Tout James Bond : Permis de tuer, ou le film le plus violent et sanglant de la saga 007

Salim Belghache | 14 août 2021 - MAJ : 20/08/2021 17:17
Salim Belghache | 14 août 2021 - MAJ : 20/08/2021 17:17

Quelques mois nous séparent encore de Mourir peut attendre, et alors que la dernière aventure de James Bond dans laquelle officiera Daniel Craig attend sagement de pouvoir être exploitée en salles à l'international, Ecran Large ré-explore l'intégralité de la saga consacrée aux aventures de l'agent 007.

Après s'être repassé la (longue) phase Roger Moore allant du meilleur (L'Espion qui m'aimait) au pire (Octopussy), on est arrivé à la période plutôt méconnue de la franchise James Bond : Timothy Dalton. Vous savez celui qui a porté le costume deux fois avant le fameux Pierce Brosnan ?

Eh bien oui, l’acteur originaire du Pays de Galles a lui aussi eu le droit à son Walther PPK et à son permis de tuer. Et c’est justement de ça qu’on va vous parler, de Permis de tuer. Avec ce 16e opus de la saga, les producteurs ont tenté de moderniser la licence en injectant une bonne dose de violence plutôt bien sentie. Néanmoins, l’ensemble laisse plutôt à désirer et n’a malgré tout pas réussi à passer les années. 

 

Affiche officielle

 

De quoi ça parle 

En période de congés sur la côte floridienne, James Bond se rend au mariage de son ami de toujours, Felix Leiter. Entre temps, l’agent de la CIA entraîne notre espion anglais dans la poursuite du baron de la drogue : Franz Sanchez. Avec d’autres agents, les deux compagnons parviennent à capturer le plus gros trafiquant de drogue du monde.

Cependant, Sanchez a pensé à tout et parvient à s’évader grâce à l’aide précieuse d’un policier corrompu et ami de Felix Leiter. En bon esprit de businessman, Sanchez va donc se venger en assassinant la femme de Felix Leiter et en plus de cela, il va mutiler l’agent américain en le donnant à des requins.

 

photoEt un saut en parachute gratuit !

 

 En découvrant les corps de son ami et de sa femme, James Bond décide de mener une vengeance personnelle contre Sanchez et se lance à la recherche du trafiquant de drogue. Ce ne sera pas chose aisée, puisqu’il se voit retirer son permis de tuer par M. Malgré cela, l’espion continue sa mission et se met en contact avec Pam Bouvier, une indic de la CIA qui connait elle-même l’organisation de Sanchez et est recherchée par celle-ci. Le (futur) couple s’associe et part pour Isthmus City où Sanchez exerce sa main mise. Se faisant passer pour un tueur à gages, James Bond tente de se rapprocher de Sanchez qui commence à s’intéresser à lui.

Bond décide d’attaquer un soir le narcotrafiquant, mais découvre en même temps que Pam Bouvier est en contact avec les complices de Sanchez. Sur le point d’assassiner Sanchez, James Bond se fait malheureusement capturer par des agents hong-kongais, bien décidés à découvrir les labos de fabrications du trafiquant. Toutefois, Sanchez a retrouvé la trace de ses agents et sauve James Bond, avant de le prendre à ses côtés.

 

photo, Timothy Dalton, David Hedison"On se reverra mon pote..."

 

 Alors qu’il se rend à une visite du labo de Sanchez, James Bond se fait reconnaître par Dario (Benicio Del Toro). Notre agent double zéro s’enflamme et fait exploser l’usine avant d’être capturé par les hommes de main de Sanchez. Néanmoins, Pam arrive in extrémis à sauver Bond, et ce dernier se lance ensuite à la poursuite de 4 camions-citernes contenant 20 tonnes de drogue.

Après une course poursuite haletante et les 4 camions détruits, Sanchez, aspergé d’essence, s’apprête à achever James Bond, quand soudain, notre espion sort le briquet offert par Felix et sa femme en cadeau, et enflamme Sanchez. Bond finit par aller à une soirée et au lieu de rester avec Lupe, la femme de Sanchez, il décide de rejoindre Pam et de passer un bon moment dans une piscine. FIN.

 

photo, Robert DaviC'est lui le boss

 

Pourquoi James Bond a le droit de plus tuer 

Permis de tuer traîne la réputation d’être le plus violent long-métrage de la saga James Bond et d’une certaine manière, elle est assez juste quand on y regarde de plus près. Premier scénario original de la franchise, le scénariste historique de l’univers bondien, Richard Maibaum, accompagné du producteur Michael G. Wilson, semblent s’être amusés comme des petits fous, en ayant insisté pour déconstruire la figure léchée d’un héros classe en toute circonstance.  

Clairement dans l’objectif d’américaniser son héros, les scénaristes voulaient faire de l’agent au service de Sa Majesté la reine Elizabeth II, un homme d’action plus proche d’un américain bourru qu’un anglais passionné de thé et de porridge. Même s’il garde son penchant pour la vodka martini, il ne daigne même pas boire le seul verre qu’on lui tend du film. Les costumes que portent Timothy Dalton sont aussi simplifiés et la cravate est régulièrement laissé au placard. James Bond est d’abord un homme d’action et non plus l’élégant espion de derrière les fagots qui effectuent deux-trois combats et cascades pour épater les spectateurs

 

photo, Timothy Dalton, Desmond Llewelyn, Carey LowellBon, il y a Q qui passe quand même une tête

 

Ici, James Bond mouillera la chemise et remettra en question ses acquis moraux, afin de mener sa petite vendetta personnelle. Il n’hésite d’ailleurs pas à contredire l’autorité de son supérieur M et a braqué son arme contre ses gardes du corps. Plus sombre et psychologique que d’habitude, James Bond exprime enfin le deuil et la mélancolie, comme l’atteste le passage où notre agent secret évoque son mariage et le décès tragique de sa femme (assassinée dans Au service secret de Sa Majesté). 

Autre nouveauté, la violence graphique se manifeste davantage et procure au spectateur le plaisir de voir une tête exploser, un corps déchiqueté par des requins et un autre, celui du jeune Benicio Del Toro (principal second couteau du film). Ce concentré de sang et de chair lui a donné une particularité : être le premier James Bond à être classé PG-13 aux États-Unis (accord parental recommandé, film déconseillé aux moins de 13 ans). Cette originalité dans la saga portera en partie préjudice au long-métrage lors de sa réception. 

 

photo, Robert DaviUn méchant brun et ténébreux

 

D’autant plus que la mise en scène du gore graphique est également en adéquation avec la stature de son antagoniste. Puissant chef d’une organisation riche comme Crésus et influente au niveau politique, Franz Sanchez est ici joué magnifiquement par Robert Davi, et ce dernier est plus qu’à la hauteur lorsqu’il s’agit de s’occuper de James Bond. Et l’ingéniosité du long-métrage est de confronter les figures de Bond et de Sanchez, comme les deux faces d’une pièce. 

Les moments où James Bond est sous la tutelle de Sanchez donnent l’impression d’une véritable complémentarité entre les deux hommes. Et finalement, la violence commune des deux personnages ne permet pas de voir en James Bond, un gendre idéal et un héros aux valeurs irréprochables. Pour le coup, Permis de Tuer a le mérite d’offrir une magnifique occasion de voir d’autres facettes de ce personnage maudit par une vendetta dont il devra se dépatouiller. 

 

photo, Timothy Dalton, Carey LowellIl n'est pas permis de tuer sa copine

 

Pourquoi ça nous ennuie quand même 

Bien que Permis de tuer (et l’ère Timothy Dalton plus généralement) nous ait fait oublier les intempéries des derniers Roger Moore atroces tels que Octopussy ou Dangereusement vôtre, la dernière réalisation pour la franchise de John Glenn souffre d’un académisme étouffant et son interprète principale ne parvient pas à relever le niveau général. Qu’on se le dise, Timothy Dalton n’est pas le plus rayonnant des James Bond et le costume d’agent secret semble encore une fois, beaucoup trop grand pour lui.

Bien qu’il ait presque malgré lui anticipé la modernisation de la saga, concrétisée par l’ère Daniel Craig, Timothy Dalton semble avoir été trop en avance sur son temps concernant la part sombre de son personnage. À l’inverse, l’aspect explosif de l’ensemble a dix ans de retard sur ses équivalents de l’époque comme Die Hard et L'Arme fatale.

 

photo, Timothy DaltonIl a pourtant mouillé la chemise ce bon James

 

Encore aujourd’hui, on a plus l’impression de voir un Scarface, moins baroque, et sans coke ni fuck, qu’un nouveau modèle du cinéma d’action. Et c’est encore plus triste, quand on pense que le sujet du trafic de drogue international était plus que jamais d’actualité à la fin des années 80 (un thème déjà évoqué dans Vivre et laisser mourir) et que le film avait, au niveau de son intrigue, de quoi envoyer une sauce maison bien épicée. Mais encore une fois, le film botte en touche lorsqu’il s’agit d’éclaircir les affaires de Sanchez et l’action en règle générale est assez monotone.

Dans le cas des James Bond Girl, on est précisément en face d’une autre problématique : le développement des personnages secondaires. Si James Bond et Sanchez sont plutôt bien vernis, les James Bond Girl pâtissent du désintérêt habituel de la franchise pour les conquêtes de notre fameux héros, puisque Pam Bouvier (Carey Lowell) est assez peu mise en avant et est souvent ramenée à sa maladresse, malgré sa passion pour la gâchette. 

 

photo, Timothy Dalton, Carey LowellMême pas un regard

 

Pour ce qui est de Lupe Lamora (Talisa Soto), la femme de Sanchez, c’est assez navrant d’avoir si peu d’aperçu sur les violences conjugales exercées par son mari. Car oui, il aurait été intéressant d’en savoir plus sur la relation toxique entre Sanchez et Lamora, et de l’alternative qu’apporte James Bond.

Autre point négatif de Permis de tuer, et ce malgré un dernier beau générique du légendaire publicitaire Maurice Binder : son thème musical chanté par Gladys Knight. En comparaison à la performance de Tina Turner dans l’opus suivant : GoldenEye, Licence to Kill n’est vraiment pas le plus mémorable des thèmes Bondien et souffre, lui aussi, de sa temporalité trop marquée années 80.

 

photo, Robert Davi, Talisa SotoUne intrigue sous-exploitée

 

Le Business Bond

Sans doute un peu trop en avance sur son temps, la campagne marketing de Permis de tuer a plutôt misé sur l’aspect violent du film. Les couleurs s’assombrissent et l'ensemble des posters présentent un Timothy Dalton en action et beaucoup moins propre sur lui. Cette nouvelle dimension de notre 007 ne convaincra pas un public peut-être encore marqué par le souvenir du policé Roger Moore et de ses traits d’humour ravageurs. Au Royaume-Uni et aux États-Unis, les chiffres ne sont pas géniaux et le public a préféré se tourner vers d’autres productions : Batman de Tim BurtonIndiana Jones et la dernière croisade ou L'Arme fatale 2.

Alors qu’EON Productions avait en ligne de mire le public américain, Permis de tuer sera le premier James Bond à ne pas rembourser son budget grâce à l’exploitation américaine. Avec seulement 34,6 millions de dollars récoltés contre les 251,1 millions (sur le sol américain) de Batman, on peut dire que l’addition est salée et l’agent double 0 ne pourra même compter sur le marché européen.

 

photo, Timothy Dalton, Carey LowellJames Bond et Pam Bouvier ne trouvent pas le chemin du box-office

 

En France, la pilule passera un peu mieux puisque Permis de tuer fera mieux que Tuer n'est pas jouer, le précédent film de la franchise. Permis de tuer séduira un peu plus de 2 millions de spectateurs et se logera dans le top 10 annuel du box-office hexagonal. Une recette qui continue de tourner pour Bond dont le public français a toujours eu dans son cœur.

Finalement, le bilan comptable n’est pas catastrophique comme l’attestent les 156 millions de dollars de recettes pour un budget hors marketing estimé à 42 millions de dollars. Néanmoins, l’avenir de Timothy Dalton en a été que jamais compromis et l’acteur ne fera pas un troisième opus de la saga, comme il était prévu au départ.

 

photo, Timothy DaltonTous ces efforts pour rien

 

Une scène culte

Deux choix s’offraient à nous en ce qui concerne la scène marquante de Permis de tuer. Car oui, il faut bien le reconnaître que la séquence de pré-générique, lorsque James Bond saute d’un hélicoptère (sans parachute) pour atteindre l’avion de Sanchez, est particulièrement grandiose en la matière. Toutefois, notre dévolu s’est porté vers le gigantisme des camions-citernes. Une parfaite conclusion de l’aventure de notre héros dont le pilotage de tous véhicules est pour ainsi dire tout à fait naturel.

 

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commentaires
Anderton
16/08/2021 à 15:15

Cet épisode reste un de mes préférés de la saga 007 avec la référence à la vie personnelle de Bond en lien avec "Au Service Secret de Sa Majesté" qui est aussi un de mes préférés et surtout la violence très années 80 de certaines scénes (merci pour la vidéo comparative YouTube partagée par Arriflex) qui m'avait marqué à l'époque (j'avais 10, 11 ans) où je découvrais aussi l'Arme Fatale, Die Hard... On pourrait même noter certaines similitudes entre la musique de "Permis de Tuer" et celle de "L'Arme Fatale 1 & 2" (la vidéo YouTube partagée par Arriflex en témoigne)

Pat Rick
16/08/2021 à 12:26

Les 2 Bond avec Dalton sont pas mal du tout.

Lolipop
16/08/2021 à 10:00

En désaccord total avec cet article. C'est probablement l'un des trois meilleurs films de la série. Et Dalton best Bond ever. Craig le Terminator monolithique peut définitivement aller se rhabiller.

Shawn,,,roger and daniel the best 007 bond ever produced
16/08/2021 à 02:15

C

Daddy Rich
15/08/2021 à 16:57

Etrangement, ce Bond est dans mon TOP 5 de la saga!
(tout comme le précédent!)
Dalton, était effectivement en avance sur ce que nous propose l'ère Craig (mais lui il faisait moins déménageur Polonais!)
Et pour terminer, la chanson de Gladys Knight est à mes yeux une des plus belles de toutes celles qui ont été composé pour les aventures de Bond!

mamoune
15/08/2021 à 14:01

James Mellange !!!!!!
hé mon pote, ça faisait un bail que je t'avais pas croisé!
ha oui, lui, il faut tout faire pour le garder ici. Il était sur des forums du temps de la sortie de Spider-Man 2 (Raimi). Une relique, une légende.

Kay1
15/08/2021 à 12:51

@Guizmo , la prochaine fois , lis bien attentivement ce que je dis avant de répondre à coté . Je dis bien que les personnages féminins présents dans Skyfall et Spectre sont des potiches, après que l'on ait eu Camille et Vesper Lynd, deux personnages bien écrits dans les films précédents.

Merci de m'apprendre que Martin Campbell est le réalisateur de mes deux James Bond préférés.

Pulsion73
15/08/2021 à 12:36

Permis de tuer par certains côtés est vraiment captivant, c'est violent, Robert David et benicio sont terrifiants. Mais il est vrai que ce bond nouvelle ère repose un peu trop encore sur les base et les vannes de l'ancien modèle, l'époque Moore. Dalton fait un très bon Bond, sans pitié.

Et James Mellange à encore beaucoup de progrès à faire. ^^

Vlgm
15/08/2021 à 12:21

Je le redis, j'aime l'époque Dalton, parce qu'il est proche du Bond imaginé par Fleming dans ses livres...

Guizmo
15/08/2021 à 10:33

@kay1
C’est pas sam mendes avec vesper, c’est Martin Campbell pour casino royal

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