du spectateur.
Mais visiblement il n'y en a que ça ne dérange pas d'être pris pour des billes (et je suis poli). ;)

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