Judge Dredd : quand Hollywood et Stallone faisaient régner leur loi sur les comics

Simon Riaux | 4 juillet 2021
Simon Riaux | 4 juillet 2021

Film décrié, demeuré comme un exemple d'infidélité à une création révérée, Judge Dredd est parfois considéré comme le pire Stallone. L'est-il vraiment ?

Quand sort Judge Dredd en 1995, Sylvester Stallone n'est déjà plus le surhomme régnant sur Hollywood que firent de lui Rocky puis Rambo, mais il demeure une star internationale extrêmement puissante, de celles dont le menton dévoilé par une affiche suffit à assurer la promotion d'un blockbuster. De celles qui peuvent exiger la transformation d'un projet, parce que le scénario leur déplaît ou ne les sert pas ainsi qu'ils l'entendent. Une stature qui va néanmoins rapidement se dégrader au mitan des années 2000. Notamment à cause de l'échec de l'adaptation qui nous intéresse.

La presse a souvent vu dans l'échec du métrage, sorti entre Apollo 13 et Batman Forever, au mois de juin, un mauvais positionnement marketing, qui l'aurait écrasé aux États-Unis, tandis qu'il était question de retranscrire un comics certes culte, mais qui n'avait pas les faveurs du grand public. Une analyse qui se tient, tant le récit parfaitement calibré de Ron Howard à base d'édifiante histoire vraie de sauvetage spatial et la première incursion de Joel Schumacher chez Batman ont électrisé le box-office. Mais il y a bien d'autres raisons pour lesquelles cet été-là, le juge n'a pas fait la loi sur les salles obscures.

 

Photo Judge Dredd"Attention Ecran Large"

 

COPY COMICS

Pour comprendre en quoi Judge Dredd témoigne d'une époque et d'une philosophie industrielle révolues, il faut remonter à 1989. Tim Burton vient de réaliser Batman, et d'amasser 411 millions au box-office international (soit approximativement 890 millions de dollars en ajustant l'inflation). Alors que le Superman de Richard Donner était considéré comme un cas à part, son héros jouissant d'une popularité qui s'étend bien au-delà des pages de papier glacé, pour embrasser toute la mythologie américaine, les cartes se voient rebattues. Pour Hollywood, le message est clair, les entités issues de la culture populaire, des comics et des jeux vidéo (dont la popularité croît à toute berzingue) doivent désormais être prises au sérieux.

Les "IP" (intellectual properties, traduit souvent un peu vite en français en "marques"), les licences et autres franchises sont encore bien loin d'être des notions connues du grand public, mais les studios se mettent en branle, changent leur fusil d'épaule afin de fondre sur quantité de nouveaux matériaux à transformer en films alléchants. En quelques années, à la faveur de budgets parfois très conséquents, débarquent sur les écrans Dick TracyThe Crow ou encore The Mask. Si leurs succès sont inégaux, l'excitation que ces projets provoquent au sein du public et d'une partie des médias est incontestable. 

 

photoC'est beau une ville la nuit

 

Ni une ni deux, pour tous les scénaristes gavés de bandes dessinées, de comics et de ce qu'on n'appelle pas encore des romans graphiques, le ciel se dégage. Ils vont enfin pouvoir porter leurs héros à l'écran. C'est notamment ce que pense le scénariste Steven E. de Souza, grand fan devant l'éternel du personnage de Judge Dredd, qui connaîtra son heure de gloire au Royaume-Uni durant les années 80. Il est le fruit de la collaboration entre le scénariste John Wagner et le dessinateur Carlos Ezquerra. Le monstre qu'ils engendrent est un objet de pop culture radical publié dans la revue britannique 2000 AD, formidablement en prise avec son époque.

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commentaires
Anderton
14/07/2021 à 11:15

Effectivement, les 90's ont vu apparaître pas mal d'adaptations de comics/graphic novels au cinéma, dont la plupart étaient peu ou pas connus du grand public; je pense aussi à "Tank Girl", "Barb Wire", "Men In Black" ou encore "Spawn", sans compter les projets avortés comme "Sergeant Rock" qui devait rassembler Stallone (déjà), Schwarzenegger et même Willis...
Comme beaucoup de ces oeuvres étaient quelque peu oubliées ou connues seulement de fan purs et durs, il était légion que les adaptations prennent de grandes libertés afin de coller davantage à l'image du studio qui les produisait ou de la star qui en interprétait le personnage principal.
L'échec était donc quasi garantie : soit le scénario faisait un beau bras d'honneur au matériau d'origine et aux fans, soit l'oeuvre choisie était tellement particulière qu'elle ne faisait pas le poids face aux blockbusters de l'époque.

Rorov94M
05/07/2021 à 16:53

Techniquement le film est une tuerie:décors,costumes,sfx,vfx,chep op'...
Stallone est impériale même sans casque.
Dans les scènes coupées il y aurait:
-plus de ralentis dans les scènes icôniques dans la présentations des antagonistes.
-plus de scènes avec Judge Hershey avec trip psyché i la clé.
-ont voyait un sdf se faire arranguer par un prêcheur,suivre ce dernier dans des décombres et de découvrir la famille du prédicateur(c'est celui qui se retrouve en méchoui dans la grotte:«loué soit le seigneur!»)
-le ABC WARRIOR serait plus présent(ont parle d'une trentaine de plans FINALISÉS jetés à la poubelle pour cause de rendu trop animatroniques!) et de 2/3 plans larges de loin en stop motion intégrant Rico.
-2 plans gore où le juge interprété par Prochnow se fait arracher les 2 bras et le sang éclabousse un perso.
-poursuite en motos plus longues de 30 secondes avec des plans en plus des 2 poursuivants.
-les bastons finales devaient être plus fluides et lisibles.
-LA fameuse scène arlésienne:un clone prématuré de juge qui s'enfuit(celui qui se tourne face caméra brutalement) qui était censé annoncer JUDGE DEATH pour une éventuelle séquelle!
-un plan séquence final de Dredd de dos sur sa moto arrivant sur une cornière de building permettant aux spectateurs de découvrir Mega City One une dernière fois avant le générique.

Rorov94M
05/07/2021 à 16:28

Le film est sympa.
Il enlève son masque,ok.
Y'a un sidequick lourdingue,ok.
Et le métrage et trop cut.
Mais je demande à voir le JUDGE DREDD DIRECTOR S CUT de Danny Canon(un petit génie des 90')qui,selon MAD MOVIES,L'ECRAN FANTASTIQUE,et SFX existerait réellement d'une durée de 130 mn au lieu des 95 mn actuelles(hors générique!)
De l'aveux même de Canon,Pressman, Kassar, Vajna dans leurs interviews.
Il y a des bouts de scènes coupées dans une des bande-annonce de l'époque.
D'ailleurs,même la b-o à changée.
Qui sait,un jour...

Pat Rick
05/07/2021 à 13:02

On peut dire ce que l'on veut sur ce film, mais l'ayant revu récemment c'est un film d'action très divertissant certes imparfait mais bien calibré.

JohnBarry
05/07/2021 à 12:18

Complétement d'accord avec les commentaires ci-dessous.

J'ai vu ce film pour la 1ère lorsque j'avais 12-13 ans, et je garde un souvenir horrible du personnage de Rob SCHNEIDER. Il me sortait par les yeux.
Le coup de visage dévoilé enlève une grande part du mystère (et du charisme) au personnage.

@ Kyle Reese

La version 2102 est effectivement bien meilleur. Il me semble qu'il n'était pas sorti au ciné, ou bien alors avec une distribution chaotique.
J'étais également bien déçu de ne pas le voir sur grand écran. La très bonne version Blu-ray a quelque peu réduit cette déception.

Ethan
04/07/2021 à 17:30

Personne ne connait ce film. Sorti directement en vhs. Pas sûr que la vf existe.

@Faurefrc
C'est clair. Rambo 5 aurait pu être un super film. Dommage qu'il ne connait pas Clint

Flash
04/07/2021 à 13:11

Zarbiland@ en effet, quand il enlève son casque, ça flingue le film.

Zarbiland
04/07/2021 à 12:05

Fan absolu de la bd dont je possède toujours le comic N°1 sorti en France dans les années 80. Je me souviens avoir quitté la salle quand au bout de 10 minutes il enlève son casque, irrévérence ultime à la BD ou Dredd n'a jamais dévoilé son visage. Erreur qui n'a pas été faite dans le Dredd de 2012, largement supérieur à cette daube avec Stallone.

Flash
04/07/2021 à 11:41

L’un des gros problèmes de ce film raté, c’est l’insupportable personnage comique. A lui seul, il plombe une bonne partie du métrage.

Mx
04/07/2021 à 11:34

"le clan légendaire Angel et fils.

Pirates de la terre de malédiction, assassins, charognards, et avant tout, sacs à merde!!!!

J'ai rien oublié, Pa?!!!"

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