Blade Trinity : un navet gorgé de nullité, mais si drôle

Simon Riaux | 9 janvier 2021
Simon Riaux | 9 janvier 2021

Oui, Blade : Trinity est un sacré mauvais film. Mais au-delà de ses nombreux échecs, il s'avère aussi une excroissance bizarroïde, une sortie de route plus que divertissante à force d'outrances absurdes.

Un premier épisode qui a mis un uppercut et révélé au grand public un héros Marvel parmi les plus énervés. Un deuxième film dirigé par Guillermo del Toro et propulsé instantanément au sommet de l’Internationale Geek et du film de monstres virtuose. La première trilogie Blade (en attendant son reboot par Disney et Marvel) a bien failli s’imposer comme une leçon d’adaptation de comic book.  

C’était avant que son troisième chapitre ne la recouvre d’un voile d’infamie. Étrillé par la critique ainsi qu’une bonne partie des fans des volets précédents, Blade : Trinity se traîne une sinistre réputation. Largement méritée, tant il s’avère en deçà de ses prédécesseurs, mais qui mérite peut-être de prendre un peu de hauteur (et quelques litres de bière). 

 

photo, Wesley SnipesUne certaine idée de la gym acrobatique

 

L’EMPIRE DU N’IMPORTE QUOI 

Blade II ne craignait pas la fantaisie, voire la franche folie, comme en témoigne l’ambition d’à peu près toutes ses scènes d’action, mais quand David S. Goyer reprend le flambeau, auréolé de son image de scénariste spécialisé dans les comics et de gardien du temple, il se vautre allègrement dans le mauvais goût. 

Esthétiquement, rien ne va. Le choix de désigner Dracula comme antagoniste n’était pas plus bête qu’un autre, mais il a dû être conçu par un adolescent en pleine crise d’hyperglycémie. Son design de Marcheur Blanc enduit de cendres en caoutchouc a quelque chose de radicalement absurde, tout comme le montage digne d’un épisode de Xena qui accompagne sa présentation dans le premier tiers du récit (“les Mésopotamiens l’appelaient Daegon, désormais on l’appelle Drake”). 

Symptôme des suites trépanées, ce troisième volet y va à fond dans l’humour mongoLOL. Entre Hannibal King qui mange de l’ail pour la péter sur les vampires, des vannes cosmiquement lourdes, les remarques sur les organes génitaux des différents protagonistes (“et si tu goûtais le goût légèrement sucré du bout de ma bite ?”), les calembours aux airs de marée noire ou les évocations humides de la légende du vagina dentata, les bras du spectateur vont lui tomber plus d’une fois. Quant au fan de mythologie vampirique, voir ses monstres préférés moqués perpétuellement, sous les traits de vilains skateurs, ou pire, d'émo-métalleux en attente d'une greffe de cerveaux, risque de lui provoquer une paire d'AVC carabinés.

 

photo, Dominic PurcellMarcher sous la pluie

 

Et que dire de combat final, qui alterne doublures numériques en carton et montage neurasthénique pour aboutir à un improbable combat de catch entre Blade et Dominic Purcell. Pas encore auréolé du succès de Prison Break, mais jouant déjà avec l’aisance d’un lion de mer un lendemain de réveillon, il nous livre là un condensé de partition Z du plus bel effet. Habillé à la manière d’un mauvais clip de R’&B, il est fréquemment accompagné de mauvais mix de dubstep, qui démultiplient l’aspect ridicule de ses scènes, déjà merveilleusement gratinées. 

Cette collection de plantades atteint régulièrement de tels niveaux, encapsule si parfaitement l’errance stylistique d’Hollywood pré-Marvel (dont on peut discuter les réussites artistiques, mais pas la capacité à sculpter de manière cohérente le paysage filmique contemporain), qu’elle en provoque l’hilarité. 

 

photo, Wesley Snipes, Ryan Reynolds, Jessica BielTrio de choc

 

UN CASTING QUI A LES CROCS 

La batterie de seconds couteaux qui se font les dents sur le diurnambule vaut le détour. La saga Blade a donné bien des gages de vitalité au box-office, et tout le monde s’y presse, quitte à composer un patchwork de non-sens mû exclusivement par les appétits de directeurs de casting recuits à la cocaïne. On se demande ce que viennent faire ici Patton Oswalt, qui n’a jamais l’occasion d’imposer son génie comique, ou Natasha Lyonne, tout juste sortie de la comédie indé et queer But I Am a Cheerleader, tant le film ignore superbement leurs potentiels. 

Au premier plan, Parker Posey et Ryan Reynolds se livrent à un pas de deux qui mérite de rester dans les annales. Flanquée d’un Chihuhua mutant à mâchoire démontable, elle cabotine comme jamais en vamp-vampire, cristallisant à elle seule le cliché de l’hémophile partouzeur-jet-setter déjà bien surligné par la saga Underworld. Véritable festival de stéréotypes, la comédienne fonce dans le tas avec énergie, et si elle ne peut à elle seule insuffler suffisamment de dérision pour amener le film sur le terrain de l'auto-parodie, elle fait beaucoup pour son atmosphère de pièce montée déviante.

 

photo, Ryan ReynoldsAil ail ail

 

Mais à tout saigneur tout honneur, Ryan Reynolds nous gratifie ici d'une de ses plus stellaires performances de la première partie de sa carrière. En effet, avant d'exploser en vol (dans le mauvais sens du terme) avec X-Men Origins : Wolverine en 2009, le comédien fut un aspirant premier rôle à biscoteaux, tout de sueur et de premier degré vêtu. Une tendance qui atteint ici son paroxysme, mais qui a cela de bizarroïde qu'elle s'hybride déjà avec une volonté d'humour particulièrement envahissante et forcée.

Le mélange est d'autant plus étrange que le personnage d'Hannibal King ne sert globalement à rien, sinon à vriller nos tympans de grosses blagounettes qui renardent bon l'huile de friture. Élevage intensif de navets à lui tout seul, le comédien se transforme petit à petit en source de fascination, alors qu'il accumule toutes les scories du sidekick insupportable de blockbusters.

Un cliché sur pattes que Guillermo del Toro s'était amusé à détourner dans son Blade II pour offrir un sort funeste à Norman Reedus. La douleur est réservée dans Trinity aux spectateurs, qui atteindront, à force de performances outrées, les plaines hallucinées de la félicité;

 

photo, Dominic Purcell, Wesley Snipes3615 bagarre

 

WESLEY SNIPES, SOLDAT DU 1ER DEGRÉ  

Il y a un motif de se laisser aller à un peu d’amour pour le stupide Blade : Trinity et c’est bien évidemment Wesley Snipes. Quand il sort en 2004, le reboot de Drôles de Dames a sacré l’avènement de l’action méta et déréalisée quatre ans plus tôt, suivi par La Mémoire dans la peau et son portrait plus réaliste, vulnérable, du héros d’action. Autant dire que les personnages monolithiques et tout puissants des années 80/90 paraissent tristement anachroniques. 

Depuis, les Expendables ont beau avoir invité l’acteur à l’occasion de leur plus sinistre épisode, on ne peut pas dire qu’ils ont refaçonné le visage lifté du cinéma d’action, tandis que la charge super-héroïque de Marvel semble l’avoir englouti tout entier avec son appétit de destruction numérique aseptisée. Impossible de secourir la veuve et l’orphelin sans un bon mot, de sauver le monde sans faire un clin d’œil goguenard à un spectateur auquel on n’essaie même plus de la faire. 

 

photo, Wesley Snipes"Je me détache, et je m'occupe de ce dialoguiste"

 

À bien des égards, le film de David S. Goyer cède largement au travers de son temps, sans leur substituer d’idées véritables. Mais s’il y a une chose contre laquelle le scénariste et réalisateur ne peut rien, c’est bien la stature de Wesley Snipes. Malgré les torrents de n’importe quoi déversés à l’écran, quelle que soit la teneur en ironie mollassonne qui irrigue les dialogues de ses comparses, l’acteur demeure une colonne de granite imperturbable. 

Qu’il traverse un commissariat en lattant tout le monde sur son passage ou débite d’improbables dialogues avec la force tranquille d’un bulldozer, tout en Blade respire le premier degré et la puissance. Un cocktail devenu trop rare, et qui paraît d’autant plus délectable qu’entre gros bides et ennuis judiciaires, la carrière de Snipes a depuis connu des bas abyssaux. 

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commentaires

Paulo
11/01/2021 à 21:51

C'est très bien même très bon film

Yoyoma
11/01/2021 à 20:01

Jessica biel tu veux dire

sylvinception71
11/01/2021 à 16:25

Pas un mot sur Jessica Alba ??

Xbad
10/01/2021 à 20:05

@saxo
Pourquoi les lire alors? On a bien le droit de noter tous les commerçants sur internet nous maintenant, ils ont bien le droit de dire ce qu'ils pensent d'un film, ça n'engage à rien

Saxo 427
10/01/2021 à 18:44

C'est fou j'adore les films que l'on critique
D'ailleur je me suis toujours demandé à quoi peut bien servir les critiques,, si ce n'est juste à dégueuler sur l'art des autres, à défaut de faire mieux.

Honhil
10/01/2021 à 18:17

On peut très souvent mesurer l'avis d'un critique de cinéma à la longueur de papier toilette qu'il est capable de dérouler d'une traite !
Box office : $132 million
Budget : $65 million
Ce sont les chiffres qu'un producteur observe. LE reste n'est que du bavardage !

Mx
10/01/2021 à 17:47

Lol, je crois pas, non, le premier, de Norrington est quand même assez cool, et le deuxième est une référence en matière, et l'un des meilleurs films de del toro, alors c'est toi le nanar!!

Flōrens Penn-Ar-Bed
10/01/2021 à 14:00

Nan mais faut être sérieux deux minutes : toute la trilogie est nanardesque.

Sanchez
10/01/2021 à 12:25

Pire méchant ever. L’acteur aurait pu jouer un bœuf dans babe avec ce regard et ce physique de bovin

Xbad
09/01/2021 à 20:41

Pour moi il n'existe pas ce film

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