Fast & Furious 4 et 5 : comment le retour de Vin Diesel a sauvé la saga des bolides

Simon Riaux | 11 juillet 2021
Simon Riaux | 11 juillet 2021

Poids lourd de l'été, Fast & Furious 9 débarque en salles. Mais avant de le découvrir, revenons sur les deux chapitres de la saga qui ont métamorphosé Fast & Furious à jamais.

Après deux suites rentables, mais développées en dépit du bon sens (on en parle ici), bien malin qui pourra dire dans quelle direction penche Fast & Furious. Son premier chapitre a pris des airs de phénomène instantané, le deuxième s'est illustré comme une leçon d'indigence, et à défaut d'avoir rayé le cristallin de ses spectateurs, le troisième volet les a laissés sensiblement indifférents. Trois films. Trois intrigues. Trois castings. Tout aurait pu en rester là, mais la marque va se réinventer en l'espace de deux films.

 

photo, Vin DieselBon, ça y est, c'est notre tour ?

 

FAST & FURIOUS 1.2

Lorsqu'Adam Fogelson, boss d'Universal, assiste aux projections presse de Tokyo drift, ainsi qu'il l'explique à Deadline, il ne se faisait guère d'illusions sur le statut de la marque Fast & Furious.

"Et puis nous avons donnée à Vin un cameo. Cette dernière scène, lorsque le public l'a vue, la salle a explosé. Nous tous, alors que nous surveillions cette projection test à Chatsworth, nous nous sommes dit que la franchise n'était pas morte. Et qu'on devait se remettre au boulot."

En apparence, le quatrième volet a quasiment des airs de reboot. S'il sort dans l'Hexagone sous le titre Fast & Furious 4, dans les territoires anglophones, nulle trace de chiffre ne l'accompagne, comme si la série repartait discrètement à zéro. Il faut dire qu'on a invité toute l'équipe originelle à participer. Les comédiens du premier film sont de retour et redeviennent le centre du récit, mais on retrouve également le comédien Chris Morgan, le producteur Neal H. Moritz, et surtout... le cinéaste David Ayer, co-scénariste du premier long-métrage et ici embauché pour donner un coup de polish au scénario. 

 

photo, Vin DieselI'm back

 

En effet, c'était déjà lui (comme nous l'expliquions dans le dossier consacré au premier film) qui s'était battu pour injecter dans le récit la sous-culture urbaine de Los Angeles, ainsi qu'un rapport à la diversité culturelle alors inexistant au sein d'Hollywood. Puisqu'il est question de retour aux sources, on lui demande logiquement de travailler sur cet opus.

En parallèle, le réalisateur Justin Lin est rappelé. Lui aussi, comme il l'explique à Collider en 2009, est conscient que derrière la patine des courses ou du spectacle, FF repose sur un concept bien spécifique, alors loin d'être mis en avant par le service marketing comme c'est le cas aujourd'hui :

"Au-delà de ses aspects les plus superficiels, on explore vraiment l'idée de famille, mais pas dans son acceptation traditionnelle. Sur ce chapitre-ci, on devrait explorer la notion de sacrifice."

 

photo, Michelle RodriguezTriste Letty tragique

 

Et puisqu'il est question de tisser des liens, Fast & Furious 4 va également initier des passerelles entre épisodes. S'il fut un temps question de ramener Roman (Tyrese Gibson) dans le récit, avant que la production y renonce, ne trouvant aucune solution efficace pour l'intégrer, on trouve ici plusieurs références à Fast & Furious : Tokyo drift, tandis que le personnage de Han est étoffé. Il aura même droit à un court-métrage qui lui est en partie dédié.

Symptôme du retour de Vin Diesel en grâce et en majesté au sein de la franchise, la star repasse derrière la caméra pour Los Bandoleros, introduction aux enjeux du film qu'il réalise lui-même et atterrira finalement sur son édition DVD. Tout le monde a bien compris qu'il n'y avait d'avenir pour la saga que sous la bannière du Diesel, y compris la presse américaine. Elle considère assez largement cet opus comme la première suite en bonne et due forme du film original. Une suite qui a néanmoins déjà un peu changé de carburant.

 

photo"Tiiiiiiire mon doigt"

 

FURIEUX FASTE

Pour la première fois, l'ADN de la Fast Family est appréhendé comme tel par le studio Universal, mais... c'est justement une excellente raison pour entamer un virage narratif du côté du serial et du pulp, des récits souvent feuilletonnants où les personnages avaient une fâcheuse tendance à mourir puis ressusciter. C'est pourquoi dès le début de ce 4e film, le personnage de Letty (Michelle Rodriguez), pourtant emblématique, est "sacrifié", dans un geste qui anticipe largement ce qui deviendra quelques mois plus tard la recette du MCU, qui évite tant que faire se peut de tuer véritablement ses personnages.

Mais le renouveau de cet épisode aux airs de reboot discret vient plus généralement de ses scènes d'action et de sa structure. Il s'agit ainsi du premier chapitre de la saga à marquer aussi évidemment sa séquence d'ouverture comme un exercice de mise en bouche, un pur spectacle évoquant les missions introductives des épisodes de James Bond. Et comme en témoignent les premières minutes de FF4, cet état d'esprit, en évoluant, a transformé jusqu'à la logique interne des séquences d'action.

 

photo, Vin Diesel, Michelle Rodriguez"Finalement, tire mon bras !"

 

En effet, si nos héros sont encore des loubards qui aiment rouler vite, la vitesse (ou plutôt la course) ne fonde plus tant les scènes d'action. Elle sert plutôt une logique d'action plus classique, mâtinée de cartoon à l'ancienne. En témoigne l'image démentielle d'un camion-citerne en feu rebondissant à la manière d'une balle pour chiot hyperactif, sous les yeux de Dom, qui se concentre pour réussir à passer sous la carcasse rugissante. Ce sens de l'outrance contamine progressivement l'ensemble des scènes énervées du film.

Et le public s'y retrouve, autant du côté de l'action pure que des retrouvailles avec des personnages aimés. Lors de son premier week-end, FF4 rapporte 70,9 millions de dollars, soit plus que Tokyo Drift sur l'ensemble de son exploitation sur le sol américain. Avec 360 millions en fin de carrière, il semble désormais clair que la marque a muté, et que des cieux plus que souriants l'attendent.

 

Photo Paul WalkerPourquoi le Brésil ?

 

RIO NE RÉPOND PLUS

Pour Universal, le succès du quatrième chapitre, le plus important de la saga à ce jour, est à la fois un superbe succès, mais le constat d'un échec en creux. Les spectateurs de la série l'adorent, et tout indique que quiconque rentre dans la salle a de fortes chances d'en ressortir chauve et en marcel. Problème : Fast & Furious souffre d'un plafond de verre. Le monde de la course automobile clandestine, souvent associé au tunning, n'a pas particulièrement bonne presse, et ne passionne guère le grand public français ni international.

Il faut donc pirater le logiciel de la franchise. Le dirigeant d'Universal, Adam Fogelson, pense alors savoir comment continuer d'utiliser les voitures, sans braquer les spectateurs qui ne veulent pas de courses :

"La question à laquelle nous devions répondre, pendant la fabrication de Fast & Furious 5 puis Fast & Furious 6 était claire. Pouvions-nous faire passer un film de bagnole pour une véritable franchise d'action, dans l'esprit des grands films de casses, qu'on produisait il y a 10 ou 15 ans ?"

 

Photo Paul Walker, Vin DieselCe n’est pas comme ça qu'on pilote Vin !

 

Non seulement la saga le peut, mais elle va faire mieux que ça. Plutôt que de singer les French Connection ou Braquage à l'italienne, Fast & Furious va créer son propre sillage, sorte de Tintin stéroïdés qui multiplie les morceaux de bravoure absurdes déployés par de gros bras aux proportions démentes. La preuve avec cette introduction qui est, à elle seule, plus complexe, intense, technique, jubilatoire et spectaculaire que les quatre films précédents. Il s'agit ni plus ni moins que d'une attaque de train calquée sur les attaques de diligences de westerns, avec plus de tôle froissée. Justin Lin y déploie un ahurissant savoir-faire et emballe des séquences d'action qui font la part belle aux cascades réelles.

"Nous pensons vraiment que créer un film avec de véritables cascades, de vrais véhicules sera un produit d'appel fantastique pour quiconque ne veut un spectacle authentique", professe ainsi Fogelson, sans doute conscient qu'il va sortir en salles un des films les pus spectaculaires de 2011, peut-être le dernier super-spectacle planétaire du monde pré-Avengers. Et pour cause, il dispose d'un atout maître en la personne de Dwayne Johnson, star montante du cinéma d'action, et capable d'amener la castagne à un autre niveau.

 

Photo Elsa Pataky, Dwayne JohnsonLa belle, et le pas si bête

 

Avec ses biscoteaux, il casse carrément une favela et offre à la franchise sa première puissante baston, en partie au détriment de Vin Diesel. Il ne reste plus alors qu'à orchestrer une poursuite démente, absurde au dernier degré, au cours de laquelle nos héros font la course en étant accrochés à un coffre-fort de banque qu'ils utilisent comme un boulet de démolition. Soit la scène la plus surréaliste du cinéma de divertissement américain de ces 15 dernières années.

Ce climax contient d'ailleurs l'équation qui déferlera ensuite sur l'ensemble de la franchise. Bourrinage d'avion, affrontement contre des tanks, dessoudage de sous-marin... rien n'est trop beau pour la Fast Family. Les résultats ne se font pas attendre. Avec 626 millions de dollars, Fast & Furious 5 propulse la saga en orbite, aux côtés des super-héros. Progressivement et avec un sens du spectacle admirable, Universal aura réussi un tour de force industriel, commercial et narratif. Reprendre en main une franchise, en transformant carrément le genre auquel elle appartient (et appartenait).

Et si en 2011, le milliard de recettes semble encore inatteignable, cette barre sera passée dès Fast & Furious 7. Une performance inatteignable pour Fast & Furious 9, alors que la crise sanitaire fait planer un brouillard d'incertitudes sur l'exploitation des blockbusters au cinéma ?

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.
Vous aimerez aussi
commentaires
Grift
12/07/2021 à 18:40

@morcar
Complètement d'accord avec toi. Je trouve la sage très sympathique pour pleins de raisons. Mais le 5 est, d'après moi, le seul film qui se rapproche d'un "bon film" d'action au sens large. Depuis ils n'ont fait que répéter la formule en la caricaturant à chaque fois un peu plus (jusqu'à l'indigestion possible en fonction de la tolérance de chacun).

Morcar
12/07/2021 à 12:01

En voyant le premier, comme beaucoup de monde, j'ai trouvé que c'était un pompage de "Point Break" dans le milieu des voitures. Personnellement j'avais trouvé le 2 tout aussi sympathique. Par contre j'avais arrêté le 3 au bout de 15 minutes.
En effet le 4 est comme une sorte de reboot de la franchise, mais c'est surtout le 5 (dont j'ai eu le DVD offert en faisant une vidange chez mon garagiste ^^) qui reste pour moi le meilleur de la saga, sans conteste. La franchise se renouvelle, et applique une recette qu'elle n'arrivera jamais à répéter de manière aussi réussie.
Les 6 et 7 sont sympa, le 8 est déjà celui de trop. M'est avis qu'ils auraient du "profiter" de la mort de Paul Walker pour mettre fin en même temps à la franchise.

Pat Rick
12/07/2021 à 11:41

@ Blockbuster & DirtyCop

"Les 3 premiers sont les meilleurs."

Fast and Furious: Tokyo Drift est quand même très médiocre.

Pat Rick
12/07/2021 à 11:34

Le 2 sans être du grand cinéma est pourtant l'un des meilleurs de la saga, cet opus 2 est l'un des rares qui ne se prenait pas au sérieux contrairement à Vin Diesel dans la peau de Toretto.
Dwayne Johnson a compris comme Schwarzy et Sly l'utilisation du second degré, ce que Vin Diesel ne semble n'avoir jamais capté.

Blockbuster
11/07/2021 à 14:57

Je rejoins dirtycop, ils n'ont pas sauvé mais enterré la saga dans le grandguignol plutôt, de mon point de vue.
Les 3 premiers sont les meilleurs.

DirtyCop
11/07/2021 à 12:44

Mouais, "sauver" c'est un bien grand mot. Les trois premiers restent les meilleurs de la saga pour beaucoup de gens, dont moi.

votre commentaire