Love, Death & Robots : les 5 meilleurs épisodes de la série SF Netflix

Mathieu Jaborska | 30 mai 2021
Mathieu Jaborska | 30 mai 2021

La saison 2 de Love, Death & Robots (notre critique ici) aura décidément refroidi même les plus passionnés des spectateurs de Netflix, la faute à un trop-plein d'épisodes... vides. Mais si cette dernière salve de courts-métrages souligne l'irrégularité de la série, celle-ci nous aura quand même proposé quelques beaux moments.

C'est le propre de sa nature anthologique : il y a à boire et à manger, mais on n'est pas à l'abri de tomber sur une pépite. Et des pépites, il y en a quelques-unes dans cette production de Tim Miller et David Fincher. Oublions donc les démonstrations techniques sans âme pour nous intéresser aux meilleurs épisodes de Love, Death & Robots, parfois poétiques, parfois spectaculaire et même parfois assez émouvants, dans une petite liste non exhaustive.

 

photoCarton bleu pour les quelques petits spoilers

 

L'avantage de Sonny (S1E1)

Ça raconte quoi ? Une femme nommée Sonnie contrôle à distance un monstre créé par ingénierie génétique dans des combats de gladiateurs souterrains.

Pourquoi c'est bien ? Ce premier épisode (bien que l'interface de Netflix propose son propre ordre, prouvant une fois de plus l'omniprésence de son algorithme) a pour lui de mettre directement dans le bain. Comme l'immense majorité des courts concoctés par le studio Blur, il combine tour de force technique à s'en décrocher la mâchoire, direction artistique soignée et inspirations vidéoludiques (Blur s'occupait naguère des bandes-annonces cinématiques pour les AAA).

Le combat qui compose le deuxième acte agit presque comme une note d'intention. Pour satisfaire un monsieur loyal beuglant littéralement "gore, gore, gore", deux monstres se mettent sur la tronche dans un festival de violence numérique, capté par une caméra virtuelle virevoltante. Un véritable crescendo ultra-bourrin qui revendique ses aspirations régressives, jusque dans le nom des deux forces en présence, dignes de figurines en plastique échappées des années 1980.

Mais là où L'avantage de Sonny se démarque des autres productions Blur, c'est qu'il raconte réellement quelque chose et - encore mieux - qu'il confère de vraies répercussions à son twist jouissif. À travers un personnage principal capable de muer un trauma en force, le scénario raconte comment les femmes ripostent envers un pseudo-virilisme qui ne voudrait surtout pas perdre son pouvoir. Si l'idée est peu subtile, la force de frappe de sa concrétisation en fait une oeuvre méchamment vindicative

 

photoRed is dead

 

Bonne chasse (S1E8)

Ça raconte quoi ? Dans la Chine du début du XXe siècle, un garçon tombe amoureux d'une huli jing métamorphée après que son père a tué la mère de celle-ci.

Pourquoi c'est bien ? Exit la 3D (ou presque). Bienvenue dans un univers très relativement inspiré de l'animation traditionnelle. Un revirement esthétique logique : la tradition et la modernité sont justement les sujets du très beau Bonne Chasse, qui, après une comédie un peu vaine (La revanche du Yaourt), et un récit classique sauvé in extremis par une rupture de ton particulièrement horrifique (Derrière la faille), prend tout le monde de court.

Le court-métrage adapté de Ken Liu, pourtant sur le papier plombé par ses aspirations mythologiques, sort du lot en racontant l'histoire d'une transition, une transition entre une magie légendaire, héréditaire et une magie plus moderne, mécanique. Ou l'exploration du flou artistique entre la fantasy et le steampunk. Un flou dans lequel se complaisent les pires représentants de l'espèce humaine, obnubilés par la machine, seule entité qu'ils peuvent entièrement soumettre à leur volonté... et même à leurs désirs sexuels.

Parfois cru quand nécessaire, Bonne Chasse pouvait facilement tomber dans la technophobie, travers évident lorsqu'on oppose ainsi les rouages froids et la magie traditionnelle. Mais en profitant de son propre graphisme pour figer un changement d'esthétique plutôt que de bêtement fustiger le soi-disant progrès, il rassure sur le pouvoir de la fiction. Car pour les auteurs de cet épisode, la magie, c'est l'humanité. Une idée simple, mais sublimement mise en scène.

 

photoBattle Angel

 

L'oeuvre de Zima (S1E14)

Ça raconte quoi ? Un artiste solitaire donne une dernière interview au bout d'un siècle.

Pourquoi c'est bien ? La présence de cet épisode dans cette sélection ne crée que moyennement la surprise. En général, tout le monde s'accorde sur ce point : L'oeuvre de Zima est LA pépite de Love, Death & Robots. Diffusé sur une plateforme aussi populaire, au sein d'une anthologie largement promue, il constitue la meilleure publicité possible pour l'industrie du court-métrage en convainquant les néophytes qu'il est bien possible de se livrer à une réflexion métaphysique et émotionnelle sur l'art et la vérité en à peine plus de 10 minutes.

Oeuvre totale, dont le style se fond à merveille avec le propos, il nous entraine dans une quête artistique qui ne peut s'épanouir que dans la fiction. Si les meilleurs épisodes de la série portent en eux une visée métaphorique ou un message plus ou moins subtil, il est un des seuls à ouvrir le champ des interprétations. Ode à la simplicité ? Rappel que la vérité ne dépend que de notre champ de vision ? Projection philosophique du futur de la robotique ? Prolongation de l'oeuvre de Yves Klein ? Publicité pour un laveur de piscines ?

Probablement (presque) tout ça à la fois, et c'est justement ça qui fait de L'oeuvre de Zima un objet fascinant. La pointe d'émotion finale, très impressionnante, en devient presque irréelle : le sentiment provoqué est-il réellement humain ? Paradoxalement, on reproche souvent à la série une certaine déshumanisation, causée par sa technicité parfois absconse. Et pourtant, le court-métrage le plus chargé émotionnellement est justement celui qui exige de nous de sortir de notre propre humanité. S'il ne fallait en gardait qu'un, ce serait donc celui-là.

 

photoZima's blues

 

L'âge de glace (s1e16)

Ça raconte quoi ? Un couple découvre une civilisation vivant dans leur congélateur.

Pourquoi c'est bien ? Il n'est pas tant apprécié, ce Ice Age. C'est probablement à cause de son look, clairement le plus spectaculaire de la série, si avancé dans le photoréalisme qu'on se prend, les premières minutes, à croire aux prises de vue réelles. Le travail du studio d'effets spéciaux Atomic Fiction est si désarmant qu'il semble renfermer un piège, une vacuité technologique cynique.

Et pourtant, l'histoire qu'il met en scène agit presque comme une métaphore du pouvoir de l'animation. Ce couple regarde une civilisation entière progresser, s'éteindre et se surpasser, au point d'entrer en contact, comme on contemple, d'un air hagard, assis sur notre canapé, les miracles que peuvent désormais accomplir les animateurs. Les derniers instants de ce petit monde, projetant des mini-fusées partout dans la pièce, ne sont d'ailleurs pas sans rappeler l'émergence de la 3D, qui permet justement à la fiction de s'inviter encore un peu plus dans le salon des spectateurs.

Certes, le concept aurait pu être propulsé dans la stratosphère des théories philosophiques, mais ce n'est pas le but du scénariste Philip Gelatt, responsable d'une grosse partie des épisodes. Avec cette petite pastille techniquement ébouriffante, il nous rappelle juste que, grâce au travail acharné d'artistes aguerris, il est possible de constater - la main droite dans le slip, la main gauche sur le tire-bouchon -, les évolutions d'univers entiers. Et ça, c'est quand même sympa.

 

photoEt en plus, il y a Mary Elizabeth Winstead

 

Le géant noyé (S2E8)

Ça raconte quoi ? Un jour sur la côte anglaise, un géant s'échoue sur la plage, attirant l'attention des habitants.

Pourquoi c'est bien ? Il fallait bien incorporer à cette sélection un épisode de la saison 2. Néanmoins, le choix reste famélique en dehors de cet ultime court-métrage, réalisé et scénarisé par le producteur de la série, Tim Miller. Il est de loin le plus original, et s'impose finalement comme l'un des plus poétiques morceaux d'animation de la série.

Évidemment, ses qualités proviennent principalement de la nouvelle dont il est adapté, écrite par J.G. Ballard, un des auteurs les plus fascinants du XXe siècle. Reste que porter à l'écran un monstre pareil n'est pas chose aisée (rappelez-vous High-Rise), les deux cinéastes qui ont réussi à relever le défi étant eux-mêmes deux sommités (Steven Spielberg avec Empire du soleil et David Cronenberg avec Crash). Miller s'en sort très bien, notamment car il sait transposer en animation une situation impossible à représenter en prises de vue réelles.

 

photoParle à ma main

 

La direction artistique, la voix off obligatoire et la photographie grisâtre font le reste. Voir le géant mort se décomposer devant nos yeux renforce vraiment la poésie macabre de cette histoire et vient titiller la part morbide de notre humanité. Voilà exactement le genre de proposition qu'on aurait aimé voir plus dans cette saison 2 qui démontre, dans son ultime coup de poker, qu'elle était elle aussi capable de raconter quelque chose de fort, pour peu qu'elle s'en donne les moyens.

Tout savoir sur Love, Death & Robots

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.
Vous aimerez aussi
commentaires
Zedd
31/05/2021 à 14:06

@Caribou Ben c'est les meilleurs selon eux, t'as le droit de ne pas être d'accord

Metal
30/05/2021 à 23:36

Globalement d'accord sauf pour zima. C'est triste parce que le scénario est bon mais le dessin... la plupart des amis avec qui j'ai discuté de la serie sont d'accord avec moi, une œuvre en animation si le design te bloque c'est très dur d'accrocher au reste et honnêtement le design de zima blue c'est un non gigantesque pour moi et un bon paquet de pote. Pareil pour l'épisode dans la glace de la saison 2

SylvainM
30/05/2021 à 21:48

La saison 1 est vraiment au top, la 2 c'est vraiment bof.
Je suis ok avec votre classement, il n'y a plus d’épisode comme "ZimaB" ou "L'avantage de Sonny " ou les personnages ont une vrai charisme (c'est mon ancien professeur de dessin Cedric Peyravernay qui designer les personnages, et oui un francais from Lyon ;).
Tout est lisse dans cette saison2 et parfois trop réaliste et chiant;
J’espère revoir la puissance de la saison 1 dans la saison 3.

BadTaste
30/05/2021 à 18:02

Mon petit Top 5 qui n'intéressera personne :

L'Œuvre de Zima - 10/10
Histoires alternatives - 9/10
Le Témoin - 8/10
L'Âge de glace - 8/10
Le géant noyé - 8/10

Le géant noyé est le seul épisode de la saison 2 qui sorte du lot, thématiquement.
Parce qu'au niveau visuel, Ice, Groupe d'intervention et Snow et le désert sont sublimes, dommage que ces trois épisodes ne racontent pas grand chose de marquant.

Emynoduesp
30/05/2021 à 17:56

L avantage de Sonny...c est une tuerie. Un pokemon like adulte.
Y en a pas.mal d excellents. Sur la saison 2, il n ya que le gent qui mna decu. Et puis le.deroulement n est pas.realiste. Aucun gouvernement ne laisserait la bestiole deperir sur la plage. Ca se finit en labo geant ou ils tronconnent le tout pour l emmener au labo :')

john1
30/05/2021 à 12:59

Les trois premiers mentionné oui, les 2 suivants non.

Il y avait assez d'épisode différent dans la S1 pour y trouver on bonheur, dans la S2 par contre... bof bof.

caribou
30/05/2021 à 12:50

les meilleurs ??? ...mais pour qui messieurs les détenteurs du bon goût ?

Chris11
30/05/2021 à 11:08

Je valide les 4 premiers, pas le géant noyé qui m'a juste donné la nausée, ce qui à priori était l'objectif.
D'autres auraient pu être cités, mais on sera pas tous d'accord. Et si je devais en retenir un, ce serait Zima, de très loin.

votre commentaire