Jurassic Park, Jurassic World sur Netflix : on a classé la saga des dinos, du pire au premier

La Rédaction | 16 février 2021 - MAJ : 16/02/2021 16:41
La Rédaction | 16 février 2021 - MAJ : 16/02/2021 16:41

Jurassic Park, Jurassic World : retour sur les cinq films de la saga, adaptée de Michael Crichton.

Jurassic World : Le Monde d'après arrivera finalement en 2022, mais peu importe : à peu près tout le monde aime les dinosaures, et pas besoin d'actualité pour avoir envie d'en reparler.

Si le premier Jurassic Park réalisé par Steven Spielberg restera sans nul doute un des plus grands classiques du cinéma américain pendant encore des siècles, la franchise adaptée des livres de Michael Crichton a vite divisé le public. D'abord avec les suites Le Monde perdu, puis Jurassic Park 3, puis avec le retour de la saga, sous le titre Jurassic World.

Aucun mystère donc sur la première place du podium, mais vifs débats sur le pire parmi les quatre autres opus. La rédaction a voté, la rédaction a tranché.

 

Photo Ian malcolmÀ quel moment la saga a-t-elle passé ce cap ?

 

5. JURASSIC WORLD

Ce qui se passe : Le Parc Jurassic a fini par ouvrir, mais la multinationale derrière ce retour en grâce veut toujours plus de sous, et décide d'en inventer de toutes pièces de nouveaux dinosaures. Etonnamment, l'Indominus Rex, monstre géant capable de communiquer avec les autres espèces et de devenir invisible tout en jouant du didjeridoo parvient à s'échapper, casse et mange beaucoup de choses. Mais heureusement, Chris Pratt est là pour applaudir quand le T-Rex et deux raptors domestiques lui font un combo de kicks pour le précipiter dans la gueule de l'énorme mosasaure.

Ce qu'on aime : Aussi curieux que cela puisse paraître, en trois films, la première trilogie Jurassic Park, pourtant centrée sur le concept d'un parc d'attractions accueillant des sauriens, ne nous avait jamais montré ledit parc en activité. La promesse d'assister à une véritable orgie de dinos dévorant des centaines de touristes dans un authentique mélange d'attaque préhistorique et de film catastrophe était donc immensément stimulante. Et malgré la platitude de sa mise en scène, le premier tiers du film laisse espérer que quand tout se déréglera, le spectacle sera au rendez-vous.

 

photo, Chris PrattLe gardien de l'infographie

 

D'ailleurs, la première attaque de l'Indominus Rex, plutôt vicieuse et correctement rythmée, laisse espérer que le décor sera propice à de sympathiques débordements. S'ils sont quasiment absents du film, il est paradoxal de noter que c'est l'unique séquence authentiquement cruelle qui aura été pointée du doigt comme une faute de goût par une grande partie de la presse et du public, à savoir le massacre inter-espèce de la malheureuse Zara (Katie McGrath), désarticulée par des ptérosaures avant d'être mastiquée par l'aquatique mosasaure. Signe que le public ne souhaitait pas retrouver l'angoisse spielberguienne, mais bien prolonger la recette Marvel d'un divertissement programmatique et jamais risqué.

Ce qu'on aime pas : Il serait facile de lister les nombreux échecs du film, mais il est peut-être plus pertinent de se pencher sur leur origine : la philosophie même du projet. Pensé comme un quasi-reboot (nouveau parc, nouveaux personnages, nouveaux dinosaures), le métrage se conjugue désormais avec les modes de son temps.

Tout y est donc lisse et industriel, conçu pour ne heurter personne et satisfaire modérément le public le plus large possible. La volonté manifeste de s'inspirer du système établi par Disney (jusque dans le casting de Chris Pratt, le Star-Lord des Gardiens de la Galaxie) appauvrit considérablement le substrat mythologique de base, puisque ce ne sont plus les dinosaures eux-mêmes qui sont ici l'objet d'émerveillement et de terreur, mais un succédané artificiel, l'Indominus Rex.

 

photoDes fans agacés

 

Inventé pour l'occasion, il ne fait écho à aucune bébête légendaire, mais bien aux désidératas de studios ne comprenant les matériaux qu'ils manipulent et achève de rendre le film totalement contradictoire, celui-ci piétinant sa critique initiale d'une entreprise de divertissement et d'un public incapables de s'émerveiller.

Dès lors, comment s'étonner qu'en plus d'être d'une mollesse et d'une fadeur constante, le résultat s'avère un affront terrible au Jurassic Park premier du nom ? Là où Spielberg révolutionnait en profondeur le blockbuster, générait une machine à rêve encore effective des décennies après sa sortie et engendrait une transformation en profondeur des effets spéciaux et des motifs du cinéma de divertissement, Jurassic World se contente de suivre la mode, en veillant toujours à s'y conformer dans la plus grande tiédeur.

L'ensemble se transforme donc en attraction mécanique, dont la plus tragique incarnation demeurera sans doute la nouvelle vision des vélociraptors. Hier super-prédateurs redoutables et incarnation terrible du péché d'orgueil de l'humanité, ils sont renvoyés au rang de vulgaires toutous. Un affront numérique au goût de trahison.

 

photoLe Machoirosaurus Rex

 

4. JURASSIC PARK III

Ce qui se passe : Encore marqué par les évènements tragiques qui ont mené à la ruine du parc Jurassic, le professeur Grant s'est juré de ne jamais plus mettre les pieds à côté d'une patte de dinosaures. Mais un couple dont le fils a disparu après s'être un peu trop approché d'Isla Sorna le berne à coups de chèques en blanc et le convainc de participer à une nouvelle expédition. Les mercenaires qui les accompagnent se font manger. Leur avion se fait manger. Le bon sens se fait manger. Mais après avoir échappé à un gang de ptéranodons et à une attaque nocturne de Spinosaure, nos héros peuvent compter sur l'intervention de l'armée américaine, que le professeur grant a pu contacter grâce à un appel de poche

Ce qu'on aime : Spécialiste des effets spéciaux passés à la mise en scène, Joe Johnston est un artiste complet, qui aura été appelé plus d'une fois à la rescousse de projets à la production compliquée, voire infernale (Wolfman et Casse-Noisette et les Quatre Royaumes) comptent parmi ses sauvetages les plus ahurissants. Si Jurassic Park III ne fut jamais un projet tout à fait désespéré, il bénéficia largement de la polyvalence de son réalisateur, à l'aise avec les exigences d'un tournage techniquement complexe et nécessitant de marier des technologies différentes. Un savoir-faire palpable lors des divers morceaux  de bravoure de l'ensemble.

Et le film n'en manque pas. Du débarquement sanglant sur une île peu hospitalière, en passant par un duel impressionnant entre le T-Rex et le Spinosaure, sans oublier quelques confrontations avec des raptors plumitifs et surtout l'impressionnante fuite de la volière, Jurassic Park III traite bien l'amateur de dinos.

 

photoPourquoi faire simple quand on peut faire en animatronique ?

 

Ce qu'on aime pas : De toute évidence, personne à la tête du projet ne savait vraiment quoi raconter. Le prétexte à cette orgie d'écailles n'a absolument aucun sens, et on ne croit jamais aux pseudos-motivations des personnages. Ces derniers sont tous d'une bêtise spectaculaire et rien n'est jamais fait pour les caractériser proprement. Pire, ils sont souvent à deux doigts de la parodie. Et quand finalement surgit le personnage du fils pas trop prodigue, difficile de conserver son sérieux, tant l'intrigue traite ses enjeux par-dessus la jambe.

Au fur et à mesure, on devine que le film a bien plus une mentalité de série B que de blockbuster. Un grand-écart qui rend l'ensemble terriblement schizophrène, et l'empêche de se trouver une véritable identité. Preuve en est, le scénario ne cherche jamais à s'inscrire véritablement dans les pas de ses deux prédécesseurs, comme s'il était bien conscient de ne pouvoir s'y mesurer. Ultime symptôme du phénoménal je-m'en-foutisme qui préside à la narration,  le climax se retrouve expédié en deux coups de cuillère à pot (malgré une poignée de belles images, avant d'avoir recours à un deus ex machina complètement absurde (l'armée américaine vraiment ?).

 

photo, Sam Neill"Alan ?"

 

3. Jurassic World : Fallen Kingdom

Ce qui se passe : Trois ans après Jurassic World, les dinosaures ont pris totalement possession d'Isla Nublar. Malheureusement, le volcan de l'île s'est réveillé et va rentrer en éruption. Claire Dearling et Owen Grady s'allient à milliardaire pour sauver les dinos et les faire vivre sur une nouvelle île.

Après avoir échappé à la lave de justesse (mais pas sauvé tous les dinos, oups), Claire est finalement doublée par le méchant assistant du milliardaire qui veut en fait vendre les dinos pour créer des armes vivantes en hybridant leur ADN. Il a réussi à le faire, mais Owen et Claire réussissent à tuer le dino et le riche taré. Insuffisant toutefois pour éviter la libération de toutes les bêtes "normales" par la petite-fille du milliardaire aka une clone (oui oui). La Terre doit maintenant cohabiter avec les dinosaures, modifiant durablement l'écosystème en place depuis des millénaires. 

Ce qu'on aime : Indiscutablement la mise en scène de Juan Antonio Bayona est le gros point fort du long-métrage. Le cinéaste espagnol confirme son talent et délivre quelques séquences qui n'ont rien à envier au premier film de papa Spielberg, et ce dès l'ouverture du film. L'introduction de Fallen Kingdom est probablement la scène la plus réussie du long-métrage tant elle capte l'essence même de ce qui faisait le charme des films originels tout en transportant l'univers dans une atmosphère plus horrifique et angoissante. Il y a aussi beaucoup de poésie ici ou là (cet adieu enflammé).

 

photoUne introduction qui met dans le grand bain

 

Par ailleurs, le film jouit d'une belle générosité, multipliant les décors et les situations. D'abord grand trip spectaculaire culminant avec l'éruption du volcan, le récit mute en huis clos quasi-horrifique dans un manoir gothique dont Bayona se sert admirablement dans sa seconde partie. De quoi permettre au métrage de sortir de la jungle ou du parc habituels et de venir moderniser la franchise.

Et puis, s'il y a bien un truc réjouissant avec Fallen Kingdom c'est évidemment sa conclusion. Mal amenée, mais culottée, elle ouvre des perspectives alléchantes et surtout attendues depuis des années par les spectateurs : comment l'humain réussira à vivre avec les dinosaures ? Pas sûr que Jurassic World : Le Monde d'après réussisse à capter le meilleur du potentiel avec Trevorrow aux commandes, mais sait-on jamais. Après tout, on n'a jamais été aussi proche du but : voir une ville entière se faire décimer par une horde de velociraptors.

 

photo Jurassic World Fallen KingdomÇa va être un peu plus compliqué la plage et le surf maintenant

 

Ce qu'on aime pas : À peu près tout le reste tant le scénario de Fallen Kingdom est peu inspiré et suit les traces du Monde Perdu les dinosaures ont repris leur droit sur l'île, des méchants veulent les capturer pour en faire des armes et décident astucieusement de les amener sur le continent pour mieux les contrôler, et évidemment ça tourne mal. Autant dire que Fallen Kingdom déroule son programme tellement sans accros que l'ennui peine à s'évaporer (passé l'excitante introduction), et même si Bayona et les scénaristes (Derek Connolly et Colin Trevorrow) ont décidé de contrecarrer quelques attentes, l'ensemble est globalement trop classique pour étonner.

En résultent les fameuses séquences où le groupe est émerveillé par des brachiosaures, où le groupe se cache pour échapper à un dino, où deux dinosaures s'affrontent... bref du vu et ratavu dans la saga. Sans compter évidemment quelques retours comme celui de Wu (oui, ils ont osé le faire revenir encore) et surtout un méchant qui veut dominer le monde avec le charisme d'une chaussette trouée (Rafe Spall out), soit la marque de fabrique de la saga (coucou Vincent et Arliss).

Mais ce dont souffre probablement le plus Fallen Kingdom, c'est également le manque de charisme de ses propres héros. Outre le bon vieux Chris Pratt venu pour rejouer la même partition (sans rien y apporter), c'est surtout Bryce Dallas Howard qui étonne puisque son personnage change du tout au tout par rapport au premier épisode sans raison apparente. Sous-développé, mal caractérisé, pas aidé par des dialogues terriblement fades... le duo ne répond à aucune logique en plus de ne jamais être en osmose (en tant que possible couple). Chaud.

 

Photo Chris Pratt, Bryce Dallas Howard, Isabella SermonUne scène jamais vue dans l'histoire de la franchise (lol)

 

2. Le Monde perdu : Jurassic Park

Ce qui se passe : Le monde apprend que des dinos vivent tranquilles sur Isla Sorna, et le neveu de John Hammond a la brillante idée de les ramener sur le continent pour ouvrir un parc, type buffet libre-service pour T-Rex. Pour motiver Ian Malcolm à aller sur l'île, les scénaristes lui inventent une  petite copine Sarah, partie photographier les dinos. Et pour lui compliquer la vie, ils lui mettent dans les pattes Kelly, sa fille de 13 ans, qui l'a suivi.

C'est le début d'une baston entre militaires-business men et scientifiques-amoureux de la nature. Pas mal de gens sont bouffés, le T-Rex attaque la caravane des héros qui essaient de sauver son bébé, et Kelly fait un numéro de gym pour sauver papa. Le T-Rex est ramené à San Diego, il commence à tout ravager et bouffer dans les rues, mais il est renvoyé en bateau pour l'île, et Hammond demande à laisser ces animaux en paix.

 

PhotoUn peu ti-Rex par les cheveux

 

Ce qu'on aime : La maîtrise de Spielberg bien sûr. Cette suite a beau être largement inférieure à Jurassic Park, elle brille régulièrement grâce à des scènes excellentes, qui valent à elles seules le détour.

Impossible de ne pas s'attarder sur la scène de l'attaque des caravanes par papa et maman T-Rex, sommet de tension du genre, et directement reprise du livre de Michael Crichton. La chute de Julianne Moore sur la vitre, le silence pesant, la sangle de l'appareil qui glisse : la simplicité diabolique de la scène est magnifiée par le découpage, le montage (signé Michael Kahn, collaborateur privilégié du cinéaste, oscarisé trois fois pour leurs films ensemble), la musique de John Williams, le travail sur le son (le verre qui se fissure)... c'est une petite leçon de mise en scène. Et il y a peut-être plus de cinéma dans ces quelques minutes, que dans l'intégralité d'autres épisodes de la saga.

Le Monde perdu regorge de moments et images forts. La scène d'intro avec une toute jeune Camilla Belle, la chasse des dinos avec les jeeps, la course à la mort dans les champs ("N'allez pas dans les hautes herbes !"), la mort de Dieter Stark (Peter Stormare) attaqué par de mini-dino maxi-danger, un enfant réveillé par un T-Rex venu boire dans sa piscine.

Sans aller aussi loin qu'Indiana Jones et le Temple maudit, la vraie grande suite de la filmo de Spielberg, Le Monde perdu : Jurassic Park s'avance sur le territoire du spectacle pur, du manège de parc d'attractions (et si on jetait plein de monde sur une île pleine de dinos ?), avec une touche d'horreur. De quoi rappeler à quel point Spielberg est capable de marquer la rétine, et tirer profit d'une telle formule, même avec un scénario faiblard.

 

Photo"Papa est là"

 

Ce qu'on aime moins : Le scénario signé David Koepp, et librement adapté de Michael Crichton. L'écrivain avait été poussé à écrire une suite après le succès de Jurassic Park, et Spielberg avait de son côté sa propre vision d'une deuxième aventure. Koepp a tenté de marier les deux, reprenant le point de départ du bouquin (une île bis, où étaient créés les dinosaures), mais avec une tout autre intrigue.

Le Monde perdu est donc très différent du livre, qui se passe intégralement sur l'île, et pas en ville à la fin. Et les pires idées du film viennent de toute évidence de Steven Spielberg et David Koepp, à commencer par Kelly, mix de deux personnages de jeunes étudiants du livre. La fille de Ian Malcolm est certainement le plus gros point faible de la suite, de sa présence ridicule pour ajouter une couche artificielle de dramaturgie (il protège sa fille, comme le T-Rex protège son bébé), à son grand moment de gym à la fin.

Spielberg et Koepp ont beaucoup hésité à ouvrir l'univers avec un dino dans la ville, conscients que c'était l'ultime limite du concept avant de virer au ridicule le plus basique. Le cinéaste a finalement choisi d'y aller, d'abord pour offrir ce petit fantasme au public. Une décision qui illustre bien le caractère décomplexé de cette suite, nettement moins sérieuse, beaucoup moins solide en termes de personnages et enjeux.

C'est là que le choix de Jeff Goldblum est parfait. Passé au premier plan, il incarne la distance un peu amusée vis-à-vis de ce bordel, comme le montre sa première apparition : le cri de la mère paniquée se transforme en bâillement de Ian Malcolm, devant un décor en carton ridicule. Entre ça et les (trop) nombreux moments où l'acteur se rapproche de la caméra, pour annoncer un problème avec un regard intense, il y a de quoi se dire que Spielberg avait définitivement assumé une part de second degré.

 

PhotoTop 3 des perso les plus nuls de la saga ?

 

1. Jurassic Park

Ce qui se passe : Quel est le pire qui puisse arriver en construisant un parc plein de dinosaures voraces ? Perdre un employé ? Non, se faire attaquer en justice à cause de la perte d'un employé. Ça, c'est très relou, parce qu'il faut convaincre des experts, en l'occurrence un couple de paléontologues et un spécialiste des punchlines défaitistes que votre parc est très sûr et que tout ce petit monde ne va pas se faire bouffer par la faune locale.

Sauf qu'à cause d'un combo sabotage industriel / tempête tropicale, les bestiaux s'échappent très vite. La petite troupe survit à sa manière et finit par s'échapper de l'île, la laissant aux pattes des sauropsides. Plus jamais, hein !

Ce qu'on aime : N'y allons pas par quatre chemins, Jurassic Park est en haut de la liste des films qu'on aime revoir inlassablement. Tout simplement parce que c'est le blockbuster ultime. Certes, l'affirmation est aisée, mais largement défendable. Car tous les biais d'appréciation marchent sur lui, qu'ils soient techniques, historiques, économiques ou de l'ordre de l'affect pur. C'est en quelque sorte le but vers lequel a tendu l'industrie américaine moderne, le King Kong de la fin du XXe siècle.

 

photoToujours un des plans les plus spectaculaires de l'Histoire

 

Déjà, de façon très physique, il y a le sentiment de sidération absolue qu'il provoque. Steven Spielberg convoque tout ce qui est en son pouvoir, la mise en scène, la musique et les effets spéciaux en tête, pour pousser dans leurs derniers retranchements les codes du cinéma d'aventure, où la plus grande des émotions est celle de la découverte. Ce n'est pas pour rien que les séquences les plus mémorables, dans lesquelles absolument chaque réplique est culte, sont celles où les deux paléontologistes, formidable relais spectatoriels, contemplent pour la première fois les créatures qu'ils ont passé leur vie à étudier.

Le blockbuster post-années 1970 se construit sur le money-shot (un plan très difficile d'exécution) qui est garanti de figurer dans la bande-annonce, une sorte de contrat passé avec le spectateur. Un contrat simple stipulant ceci : payez votre place, et vous verrez quelque chose que vous n'avez jamais vu. Et non seulement le cinéaste illustre très littéralement ce pacte, mais il en fait le coeur de son récit, apportant presque à l'épure les mécaniques du spectaculaire hollywoodien.

 

PhotoMoustique + grenouille = dinosaure

 

Pour atteindre ce degré d'absolu dans l'impression, il faut avoir confiance en chaque aspect du film. Et il peut avoir confiance, puisque tout fonctionne dans Jurassic Park. La musique de John Williams, bien sûr, le suit tête baissée dans cette recherche du spectacle ultime en sacralisant ses thèmes à outrance. Le script de Michael Crichton et David Koepp y participe également, notamment en convoquant des personnages irrésistibles auxquels on aime s'identifier instantanément pour mieux partager leur stupeur. Ne parlons pas des acteurs Sam Neill, Jeff Goldblum et Laura Dern, tous trois parmi les meilleurs de leur génération à Hollywood et qui d'ailleurs souffriront un peu de ces rôles définitifs.

Et évidemment, il y a les effets spéciaux. Toutes les révolutions à gros budget ne vont pas sans leur révolution technique. Impossible d'expliquer en un paragraphe ce que des dizaines d'ouvrages, de documentaires et de vidéos traitent avec précision, pour retracer la folle histoire de la création du CGI, et des mabouls qui ont décidé de créer des dinosaures avec des ordinateurs. Il ne faut cependant pas oublier les animatroniques ahurissantes du Stan Winston Studio, dont l'importance a été occultée par l'omniprésence médiatique des VFX, mais qui n'ont pas moins marqué l'industrie au fer rouge.

 

PhotoQuand tes bras sont trop petits pour ouvrir la portière

 

Enfin, et c'est également l'apanage des grands films hollywoodiens en même temps que la marque de fabrique de son metteur en scène, il comporte un vrai commentaire sur sa propre condition. Si Hammond passe d'industriel véreux à papy impulsif du livre à son adaptation, c'est pour mieux forcer le parallèle avec l'industrie du film américain, dans laquelle l'évolution technologique peut certes concevoir de l'inédit pur, mais aussi échapper au contrôle des passionnés du spectacle.

C'est la cerise sur le gâteau de la grandeur de Jurassic Park : il avait raison. Les effets spéciaux numériques ne sont plus utilisés pour mettre en scène l'exceptionnel. Et si l'outil a complètement transformé la façon de faire des films, les blockbusters les plus performants du moment en abusent peut-être un peu, autant qu'ils abusent du principe de franchise contemporaine, dont Jurassic Park est un des principaux initiateurs. Peu de longs-métrages auront autant été conscients de leur statut, et c'est aussi ce qui en fait un sommet inégalé, et probablement inégalable. PUIS C'EST DES DINOSAURES QUOI !

Ce qu'on aime moins : On ne sait pas quand vous vous êtes accrochés à une barrière électrique suffisamment puissante pour contenir des monstres préhistoriques pour la dernière fois, mais on peut vous assurer qu'elle ne se contente pas d'éjecter un gosse qui aurait eu le malheur de grimper dessus. Tim aurait dû griller comme une saucisse. La vérité doit éclater.

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commentaires

Neo
19/02/2021 à 17:49

Depuis toujours j’ai un attachement pour le troisième volet et énormément de mal avec le second. J’ai toujours trouvé le deuxième épisode ennuyant et très inégal du début à la fin. Une critique qui peut également être faite au troisième opus mais qui pour moi se révèle bien plus jouissif et détentrice de bonnes idées. Après malheureusement ces idées ne sont toutes exploitées de la meilleure façon, la faute à une production catastrophique ? Si Steven avait réalisé ce film je pense que les critiques auraient été moins cinglantes. On aurait également peut-être eu une pépite. De nombreuses personnes ont aussi gueulé sur l’affrontement entre le T-Rex et le Spi, mais quitte à choisir je préfère voir ça qu’un raptor tué après une pirouette gymnastique. Le troisième est pour moi celui qui se rapproche le plus du premier volet. Le deuxième est cool au début mais s’enfonce dans la médiocrité au fil des scènes malgré quelques éclats de génie, tandis que les deux derniers n’ont de Jurassic que le titre et les dinosaures. Quitte à me faire conspuer mon TOP serait Jurassic 1,3, et 2. Les deux autres se partagent le fond du panier.

Batgames
18/02/2021 à 13:36

Perso le pire pour moi c, c'est le numero 1 et ses suivants égalités ppur tous ,parce que tous ces films cata me gave .c'est comme king kong c'est débile ,et pire il paraît qu'un scientifique du clonage récemment espère lui aussi ressuciter des dinos reelement à partir de chair de poulet .
Si c'est le cas , on a vraiment des gros gros c finis sur cette planète (mais on le savait déjà) car on avait .déjà tous les gros c de fanatiques religieux ,et tous les gros c fascinés par les armes (les plus désespérants de tous les c selon moi ,qu'ils soit du côté de la loi ou hors la loi ce sont les mêmes idiots avec la même névrose , seul les dès de la creation et du milieu où ils sont éduqués les aura fait basculer d'un coté ou de l'autre de la loi)
On avait les c machiavels ,ceux fasciner par le pouvoir politique (n'oubliez jamais que le mot fascisme a le depart de ce verbe "fasciner "
On aura leur conséquence ,les fascinés par le côté bisounours .et aussi le fric qui se mélange parfois avec elle.
Franchement on avais déjà une bonnes doses de gros débiles fasciner par toutes ces c..ies de films . cata genre dent de la mer .les fans de Spielberg sont le summun de la négation de l'intelect ,

Bref comment peut on lui tirer des lauriers pour un andouillette

qui plongent les gens dans une telle négation d'inteligence ,ce type pour moi ne sera jamais un génie, mais juste un de ces nombreux opportunistes des nouvelles sciences des effets spéciaux et rien d'autre .
Bref comme dit jean marie bigard ,on est devant la sonnerie hypnotique et on démarre pas du canapé, pendant ce temps là tous les pourris fascinés du fric peuvent exploiter la misère.
Terre également appelée
Ramassis d'imbéciles ,au milieu de bêtes sauvages contempler par des vegetaux et des pierres en bloc ou concassées .et le tout arroser par des liquides et des fluides .
C'est cela ces peuples bons qu'a n'être qu' exploité. .

Aucune pitié pour les c.
Ne venez pas ensuite vous plaindre de n'avoir de choix qu'entre Macron et Le pen pour une élection certainement truquée du gouverneur de la province européenne qu'est devenu la France.

Disont que c'est la ,triste fin d'une nation .

Arsh
17/02/2021 à 19:42

Perso je trouve que Fallen Kingdom est le pour de tous. En particulier à cause de l'intro de l'île. Une soirée d'incohérences qui m'ont totalement sorti du film est impossible d'y rentrer à nouveau après.
Mon top
Jurassic Park
Jurassic Park 2
Jurassic World
Jurassic Park 3
Fallen Kingdom

Jayjay
17/02/2021 à 19:03

Le 3 est juste un ride, faut le prendre comme ça, il a le gros avantage d'être immédiatement spectaculaire et assez court pour éviter les baillements d'ennui, cf le 2 et les World. Une bonne grosse série B sans prétention quoi

Rz90
17/02/2021 à 12:13

Alors, quitte à parler de Timmy sur le grill, parlons des scènes totalement absurdes du 3 : le méga Dino qui défonce une barrière de sécurité en béton armé haute de 30m, d'une seule charge. Les perso courent se refugier dans une petite case, en fermant la porte avec le verrou. La porte tremble un peu, puis le Dino se casse... Sinon, j'aimais bien aussi "Notre avion s'est crashé, et on a été poursuivi par des dinosaures. Qu'est-ce qu'on fait ? Retournons à la carcasse de l'avion pour changer de chemise, bien sûr !"

alen
17/02/2021 à 12:00

Fallen kingdom devrait être en dernier sur cette liste, c'est une honte ce film, un dévoiement total de l'esprit de la franchise, le 3 et world à défaut d'être originaux ont joué la carte de la nostalgie sans piétiner l'héritage, mais la gamine hybride et la fin pompée sur la planete des singes de world .... ridicule.

Val72
17/02/2021 à 10:14

Assez d'accord avec ce top, mais je dois avouer que pour moi qui suis un grand fan du premier et du deuxième opus, j'ai du mal à classer les autres dans une dynamique de "franchise". Exit le sérieux et le propos sombre du premier, tout est pris par dessus la jambe et on a du mal à y croire. C'est dommage

DjFab
17/02/2021 à 09:23

Le moins bon c'est clairement le 3... Perso j'aime beaucoup Jurassic World.

Sprink
17/02/2021 à 00:22

Je suis complètement d'accord

Josay
17/02/2021 à 00:11

Fallen Kingdom à part l'intro et l'abandon dans les flammes est juste à côté de la plaque et terriblement décevant. Le 1er et le 3 sont plutôt généreux en scènes cultes, le top est donc vite vu avec cette franchise surestimée.

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