Tout James Bond : Les Diamants sont éternels, mais la Connery aussi

Simon Riaux | 20 décembre 2020
Simon Riaux | 20 décembre 2020

George Lazenby n’aura été qu’une parenthèse désenchantée. Le temps de se retourner, la franchise appelle Sean Connery à la rescousse, et se rassure en se rappelant que Les Diamants sont éternels

En moins d’une décennie et six films, James Bond a révolutionné le divertissement populaire, imposé un style, une marque de fabrique et un univers qui se déclinent et se copient déjà de par le monde. Le phénomène semble inarrêtable, mais pour la première fois, le moteur de 007, jusqu’ici en perpétuel surrégime, connaît des ratés. Mais les années 70 tendent les bras à James, annonciatrices d’une nouvelle ère débridée pour l’espion britannique. 

 

affiche USLes affiches durent longtemps aussi

 

DE QUOI ÇA PARLE ? 

James Bond est toujours très colère après que Blofeld ait tué sa femme. C’est pourquoi il le traque sans relâche, jusqu’à une base souterraine où le vil super-terroriste s’est bâti une petite usine à clones et sosies. Chacun ses passe-temps après tout. Celui-ci sera néanmoins fatal au génie du mal, que Bond précipite dans une mare de morve en fusion. 

Et c’est sans doute une bonne chose de faite, mais pendant ce temps, quelqu’un manipule le cours du diamant. S’agit-il d’une vaste escroquerie, ou d’un plan plus diabolique encore ? 007 est sur l’affaire et ne tarde pas à comprendre qu’il doit se rendre aux États-Unis, et plus précisément à Las Vegas, tant il est vrai que les diamantaires psychotiques préfèrent les cités de lucre et de stupre au charme discret de Vesoul. Sur place, il croit deviner qu’un milliardaire reclus orchestre ce sinistre complot. 

Quelques rentrages de poil et dérouillage de gonzesses plus tard, le mâle absolu réalise qu’il a été berné. C’est Blofeld, bien vivant, qui tire dans l’ombre les ficelles de cette vilaine pelote. Entre deux tentatives de clonage amateur, il veut mettre la main sur une quantité délirante de diamants. Pour construire un super laser. Pour le coller à un super satellite. Pour lancer des rayons laser de la mort. Pour faire chanter les gouvernements du monde entier. Tout cela se terminera à coups de bagarre sur la station pétrolière de l’ennemi juré de 007, qui ne pourra rien contre le scénario du film ni l’accent écossais de Sean Connery. 

 

photoLas Vegas parano

 

POURQUOI C’EST BIEN 

La petite performance de Au service secret de Sa Majesté, le rejet de George Lazenby par le public et surtout le départ volontaire de l'acteur ont pris tout le monde de court et la United Artist impose aux producteurs Broccoli et Saltzman le retour de Sean Connery. Il est toujours le personnage aux yeux du public, et il apparaît hors de question de poursuivre avec une incarnation qui déplaît, ou d’en chercher une nouvelle en catastrophe.  

La star ne daigne revenir que contre un salaire de 1,25 million de dollars, ainsi qu’un deal sacrément avantageux : soit 12,5% du box-office sur le sol américain. De quoi enfiler le smoking comme au bon vieux temps. Et on sent dans chaque plan où est magnifié Connery la conscience du statut de ce dernier tour de piste. Toujours charismatique en diable, jamais il n’a autant laissé place à son côté joueur. Ce Bond est certes un peu vieilli, moins bondissant, mais férocement malicieux. Et si Les Diamants sont éternels ne peut prétendre être le meilleur épisode porté par le comédien, c’est peut-être sa performance la plus savoureuse. 

 

photo, Sean Connery"Alors c'est ça un plan aquarium ?"

 

Et comme la saga tient absolument à sécuriser le public américain, indispensable à la croissance de la franchise, on lui donne tout ce qu’on suppose qu’il espère. C’est à dire un divertissement au rythme extrêmement soutenu, presque intégralement situé sur le territoire américain, transformant une cité emblématique, ici Vegas, en terrain de jeu surréaliste, ne freinant jamais l’imagination des scénaristes.

On enchaîne ainsi gros bras à l’ancienne, duo d'assassins sadiques et homosexuels, tueuses en bikini adeptes du décapsulage cuissier, une poursuite très bien réglée à travers le Strip, une autre, délirante dans un décor littéralement lunaire au cours de laquelle James se fait la malle en buggy spatial accompagné par une mélodie parmi les plus iconoclastes de John Barry... le film ne se refuse rien. 

Le résultat est enlevé, toujours dynamique et verse désormais ouvertement dans la fantaisie. Si on n’est pas encore dans l’auto-parodie à la Benny Hill qu’installera Roger Moore, ce James, dès son intro psychotronique, rit de lui-même et ne cherche jamais à décrire un monde un tant soit peu réel. Le résultat, s’il est parfois un tantinet maladroit, ne manque pas de panache. 

 

photo, Bruce Glover, Putter SmithDupont et Dupont ont bien changé

 

POURQUOI C’EST PAS SI BIEN 

Malgré la drôlerie, malgré l’action, malgré les trouvailles, encore nombreuses, on sent bien que ce dernier tour de pistes est un peu trop au carrefour d’ambitions contradictoires. Un récit délirant, pourquoi pas, mais la conséquence sur la mythologie est sans appel. 

Blofeld n’a plus rien d’une menace, c’est un bouffon toujours à la limite du gag, et malgré quelques sorties plutôt créatives, difficile d’y voir un moteur digne de ce nom en termes de narration. Et c’est d’autant plus dommage qu’avec sa promesse d’un mystérieux antagoniste à l’évidence inspiré d’Howard Hughes (la figure de l’industriel riche et délirant, reclus au dernier étage d’un immeuble imprenable est ici transparente) le film tenait un concept alléchant et parfaitement compatible avec les canons bondiens. 

 

photo, I Charles GrayLOLfeld

 

De ludiques à rigolos, les gadgets passent à franchement débiles, la palme de l’absurde revenant au clapet casseur de doigts pour lavallière, véritable cerise sur le gâteau d’une ouverture qui donne le ton d’emblée. Plus généralement, à la manière de cette introduction qui préfère déjà les bons mots aux enjeux dramatiques, le scénario ne s’inquiète jamais de sa cohérence ou de sa structure.

On ne comprendra jamais exactement qui fait quoi, pour quel motif, et le plan de Blofeld paraît plus absurde que jamais, comme si la saga avait finalement du mal à s’extraire du carcan de la Guerre froide pure et dure. De même, les deux assassins qui traversent le récit ne manquent pas de piquant, mais n'interagiront que bien trop tardivement sur le coeur de l'intrigue et la destinée de Bond pour retenir durablement l'attention.

  

photo, Sean ConneryÀ tous les coups, on gagne

 

BOX-OFFICE 

Moins dominateur que les Bond de l’âge d’or et leur succès phénoménal, mais bien plus solide que la sortie de route Au service de Sa Majesté, Les Diamants sont éternels est une ultime mission accomplie pour Sean Connery qui part avec un sacré pactole, la casquette du sauveur de franchise, et une nouvelle performance notable au box-office international. Une sorte de statu quo qui a de quoi satisfaire les producteurs du film... mais qui témoigne aussi de la normalisation progressive de la franchise, qui appartient au paysage cinématographique, plus qu’elle ne l’électrise. 

Tandis que le budget du film ne marque pas une inflation délirante en regard de son prédécesseur (les deux coûtant respectivement 7 et 7,2 millions de dollars), les recettes elles sont notablement plus élevées. George Lazenby n’avait accumulé “que” 82 millions de dollars, le retour de Sean Connery, même en sandales, en rassemble 116 millions. Soit environ 745 357 259 dollars de 2020. Tout le monde est rassuré et le MI6 peut désormais chercher sereinement un nouveau visage pour l'incarner.

En France, le héros fait toujours recette, mais il n'électrise plus les foules comme le firent les quatre premiers films. 2 493 739 demeure un score indéniablement honorable, de 500 000 tickets vendus supérieur à l'épisode de Lazenby. Mais James ne peut plus prétendre écraser les stars locales, puisqu'il se fait largement dépasser par La Folie des grandeursLe casse... et Les bidasses en folie. Aux Etats-Unis, il est 3e du box-office de 1971. Mais attention, le monde comme le public, est en train de changer, et à la 7e place, un outsider répondant au nom d'Inspecteur Harry attend sagement son heure...

 

photoBond est dans la lune

 

UNE SCÈNE CULTE 

C’est peut-être la séquence la plus emblématique de ce ton déconnant, qui appelle déjà l’avènement de Roger Moore, et où surnage un Sean Connery certes facétieux, mais peut-être plus amusant parce qu’on le sent en complet décalage avec le projet du film, que parce qu’il s’y épanouit. Vêtu de son traditionnel smoking, qui semble bien suranné dans le cadre d’une mission pétaradante à Las Vegas, Bond tombe nez à nez avec Blofeld... et un second Blofeld. Grand méchant et sosie diabolique se paient alors la fiole de 007, qui réagit vertement. Il s’empare du chat d’un des deux, lui jette à la figure avant de le flinguer.  

Malheureusement, c’est la grosse poisse et notre héros a zigouillé le sosie plutôt que l’original. La violence sèche des exécutions de James Bond contre Dr No a tout à fait muté en un pur élément de divertissement gaguesque, comme en témoigne cet échange de bons mots entre les deux intéressés. “Right idea... but wrong pussy (“Bonne idée... mais pas de chatte”). 

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commentaires

Live & let die
31/12/2020 à 12:09

Bonjour Ecran large.
A quand la suite avec la période Roger Moore ? Impatient de vous lire !

Diamonds forever
30/12/2020 à 11:53

Super comme critique. Moi j ai bcp aimé cet episode de 007. Nettement meilleur que On ne vit que 2 fois très lent et ou Connery visiblement s ennuie. Ici il a l air de s amuser (antcipant l ere Roger Moore). Ca ne vaut pas les premiers Connery mais l histoire se tient et est assez fluide. Pas trop de temps mort dans le scénario a part la sequence avec Bambi que j ai trouvé inutile et ou ca va trop loin dans le burelesque. Willard White aurait pu etre un meilleur acteur. Sinon les comperes Mr Wint & Mr Kidd sont top. Pour moi, un des meilleurs duo de henchmen. Le fait qu ils ne rencontrent jamais Blofeld accentue encore leur singularité comme pourrait l etre des tueurs a gages exécutant leur contrat.
Impatient d attendre la suite pour la periode Roger Moore et les suivants. Bon boulot !

Pardi62
22/12/2020 à 11:19

C'est le plus mauvais James bond. Connery vieillissant, scénario loufoque, deux tueurs d'une débilité affligeante, Ian Flemlung à dû se retourner dans sa tombe !!

Cassandre
21/12/2020 à 10:46

Le "chapeau" de cet article signe la qualité de son auteur...il n'y a pas d'autre commentaire à faire...si non
qu'à regretter que n'importe quel imbécile grossier puisse s'exprimer en toute liberté...!...ô tempora..! ô
mores...!

Tonio
21/12/2020 à 09:16

Mon préféré

Que dire de plus
20/12/2020 à 22:33

Après de si bons commentaires plus haut que dire que c'est le rat dans le pipeline qui joue le mieux ben on en est pas loin c'est moche et kitch même si les photos exposées dans la vitrine du cinéma étaient vendeuses du temps de mon enfance, c'est trop ricain.. Too much aucun personnage n'est crédible de loin le plus mauvais de tous.
Ca sent trop le pognon facile.

Blefold
20/12/2020 à 21:35

Le pire Connery, et presque le pire de tous les JB (Octopussy le dépasse d'une courte tête de chameau). Vulgaire, empâté, moumouté, les sourcils épais, jamais aimable, sir Sean se permet même des blagues vaseuses d'un sexisme crasse quand elles ne sont pas homophobes. L'intrigue est naze. Next.


20/12/2020 à 16:38

@ dwigt

Le prochain qui s'attaque à Dalton, je lui fais bouffer les cannes par un requin. Bon il s'en sortira quand même assez miraculeusement, mais quand même.

au service de Queen Elisabeth
20/12/2020 à 15:42

ah le canular lunaire en pleine face, j'adore
007 Sait lol

Kyle Reese
20/12/2020 à 13:21

Je l'aime bien ce Bond, pour le fun mais c'est sur ça commence à "kitcher" pas mal et présage déjà de l'ère Moore centré bien plus sur l'humour un peu toc et les gadgets à gogo.
Belle idée visuelle que le lit aquarium mais pour le confort aie.

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