C'est arrivé près de chez vous : le meilleur film où on tue des nains et des enfants

Simon Riaux | 24 juillet 2021 - MAJ : 26/08/2021 17:52
Simon Riaux | 24 juillet 2021 - MAJ : 26/08/2021 17:52

Instantanément culte, ravageur et hilarant, C'est arrivé près de chez vous a enflammé Cannes, puis le cerveau des cinéphiles. Retour sur un phénomène mortel.

C'est l'histoire d'un trio belge, constitué de Benoît PoelvoordeAndré Bonzel et Rémy Belvaux, qui accouche douloureusement d'un premier film. Fruit de trois esprits aussi créatifs que fauchés, le tournage doit s'interrompre deux mois, pour apaiser les créateurs chauffés à blanc, à deux doigts de se mettre sur la tronche, mais aussi pour trouver des fonds permettant de boucler l'affaire. Après des mois de postproduction, le bébé est prêt à hurler. Hurler si fort qu'un de ses premiers spectateurs belges contacte aussi sec le Secrétaire Général de la Semaine de la Critique Cannoise pour lui recommander le film.

24h plus tard, il aura été visionné et sélectionné par Jean Roy, instantanément convaincu de la puissance de C'est arrivé près de chez vous. Le film, pourtant dans une sélection secondaire, va embraser la Croisette, comme l'intéressé l'expliquait dans les colonnes de Télérama en 2013. "Ce fut le plus gros décollage que j'ai connu. Une adhésion immédiate (...) Avec sa faconde et son charme, Poelvoorde mettait les journalistes dans sa poche. Il est même reparti avec ma secrétaire, Coralie, qu'il a épousée par la suite." Mais derrière l'hilarant documenteur au culte immédiat se cache une oeuvre théorique dévastatrice, qui aura coûté à ses auteurs leur amitié.

Penchons-nous sur ce jeu de massacre où personne n'est épargné, surtout pas le spectateur. Et n'oubliez pas, si l'enfant n'est pas solvable, le nain, lui, a une ossature lourde.

 

affiche française

 

SERIAL VERBEUR 

Ben tue et plus souvent qu'à son tour. Des commerçants. Des facteurs les jours de distribution de pension. Des personnes âgées. Tout ce qui est susceptible de transporter ou posséder de l'argent liquide, un modeste bas de laine. Mais que fait véritablement Ben ? Est-il un voleur suffisamment peu empathique pour zigouiller systématiquement ses victimes ? Ou bien un psychopathe maquillant ses pulsions meurtrières en rationnel appât du gain ? C'est ce que se demande l'équipe de documentaristes emmenés par Remy, qui a entrepris de chroniquer son quotidien d'assassin.

Tout monstre bizarroïde qu'il soit, Ben apparaît comme le maître du film, celui qui y décide de tout. Quand les found footages ou documenteurs font le plus souvent reposer leurs mécaniques humoristiques sur le montage, le contraste entre deux séquences, les ruptures de ton ou le malaise généré par la dilatation d'un plan, C'est arrivé près de chez vous, à de rares exceptions près, confie les clefs du véhicule humoristique à Benoît Poelvoorde. En effet, c'est par son phrasé atypique, le tempo de ses phrases, ainsi que leur pure écriture, que l'ensemble parvient à trouver son acide drôlerie.

 

photo, Benoît PoelvoordeMon voisin le tueur

 

Les spectateurs ne s'y sont pas trompés, et trois décennies après la découverte Cannoise du film, quantité de ses lignes de dialogues ou tirades flottent encore dans les mémoires. Elles ne demandent qu'un apéritif un peu arrosé pour qu'untel réclame un "Petit Gregory", ou qu'un autre entame son ode au Pigeon, pendant qu'un auguste sire se gargarise de la couleur des Indiens, avant de feindre d'étouffer un enfant. Pour éclatant que soit le comédien qui paraît dominer la mise en scène par la seule grâce de son expression, il ne s'agit nullement d'improvisation, le texte de Belvaux étant écrit à la virgule, et nécessitant quantité de prises lors du tournage.

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commentaires
Poule vole
24/07/2021 à 20:45

Poelvoorde et Jacky chan même combat.Ils sont excellents mais a domicile...

Sanchez
24/07/2021 à 14:27

Légendaire. Une œuvre majeur du cinéma

from Brussels (sans les frites)
24/07/2021 à 13:12

je l'ai vu en son temps, à 16 ans et quelques , en louant la cassette vhs dans le video club de l'epoque!
Culte, Gaspard Noe aussi était pas loin avec son Boucher glauque,
la bonne Epoque,

Bubble Ghost
24/07/2021 à 10:50

" Pigeon. Oiseau à la grise robe. Dans l'enfer des villes. À mon regard tu te dérobes. Tu es vraiment le plus agile " ^^

Culte de chez culte. Quand on le vois pour la première fois, c'est une claque absolue. Surtout quand on a 17 ans en 92. Qu'on est surtout habitué aux films américains plutôt lisse et standardisé. Qu'on a jamais vu de mockumentaire. Et que c'est la première fois qu'on éprouve ce sentiment étrange, d'éclater de rire à gorge déployé, tout en étant tellement honteux et gêné. Un sentiment que je ne retrouverais que devant Bernie. Bref, un coup de maitre magistral. Et puis quelle affiche superbe, quand même.

" Cinémaaa !.. Cinémaaaaaa ! " ^^

Kyle Reese
24/07/2021 à 10:46

Superbe analyse.
On peut dire aussi que le talent monstrueux de Poelvoorde à dévoré l’équipe du film. A la fin tel un ogre qu’il est devenu en regardant l’abime, fasciné par sa propre image, il ne reste plus lui ! L’une des plus fulgurante révélation de cinéma.
Pas revu depuis ma vision en salle. Pas sûr de vouloir le revoir, avec l’âge et des enfants une nouvelle vision serait sûrement différente.
Mais clair que le mot culte prend tout son sens avec cette œuvre. Mais quel souvenir !

Xbad
24/07/2021 à 10:23

A voir au 30eme degré, mais terriblement culte

Flash
24/07/2021 à 10:20

« Reviens gamin c’est pour rire ! »
Si il y a bien un film qui mérite son statut de culte, c’est celui là.
Avec un autre acteur que Poelvoorde, pas certain que ce film soit resté dans les mémoires, il est incroyable.

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