Bergman sur Netflix : trois films incontournables à (re)découvrir

La Rédaction | 1 mai 2021
La Rédaction | 1 mai 2021

Le Septième Sceau, Scènes de la vie conjugale et Sonate d'automne sont désormais sur Netflix, trois immenses films d'Ingmar Bergman au milieu de son oeuvre dantesque.

Dans son désir d'agrandir son cercle d'abonnés (ou surtout de satisfaire les quotas d'exposition d'oeuvres européennes), Netflix continue d'agrémenter son catalogue d'oeuvres majeures du 7e art. Au printemps 2020, grâce à un deal avec MK2, Netflix accueillait de nombreux films de François TruffautJean-Luc GodardCharlie ChaplinMichael Haneke ou Jacques Demy. Depuis, les cinéastes ont été rejoints par des collections, entre autres, de films de Bertrand Tavernier (on en parle ici) et Claude Chabrol (on en parle là).

Cette fois, c'est loin de l'Hexagone et plus au nord que la plateforme au N rouge a pioché quelques films phares en s'attelant à la filmographie gigantesque du Suédois Ingmar Bergman. Immense cinéaste, récipiendaire de plusieurs Oscars et prix à Cannes, Venise et Berlin, le monsieur est considéré comme un des plus grands réalisateurs de l'histoire du cinéma.

Son oeuvre a lorgné régulièrement sur la famille (Fanny et Alexandre), le deuil (Cris et chuchotements) et l'introspection (Persona), mais Bergman a touché à tous les genres, du conte philosophique au film de guerre (La Honte) en passant par la comédie avec Sourires d'une nuit d'été, la romance avec Monika voire le rape & revenge avec La SourceAu milieu des plus de quarante films qui composent sa filmographie, Netflix en accueille trois de ses plus grands. L'occasion parfaite de s'y plonger.

 

Photo Folke Sundquist, Björn Bjelfvenstam, Bibi Andersson, Victor SjöströmTrois films qui débarquent dans nos coeurs (même sans Les fraises sauvages)

 

Le Septième Sceau

De quoi ça parle ? Un chevalier de retour des croisades rencontre la Mort. Pour échapper à son destin, il lui propose de l’affronter aux échecs. L'occasion de traverser le récit de son existence, sa violence et sa noirceur. 

Pourquoi c'est à (re)voir : Sorte de super-auteur à lui tout seul, Ingmar Bergman a profondément marqué l’Histoire du cinéma, et au sein de sa filmographie, Le Septième Sceau fait figure de sur-film. Écrasant d’ambition, de symbolisme, de richesse plastique et thématique, le film impressionne, quelle que soit la facette par laquelle on l’aborde. On aurait tort pourtant d’hésiter devant cette création et sa richesse. 

Tout d’abord, parce que la confrontation entre Max von Sydow et Bengt Ekerot vaut à elle seule le détour. Le duel amusé qui les réunit, l’un traquant la preuve de l’existence de Dieu tout en cherchant à trouver des réponses aux questionnements existentiels qui le traversent, l’autre personnifiant... la mort, est un immense moment de jeu.

 

photo, Max von Sydow, Gunnar Björnstrand"Vivement la renaissance nom d'un petit bonhomme"

 

Un immense moment de jeu, un tremplin réflexif sans cesse renouvelé. Au fur et à mesure des échanges, ce sont les tableaux qui parsèment l'affrontement qui prennent peu à peu le pas. Visions quasi-picturales d'un moyen-âge fantasmatique, elles impriment durablement la rétine, tandis que le cinéaste compose ses plans (toujours réfléchis avec une immense précision chez lui) avec un génie encore supérieur à son habitude.

Metteur en scène du rapprochement et des éloignements des corps aussi bien que des âmes, il enregistre ici le pas de deux êtres aux volontés incompatibles, avec une poésie extrême. Mais surtout, c'est l'aisance avec laquelle il alterne entre une narration dynamique, reposant sur l'image, un dispositif presque théâtral et des envolées saisissantes, qui impressionne. Rien d'étonnant à ce que le réalisateur suédois ait servi de matrice à des auteurs tels que Wes Craven et Argento, qui ont sans doute trouvé dans ses films des joyaux d'intensité.

 

photo, Max von Sydow"Alors, tu croyais te faire une partie avec Anya Taylor-Joy ?

 

Scènes de la vie conjugale 

De quoi ça parle ? Chronique de la vie d'un couple en six chapitres, étendue sur une période de vingt ans. Le couple Marianne et Johan se déchire, mais au fond, s'aime d'un amour profond.

Pourquoi c'est à (re)voir : Le destin des Scènes de la vie conjugale est assez cocasse, puisque le film a d'abord été diffusé à la télévision suédoise en format série. Organisée en six épisodes de cinquante minutes chacun, la série a tellement fonctionné en Suède, qu'Ingmar Bergman a décidé d'en faire un film d'un peu moins de trois heures. 

Le déchirement du couple est au coeur du film qui suit une progression linéaire d'un divorce, partant de la découverte des faux-semblants d'un couple décrit comme parfait, à l'affrontement qui se conclut finalement par une forme de réconciliation. Cette étude du couple et de la peur de se retrouver seul est un véritable tour de force dans la carrière du réalisateur. Si le film a été limité par un budget très serré, son économie de moyen est devenue la source vitale de son existence. Le dispositif souvent simpliste des séquences démontre toute l'intelligence de Bergman et ce dernier filme le visage de ses comédiens comme personne.

 

photo, Liv Ullmann, Erland Josephson"Je te tiens, tu me tiens, par la barbichette."

 

Ici, on retrouve évidemment sa muse cinématographique, Liv Ullmann, sublime comme jamais, mais aussi Erland Josephson, présent également dans d'autres productions du réalisateur, notamment dans Fanny et Alexandre. Les détails dissonants qui se cachent derrière la beauté de ses comédiens tendent à chaque fois (a priori) vers l'impuissance et l'incapacité d'aimer l'autre. L'étirement des séquences jusqu'à l'os des sentiments participent à la liberté de ces comédiens qu'on a envie de découvrir davantage encore.

Ce film aux traits banals du quotidien de deux personnages où presque rien n'existe autour d'eux, pas même leurs deux enfants, absents du cadre pendant la majeure partie du film, vaut vraiment le détour. Ce couple iconique de l'histoire du cinéma aura le droit à une réapparition testamentaire dans le dernier film d'Ingmar BergmanSarabandUne réécriture de ce vieux couple, finalement inapte à se séparer pour toujours.

 

photo, Liv Ullmann, Erland Josephson"Tu lis quoi en ce moment sinon ?"

 

Sonate d'automne

De quoi ça parle ? Une pianiste fait une petite pause dans sa carrière pour se rendre chez sa fille Eva, qu'elle n'a pas vue depuis des années, afin de se réconcilier. Mais des tensions éclatent lorsqu'elle découvre qu'Eva s'occupe de son autre fille, Helena, handicapée depuis l'enfance.

Pourquoi c'est à (re)voir : Probablement parce que pour tous les novices de Bergman, c'est le film le plus accessible du cinéaste parmi les trois films intégrant le catalogue de NetflixSonate d'automne se déroule en effet sur une journée et une nuit dans une demeure isolée au bord d'un fjord suédois. Le moyen de s'attarder essentiellement sur l'histoire déchirante sur laquelle le récit se concentre et notamment le conflit bouillant entre la mère Charlotte (Ingrid Bergman) et sa fille Eva (Liv Ullmann).

Comme à son habitude, Ingmar Bergman (qui n'a aucun lien de parenté avec Ingrid d'ailleurs) saisit à travers sa mise en scène toutes les émotions de ses deux personnages principaux. Entre les gros plans sur les visages ou les longs plans fixes, le cinéaste dévoile les rancoeurs, mais aussi les regrets se dissimulant derrière les regards, expressions et gestes des deux protagonistes.

 

Photo Liv Ullmann, Ingrid BergmanDes visages miroir de la fragilité humaine

 

Étudiant tout autant le deuil que le pardon, la souffrance que l'amour, le souvenir que l'oubli et évidemment les liens familiaux, Ingmar Bergman poursuit les réflexions qui jalonnent sa filmographie dans ce huis clos intimiste poignant, violent et terriblement tendu. En effet, au fil des minutes, la tension entre Eva et Charlotte grandit. D'abord à distance, chacune marmonnant dans son coin, notamment la pianiste en pente descendante incarnée par une Ingrid Bergman vertigineuse (dans son dernier rôle), puis dans un face-à-face nocturne inévitable.

C'est probablement ici que Sonate d'automne déchire le plus avec une force insoupçonnable, venant à la fois cueillir le coeur et tourmenter l'esprit. En quelques dialogues majestueux ('Une invalide des sentiments" ; "Le malheur de la fille est-il le triomphe de la mère ?"), le Suédois détraque les liens parentaux en faisant l'origine, non pas d'une source d'épanouissement, mais bien au contraire d'un emprisonnement perpétuel dont il est impossible de se libérer avant son dernier jour. Déstabilisant et inoubliable.

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commentaires
Roxy
02/05/2021 à 04:40

@Birdy en noir
Donc tu laisses tes enfants de 4 ans et 7 ans choisir le programme qu'ils regardent sur Netflix ? Heureusement qu'ils ont pas regardé un Gaspar Noé ! Drôle de parent...

Roukesh
02/05/2021 à 03:09

@birdy en noir, c'est tellement simple (au sens de la pureté) Chaplin, comment y résister.
Par contre les spectateurs plus jeunes ou moins connaisseurs risquent de comprendre que Mariage Story n'a pas inventé la poudre en voyant le magnifique "scenes de la vie conjugale".

GTB
01/05/2021 à 23:02

Une occasion offerte de revoir ou découvrir certains de ces classiques. On résume trop souvent le catalogue Netflix à ses nouveautés...mais on est pas obligé de se taper Thunder Force quand parallèlement d'excellents films du passé sont présents (huhu...vous l'avez?)

Birdy en noir
01/05/2021 à 18:43

Mine de rien, le catalogue Netflix s'est considérablement étoffé en 1 an et 1/2. Ghibli, les auteurs dont vous parlez, ça va mettre la pression sur les concurrents pour offrir des grands classiques indémodables de ce genre ! Et qu'on me dise pas que ça vieillit. Il y a quelques semaines, mes gosses de 4 et 7 ans étaient morts de rires devant netflix, je viens voir ce qu'ils regardent, curieux, et je découvre stupéfait (et fier) Les Temps Modernes de Chaplin.

Ray Peterson
01/05/2021 à 11:22

Sonate d'Automne chef d'oeuvre! Les rapports sadomasochistes-masochistes à leur firmament.
Ingrid et Liv for ever!!!!

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