Mortal Kombat 2 : Destruction finale, la suite qui a tué la franchise au cinéma

Gaël Delachapelle | 1 mai 2021
Gaël Delachapelle | 1 mai 2021

Retour sur la production chaotique et l'échec cuisant de Mortal Kombat 2 : Destruction Finale, la suite qui a tué la franchise au cinéma.

Parmi les nombreuses adaptations de jeux vidéo cultes au cinéma qui sont légion dans l’industrie hollywoodienne actuelle, Mortal Kombat de Paul W.S. Anderson occupe une place pionnière, figurant parmi les adaptations les plus populaires sur grand écran. Adaptation plus que fidèle et respectable pour certains, authentique plaisir coupable pour d’autres, le film de Paul W.S. Anderson est encore aujourd’hui sujet à de nombreux débats parmi la communauté de fans du célèbre jeu.

Et puis, il y a eu Mortal Kombat 2 : Destruction Finale, une suite directe au premier film qui fut un carton surprise au box-office mondial lors de sa sortie en salles, dont la rentabilité a engendré la mise en chantier rapide d’une suite. Mais à la différence du premier volet, ce second opus est assez unanimement considéré aujourd’hui comme l’une des pires adaptations du format vidéoludique sur grand écran, alors que tout était réuni pour faire de cette suite un nouveau carton… du moins sur le papier.

Alors que la franchise est sur le point de renaître avec un sanglant reboot qui arrive très bientôt en France, on revient sur la production chaotique et l’échec commercial de cette suite qui aura tué pendant plus de 20 ans la franchise Mortal Kombat au cinéma.

 

Photo Christophe LambertPhoto souvenir avant la destruction finale...

 

Un carton Mortal

En 1995, les adaptations de jeux vidéo sont encore rares à Hollywood, et Mortal Kombat va venir mettre un coup de pied dans la fourmilière. Second long-métrage à l’époque du jeune réalisateur britannique Paul W.S. Anderson, après son premier film, Shopping, avec notamment Jude Law au casting, l’adaptation du jeu éponyme va propulser à la fois la carrière du réalisateur, mais aussi prouver la rentabilité de la recette auprès des producteurs et des studios.

Avec 122 millions de dollars au box-office mondial pour un budget de 18 millions, c’est en effet peu dire que Mortal Kombat a été un véritable carton surprise lors de sa sortie en salles, recevant des critiques plutôt enthousiastes de la part des fans. Ainsi, le nom de Paul W.S. Anderson va devenir par la suite indissociable des adaptations vidéoludiques, notamment avec la série de films Resident Evil dont il réalisera le premier volet, avant de ne revenir à la saga qu’en 2010 avec les opus Afterlife, Retribution et Chapitre Final.

 

photo, Milla Jovovich, RintintinGrâce à Mortal Kombat, on a eu ça...

 

Une franchise qui divisera les fans, mais que certains membres de notre rédaction considèrent comme de véritables plaisirs coupables, dont le succès découle directement du carton de Mortal Kombat. Par ailleurs, les studios ne tarderont pas à lancer leurs adaptations de diverses licences vidéoludiques. Une vague qui ira du Lara Croft : Tomb Raider de Simon West, avec Angelina Jolie dans le rôle-titre (qui donnera vie au fantasme ultime de tout un pan de la communauté geek) au respecté Silent Hill du Français Christophe Gans, en passant par un nombre incalculable d’adaptations, pour le meilleur comme pour le pire.

Et justement, le pire arrive juste après le deuxième film de Paul W.S. Anderson, puisque suite au carton de Mortal Kombat, une suite va être très vite mise en chantier, avec une enveloppe confortable de 30 millions de dollars. Un budget plus ample pour une suite plus ambitieuse. Mais les choses ne vont pas se passer comme prévu…

 

photoSi Christophe se marre, c'est que c'est pas bon signe...

 

Une production digne d’un Kombat

Suite au carton du premier opus, les producteurs de Mortal Kombat songent évidemment à rappeler Paul W.S. Anderson pour diriger Destruction Finale (Annihilation en VO), probablement dans l’idée de réitérer le succès… avant que ce dernier ne décline la proposition. En effet, ce n’est qu’en 2010, dans les colonnes de Mad Movies, que le réalisateur a avoué avoir refusé de reprendre l’exercice après une expérience plutôt difficile sur le premier opus, qui s’apparentait à une lutte permanente avec les producteurs pour imposer ses choix artistiques sur le tournage.

Et ce ne sera pas la première fois que l’on entendra parler du producteur Lawrence Kasanoff et de son control freak sur la production de Destruction Finale, déjà derrière la production du premier opus qui ne fut apparemment pas une partie de plaisir pour Anderson. Et les changements en arrière-boutique sont plutôt importants dans cette suite, puisque le scénariste Kevin Droney cède sa place aux scénaristes Brent V. Friedman et Bryce Zabel, pour un scénario basé sur une histoire imaginée par nul autre que Lawrence Kasanoff en personne. Et généralement, quand un financier s’approche un peu trop du scénario, ce n’est jamais bon signe.

 

photo, Musetta Vander, John Medlen, Marjean Holden, Tyrone C. WigginsQuand un producteur est au scénario, ça donne ça... 

 

Suite au départ de Paul W.S. Anderson, le studio confie la réalisation au directeur de la photographie du premier opus, John R. Leonetti, dont il s’agit à l’époque du premier long-métrage en tant que réalisateur, après avoir officié dans les années 90 sur des films tels que Chucky 3Hot Shots ! 2, ou encore The Mask. En tant que directeur photo, Leonetti est surtout un collaborateur régulier de l’artisan de l’horreur James Wan. Une collaboration fructueuse entamée avec Dead Silence, qui se poursuivra notamment sur Conjuring : Les Dossiers Warren, mais aussi sur les deux premiers chapitres de la saga Insidious, ainsi que sur le troisième opus réalisé par Leigh Whannell.

Mais en tant que réalisateur, John R. Leonetti est surtout connu pour sévir au sein des franchises sur lesquelles il a officié à la photographie, coupable ces dernières années de plusieurs crimes dans le paysage de l’horreur mainstream. Notamment au sein du ConjuringVerse avec Annabelle premier du nom, sorti en 2014.

Dans une autre interview pour Mad Movies, à l’occasion de la sortie de son film d’horreur pour ados I Wish : Faites Un Vœu en 2017, le réalisateur confiera avoir d’abord été approché pour la photo de Destruction Finale par la production. Avant de suggérer l’idée de pouvoir faire ses premiers faits d’armes en tant que réalisateur sur cette suite, laissant la photographie à son frère, le chef opérateur Matthew F. Leonetti. Une faveur qui lui sera accordée par le studio… pour le résultat que l’on connaît.

 

photoUne photo très colorée... 

 

Les changements s’opèrent également devant la caméra, avec des personnages qui changent subitement de visages en l’espace d’un cliffhanger. Le changement le plus conséquent est sans aucun doute celui de Christophe Lambert dans le rôle de Raiden, dieu du tonnerre emblématique des jeux, devenu un meme vivant sous les traits de l’acteur et de son rire légendaire. Ce dernier étant trop occupé à l’époque sur le tournage de Beowulf, également produit par Lawrence Kasanoff, la production perd d’emblée l’un des atouts majeurs du premier opus.

Ce n’est qu’en 2016, dans une interview pour Loaded, que l’acteur français reconnaîtra qu’il a surtout refusé de reprendre le rôle, peu convaincu par le script, auquel il préférera celui de Beowulf (c’est dire). Ainsi, ce dernier est remplacé au casting par James Remar dont la performance très premier degré arrache beaucoup moins de rires que celle hilarante de Lambert dans le premier film. 

Seul Robin Shou reviendra dans le rôle principal de Liu Kang, ainsi que Talisa Soto dans celui de Kitana, ou encore Keith Cooke, interprète de Reptile dans le précédent film, qui revient cette fois en Sub-Zero (au revoir la cohérence). Bridgette Wilson (Sonya Blade) est quant à elle parti tourner dans Souviens-toi... l'été dernier, tandis que Linden Ashby (Johnny Cage) fut le premier à confesser à l’époque ne pas être revenu à cause du scénario. Et il y a fort à parier que le sort réservé à son personnage dès les dix premières minutes du film n'y soit pas indifférent. Bref, une production chaotique avec des changements un peu partout, ce qui n’annonçait rien de bon. Et pourtant, le pire est à venir en post-production…

 

photoAttention, c'est maintenant que ça fait saigner des yeux...

 

Une post-prod post-Mortal

En effet, ce n’est pas un secret aujourd’hui : Mortal Kombat 2 est un très mauvais film, l’une des pires adaptations vidéoludiques au cinéma, si ce n’est LA pire pour certains. Même si la suite de John R. Leonetti peut-être vu comme un magnifique nanar avec 1L de bière dans le sang, en compagnie d’une bande de potes. Mais le cas de Destruction Finale reste aussi unique qu’invraisemblable dans son résultat final, surtout au vu de son budget confortable de 30 millions de dollars.

L’élément le plus moqué dans cette suite est sans aucun doute la qualité de ses effets spéciaux, indignes d’une production de cette ampleur, à l’image de ce climax aux fraises, où Liu Kang et le méchant Shao Kahn s’affrontent sous la forme de créatures numériques à peine dignes d’une cinématique de PS1. Des effets visuels médiocres et très en retard pour leur époque, surtout comparés à ceux d’autres blockbusters sortis la même année, notamment Le Monde perdu : Jurassic Park de tonton Spielberg, Men in Black et son cafard géant tout aussi numérique, ou encore Le Cinquième Elément de notre Luc Besson national.

 

photoLe cafard numérique de Men in Black...

 

Et de récentes révélations sont venues fournir une explication rationnelle dirons-nous à ces visuels cauchemardesques qui hantent encore aujourd’hui les fans du jeu, à savoir que Mortal Kombat 2 n’aurait tout simplement pas été achevé. En effet, c’est le scénariste, producteur et historien du cinéma Brad Henderson qui est revenu récemment sur ce qui ressemble finalement à un terrible accident industriel, en partageant une anecdote aussi hallucinante qu’improbable à propos de la post-production du film, dans un thread Twitter :

« Mortal Kombat : Destruction Finale est une version de travail. Les producteurs ont projeté le film à des publics tests et les réactions ont été très positives. Après cela, ils se sont dit : ‘Pourquoi dépenser tout cet argent supplémentaire alors que les tests ont été si concluants ?’. Donc toutes ces scènes atroces en CGI étaient à l’origine provisoires, afin que l’équipe les corrige et les retouche. Mais ce n’était pas l’idée de [Lawrence] Kasanoff et la franchise a sombré en retour. Même le montage final n’était pas terminé. […]

C’était entièrement de la faute des studios après les projections tests. […] Ils ont pensé que c’était assez bon et l’ont arraché des mains de ses créateurs. Le film a quand même plutôt bien marché, mais les critiques ont été horribles et incroyablement décourageantes. »

 

photoLe cafard numérique... de Mortal Kombat 2

 

Une information qui nous rappelle donc qu’avant de s’improviser scénariste en ayant un regard sur l’histoire, le producteur Lawrence Kasanoff reste avant tout un financier qui cherche à faire des économies quand il le peut. Quitte à sacrifier le rendu final de son film avec une post-production complètement bâclée, pourtant essentielle au processus créatif d’un long-métrage.

Selon les propos de Henderson, la décision de Kasanoff et du studio de sortir Mortal Kombat 2 dans une copie de travail inachevé a eu raison de la franchise. Et il y a en effet fort à parier que les producteurs ne s’attendaient pas à la réception désastreuse que leur réservaient la critique et le box-office…

 

photo, Musetta VanderLa coupe budgétaire semble avoir également impacté les costumes...

 

Un box-office Mortal pour la franchise

Alors que le premier opus avait été un véritable carton inattendu à sa sortie en salles, avec un week-end d’ouverture à 23 millions de dollars au box-office domestique, pour un total de 122 millions au box-office mondial, Destruction Finale a réalisé un démarrage à 16 millions. Au final, Mortal Kombat 2 n’atteindra que les 51 millions de dollars au box-office mondial, rapportant à peine plus que son budget de 30 millions, ce qui est peu par rapport au carton de son prédécesseur.

En France, là où le premier volet avait frôlé le million d’entrées en salles, sa suite a à peine dépassé les 250 000 spectateurs, probablement à cause du bouche-à-oreille entre les fans. Le film a reçu un accueil critique désastreux aux États-Unis, avec seulement 2% de critiques positives sur Rotten Tomatoes, certaines pointant du doigt les effets spéciaux au rabais dont on connaît désormais l’origine. Et enfin, pour enfoncer le dernier clou du cercueil, les co-créateurs de la licence, Ed Boon et John Tobias, ont avoué en 2012, dans des interviews séparées, que Destruction Finale représentait à leurs yeux le pire moment de l’histoire de la franchise Mortal Kombat.

 

photo, Sisi StringerEnfin une adaptation sanglante ?

 

Suite à cet échec commercial relatif et à des critiques désastreuses, la mise en chantier d’un troisième film a été mise de côté, pour ne pas dire abandonné, marquant au passage la mort de la franchise au cinéma pendant plus de 20 ans. Un projet qui ressortira du tiroir à plusieurs occasions, parfois évoqué par les acteurs, notamment Christophe Lambert, avant que le troisième film ne devienne finalement un reboot, attendu aujourd’hui par les fans avec impatience.

Avec le réalisateur James Wan à la production, le reboot de la franchise promet une adaptation sanglante digne de ce nom, avec cette fois-ci une classification R-Rated, contrairement aux deux précédents films dont le classement PG-13 justifiait l’absence totale d’une quelconque goutte de sang à l’écran. Mortal Kombat, version 2021, marquera-t-il la renaissance de la franchise au cinéma, ou bien son deuxième enterrement définitif ? Réponse le 12 mai prochain chez nous en achat digital. En attendant, on revient sur la version 1995 de Paul W.S. Anderson par ici.

Tout savoir sur Mortal Kombat : Destruction finale

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commentaires
roro
06/05/2021 à 16:25

bien sur que si que reptile etait ds le 1er mortal kombat c lui kang qui le defonce,

Guyaum24
03/05/2021 à 17:42

De mon lontain souvenir ce film était infecte , une vraie daube indigne de sortir au cinéma (j'adore encore le 1er)

Chin
03/05/2021 à 10:40

et Shao Kahn frere de Raiden fils de Shinnok!!!
en plus de rater le film ils inventent des conneries en plus pour enervé les MKfans!!
Puis pas de budget pour maquiller Kahn et Motaro et leur donner des visages monstrueux comme ils doivent l'être

Aquarius
02/05/2021 à 20:34

L'art de prendre les spectateurs pour des c o ns.....Une version d'essai, c'est du pur foutage de gueule...

Yes
02/05/2021 à 14:10

Les critiques négatives sur le MK de 2021 me rappelle beaucoup celles sur MK 1995 avant que les ados qui avaient adoré à l'époque lui confèrent un statut "culte"..... Les geeks ne retiennent jamais la leçon..............

Onekart
02/05/2021 à 13:32

Bien sûr que oui reptile est belle et bien dans le premier mortal kombat, même dans le premier jeu en personnage caché ;)

ludovictkd
02/05/2021 à 10:56

c'est grâce a ce film que nous avons pu avoir Darth Maul dans la menace fantôme (ray park doublure de Raiden en photo de coup de pied coloré plus haut, n'avais rien d'autre a présenté a l'audition de starwars)

Arnaud (le vrai)
02/05/2021 à 09:56

@juju49

Reptile se bat en outreterre avec Liu Kang. Peut être le seul combat potable du film d’ailleurs

Juju49
02/05/2021 à 09:32

Je n es jamais vu le reptile dans le premier MK, ils disent que l acteur reviens en sub zéro dans le 2 mais si quelqu un à vu le reptile dans le premier faite moi signe, à mon avis c est une erreur

Daz
02/05/2021 à 00:46

Au moins ils avaient respecté la couleur des costumes

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