L'Homme au pistolet d'or L'Homme au pistolet d'or, le meilleur méchant pour le pire 007 ?

Geoffrey Crété | 9 février 2021 - MAJ : 09/02/2021 13:41
Geoffrey Crété | 9 février 2021 - MAJ : 09/02/2021 13:41

Roger Moore affronte Christopher Lee dans L'Homme au pistolet d'or, épisode mémorable et légèrement ridicule de la saga James Bond.

Après les vacances racistes et vaudous de Vivre et laisser mourir, place à l'Asie dans L'Homme au pistolet d'or. Pour son deuxième numéro en James Bond, Roger Moore affronte l'unique Christopher Lee, méchant mémorable du nom de Francisco Scaramanga, caché sur son île mystérieuse avec son troisième mamelon et son nain-homme de main.

Alors que Mourir peut attendre se transforme en triste blague avec une sortie décalée à octobre (soit 18 mois après sa date initiale, en avril 2020), le cycle Bond n'attend pas.

 

Affiche officielle

 

DE QUOI ÇA PARLE ?

Le méchant Scaramanga veut tuer du 007 et envoie une balle dorée au MI-6. Problème : on ne sait rien de Scaramanga, hormis qu'il a un troisième téton.

M demande à Bond de stopper sa mission, à savoir retrouver Gibson, un scientifique qui travaille sur un appareil qui capte l'énergie solaire. Mais 007 n'a pas peur et cherche Scaramanga en pistant ses balles dorées, puis sa maîtresse, Andrea Anders. Il lui met trois gifles pour qu'elle parle, croise le nain Tric-Trac, et voit Gibson tué par une balle dorée.

Scaramanga a récupéré sur Gibson l'Agitateur Sol-X, et Bond doit maintenant l'arrêter. Il se fait passer pour lui avec un faux troisième mamelon, mais il est piégé, et doit sortir le joker karaté.

Andrea retourne voir Bond, pour lui expliquer qu'elle veut qu'il tue Scaramanga... mais elle est vite tuée. L'assistante de 007, nommée Mary Bonne-nuit (oui oui), est capturée malgré elle, et le méchant leur échappe en transformant sa voiture en avion.

Bond le retrouve sur son île mystérieuse. Scaramanga parade avec son gros pistolet et son gros canon solaire. Comme Bond refuse de s'associer à lui, il lui propose un duel sur la plage. Le vilain Scaramanga l'attire en réalité dans son petit escape game perso, où Bond le piège et le tue.

L'île finit par exploser, et James Bond clôt l'aventure en humiliant Tric-Trac pour s'occuper de Mary Bonne-nuit tranquille.

 

photo, Christopher Lee, Roger MooreEn or et noir

 

POURQUOI C'EST LE DÉBUT DE LA FIN

Est-ce que c'est à partir de là que la saga James Bond a commencé à dérailler, et que l'ère Roger Moore a entrouvert les portes du n'importe quoi ? Trois pièces à conviction : le troisième téton de Scaramanga, Mary Bonne-nuit (Mary Goodnight en VO), et la cascade tire-bouchon de la voiture. L'Homme au pistolet d'or marque ainsi marque la fin d'une certaine idée du bon goût et du premier degré avec cette histoire rocambolesque de grand vilain sur son île perdue, avec son homme de main-nain, et son canon d'énergie solaire.

C'est un épisode à part pour d'autres raisons, en coulisses. L'idée d'adapter L'Homme au pistolet d'or traînait depuis des années, et les producteurs voulaient que ce soit le sixième épisode, après On ne vit que deux fois à la fin des années 60. Mais la guerre du Vietnam a changé leurs plans, et Au service secret de Sa Majesté avec George Lazenby a été lancé à la place.

Ce 9e opus marquera par ailleurs la dernière collaboration entre les producteurs Albert R. Broccoli et Harry Saltzman, et c'est d'ailleurs cette séparation qui retardera le film suivant, L'Espion qui m'aimait.

 

photo, Roger Moore, Maud AdamsSurprendre une femme dans sa douche : check

 

L'Homme au pistolet d'or devait simplement réunir deux vétérans de la saga : le réalisateur Guy Hamilton (Goldfinger, Les Diamants sont éternels, Vivre et laisser mourir), et le scénariste Tom Mankiewicz (co-scénariste des Diamants sont éternels, et en solo sur Vivre et laisser mourir). Mais les deux hommes ne s'entendent plus, et un autre scénariste est rappelé : Richard Maibaum, qui était là dès James Bond 007 contre Dr. No. Sa version à lui sera également modifiée.

C'est là que le personnage de Scaramanga, censé être central en tant qu'alter-ego féroce de 007, est revu à la baisse. D'où, certainement, un affrontement final très tiède, où le fier bougre est intercepté sans difficulté (la promo de l'époque montrait d'ailleurs une scène finalement coupée, où Bond lance un cocktail molotov sur son ennemi).

C'est sûrement pendant ces réécritures aussi que l'équipe pioche dans la mode des films d'arts martiaux : Bruce Lee secoue le monde, et après avoir pioché dans la blaxpoitation pour Vivre et laisser mourir, les producteurs surfent sur une autre vague.

 

photo, Roger MooreKaraté Kiff

 

L'Homme au pistolet d'or donne l'impression de vite tourner au sketch, comme si chaque moment dramatique était rapidement désamorcé par un gag plus ou moins énorme. Pour une scène d'intro mystérieuse et inquiétante, il y a une blague avec James Bond qui manque de s'étouffer après avoir fourré sa langue dans le nombril d'une danseuse. Pour la mort marquante d'Anders, il y a une scène avec Mary neuneu, probablement dans le top 10 des pires James Bond girls. Pour une cascade sensationnelle, il y a un effet sonore ridicule, et l'idiot shérif Pepper en vacances. Le film se termine précisément sur une note humoristique, avec la double humiliation de Tric-Trac (un combat contre James Bond, et une punition dans les filets).

L'intrigue est particulièrement simplette, avec quelques grosses ficelles pour faciliter l'aventure du héros. À noter d'ailleurs qu'après la douce folie tendance fantastique de Vivre et laisser mourir, Bond redescend ici sur Terre, parmi les mortels, et ce qui fait office de "réalisme" dans sa galaxie.

 

photo, Hervé VillechaizeMémorable Hervé Villechaize

 

Et pour enfoncer le clou : Maud Adams sera recastée dans Octopussy, dans un autre rôle de James Bond girl (et même dans Dangereusement vôtre, pour une courte apparition). Preuve que vraiment, cet épisode marque le début d'une ère du n'importe quoi.

Dernières preuves que L'Homme au pistolet d'or n'est pas un des meilleurs moments de l'histoire de James Bond ? Le producteur Albert Broccoli dira que c'est l'un des seuls épisodes dont il aimerait changer certaines choses, et le réalisateur Guy Hamilton a plus ou moins admis qu'il n'était pas satisfait du résultat (ce sera son dernier film 007).

Le compositeur John Barry, lui, déteste son travail sur cet opus. Et il a bien raison, puisque même son thème, chanté par Lulu, est oubliable. Surtout en ayant en tête que les producteurs avaient refusé le bien plus cool Man with the Golden Gun d'Alice Cooper (qui sera utilisé sur son album Muscle of Love).

 

photo, Roger Moore, Britt Ekland, Maud AdamsLa Redoute, édition Bond-74

 

POURQUOI C'EST LE DÉBUT DE LE FUN

Le bon côté, c'est que ça va loin, avec une simplicité qui confine à la mission suicide. Île mystérieuse, grand méchant totalement frappé qui a créé sa propre attraction Disney, grande méchante arme pour détruire et/ou dominer le monde... c'est un petit guide des meilleurs (ou pire, au choix) clichés du 007 d'antan.

Rien que l'intro de L'Homme au pistolet d'or est un sommet du James Bond old school, qui déborde d'images pensées pour marquer l'esprit (à défaut d'élever l'esprit) : une femme sur une plage paradisiaque, un homme de petite taille qui sert du champagne, un grand vilain épongé par sa maîtresse, un tueur à chapeau, une lumière rouge digne d'un giallo, une gigantesque mise en scène, et un décor absolument improbable (cabine high-tech, squelette, miroirs, escalier pliable, et automate-cowboy digne de Mondwest... sorti la même année tiens). C'est d'autant plus frappant que le silence domine ces premières minutes, donnant à cette ouverture une ambiance très forte.

 

photo, Roger MooreUn Bond peut en cacher un autre

 

L'Homme au pistolet d'or semble avoir été pensé à l'envers, en mettant les images avant le sens. Scaramanga en est la meilleure démonstration : ce grand méchant a un pistolet d'or, a gravé 007 sur une balle, a un troisième téton, vit sur une île perdue, et c'est le grand Christopher Lee qui l'incarne. La plupart de ces éléments viennent du livre, dont le scénario ne reprend sinon pas beaucoup.

Ce que le film perd côté scénario et dramaturgie (les motivations du méchant sont aussi vagues que banales), il le gagne dans cette imagerie forte. C'est certainement pour ça que malgré ses faiblesses, L'Homme au pistolet d'or a marqué les esprits. Et notamment ce fameux Scaramanga.

 

photo00-7 et match

 

LE BUSINESS BOND 

Avec un budget de 7 millions de dollars et environ 97 récoltés au box-office, L'Homme au pistolet d'or déçoit un peu. C'est moins que Vivre et laisser mourir (plus de 160 millions), le premier épisode avec Roger Moore, ou encore Opération Tonnerre (140 millions) et Goldfinger (125 millions).

En France, ce James Bond attire 2,8 millions de spectateurs, là encore un peu moins que les 3 millions de Vivre et laisser mourir. Ce sera l'un des plus petits scores de l'ère Roger Moore, avec Dangereusement vôtre (2,4 millions).

Aux États-Unis, c'est l'un des James Bond qui a le moins marché au box-office

En 1974, L'Homme au pistolet d'or n'est donc pas sur le podium des plus gros succès, dominé notamment par La Tour infernale (plus de 200 millions au box-office).

 

photo, Roger Moore, Britt EklandMary Bonne-Nuit oui oui

 

UNE SCÈNE CULTE

Difficile de ne pas s'attarder sur cette fameuse cascade en voiture au-dessus de l'eau, entrée dans le livre Guiness des records comme la première "astro spiral" du genre. Un peu comme le saute-mouton à dos de crocodiles dans Vivre et laisser mourir, ce looping motorisé a été l'un des moments les plus épiques du tournage.

Cette cascade où une AMC Hornet tourne à 360° sur elle-même, dans les airs, entre deux morceaux de ponts détruits, était véritablement risquée. Notamment parce qu'elle a été filmée sur place, en Thaïlande. La production a eu recours à un outil alors tout sauf courant à Hollywood : une prévisualisation par ordinateur, gérée par l'ingénieur en aéronautique Raymond R. McHenry. Une manière de calculer au mieux l'angle et la vitesse, préparer les rampes adaptées (à installer sur une rivière en décor naturel), et éviter tout accident. C'était la première fois qu'une telle technologie était utilisée pour une cascade de film.

Ce sera un succès, puisqu'elle était réussie du premier coup par Loren Willert (doublure de Roger Moore au volant), sous le regard de huit caméras. L'homme a eu droit à un bonus sur son salaire. Ci-dessous, des images folles, tournées par un technicien :

 

 

La scène sera montrée au ralenti, car trop rapide sinon pour avoir un vrai impact. Et surtout, le vrai drame : le compositeur John Barry a la folle idée de rajouter un effet sonore ridicule sur la pirouette, lui donnant un aspect comique digne des Looney Tunes. L'artiste sera le premier à le regretter par la suite, tout comme le réalisateur Guy Hamilton.

La gloire et la débilité de James Bond en une scène, donc.

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commentaires
Mich_24
10/02/2021 à 20:58

J'ai trouver tout les James bond vraiment génial j'attends même le prochain avec impatience.
Mais par contre celui d'après m'intéresse vraiment pas.
Tout simplement parce que il vont mettre une femme à la place, donc j'appelle plus sa un James Bond.
Si il veulent mettre une femme qu ils fassent autrement mais pas toucher aux superbe James Bond.

Karlito
10/02/2021 à 09:47

Ce film a tout de même une ambiance très particulière quand il s'agit de la résidence de l'homme aux pistolets d'or. Je pense au côté étrange d'un "Chapeau melon et bottes de cuir".

Marc
10/02/2021 à 07:00

Je trouve tous ces James Bond excellents, pour moi c'est avant tout un divertissement qui ne doit pas refléter la réalité c'est ce qui diffère du documentaire, et c'est pourquoi je préfère ces James Bond aux nouveaux.

zoom7
10/02/2021 à 00:05

Dommage le film a gaché un des meilleurs mechants et une tres bonne histoire ils auraient du tourer ce film avec sean connery.

Une once de réconfort
09/02/2021 à 21:41

Ce film a quelques qualités quand même : sont intrigue a partiellement servie pour Skyfall (la maîtresse dans un casino a Macao que bond utilisé pour rencontrer le méchant. Méchant sur une île avec une jonque aussi. Méchant qui abat sa maîtresse aussi.)
La suite (l'espion qui m'aimait) qui est bien meilleur.
Une cascade en voiture, plus intéressante à regarder sur youtub que dans le film...
Après c'est sur, il ne reste qu'une grosse gêne devant Roger Moore arrivant à battre des élèves d'une école d'art martiaux, les clichés racistes, le shérif Pepper, le méchant a trois téton...(la liste est trop longue)
D'ailleurs, je sais qu'on dit que c'était l'époque, tout ça....
Mais ça faisait rire cette humour à l'époque ? Des gens riaient devant ces situations dite comique ? Des gens étaient bidonné en voyant le shérif ?
Si c'était si drôle, les gens devaient se précipiter en salle, mais c'était même pas le cas.
Les Marx brother's sont bien plus vieux et arrive encore à faire rire. Mais là, que l'humour devienne un sujet si préoccupant dans un James Bond! Et qu'on retienne presque ça....
Ça devait aller mal à l'époque pour qu'on se dise que sortir ce film était un bon plan. C'est même étonnant que la série a survécu à ça...
En gros, pas un bon film d'action, pas une bonne comédie, pas un bon film tout court....

Pat Rick
09/02/2021 à 20:57

J'ai toujours adoré Moore en Bond mais cet opus est l'un des plus faibles de la saga malheureusement.

George Abitbol
09/02/2021 à 19:08

A noter que c'est un des rares films de la saga à comporter aussi peu de scènes d'action. Mis à part la poursuite en voiture qui débouche sur cette incroyable cascade, il n'y a quasi rien à se mettre sous la dent ! C'est un film assez parodique, très exotique dans ses décors (l'île et son parc d'attractions, l'épave du Queen Elizabeth, etc.) et qui est sauvé par son détachement général assez plaisant.

Par contre, on peut dire ce que l'on veut sur le film mais la bande-originale de Barry malgré les dires de l'intéressé, reste très agréable et sur certains points admirables ! Le thème pop-rock est efficace (à défaut d'être très mémorable) mais le compositeur enrichit les habituels thèmes de sonorités asiatiques ultra mélodiques ("Goodnight Goodnight").

Remi Julian
09/02/2021 à 18:26

Pas de quoi s'extasier, je fais la même chose tous les matins pour éviter les bouchons.

Daddy Rich
09/02/2021 à 17:56

Certainement pas le pire.... (je ne vais pas engager le combat sur ce sujet!)
J'aime bien revoir cet opus, qui il est certain est loin d'être de haute qualité, mais n'en reste pas moins un spectacle abouti et plaisant!
Roger Moore imprimait en effet sa patte sur l'ensemble de la saga durant sa période!
L'Espion qui M'Aimait et Rien que pour Vos Yeux sont largement meilleurs, mais celui-ci est lui par contre largement au dessus du pitoyable Moonraker (je ne parle que de l'ère Moore cela va de soit!)
Et je confirme que Scaramanga est de très loin un des meilleurs ennemis de James Bond!

The king
09/02/2021 à 17:27

Un peu sévère avec cet opus où alors qui aime bien...

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