Médias vs les GAFA : rejoins le combat et les coulisses d'Ecran Large

La Rédaction | 15 décembre 2020 - MAJ : 15/12/2020 14:25
La Rédaction | 15 décembre 2020 - MAJ : 15/12/2020 14:25

Comment les médias culturels comme Ecran Large, font-ils pour gagner leurs vie ? Quelles sont leurs dépenses, leur recettes ? Pourquoi en ont-ils gros contre les GAFA ? Nous avons récemment consacré une vidéo au sujet que nous développons ici avec quelques informations inédites et complémentaires.

Il y a un peu plus d'un an, face à des revenus publicitaires en baisse constante, Ecran Large a lancé un système d’abonnement. Depuis, la Covid est arrivée, le monde s’est écroulé, on s’est confinés, les cinémas ont fermés. Et nous... Bah on s'est accrochés et on est toujours là. Les audiences ont continué d'augmenter, notre chaîne Youtube a pris son envol et nous a fait rencontrer de nouveaux lecteurs. Poutant, on a plus que jamais besoin de vous. Du coup, on s’est dit que c’était le bon moment pour répondre à vos questions sur la façon dont vit un média comme Ecran Large : ses principales dépenses, ses principales sources de revenu, et pourquoi, si on veut encore exister demain, on va avoir besoin de votre soutien.

Et si vous avez déjà mal à la tête, vous pouvez nous abandonner pour lancer la version vidéo de cet article (de rien).

 

 

LES DEPENSES

Alors on a l’air gentils comme ça, sympas et tout. Mais on est formés pour ça. Le journalisme culturel, la critique, c’est un métier, on le fait avec passion et sans trop compter les heures (essentiellement parce qu’on ne sait pas compter), mais pour l’accomplir, il faut bien se payer. L’équipe d’Écran Large, c’est 6 salariés à plein temps et autant de Free-lances, qui interviennent sur des thématiques bien spécifiques.

Et c’est un truc dont on est assez fiers, parce que la presse ne se porte très mal économiquement, la presse culturelle tout particulièrement, et à force d’abnégation, on a réussi à faire grandir cette équipe, à l’améliorer, à s’améliore. Et on est d’autant plus heureux d’y être parvenus que la tendance n’est pas à l’écriture ou au développement de la critique, mais bien souvent à l’automatisation des tâches. Peut-être sans que vous vous en doutiez, mais même sur les sites médias les plus importants, de plus en plus d'articles sont rédigés par des algorithmes à partir de simples communiqués de presse ou dépêche AFP.

Assez visible du côté de la presse sportive, qui utilise de plus en plus massivement l'intelligence artificielle pour produire des comptes-rendus de match par exemple, le procédé se généralise rapidement. Autre phénomène en croissance, des agences qui créent du contenu à partir de copier/collé d'articles pris à droite à gauche. Une forme d'activité qui permet aux rédactions de soutraiter une proportion non-négligeable de leur charge de travail et d'économiser sur leur masse salariale... au détriment de la richesse, de la précision et de la vitalité de l'information.

 

photo, Martin FreemanLe coffre-fort de la rédaction. Il y a très longtemps.

 

Sachez que si vous aimez vérifier que votre restaurant vous sert bien du "fait maison", de notre côté, on tient à ce que tout ce qui soit publié sur le site, ou sur Youtube sorte bien de nos petites têtes et soit pensé comme une vraie proposition. Une base d'échange et de réflexion autour de la cinéphilie qui est le coeur de notre métier.

Donc, notre équipe est précieuse et d’autant plus précieuse qu’elle possède un truc pas si courant au sein de la presse hexagonale. C’est la diversité des parcours et des profils. Certains ont fait une école de cinéma, d’autres de journalisme, certains sont passés par la fac et des disciplines  sans rapport avec l'entertainement. On a presque tous commencé en tant que stagiaires, avant de rejoindre l’équipe pour de bon. Y a du parisien, du niçois, de l’auvergnat, du palois, du stéphanois, bref, on a une équipe variée, qui vient d’horizons divers et on croit que ça participe beaucoup de sa réussite.

Et même quand la crise actuelle s’est profilée, on s’est dit qu’il était vital de ne pas s’avouer vaincus mais au contraire de se battre et se remettre en question. C’est pour ça qu’on a mis en place une vraie équipe vidéo, pour en produire plus et mieux, et pour nous faire connaître de nouveaux lecteurs sous une autre forme. C’est un vrai pari sur l’avenir puisque ça occupe l’équivalent de 2 temps pleins et que ce n’est pas une source de revenus directs. Youtube (filiale de Google) ça reverse pratiquement rien, c’est pas une légende.

Mais dans la vie d’une entreprise,il n'y a pas que les salaires. On a les loyers, le matériel informatique, nos masques, qui sont à base de soie satinée de Samarcande anti-acné, il faut le savoir. Il y a également une grosse masse de dépense techniques liées au site, son entretien et ses mises à jours, c'est plusieurs de dizaines de milliers d'euros par an. Tout ce qui vous permet de laisser des commentaires réputés internationalement pour leur douceur et leur bienveillance. Et du coup, comment payer tout ça ?

 

Photo Brian Cox"Et les revenus dans tout ça ?"

 

LES PARTENARIATS

Ils sont constitués à 98,4% des recettes générées par la publicité.

Une petite partie de cette ressource publicitaire vient des partenariats. Un partenariat c’est quand après l’avoir découvert un film, une série, un livre, .... en avant première, on établit une discussion avec son distributeur, afin de le soutenir au moment de sa sortie. Si on est collectivement d'accord pour soutenir le film, on en informe notre commerciale, qui doit alors convaincre le distributeur de nous donner des sous pour qu'on lui donne plus de visibilité sur les réseaux sociaux et sur le site au moment de la sortie de son film.

Pour peu que le distributeur en question ne soit pas fâché contre nous, qu'on n'ait pas dérouillé ses 10 précédents films, il peut avoir envie d'accepter et de travailler avec nous. Toutefois, ce type de partenariats présente deux contraines : premièrement, on les restreint aux seuls films qui nous plaisent, et comme chacun sait, on n'aime pas grande chose. Deuxièmement, nous travaillons dans le secteur culturel, qui n'est pas exactement aussi dynamique que la quincaillerie deluxe, l'informatique ou les services technologiques.

 

Photo Di Caprio GtasbyUn pot de départ chez Ecran Large

 
 

Il n'empêche, on assume tous ces partenariats, aux côtés de longs-métrages qui nous ont tapé dans les yeux et qu'on est très fiers d'avoir pu accompagner. Ces derniers mois, Ecran large a été ainsi été aux côtés de RelicInunaki, le Village oublié, Ip Man 4 : Le Dernier Combat, Exit, Vivarium, First Love, le Dernier Yakuza, Little Joe, Seules les bêtes... Des films qu’on aime d’amour et souvent des films indés... Rappelons au passage, à ceux d'entre vous qui nous imaginent parfois recevant des valises de billets de grands studios comme Warner ou Disney, que les majors et les blockbusters se moquent éperdument de lier des partenariats avec la presse critique. Tout d'abord, parce qu'ils n'en ont pas besoin (la dernière fois que la presse a fait le succès d'un blockbuster, Orson Welles apprenait à se couper les ongles), et ensuite parce que s'ils leur semble pertinent de se connecter à un média, il s'agira de presse très généraliste et mainstream, pas d'un média opérant dans le champ culturel, potentiellement clivant.

 

photo, Jesse Eisenberg"C'est moi qu'ai gagné"

 

LEs publicités ou "DISPLAY"

Mais les partenariats représentent moins de 10% de nos revenus publicitaires, essentiellement assurés par de tous les encarts que vous voyez un peu partout sur le site et qu'on appelle le "display". Ce terme englobe les bandeaux et pavés qui vous proposent des voitures, des voyages, des ordinateurs, des chaussettes ou des pin’s parlants. Comme chez tous les médias web, ces pubs sont à 90% automatisées. Cela peut paraître contre-intuitif, mais avec les évolutions technologiques et la généralisation de ces dispositifs est apparue une volonté d'en accélérer les processus et de minimiser le temps d'intervention humain. Ainsi, nos encarts, mais également les publicités des annonceurs, sont soumis en direct et en continu à des côtations, estimant leur valeur respective à un instant T, et procédant quasi-instantanément à leur location. Il nous est donc difficile de contrôler ces réclames, dont le fonctionnement s'est largement autonomisé et automatisé au cours de la dernière décennie.

Les places de marché qui opèrent ces transactions prélèvent bien sûr un pourcentage, et nous gagnons ce qui reste des dites transactions. Et c'est là que nous avons un problème. Actuellement, Google et Facebook captent à eux seuls plus de 77% des revenus publicitaires du web. Une position ultra-dominante qui condamne les autres acteurs du marché à se partager les miettes d'un gâteau qui va décroissant, et autorise ces deux entreprises à pressurer leurs microscopiques partenaires (et concurrents). D'où un paradoxe mortifère pour un média tel que le nôtre. Nos audiences sont en progression constantes, mais les revenus publicitaires se réduisant comme peau de chagrin, nous nous retrouvons pris dans un étau insupportable à long terme, tant éditorialement qu'économiquement.

Puisque la question a été posée après la diffusion de la vidéo, sachez que le capital d'Ecran Large est détenu par plusieurs personnes physiques et morales (notamment les 2 agences de communication Warning Up et Culture G) unies par la passion commune des loisirs cultuels, en particulier le cinéma et les jeux vidéo. C'est entre autre grâce à leur soutien que nous sommes encore là aujourd'hui.

 

 

Photo Michael FassbenderRare image de la préparation d'une vidéo Youtube

 

Mais si on veut survivre et être viables, on doit à terme dépendre davantage de nos lecteurs. C'est le point de départ de notre appel au soutien à travers les abonnements. Quand on a lancé ce système il y a un peu plus d'un an, ce n’était pas pour abandonner la gratuité. Nous souhaitons demeurer un média accessible sans contrainte financière. Donc, on a pensé ces abonnements comme une forme de soutien. Si vous n’avez pas envie de vous abonner, vous n’êtes pas pénalisé, puisqu'on produit toujours autant d'articles gratuits. De leur côté, les abonnés à Ecran large ont droit à quelques avantages supplémentaires, par exemple trois dossiers exclusifs par semaine justement financés par les abonnements.

Quelques jours après la vidéo d'appel à soutien, vous êtes environ 300 à être abonnés. Merci à vous. C'est notamment grâce à vous que nous avons pu financer du matériel pour la production des vidéosSeulement voilà, pour tenir on a besoin que vous soyez plus nombreux. Si vous aimez ce qu’on fait, et si vous pouvez vous le permettre, aidez nous. Plus on sera un média qui dépendra de ses lecteurs, plus on pourra se concentrer sur leurs attentes. Car on aimerait vous proposer des sujets plus variés, faire davantage d'investigation, de vidéos, peut-être même enfin recruter un CM pour qu’il censure vos commentaires et vous fasse rager. Alors donnez des sous. S'il vous plaît hein.

Voilà, maintenant que vous êtes très ému et que vous vous dites que vraiment, vous gagnez bien trop de sous pour ne pas nous en donner, vous n'avez plus qu'à vous abonner ici.

Tout savoir sur Max Pécas

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.

Vous aimerez aussi

commentaires

Simon Riaux - Rédaction
18/12/2020 à 13:36

@Cklda

Merci pour votre retour !
Bugs et copier/coller des enfers transmis à l'équipe technique !

Simon Riaux - Rédaction
18/12/2020 à 12:37

@Z

Je crains qu'à ce petit jeu, vous ne ma battiez à plate couture.

Z
18/12/2020 à 12:34

Qu'est ce qu'on peut répondre à quelqu'un qui détient toute les vérités... Mais ne sait pas comment financer son business de bobo;)
Les poules auront des dents quand Simon Riaux concédera un iota de début de semblant de "bon, vous avez raison" sans ajouter de "mais" et sans condescendance...

Cklda
17/12/2020 à 04:27

Bon trouvé, le lien n’y renvoi pas mais les CGV sont en bas de page, après avoir scrolé les 50 articles ;) Alors je sais que les gens normaux ca lit pas en principe les CGV, mais vous les avez copier/coller sur le site du Monde ou alors vous dévoilez en amont votre plan de domination ? Parceque ça dit : « En achetant les produits en ligne, en utilisant les services offerts, le client déclare utiliser les services du Monde en accord avec le droit applicable et les présentes conditions générales ». Des bises.

Cklda
17/12/2020 à 04:02

Vu comme je rince votre site depuis 1 an, vous m’avez décidé. Par contre allant sur l’inscription, j’ai voulu avoir plus d’infos (je cherche notamment à savoir ce que le confort de navigation veut dire - et particulièrement son incidence sur la pub), je n’ai pas trouvé d’autres sources que les CGV, et en cliquant dessus j’ai été ramené à chaque fois sur votre page d’accueil. Alors je sais que l’abonnement est un acte militant et qu’on le fait pour la liberté de votre site (Et aussi éviter à Simon de faire le CM à 3h45 du mat), mais quand même ça serait bien d’avoir des infos ;) (PS: clin d’œil à ceux qui auront vu l’épisode de South Park sur les CGV...)

la fouine
16/12/2020 à 20:19

ok!
Merci pour cette précision.

Simon Riaux - Rédaction
16/12/2020 à 18:34

@la fouine

Ah non.

Il s'appelle Jonathan et ses parents s'appelaient Dumont.
Mais ce n'est pas le même Jonathan et ce n'étaient pas les mêmes Dumont.

la fouine
16/12/2020 à 18:31

J'ai fait un petit tour dans vos mentions légales, par simple curiosité professionnelle.
Ha...mais le directeur de publication( aux 11 mandats!) de votre éditeur, Culture Media, c'est Jonathan Dumont!
Le "terrible et controversé" Jonathan Dumont d'Ubisoft?
Et ben...

Simon Riaux - Rédaction
16/12/2020 à 17:42

@Z

"On nous explique en toute décontraction que 98% des revenus viennent de partenariat avec des films"
>>>>>>>>>>> Non, comme dit clairement : l'écrasante majorité vient du "display" (les encarts pubs situés sur les pages du site. Aucun rapport donc.

"en descendant les films mainstream"
>>>>>>>>>>>>>>> On parle essentiellement de films mainstream, dont les critiques sont essentiellement positives, et c'est spécifiquement le cinéma qui nous intéresse.

"Mais ne venez pas faire la quette auprès de gens qui ont plus souffert que vous de l'année 2020"
>>>>>>>>>>>>>>> Il ne nous viendrait pas à l'idée de déterminer qui a plus ou moins souffert en cette année, terrible pour pas mal de monde. Si vous voulez vous risquer à ce genre de démarche, bon courage.

Drachiam
16/12/2020 à 13:38

Bonjour, comptez-vous faire une critique de The luminaries, la série sortie récemment avec Eva Green ?

Plus

votre commentaire