Cuisine et Dépendances : comment Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui sont devenu le plus beau duo du cinéma français

Simon Riaux | 9 mai 2021
Simon Riaux | 9 mai 2021

Après la disparition de Jean-Pierre Bacri, le vide laissé par le comédien et scénariste est apparu si évident qu'on a voulu revenir sur cette comédie à part.

Dans les recettes éculées de la comédie française, on trouve notamment l'adaptation de succès théâtral. Depuis plusieurs décennies, essayer de capter la fièvre entourant une pièce à succès, pour la transposer dans les salles obscures, représente presque un sous-genre en tant que tel, tant ses codes sont établis, et ses innocuités évidentes. Ce type de production, synonyme de projets faciles, à la mise en scène en pilote automatique, aux décors minimalistes, voire uniques et aux comédiens souvent déjà rôdé compte plusieurs gros succès populaires. Du Dîner de cons, en passant par Le Prénom ou le cultissime Père Noël est une ordure, la lolance hexagonale trouve souvent son inspiration (et de quoi garnir ses bilans comptables) sur les planches.

On pourrait donc croire que Cuisine et Dépendances entre précisément dans cette catégorie, rarement synonyme d'inventivité ou de surprise, mais ce serait faire une grossière erreur. Le métrage marque au contraire la naissance en temps que duo de cinéma d'un couple d'auteurs qui deviendront parmi les plus intéressants de leur génération. Des créateurs singuliers, dialoguant parfois cruellement avec leurs contemporains. 

 

afficheAllez, à table

 

LA PETITE BOUTIQUE DES MALHEURS

Quand Jacques et Martine croisent par hasard une vieille connaissance devenue une gloire de la télévision, ils organisent derechef un dîner. Mais entre le retard de leur invité, la présence d'une copine qui aiguise les jalousies, un invité joueur et un parasite qui ne supporte pas grand-monde, c'est bientôt toute la soirée qui se délite et les amitiés qui s'effondrent.

Avec ce point de départ, on ne voit pas nécessairement ce qui différencie Cuisine et dépendances du tout-venant de l'humour théâtral français. Sauf qu'ici, le noeud de la tension demeurera perpétuellement hors champ. Tout comme nous ne découvrirons jamais ce qui se trame véritablement dans un salon où la caméra ne s'aventure jamais, la star de la télévision demeurera parfaitement invisible, ainsi que la compagne de Fred, dont la beauté trouble les convives.

Dès lors, l'action se déroulera presque exclusivement dans la cuisine, où les plats comme les esprits s'échauffent. Nous assistons, d'abord amusés, puis inquiets et franchement attristés, à la montée des agacements, aux questionnements et enfin aux reproches qui se font jour, et vont progressivement dénouer tous les liens entre les protagonistes. Un choix déjà présent dans la pièce originale, écrite par Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui, qui a pour conséquence de dynamiser énormément le programme attendu. Puisque les conflits nous échappent, ce n'est pas tant aux frictions que nous assistons, mais à ce qu'elles provoquent chez les personnages, et surtout, comment ils s'en accommodent, ou pas.

 

photo, Jean-Pierre Bacri, Sam KarmannDeux joyeux compères...

 

Et c'est d'abord là que s'exprime le talent des deux dramaturges, qui ne signent pas encore la mise en scène, ici dévolue à Philippe Muyl. Leur langue est claire, limpide. Cruelle. Ne refusant pas la théâtralité, mais essayant plutôt d'en extraire toutes les forces, ils font s'exprimer leurs protagonistes dans une langue simple, mais dont la précision fait systématiquement mouche. Dans cet appartement parisien bourgeois, tout devrait rouler, à l'exception de Georges, chacun a une bonne raison de se réjouir ou d'appréhender la soirée positivement. Sauf que l'individualisme et la veulerie vont faire office de ver dans la pomme.

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commentaires
Faurefrc
09/05/2021 à 18:18

Un super film... mais j’ai tendance à préférer sa suite spirituelle : Un air de famille

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