Top films 2020 : les meilleurs films de l'année pour la rédac

La Rédaction | 22 décembre 2020 - MAJ : 22/12/2020 14:14
La Rédaction | 22 décembre 2020 - MAJ : 22/12/2020 14:14

Les trois meilleurs films de 2020, par rédacteur, avec de l'horreur, du drame, de l'amour, de l'animation, et du rire.

Quelle année, n'est-ce pas ? Sans l'arrivée d'un petit virus venu jouer les trouble-fêtes, ce top aurait peut-être compris des films comme DuneMourir peut attendre ou Monster Hunter (rendez-vous dans un an pour savoir si c'est une blague). L'absence de blockbusters américains, tous repoussés au mieux à 2021, a certes bousculé l'économie pour les exploitants, mais n'a pas pour autant entaché qualitativement ce crû, au moins aussi bon que les autres années, grâce au travail acharné des distributeurs français.

Notre top de l'année, rassemblant les classements de tous les membres de la rédaction, leur rend donc indirectement hommage, puisqu'il célèbre la richesse de 12 mois forts en coups de coeur, tout en rappelant que même chez nous, enfin, surtout chez nous, la diversité d'opinion est une force.

 

photo, Timothée Chalamet, Josh BrolinOn embarque pour l'année prochaine 

 

MAYA BOUKELLA

1. His House

His House est un film discret qui fait pourtant l'effet d'une bombe horrifique, émotionnelle et politique. Côté épouvante, le film est efficace de bout en bout tant il maîtrise le hors-champ, l'obscurité, mais aussi l'idée que les murs d'une maison peuvent abriter bien des cauchemars, à l'instar des traumatismes qui s'emmurent dans des recoins de la conscience et du corps.

Le film regorge de propositions visuelles et scénaristiques marquantes, dont certaines absorbent notre regard par leur beauté (la cuisine qui s'éloigne) et d'autres nous font le détourner tant elles sont insoutenables (la terreur s'infiltrant sous la peau...) Jamais vaine, l'horreur se fait le symptôme du traumatisme. Mais le registre intime n'est pas synonyme d'individualisme.

Au contraire : le mal est politique. Le couple devient une sorte de plaie béante qui ne peut pas cicatriser. En cela, il incarne une histoire postcoloniale qui continue de travailler le réel et créer du monstrueux (la banlieue londonienne n'a jamais été aussi hostile). Mais ce que le film montre, c'est qu'une fois l'existence du monstre nommée, confrontée et admise, il redevient possible de l'éradiquer et de faire communauté.

 

photoC'est absolument beau. Et ça fait peur.

  

2. Uncut Gems

Uncut Gems confirme que Good Time n’était pas une exception dans une carrière, un coup d’éclat que même ses réalisateurs ne pourront plus égaler. Le film ôte tout doute possible : les frères Safdie peuvent légitimement être considérés comme deux des réalisateurs les plus virtuoses du paysage cinématographique actuel.

La gestion du rythme, l’écriture du scénario et du moindre personnage témoignent d'une maîtrise constante et sidérante. Mais là où les frères Safdie brillent le plus, c’est moins dans la rigueur de leur exécution, que dans leurs écarts, leurs audaces dans la réalisation. Uncut Gems provoque cette impression extrêmement rare que le médium cinéma est en train d'être expérimenté.

Il faut plusieurs visionnages pour cerner toute la densité d’une inventivité qui ne s’arrête jamais et se glisse dans les choses les plus prosaïques – à commencer par cette pierre étrange qui contient tout un monde organique, psychédélique et magique. Si la descente aux enfers du personnage est infiniment drôle et folle, elle nous plonge aussi dans une réflexion troublante sur la possibilité et la volonté de croire en des forces surnaturelles et miraculeuses. 

 

photo, Adam SandlerAdam Sandler, ça rime avec très grand acteur

 

3. Kongo

Kongo est catégorisé comme un documentaire. Pourtant, il faut voir comment ce bijou de 1h10 à peine nous immerge dans un récit qui parle plus de fiction que ne le font bien des films considérés comme fictionnels. Hadrien La Vapeur et Corto Vaclav suivent l'apôtre Médard, un guérisseur à Brazzaville qui voit sa vie basculer lorsqu'on l'accuse publiquement d'avoir foudroyé deux jeunes enfants en pratiquant la magie noire.

La mise en scène des réalisateurs n'a rien d'ethnologique. Au contraire : à travers les scènes de transe dans un cimetière, de procès pour sorcellerie, ou encore des séquences avec des sirènes, le film déploie notre façon de percevoir le réel et ouvre des perspectives aussi passionnantes que vertigineuses. Pendant le temps du film, le fait qu'un monde invisible régisse le visible semble beaucoup plus rationnel que ce que le paradigme moderne et occidental définit comme tel.

On reste en particulier marqué par la dernière image du film. Le travelling arrière et l'enfoncée de la caméra dans l'océan traduit parfaitement l'idée d'une plongée dans un monde aussi magique, qu'insondable et effrayant. Il résume parfaitement un film, qui évoque sans dévoiler, suggère plutôt qu'asséner, invite au lieu d'imposer.

 

photoLa photo du film est sublime

 

GEOFFREY CRÉtÉ

1. Waves

10 minutes. Il aura suffi de 10 minutes pour que Waves ouvre en grand les portes d'une expérience sensorielle étourdissante, où la caméra balaye les corps et les décors, en suivant les pulsations des personnages dans leur quotidien. À mi-chemin entre la poésie aérienne d'un Terrence Malick et l'énergie moderne d'un Sean Baker (The Florida Project), Waves est une décharge de cinéma.

Sur le papier, c'est pourtant simple : une tragédie dans une famille afro-américaine, entre les parents, le fils star de l'équipe de lutte de son lycée et fou amoureux d'une camarade, et sa sœur plus discrète. À l'écran, c'est un éclat magique et un grand mouvement vertigineux qui donnent la sensation d'avoir vécu deux ou trois vies en l'espace de deux bonnes heures.

Révélé avec Krishna et It Comes at Night, Trey Edward Shults passe un cap avec ce troisième film passé tristement inaperçu (malgré le distributeur indé superstar A24, il a seulement encaissé 3 millions au box-office). Mais peu importe, c'est presque mieux pour tous ceux qui vont certainement le découvrir avec surprise à l'avenir, en se laissant bercer par la musique de Trent Reznor et Atticuss Ross, la photo de Drew Daniels, et les visages de Kelvin Harrison et Taylor Russell.

Notre critique de diamant de 2020

 

Photo Kelvin Harrison, Alexa DemieLe plus beau début de film de 2020

 

2. Queen & Slim

Que seraient Bonnie et Clyde dans l'Amérique 2020 ? L'insouciance et la soif de vie d'hier auraient un autre visage, et le combat serait certainement moins abstrait. C'est le point de départ du premier film de Melina Matsoukas, écrit par Lena Waithe - actrice vue notamment dans Ready Player One et Master of None, et créatrice de la série The Chi. Ou comment un date Tinder vire à la cavale pour deux Afro-Américains, après un contrôle de police qui se transforme en cauchemar.

Queen & Slim prend alors des airs d'anti-conte de fées, de road movie désaxé, où un homme et une femme que rien ne réunissait (hormis leur couleur de peau, et le hasard ou le destin) explorent l'Amérique pour trouver une sortie de secours. Entre peinture sociale et fantasme de pur cinéma, entre missile politique et romance savoureuse, Melina Matsoukas orchestre une étonnante fuite désespérée.

La réaction a priori folle de l'héroïne pourtant avocate qui choisit immédiatement la fuite, la parenthèse fiévreuse dans un club sur Pocket Full of Money de Little Freddy King, le choix précipité des tenues qui transforme le duo en icônes : Queen & Slim joue sur l'ambiguïté, l'exagération, l'évidence étrange de certains motifs, au milieu d'une Amérique qui crève en attendant le prochain symbole qui refera vivre le peuple. Souvent à la limite de s'écrouler, régulièrement touché par la grâce, le film est systématiquement tenu par Jodie Turner-Smith et Daniel Kaluuya, renversants du début à la fin.

 

photo, Jodie Turner-Smith, Daniel KaluuyaGet Out (of America)

 

3. Je veux juste en finir

Ce n'est pas le meilleur film imaginé par Charlie Kaufman, qui avait réalisé l'incroyable Synecdoche, New York, et signé les scénarios fabuleux de Dans la peau de John Malkovich, Adaptation et Eternal Sunshine of the Spotless Mind. Mais malgré ses faiblesses, notamment dans sa troisième partie, Je veux juste en finir ne ressemble à rien d'autre. Et c'est certainement le plus beau des compliments.

Adapté de roman d'Ian Reid, le film raconte tout bêtement le repas de Noël d'une jeune femme chez ses beaux-parents, perdus dans une maison au milieu d'une tempête de neige. Un point de départ qui ne prépare en rien au voyage à venir, qui flirte avec l'angoisse, la comédie, le drame et bien plus encore.

Quelque part entre Wes Anderson, David Lynch et Roy Andersson, Charlie Kaufman joue intelligemment avec le montage, les ruptures de rythme, et la durée des scènes, créant un vertige de malaise. Avec un étrange chien, une porte inquiétante, un message vocal ou encore un stand de glaces au milieu du désert gelé, le cinéaste assemble un monde à la fois familier et cauchemardesque, dont l'issue semble forcément être du côté de la folie. Dans ce labyrinthe, Jessie Buckley tire son épingle du jeu, face aux non moins excellents Jesse Plemons, Toni Collette et David Thewlis.

Et malgré une durée excessive et un troisième acte a de quoi définitivement perdre le spectateur (avec un refus de livrer les clés pourtant présentes dans le roman), Je veux juste en finir reste l'une des oeuvres les plus marquantes de 2020. Mieux vaut un peu rater un grand film, que réussir un petit film.

 

photo, Jessie Buckley, Jesse PlemonsL'insoutenable légèreté du mal-être

 

mathieu jaborska

1. Ema

Un feu rouge qui brule. Une provocation futile et pourtant sublime. Le premier plan d'Ema résume tous les autres. L'intégralité du long-métrage fonctionne sur des jeux de miroirs entre purs interludes artistiques et trajectoires narratives. La grande séquence de danse du début, par exemple, esthétiquement à tomber par terre, reflète les péripéties qui vont suivre avec malice, caractérisant au passage les deux personnages principaux (joués par Gael García Bernal et surtout la magnétique Mariana Di Girolamo).

Visuellement inattaquable, le film se joue de l'idée de révolte en multipliant les situations la favorisant, de la trame générale - une vengeance qui prouve la capacité de Pablo Larraín à s'emparer des enjeux contemporains sans néanmoins le revendiquer totalement - aux quelques fulgurances qui transcendent l'ensemble. Une danse entrainante, une couleur de cheveux qui ne fait pas l'unanimité, une orgie improvisée ou même un jet de lance-flamme dans la nuit sont autant d'instants mémorables et de micro-révolutions intimes.

De cette façon, le réalisateur traque à sa manière ce qui fait le sel et la beauté du monde, aidé en plus par la photographie de Sergio Armstrong et une bande originale composée entre autres par le dieu de la house mélodique Nicolas Jaar. Un souvenir impérissable, et c'est quelqu'un qui a passé un très mauvais moment devant Jackie qui le dit.

Notre critique est là.

 

photo, Mariana Di GirolamoOn s'enflamme peut-être un petit peu

 

2. Adoration

Injuste bide en salles, le dernier film de Fabrice Du Welz est peut-être un de ses plus beaux. En effet, le récit qu'il déploie s'accorde particulièrement bien à son style. Le cinéaste y retrouve après la parenthèse Message from the King son 16mm adoré, avec lequel il travaille la texture de l'aventure de ses deux jeunes héros. Comme une sorte de Bonnie et Clyde juvénile et incandescent, Adoration est une véritable ode à l'atmosphère particulière qui baigne les cavales purement cinématographiques.

Après un point de départ très dur, l'épopée se conforme progressivement aux fantasmes de ses protagonistes, fantasmes qui motivent leur relation et les enfoncent dans un univers où la solitude est reine, jusqu'au point de non-retour symbolisé par le personnage de Benoît Poelvoorde. L'acteur, dans son meilleur rôle, campe une sorte d'anti-Kurtz d'Apocalypse Now. C'est un vrai personnage de cinéma et un ermite qui préfère se terrer dans la lumière que dans l'obscurité.

L'ultime destination, un dernier plan aussi techniquement spectaculaire que sensiblement poétique, résume bien la conception du 7e art du metteur en scène, conception qu'on pourrait croire gommée par les patines numériques des services de SVoD : de la lumière et des personnages qui s'impriment sur la pellicule, et donc sur la rétine.

Retrouvez notre critique.

 

photoLe voyage vers la solitude

 

3. Blood Machines

Le pari était dingue : réaliser un film de genre spatial et musical avec quelques centaines de milliers d'euros, la passion des fans de Carpenter Brut, beaucoup d'effets spéciaux et un sens de la débrouille miraculeux, tout en sachant pertinemment que le résultat n'aurait pas droit à une exploitation digne de ce nom. Et non seulement Seth Ickerman (le duo de réalisateur) a relevé ce défi, mais il en a en plus profité pour ressusciter tout un pan de la science-fiction vénère inspiré par Metal Hurlant.

Plus délirant encore, l'objet est complètement hybride, à mi-chemin entre le blockbuster généreux et le clip sous psychotropes. Un format inclassable et follement libre, à partir duquel les cinéastes conçoivent un univers si jusqu'au-boutiste dans sa mise en scène du space opera qu'il en vient à en extraire l'essence même du genre, en l'occurrence la femme.

La féminité de Blood Machines, principal véhicule du spectacle son et lumière qui y réside, regagne sa place dans l'univers, rien que ça, le tout accompagnés de la sublime bande originale de Carpenter Brut et en à peine 50 minutes. Dommage qu'il soit resté si peu de temps à l'affiche.

Notre critique est juste ici.

 

photoUne grosse influence des pochettes d'album de metal

 

SIMON RIAUX

1. MADRE

Particulièrement apprécié des cinéphiles français, le cinéma espagnol est souvent perçu comme une enclave pour les productions de genre que l’Hexagone n’aurait plus la passion de produire. Mais en seulement 3 longs-métrages, Rodrigo Sorogoyen a démontré qu’il était bien plus qu’un (brillant) auteur de polar. Avec Madre, il quitte – en apparence – les rivages du thriller pour le drame, suivant le parcours d’une mère traumatisée par la perte d’un enfant, et troublée par sa rencontre avec un adolescent qu’elle ne laisse pas insensible. 

Récit d’un double deuil et d’un renoncement à l’innocence, Madre étonne par la grâce évidente, l’humaine poésie avec laquelle il aborde des thèmes d’une noirceur absolue. Devant la caméra précise et alerte de Sorogoyen, la côte Basque se mue en une zone fantomatique, où les vivants errent le long de langues sablonneuses, face à la mer et au ciel, interconnectés par le même halo blafard. 

Impossible de résister à cette rêverie amoureuse, éplorée, sensuelle, inconsolable et finalement passionnée. Les interprétations de Marta Nieto et Jules Poirier comptent parmi les plus fortes de ces récents mois. Et malgré ces défis, posés par le sujet, et par la frontalité avec laquelle l’auteur les aborde, Madre ne vire jamais à la performance, à la tentative de sur-récit glauque et performatif. Jamais surplombant, Sorogoyen livre encore une fois un geste de cinéma étourdissant. 

La critique qui pleure est juste ici.

 

photo, Marta NietoSouviens-toi l'été dernier

 

2. UN PAYS QUI SE TIENT SAGE

Journaliste, écrivain et réalisateur, David Dufresne a contribué largement à rendre incontournable (tant par la profession journalistique que la classe politique) le sujet des violences systémiques perpétrées par la police française sur les citoyens. Après en avoir tiré un roman réussi intitulé Dernière Sommation, on n’était pas certains que le lanceur d’alerte puisse encore renouveler la forme de ses travaux sur le sujet. 

C’était faire preuve de bien trop de pessimisme, tant Dufresne propose ici une œuvre passionnante, en termes de réflexion documentaire comme de pur cinéma. Replaçant de nombreux acteurs ou victimes des épisodes insurrectionnels menés par les Gilets Jaunes, pour les confronter soit aux images de leurs actions, de leur répression, voire de leurs mutilations, il génère en premier lieu un canevas émotionnel et citoyen quasiment inédit, auquel s’ajoute une mise en perspective salvatrice. 

Chaque séquence s’accompagne d’une discussion, parfois rude, entre des intervenants aux regards très différents. Mais plutôt que de dévoiler au spectateur la qualité de ses intervenants (policiers, syndicalistes, sociologues, journalistes, etc.), le réalisateur laisse systématiquement le public dans le noir, pour mieux que les paroles s’installent. Et tout comme nous sommes contraints d’analyser les images de violence qui éclatent à l’écran, il nous faut repenser chaque mot, peser chaque phrase, et activer soudain une vigilance citoyenne que le cinéma avait perdu l’habitude de solliciter. 

La critique vise la tête, et elle est là.

 

photoEt bah ça a changé Call of Duty

 

3. EMA

Dans les rues de Valparaiso, une jeune femme marche à la nuit tombée, équipée d’un lance-flamme. Comme si de rien n’était, elle incinère un feu de circulation, avant de s’allumer une cigarette. Et le film de Pablo Larraín de démarrer, au son d’une fanfare électro au bord de l’explosion, dès ses premières notes. Toujours aussi versatile et techniquement virtuose, le réalisateur de Jackie entame une nouvelle dissection de personnage féminin, toujours plus ambitieuse et accomplie. 

À travers son héroïne, danseuse se séparant d’un compagnon chorégraphe après une adoption catastrophique, Larrain prend le pouls de toute une génération, laisse monter une soif de révolte et de liberté, qui souffle bientôt sur son film avec une puissance incommensurable. Loin de tomber dans le portrait fantasmé d’une jeunesse libertaire, le cinéaste compose une œuvre infiniment plus complexe et revigorante. 

Ni bons ni mauvais, magnétiques, mais toujours sur le point d’entrer en collision, ses personnages disent tout d’une époque insatiable et désespérée. Tour à tour vénéneux et lumineuxGael García Bernal et Mariana Di Girolamo explosent constamment à l’écran, composant une des expériences de cinéma les plus éminemment sensorielles et immersives de 2020. 

 

AfficheUn sacré duo

 

antoine desrues

1. MADRE

Avec les brillants Que Dios nos perdone et El ReinoRodrigo Sorogoyen s’est imposé comme l’un des cinéastes les plus prometteurs de ces dernières années. Avec Madre, il transforme l’essai dès son plan-séquence introductif tétanisant, où le hors-champ d'une conversation téléphonique détruit le quotidien bien rangé de son héroïne Elena, interprétée par la géniale Marta Nieto.

À partir de là, le film pourrait vriller au thriller un peu facile, mais l’auteur écarte vite cette possibilité pour s’attarder sur un drame humain inattendu et poignant. Avec son habituelle courte focale qui écrase les perspectives, Sorogoyen sonde un vide qui se remplit progressivement par le non-dit. Lorsqu’Elena se prend d’affection pour un adolescent qui lui rappelle son fils, la mise en scène délicate du réalisateur joue sur l’ambiguïté de leur relation, sur une frontière indicible qui pousse dans ses retranchements le pouvoir de représentation du septième art.

Madre en devient envoûtant, parvenant à toucher du doigt une certaine électricité dans l’air. Sa caméra virevoltante et virtuose, bien que passionnante à étudier, sait se faire oublier pour pleinement embrasser le désarroi des personnages esseulés qu’elle filme. Chef-d'œuvre ! 

 

photo, Marta NietoSorogoyen s'incruste (encore) dans les classements !

 

2. Adolescentes / Petite fille

Avec Adolescentes et Petite filleSébastien Lifshitz confirme son statut de documentariste courageux, toujours prêt à se frotter à des sujets ultra-casse-gueule. D'un côté, il y a Emma et Anaïs, deux jeunes femmes en train de façonner leur avenir. De l’autre, il y a Sasha, qui depuis toute petite sait qu’elle veut être une fille. Mais dans les deux cas, c’est bien un portrait magnifique de la France d’aujourd’hui que le cinéaste parvient à délivrer.

Alors qu’il pourrait traiter ses personnages comme des rats de laboratoire, Lifshitz réussit en permanence à mettre sa caméra à la bonne distance. Qu’il filme des engueulades de famille déchirantes ou des consultations chez le psychiatre, les images du cinéaste sont toujours sublimées par son évidente bienveillance. Des attentats de 2015 à l’évolution des mentalités sur les questions de genre, il déploie par petites touches impressionnistes une capsule temporelle fascinante.

Néanmoins, Adolescentes et Petite fille n’en oublient jamais d’être des œuvres à l’humanité bouleversante et universelle, qui captent comme aucune autre les affres du doute, et le besoin de le surmonter. Avec ce doublé magistral, Sébastien Lifshitz prouve qu’il y a quand même du bon à tirer de 2020 !

 

photoDes documentaires indispensables !

 

3. Josep

En rendant hommage au caricaturiste Josep Bartoli, le dessinateur Aurel imagine un film d’animation puissant sur un événement honteux (bien que méconnu) de l’histoire française : la Retirada, fuite des Espagnols anti-franquistes vers l’Hexagone, finalement entassés dans des camps de concentration. Au milieu de l’horreur, ce n’est pas tant le regard désespéré de Bartoli que l’on suit, mais plutôt celui d’un de ses geôliers, et son incompréhension face à la haine.

Par sa structure intelligente en flashbacks, Josep devient une œuvre pertinente sur l’Histoire, l’héritage du savoir et de l’art. L’animation d’Aurel, volontairement minimaliste, joue à merveille avec un aspect heurté, presque fixe par instants. Comme si le dessin en mouvement se formait sous nos yeux, le long-métrage devient un manifeste sur le pouvoir de création, et sa nécessité, pour empêcher que le souvenir s’efface. Un film brut et sans concessions, absolument essentiel.

 

photoImage d'un exploitant de salle en 2020

 

ARNOLD PETIT

1. WAVES

Dans ses longs-métrages, Trey Edward Shults nous plonge au sein de la famille pour en présenter aussi bien la tendresse que les dysfonctionnements. Son troisième film, Waves, est une expérience sensorielle bouleversante, qui submerge et emporte tout son sur passage.

La première séquence à elle seule suffit à donner le tournis (littéralement), avec une caméra qui tournoie dans une voiture sur la route de Floride, puis navigue entre les couloirs d’un lycée, un entraînement de lutte ou une salle de musculation pour nous présenter l’environnement dans lequel le scénario va évoluer. Comme un tourbillon, le film nous plonge dans les abysses avant de nous ramener vers la lumière et nous immerge dans ce récit diptyque où la colère, la joie, la culpabilité, la terreur et le chagrin s’opposent et se mélangent avec virtuosité.

Un sublime enchaînement de moments suspendus captés avec une finesse, une sensibilité et une mélancolie entre Terrence Malick et Euphoria. Deux ressemblances qui s’expliquent par l’expérience de stagiaire de Trey Edward Shults sur les tournages du cinéaste et par le directeur de la photographie, Drew Daniels, présent sur deux épisodes de la série HBO.

Les sons, les couleurs, tout est aussi saturé que les sensations tandis que la superbe bande-son de Trent Reznor et Atticus Ross se conjugue aux morceaux d’A$AP Rocky, Kendrick Lamar ou Frank Ocean et berce ces deux histoires d’amour d’une aura presque fantastique. Taylor Russell illumine le cadre à chacune de ses apparitions, tout en délicatesse, et le reste du casting composé de Kelvin Harrison, Alexa Demie, Renée Elise Goldsberry ou encore Sterling K. Brown est tout aussi merveilleux. Alors que, comme un symbole, « Sound & Color » d’Alabama Shakes accompagne le générique de fin, les larmes coulent encore.

 

photoUne famille qui se décompose dans un torrent d'émotions

 

2. UNCUT GEMS

Josh et Benny Safdie avaient déjà impressionné avec Good Time, ce thriller survolté et psychédélique aux accents underground avec Robert Pattinson, et les deux frangins ont définitivement confirmé leur talent en reprenant les mêmes ingrédients pour Uncut Gems. Alors que les minutes défilent, le film devient de plus en plus intense, aussi fascinant qu’éreintant. Les personnages, y compris Kevin Garnett dans son propre rôle, représentent tous les excès, en adéquation avec la forme. Adam Sandler est resplendissant, habité par Howard Ratner, un diamantaire marginal obsédé par le pari menant une double vie, sublime loser aussi détestable qu’attachant.

Les frères Safdie font montre de leur maîtrise dans ce récit pris dans un chaos frénétique entre les cristaux, les sonneries de téléphone et les cris, dans un genre qui évoque After hours - Quelle nuit de galère de Martin Scorsese ou Dostoïevski. Sur le fil du rasoir, le film peut basculer à tout moment entre le tragique, la comédie ou le pathétique, et se conclut dans une séquence magistrale, qui réussit à rendre un match de NBA aussi excitant que dans les années 90.

 

photo, Adam SandlerLe joueur

 

3. MADRE

Entre Que Dios nos perdone et El Reino, Rodrigo Sorogoyen a réalisé un court-métrage qui deviendra la première scène de Madre. Un plan-séquence aussi terrassant que ses deux premiers longs-métrages, qui noue la gorge et démontre toute la maestria du réalisateur en termes de composition et de mise en scène. Cette maîtrise technique et artistique se ressent tout au long du film, qui s’enfonce dans un récit autour du deuil de l’enfant et de l’enfance à travers une relation aussi poignante que déchirante.

Marta Nieto et Jules Porier embrasent l’écran au milieu de la photographie aux tons grisâtres, entre passion, déni et tendresse tandis que les personnages continuent d’avancer à la recherche d’un éclat dans cet été brumeux. La caméra de Sorogoyen nous immerge dans cette histoire où les sentiments se confondent dans des instants de grâce discordants, installant une tension dramatique dévastatrice à mesure que chacun tente de s’épanouir et de se libérer.

 

photo, Marta NietoL'amour à la plage

 

gael delachapelle

1. Mank

Cela faisait plus de six ans que David Fincher n'avait pas réalisé un long-métrage, depuis son excellent Gone Girl, pendant lesquelles le cinéaste a établi un partenariat fructueux avec Netflix, où il a produit notamment l'excellente série Mindhunter, dont l'esthétique et les thématiques sont imprégnées de la patte de son auteur, qui en a réalisé certains épisodes, mais aussi Love, Death & Robots, une série d'anthologie un peu plus mineure. Un partenariat qui a abouti à un contrat d'exclusivité entre le réalisateur de Zodiac et la plateforme au N rouge, qui lui a permis d'enfin porter à l'écran son projet le plus personnel, basé sur le scénario de son père, Jack Fincher

Mank a fait parler de lui pendant plusieurs mois, avec sa promesse d'être un authentique film des années 1940, qui raconterait l'histoire d'Herman J. Mankiewicz, scénariste de génie derrière le scénario du chef-d'oeuvre d'Orson WellesCitizen Kane, caché dans l'ombre du réalisateur et de son orgueil légendaire. Les premières images pouvaient nous faire craindre une simple orgie visuelle et sonore, à la technique irréprochable, ce que le film est en grande partie, de par son incroyable travail sur la photographie et la lumière, son noir & blanc somptueux, et sa reconstitution magnifique de l'âge d'or du vieil Hollywood.

Mais ce serait mal connaître le maître Fincher, qui n'a pas perdu de sa superbe pour dépeindre un portrait à la fois mélancolique et cynique de cette époque,Mank, magistralement interprété par Gary Oldman (sans aucun doute en route pour son deuxième Oscar), devient un personnage aux obsessions purement fincheriennes, piégé dans sa propre solitude. Déclaration d'amour cinéphilique et mélancolique envers un Hollywood disparu, Mank est surtout le film le plus cynique et émouvant de son auteur depuis The Social Network. Magistral.

Notre critique du film

 

Photo Gary OldmanUn Gary Oldman incroyable 

 

2. 1917

Après avoir expérimenté le faux plan-séquence pour l'ouverture de son second James Bond, après Skyfall, Spectre, le cinéaste Sam Mendes a voulu appliquer cette technique sur tout un long-métrage, en l'occurrence un film de guerre, où le réalisateur voulait retranscrire le plus fidèlement possible l'expérience de la Première Guerre mondiale que lui a raconté son grand-père, en immergeant le spectateur au plus près de ses personnages. Et cela donne le film le plus ambitieux de son réalisateur, mais aussi son plus personnel. 

Durant plus de deux heures éprouvantes, 1917 nous immerge dans une expérience sensorielle dont le postulat de départ n'est pas sans rappeler le Dunkerque de Christopher Nolan, où la caméra colle au corps ses protagonistes, sans jamais les lâcher. Un faux plan-séquence virtuose, où l'illusion d'un plan unique par le montage retranscrit brillamment le périple de ces soldats en quasi-temps réel, à l'exception d'une ellipse très bien justifiée. Cette odyssée finit par prendre des allures de pure rêverie qui se transforme en cauchemar nocturne, où la photographie de Roger Deakins renoue avec les exploits visuels de Skyfall, le temps d'une scène de poursuite dans un décor de No man's land surréaliste. Un grand film de guerre.

Notre critique du film

 

photo, George MacKayUne séquence dantesque

 

3. Uncut Gems

Après Mad Love in New York et Good TimeJosh et Benny Safdie nous replongent dans un New York bouillonnant et bruyant, où la ville devient un personnage à part entière dans leur cinéma. On y suit Howard, un bijoutier à la moralité vraiment douteuse, incarné par un Adam Sandler brillant, qui va se retrouver plongé dans une véritable descente aux enfers, dans un polar nerveux au rythme effréné et épuisant.

Avec Uncut Gems, les frères Safdie sont tout simplement au sommet de leur maîtrise, aussi bien au niveau du rythme que de la mise en scène, où les cinéastes déploient des idées visuelles dingues à la seconde, ne serait-ce que dans une scène d'ouverture sous acides, où les cinéastes passent des éclats d'un diamant brut à la coloscopie de leur personnage principal en l'espace d'une transition. Uncut Gems devient alors une véritable course contre la montre au rythme implacable, avec un Adam Sandler possédé, qui éclate littéralement à l'écran.

Rarement une ville comme New York n'aura été filmée de manière aussi vivante, organique, tel un monstre qui recrache son personnage, que les frères Safdie n'hésitent pas à malmener à leur guise, devenant tour à tour sympathiques et pathétiques. On ressort de cet uppercut totalement lessivé, autant moralement que physiquement, après une scène finale mémorable, qui nous met littéralement K.O. Une claque.

 

photoAdam Sandler, au milieu du capharnaüm urbain qu'est New York

 

CAMILLE VIGNES 

1. LeS SEPT DE CHICAGO 

C’est étrange comme certains films, malgré leurs défauts de fabrique, peuvent marquer l’esprit. Les Sept de Chicago n'est pas ce qu'on appelle communément un chef d’œuvre, et finalement ce n’est ni son ambiance ni sa mise en scène qui s’imposent aux souvenirs de l’auteure de ces lignes. Car il semblerait même que le dynamisme fou de sa réalisation, devenant parfois un peu systématique, et sa construction extrêmement efficace s’effacent par pudeur devant le propos du métrage.

Non. Les sept de Chicago c'est un discours terriblement révoltant et tellement bien porté par son parterre d'acteurs brillants (Yahya Abdul-Mateen II, Sacha Baron CohenJoseph Gordon-Levitt, Michael Keaton, Frank LangellaJohn Carroll LynchMark RylanceEddie Redmayne...) que ses infimes faiblesses de factures se font oublier pour ne laisser plus que le souvenir de ses revendications et de ses batailles politiques encore fichtrement actuelles. Un discours sur la discrimination raciale, un procès politique sur la puissance de la colère des opprimés et qui pointe du doigt le pouvoir aveugle d’oppresseurs amoraux. Un besoin chevillé au corps de faire changer les choses. Oui, mais comment ? 

 

Photo Sacha Baron Cohen, Danny Flaherty, Eddie Redmayne, Jeremy Strong, Mark Rylance"Il n'est pas question de 1968 - il s'agit surtout d'aujourd'hui" -  Aaron Sorkin

 

2. POUR L'ÉTERNITÉ

Le dispositif est simple, mais tellement différent de ce que l'on a l'habitude de voir. Une caméra fixe d’un seul plan extrêmement travaillé des saynètes de quelques minutes qui s’enchaînent, sans lien apparent entre elles, sans se ressembler. Des saynètes qui ne laissent rien au hasard, où tout est net, où rien ne peut se cacher. Elles sont banales, la plupart du temps. Dépeuplée, l’image met rarement en scène plus d’une ou deux personnes, et ces dernières n’interagissent que très peu entre elles. Elles ont le visage pâle, presque maladif, toujours résigné. Les corps sont statiques, quasiment immobiles, comme peints par la caméra.

Un homme monte les escaliers d’une rue et apostrophe le spectateur, une femme savoure du champagne, les tirs des troupes alliées résonnent dans le bunker d’Adolf Hitler, un homme pleure son sort dans un bus, un autre la femme morte qui gît dans ses bras, un couple survole une ville en ruine, comme dans un rêve…

Elle est morose cette humanité, esseulée jusqu’à l’absurde cette éternité. L’animal social d’Aristote s’est perdu dans le vertige des grandes villes. Il porte sa croix sans but, ne raconte pas l’histoire commune d’une société, mais celle, kaléidoscopique, de solitudes qui se croisent. Elle fait pitié cette vie, tellement qu’elle en devient risible. Pour l'éternité, c’est un cadavre exquis cynique.

 

photoEdward Hopper sauce dépression nordique

 

3JE VEUX JUSTE EN FINIR

On pourrait presque voir dans Je veux juste en finir un zoom dans l’une des saynètes de Pour l’éternité. Une manière de raconter autrement l'absurdité du monde, les esprits perdus dans la dépression ou la tristesse, avalés par cette solitude qui n'est jamais plus déchirante que lorsqu'autrui est la pour la remarquer. La différence est dans la forme. Roy Andersson imposait un format rigide et détaché, il offrait une réalité quasi-pornographique à ses abysses existentialistes, Charlie Kaufman flirte avec les frontières du cinéma, se plaît à ne pas tout dire, joue avec les limites de la narration. Elle manie le rythme, l’histoire et le temps à sa guise.

Jamais totalement du côté de la peur ou du rire, toujours à faire le funambule au bord d’un précipice menant tout droit à l’hystérie collective, l'histoire immerge ses personnages dans un climat absurde et hypnotique. De ce chien qui se secoue bien trop longtemps à cette baraque à glace perdue dans les neiges, tout est grotesque. Rien n’a de sens. Si ce n’est celui que donne le dialogue interne de cette jeune femme sans nom (magnifiquement interprétée par Jessie Buckley), triste de litanie sur l'existence, d’une profonde noirceur qui réussirait presque à donner une raison à la folie qui s'empare du monde. 

 

Photo Jessie BuckleyLa seule chose qui permet à l'homme de vivre, c'est la glace  

 

lino cassinat

1. Drunk

Après un Kursk profondément ennuyeux, Thomas Vinterberg revient avec un projet à l’ambition plus simple avec Drunk, qui le voit également s’appuyer à nouveau sur Mads Mikkelsen dans le rôle principal. Le film aurait du être sélectionné à Cannes et le festival ne s’y est pas trompé : c’est indiscutablement un de ses meilleurs films, à ranger aux côtés de La Chasse et de Festen. Thomas Vinterberg a clairement atteint un magnifique sommet, et Mads Mikkelsen y est bouleversant.

Drunk est un véritable réconfort, particulièrement par les temps qui courent : sous le montage clinique et le découpage froid bouillonne une formidable furie de vivre, une promesse de liberté, d’amour et de jeunesse éternelle, alors même que la rigidité cadavérique de la vieillesse guette nos personnages pathétiques. Mélancolie et gaieté dansent en se donnant la main chez Vinterberg, et de cette rencontre de ces opposés naît une touchante et profonde joie de vivre, capable de faire sauter les pires angoisses comme un vulgaire bouchon de champagne. 

 

photoDrunk, final en apothéose

 

2. Un pays qui se tient sage

Journaliste de formation ayant notamment contribué à la fondation de Mediapart, David Dufresne se consacre depuis le milieu des années 90 à l’observation de la police et ses dérives mettant à mal les libertés publiques, particulièrement visibles depuis deux ans. Un Pays qui se tient sage, son premier long-métrage de cinéma, confronte intellectuels et victimes de violences policières aux images insoutenables des bavures les plus marquantes de ces deux dernières années. Des images que tout le monde a vues, mais que personne n’a regardées.

On comprend pourquoi : c’est bien un sentiment de confusion traumatique désespéré qui domine le spectateur face à Un Pays qui se tient sage, auquel s’ajoute bien rapidement un écœurement à la limite du vomitif face à tant d’obscènes projeté à l’écran. Ne vous y trompez pas cependant: c’est bien le signe qu’Un Pays qui se tient sage est un film surpuissant, capable d'interpeler un pouvoir politique et de changer les êtres.

 

photoUn pavé dans la tronche

 

3. Uncut Gems

Après The Pleasure of Being RobbedMad Love in New York, et Good Time, les frères Safdie ajoutent à leur nouvelle comédie humaine sous acide une oeuvre à la fois dans la continuité de leurs oeuvres précédentes et en même temps profondément singulière, à mi-chemin entre John Cassavetes et une soirée au Berghain.

Grimaçant et éreintant, Uncut Gems est une odyssée dans un océan urbain qui, à l'image de son personnage principal, ne s'arrête jamais. Adam Sandler y saute d'un monstre à l'autre comme un Ulysse en toc, un héros aux ambitions vénales amputé de sa noblesse par le pays de l'argent-roi, mais toujours doté de sa metis qui le rend capable de mille tours. Un nouveau perdant magnifique qui rejoint une galerie de portraits cinématographiques malicieux et poétiques qui débordent de vie et d'art.

 

photo, Adam Sandler"Quoi je suis que troisième ?"

 

DÉBORAH LECHNER

1. WAVES

Après son thriller horrifique It comes at Night, Trey Edwards Shults opère pour son troisième long-métrage un changement d’ambiance radical, tout en conservant les mêmes fondements. Waves se concentre sur une nouvelle cellule familiale que le réalisateur tord et met à l’épreuve, révélant petit à petit cette thématique comme le véritable fil rouge de sa filmographie.

Sorti sans faire de bruit, le film aux accents expressionnistes est pourtant une déferlante d’émotions qui parvient à traiter des sujets lourds sans chercher à donner l’absolution ou au contraire pointer un doigt accusateur. Avec ses mouvements de caméra aériens, le cinéaste offre une mise en scène gracieuse, démonstrative et parfois étourdissante, mais jamais excessive ou pompeuse. Le tout sublimé par la photographie colorée de Drew Daniels qui avait proposé le même travail chromatique sur la série Euphoria.

On se retrouve ainsi plongé dans la vie d’un adolescent qui défile à toute allure à l’écran, jusqu’à ce que sa fragile existence et celle de sa famille vacillent et que la caméra, qui parle souvent à la place des personnages, adopte un tempo plus lancinant comme si le temps s’était suspendu et n’avait plus lieu de s’écouler. Comme si tout recommençait, mais moins frénétiquement, car Waves est avant tout une partition aux rythmes variés dont les protagonistes sont l’unique diapason. Le réalisateur ne se détache jamais d’eux et évite les nombreux pièges que lui tendait son intrigue, parvenant ainsi à faire de son film un rare moment de justesse poussé par un casting épatant, à commencer par la révélation de Taylor Russell

 

photo, Taylor Russell Emily (Taylor Russell) qui sort de l'ombre de son frère  

 

2. MADRE

La dernière démonstration de Rodrigo Sorogoyen est une expérience cinématographique intense, qui prend aux tripes et marque durablement. Cette histoire déchirante autour d’une mère incapable de faire le deuil de son enfant disparu parvient à couper le souffle des spectateurs en quelques minutes seulement avec un plan-séquence d’une violence psychologique inouïe.

Après cette montée d’adrénaline angoissante et fataliste propre au thriller, le film change habilement de registre et adopte un rythme beaucoup plus lent et suspendu pour nous plonger dans la mélancolie d’Elena. Cette femme désincarnée qu’on retrouve en train de déambuler sur la plage comme un fantôme qui traverse le purgatoire, en cherchant désespérément et presque mécaniquement le visage de son fils dans ceux des jeunes qu’elle croise. 

Cette détresse sourde et muette la mène à se rapprocher de Jean, un adolescent qui s’éprend vite de la belle quadragénaire. Née alors une relation ambiguë, interdite, mais jamais sulfureuse et surtout terriblement sincère, alors même que chacun convoite avidement de ce que l’autre ne peut pas lui offrir. Sur le plan émotionnel, le film est bouleversant, mais il l’est également sur le plan technique. De la performance sobre et juste de ses acteurs, en passant par cadrage utilisé comme un élément narratif à part entière, les jeux de lumière et la composition des plans où la mise en scène explicite toujours un peu plus le sous-texte, Madre est un bijou cinématographique qui se tient de ses premières minutes à ses dernières secondes.

 

photo, Marta NietoAspect fantomatique

 

3. LA DERNIÈRE VIE DE SIMON

Après avoir balayé ses quelques maladresses tout ce qu’il y a de plus pardonnables, il ne reste du film de Léo Karmann qu’une prouesse et un nouvel argument à rétorquer aux détracteurs aveugles du cinéma français, qu’on condamne trop facilement à cause de la prolifération des comédies grasses et empotées à l’affiche. Mais comme avec Edmond l’année dernière, La dernière vie de Simon est la preuve que le cinéma hexagonal regorge encore de générosité et d’audace quand on sait où chercher. 

Pour son premier film, Léo Karmann s’aventure ainsi du côté du fantastique, avec une ouverture spielbergienne qui contraste brillamment avec le réalisme du film passé son ellipse. Loin de se reposer sur la magie de Simon, un orphelin capable de prendre l’apparence des gens qu’il a déjà touchés, le film émerveille avant tout par l’émotion qu’il dégage, ses envolées lyriques, les thèmes qu’il aborde subtilement et surtout sa mise en scène sobre, efficace et poétique, probablement motivée par un manque de moyens parfaitement contre-balancé. Léo Karmann et son talent de conteur sont donc à surveiller de près.

Notre critique du film est à retrouver ici.

 

photo, Camille Claris, Benjamin VoisinCamille Claris et Benjamin Voisin

 

Alexandre janowiak

1. Mank

Pour l'auteur de ces lignes, c'est donc la troisième fois en trois ans qu'un "film Netflix" truste la première place de son top 3, après l'émouvant Roma en 2018 et le majestueux The Irishman en 2019.

Après six ans d'absence et son passage remarqué derrière Mindhunter, David Fincher était attendu au tournant avec sa plongée dans le Hollywood des années 30-40. Sans grande surprise, le maître a tenu son rang avec un long-métrage terriblement exigeant et dense. C'est sans doute son plus gros point faible (puisque ce n'est pas un défaut en soi) : son oeuvre demande un investissement profond du spectateur, habitude devenue si rare à Hollywood (et ses blockbusters Happy Meal), voire une connaissance accrue du 7e art.

Pour autant, derrière cette lettre d'amour cinéphile âpre et rude, se cache en réalité une de ses oeuvres les plus touchantes et humbles. Alors que le film est d'une beauté technique et artistique ahurissante, le long-métrage vaut pour la réflexion très personnelle de Fincher sur feu Jack Fincher, son père et scénariste du film, et le cinéma d'antan (et intrinsèquement celui d'aujourd'hui et de demain). Regard acéré sur l'art, Mank est finalement le plaidoyer d'un cinéaste sur la création et le statut d'artiste, mais aussi celui d'un homme soucieux du monde qui l'entoure (manipulation des médias, business de l'art...). Bref, une oeuvre riche et majeure comme on en fait plus.

Notre critique du film

 

Photo Gary Oldman"Vous là-bas, vous attendez quoi pour regarder Mank ?"

 

2. Uncut Gems

Les frères Safdie avaient offert un périple psychédélique nocturne avec Good Time, ils offrent une expérience viscérale suffocante avec Uncut Gems. Dès sa séquence d'ouverture, le long-métrage A24 (diffusé à l'international par Netflix) déploie son message : la folie du récit va vous prendre aux tripes et risque de vous broyer les entrailles.

Difficile de ne pas ressortir essoufflé, hypnotisé, choqué ou tremblant, du visionnage de Uncut Gems tant le duo new-yorkais délivre un film noir dans une transe quasi-indescriptible. Ne cessant jamais son brouhaha oppressant, décidant d'ancrer son récit dans une ville bouillonnante en perpétuel mouvement, le long-métrage s'amuse à écraser son personnage principal tout en exténuant les spectateurs.

En résulte la sensation de vivre physiquement le film, tout bonnement épuisant de bout en bout, jusqu'à cette conclusion de climax abrupte, accablante et pourtant libératrice après ce voyage si rude et éreintant. Une chose est sûre, si Adam Sandler s'était attelé à incarner des rôles aussi percutants, sa carrière aurait eu une tout autre gueule.

Notre critique du film

 

photo, Adam SandlerFuck yeah

 

3. Drunk

Cannes n'a pas eu lieu et pourtant, impossible de douter que sa Palme d'or (oui, on peut l'imaginer sans complexe) a bel et bien eu les honneurs d'une sortie en salles avec Drunk. Après l'incroyable La ChasseThomas Vinterberg s'était plus ou moins perdu avec ces trois dernières trois oeuvres (moins réussies) et son retour à un cinéma plus personnel était donc très attendu.

Terriblement chaleureux, humain, jouissif, revigorant et surtout vivant, aucun film ne pouvait mieux tomber en cette période si troublée et ces temps si moroses que Drunk. Mené par un fantastique Mads Mikkelsen (aussi impressionnant que pour La Chasse), le nouveau long-métrage du Danois est un tourbillon émotionnel existentiel à la fois ravageur et euphorisant, d'une puissance évocatrice bienvenue. Son grand final libérateur, exubérant et festif est assurément l'un des moments les plus réjouissants de l'année cinéma.

Si l'alcool est à consommer avec modération, la folie poétique et l'élégance magnétique de Drunk se dégustent à l'excès, tant nos vies méritent plus que jamais de s'enivrer. What a life !

Notre critique du film

 

 

MATHIAS PENGUILLY

1. The King of Staten Island

Au milieu d'un box-office complètement atone cet été, l'humoriste Pete Davidson a essayé de se tailler une place de roi. Raté : le film n'a pas dépassé la barre des 35 000 entrées en France. C'est bien dommage ceci dit, car Judd Apatow signait là une de ses meilleures comédies. Une fois n'est pas coutume, le cinéaste américain filme un double presque-fictif de son acteur principal, dans un environnement qu'il maîtrise. Davidson vient de Staten Island et comme son personnage, c'est un jeune homme un peu perdu, dépressif et accro à la weed - il en joue d'ailleurs beaucoup lors de ses apparitions hebdomadaires sur le plateau du Saturday Night Live. Grand dadais aussi bébête que charismatique, son personnage est bougrement attachant.

S'il pourrait s'épargner quelques longueurs (à l'image des précédents films de Judd Apatow), le long-métrage est dénué des blagues potaches et faciles auxquelles nous avait habitués le réalisateur. Une bouffée d'air frais bienvenue, qui donnerait presque envie de chiller avec Scott et ses potes, dans un terrain vague en face de Manhattan.

Notre critique du film est par ici.

 

photo, Pete DavidsonLe discours d'un King

 

2. Blackbird

Malgré son casting 5 étoiles (Susan Sarandon, Kate Winslet, Sam Neill, Mia Wasikowska), Blackbird est passé presque inaperçu lors de son passage dans les salles françaises, au début de l'automne dernier. Il s'agit d'une fable mélancolique sur la fin de vie. Elle se déroule à huis clos dans la maison de vacances familiale, que le personnage principal a choisie pour être le théâtre de sa mort : atteinte d'une maladie incurable, Lily a décidé de disparaître avant de devenir impotente.

Sur le papier, le film n'offre pas grand-chose d'inattendu, mais sa force réside ailleurs. Son trio d'actrices de tête est impressionnant : de la sœur cadette déprimée, à la sœur aînée control freak, en passant par la mère malade, elles portent ce drame avec une grande force. Le film est simplement bouleversant, il nous invite à la table de cette famille avec laquelle on ressent une proximité évidente. Susan Sarandon y est simplement magistrale.

 

photo, Susan SarandonLast Christmas, litterally

 

3. Effacer l'historique

Il aurait été un peu injuste de finir ce podium sans mentionner au moins une des comédies françaises qui ont rythmé notre été. D'une qualité inégale certes, on doit quand même reconnaître qu'il y a eu quelques pépites cette année : Effacer l'historique en fait partie. Signée Benoît Delépine et Gustave Kervern, cette comédie tout à fait absurde nous plonge dans le quotidien de Marie, Bertrand et Christine, trois quarantenaires complètement paumés dans leur petit lotissement résidentiel aseptisé.

Le film prend systématiquement des détours surprenants, tout en refaisant le portrait de notre société consumériste et accro aux technologies. Blanche Gardin fait montre une fois encore de son grand talent comique et sa complicité avec Corinne Masiero et Denis Podalydès contribue à la réussite du film. On en redemanderait presque...

Notre critique 2.0 est par là.

 

photo, Blanche GardinAh mais qu'est-ce qu'on se marre !

 

Elliot Amor

1. Adieu les cons

Comme toujours, Albert Dupontel met en scène une critique de notre société individualiste, capitaliste et consumériste. Et bien sûr, une forme de fantaisie vient se faufiler dans son chef-d'œuvre. Dans Adieu les cons, on a droit à du cinéma d'anticipation. Le cinéaste place la réalisation, les décors, les personnages et les coups de gueule devant la cohérence et c'est tant mieux, le cinéma n'a pas toujours eu besoin d'être logique.

Après l'introduction du film, la fameuse phrase « Adieu les cons ! » résonne dans nos têtes à chaque fois que des personnages secondaires veulent s'en prendre aux protagonistes. Durant toute l'intrigue, il y a effectivement une volonté chez les personnages de fuir. Fuir les problèmes, les autres, la société... Une volonté de fuir qui va se solder de façon tragique.

Mais il y a aussi une volonté de retrouver un amour volé, un passé plus paisible, quelqu'un en qui on tient... On observe ces désirs chez tous les personnages principaux. Derrière un gros budget, Adieu les cons est une œuvre très personnelle de Dupontel, un réalisateur qui semble bien s'adapter à son époque, tout en essayant de s'en éloigner.

Retrouvez notre critique.

 

photo, Albert Dupontel, Virginie EfiraOk, les boomers

 

2. Les Enfants du temps

Après la surprise de Your Name en 2016, Makoto Shinkai est revenu pour faire encore mieux avec Les Enfants du temps. Comme souvent dans l'animation japonaise et dans le manga, l'histoire parle d'une jeunesse qui rejette, fuit et affronte l'ancienne génération qui tente de lui dire comment vivre.

Hina et Hodaka, les protagonistes adolescents, répandent le beau temps à travers la métropole de Tokyo (principalement à la demande des adultes). Et finalement, ils vont jusqu'à provoquer un cataclysme pour pouvoir rester ensemble. Mais là encore, le monde des adultes s'en mêle et les sépare.

L'aventure est mise en scène dans un univers époustouflant et ostentatoire. L'animation du studio CoMix Wave se veut réaliste, surtout en termes de décors et d'objets inanimés. Mais ces éléments sont si réalistes qu'ils deviennent trop beaux pour être vrais. Avec Makoto Shinkai, des choses simples comme un personnage qui cuisine deviennent exaltantes. Et c'est souvent ça qui rend son cinéma captivant.

Notre critique est ici.

 

photoDes choses simples. Sublimées.

 

3. Freaks

Ce film indépendant de Zach Lipovsky et Adam B. Stein est une des plus grandes surprises du début de 2020. Avec un budget très réduit, ce huis clos super-héroïque parvient à être aussi spectaculaire qu'un blockbuster. Le film raconte l'histoire d'une petite fille qui vit avec son papa dans une maison dont elle ne peut pas sortir. Le père surprotecteur prétend que l'extérieur est un lieu extrêmement dangereux où des vilains pas beaux voudraient la tuer. Mais est-ce que tout ceci est vrai ?

Les réalisateurs font preuve d'une immense ingéniosité, le casting se donne à fond, en particulier Emile HirschBruce Dern et la petite Lexy Kolker (qu'il faudra suivre de près). Certes, les quelques effets spéciaux ne sont pas toujours convaincants, mais cela n'a aucune importance, le film nous fait ressentir un paquet d'émotions en moins de deux heures, une sacrée gageuse pour un film de genre indépendant.

Notre critique est là.

 

photo, Emile Hirsch, Lexy KolkerEmile Hirsch et l'impressionnante Lexy Kolker

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commentaires

aqualand
09/01/2021 à 12:19

oh les goûts de fosses sceptiques, ça explique pas mal de choses du coup hahaha :)

Alxs
24/12/2020 à 15:10

@ La rédaction

Top, j'étais passé à côté de la critique. En espérant un distributeur français et des salles ouvertes.

Mathieu Jaborska - Rédaction
23/12/2020 à 16:06

@Alxs

Nous sommes plusieurs à l'avoir vu, et attendons avec impatience sa sortie en France pour l'incorporer à nos tops. En attendant, vous pouvez retrouver notre critique, très enthousiaste :

https://www.ecranlarge.com/films/critique/1348992-possessor-critique-qui-fait-brandon-mouche

Satan laTeube
23/12/2020 à 12:17

Content de voir Uncut Gems aussi haut dans vos tops. Mais vous semblez oublier que les frères Safdie n'ont pas débuté avec Good Times, et que Mad Love in New York et/ou Lenny and the Kids valent autant le coup d'oeil.
Sinon peut-on espérer l'Oscar pour Adam Sandler ??

Benvoyons
23/12/2020 à 04:06

Uncut gems est un film de 2019 sorti en 2020 en France mais je le considere comme un film de 2019 . C est globalement la même histoire que Carlito 's way.

Sanchez
23/12/2020 à 00:04

Vu l’année ciné j’ai même pas de quoi faire un top 5 ... seulement 4 films méritent d’être dans un top.
Donc :
4/ Relic
3/ Drunk
2/ Uncut Gems
1/ Séjour dans les monts Fujun

La meilleure chose que j’ai vu cette année n’est pas un film mais une série: Succession
Cette série mérite toutes les récompenses. Et bravo HBO pour la qualité exceptionnelle de ses series

Opale
22/12/2020 à 20:04

C'est étrange, on dirait un palmarès de Télérama...

Rayan Montreal
22/12/2020 à 19:29

@Fuck you Rayan Montreal

Fuck me ou pas ? I don't give a fuck, tu peux fuck ce que tu veux

Kyle Reese
22/12/2020 à 18:16

Vu peu de film au ciné cette année.
Bien d’accord avec vous pour Uncut Gems, il y avait longtemps que je n’avais vu un film aussi humainement intense et dense. Cet anti héro qui court après le temps et la fortune devient au final très attachant. Adam Sandler y est formidable. (Seul film que je connais et aimé avec lui est rien que pour vos cheveux, une dinguerie)
J’aurai aimé voir un autre film avec ce perso.
Le film est excellent mais épuisant.
Je ne vois pas Cutterhead pourtant grosse claque de cette année. Tout comme Tenet qui m’a totalement scotché et fasciné au ciné. Revu depuis et toujours aussi bon devant ma télé mais évidement moins immersif que devant écran géant et son qui tue. (Nolan à raison de défendre les salles)
Plusieurs films cités me tentent bien, notamment Drunk, Waves et évidement Mank.

Daddy Rich
22/12/2020 à 18:01

1/ ADIEU LES C**S
2/ UNCUT GEMS
3/ DARK WATER
4/ LA VIE DE LA JUSTICE
5/ LE CAS RICHARD JEWELL
6/ UNE ODE AMERICAINE
7/ PINOCCHIO
8/ INVISIBLE MAN
9/ HIS HOUSE
10/ THE WAY BACK

PS: pas encore vu MINUIT DANS L'UNIVERS

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