Tout James Bond : avec Opération Tonnerre, 007 harponne à tout va

Simon Riaux | 26 novembre 2020
Simon Riaux | 26 novembre 2020

Quelques mois nous séparent encore de Mourir peut attendre, et alors que la dernière aventure de James Bond dans laquelle officiera Daniel Craig attend sagement de pouvoir être exploitée en salles à l'international, Ecran Large ré-explore l'intégralité de la saga consacrée aux aventures de l'agent 007.

Après trois films et trois succès planétaires, le phénomène s’ancre dans la culture populaire. James Bond déferle dans le monde entier et son duo de producteur compte bien ne pas en rester là. Après le triomphe de Goldfinger, messieurs Broccoli et Saltzman voient toujours plus haut, toujours plus grand. Le fruit de leurs ambitions sera Opération Tonnerre, un épisode resté à part dans la saga, et notamment pour les graines de chaos qu’il va y semer. 

 

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DE QUOI ÇA PARLE ? 

Le SPECTRE voit les choses en grand, et décide de dérober deux bombes atomiques, qu’il restituera au monde libre si on lui verse une rançon de 100 millions de dollarsPendant ce temps, James est en cure de repos dans une clinique privée. Bien malgré lui, il découvre qu’un pilote de l’OTAN y a été tué et fait la bête à deux dos avec la kiné. 

La piste de l’assassinat mène 007 aux Bahamas, ce qui a tout d’une aubaine pour un agent secret qui aime sa pilule bien dorée. Sous le soleil, il retrouve le méchant Largo et de sa maîtresse Domino, qui paraît ne pas en vouloir à ses parents pour cet embarrassant prénom. Quelques coups de harpon plus tard, James Bond triomphe d’une armada d’hommes-grenouilles et s’assure qu’aucune région du globe n’échappe à ses gamètes. 

 

photo, Sean Connery, Claudine Auger"Oh chouette, un ballon-Fulton !"

 

POURQUOI C’EST BIEN 

C’est le quatrième épisode de la saga et le quatrième réalisé par Terence Young, qui aura travaillé sur un rythme plus que soutenu pour aboutir à rien de moins qu’une révolution en matière de divertissement. Allié à Sean Connery et au duo Broccoli/Saltzman, la fine équipe réunit une somme de talents tout bonnement unique dans le paysage cinématographique de l’époque, où chaque participant peut donner le meilleur de lui-même. 

C’est particulièrement frappant lors des séquences sous-marines, parmi les plus inventives et audacieuses de toute la saga. Véritable prouesse technologique en 1965, elles combinent quantité de techniques (miniatures, nuit américaine, décor en dur, tournage aquatique) pour un résultat simultanément créatif, immersif et classieux. Ajoutons à cela qu’enchaîner presque 10 minutes silencieuses et pourtant extrêmement intenses n’est pas donné à tout le monde. On sent que Young est au sommet de sa forme et use de tous les moyens dont il dispose pour nous offrir un divertissement de haute volée. 

Et il n’est pas le seul à donner la pleine mesure de ses capacités. À ses côtés, le génial décorateur Ken Adams pousse son style immédiatement reconnaissable et composite dans ses plus éclatants retranchements, comme si la grande quantité de décors naturels que contient le film lui lançait un nouveau défi. Et il faut dire que le mélange d’action, de gadgets et de séquences aquatiques le contraignent à repenser souvent ses décors, différents de ce qu’il proposait dans Bons baisers de Russie ou Goldfinger. Le résultat est lumineux, dépaysant et terriblement séduisant. 

 

photo, Sean ConneryUne des meilleures scènes de casino de la saga

 

Comme à son habitude et en dépit de tensions liées à son salaire, qu’il estime insuffisant, Sean Connery brille. Son Bond évolue ici, logiquement du fait du récit, plus ramassé et pensé comme une situation de crise, que seul 007 peut démêler. Dès lors, s’il ne perd évidemment ni son charme ni sa roublardise, le personnage se fait souvent plus direct, brutal. Une équation qui réussit au comédien, particulièrement à l’aise avec les nuances de son personnage, volontiers enjôleur, mais assassin pour le compte de la couronne plus volontiers encore. 

Enfin, le film accueille un des personnages féminins parmi les plus forts de la saga : Fiona Vulpe (Luciana Paluzzi). Méchante, compétente en diable, dotée d’une personnalité forte, extrêmement dangereuse et d’un magnétisme rare, elle compte parmi les antagonistes les plus redoutables de 007, une des rares à l’avoir authentiquement mis en danger. Chacune de ses apparitions est mémorable, à l’exception peut-être de sa mort, expéditive et foireuse en diable, qui rappelle alors que si la franchise était capable d’offrir des personnages féminins dignes de ce nom, elle ne savait pas toujours quoi en faire. 

Signe de l’accomplissement et du statut de cet épisode, c’est probablement un de ceux dont les coups d’éclat seront les plus repris, cités, voire caricaturés. La piscine aux requins, les gadgets, le cache-œil de Largo, le jet-pack... tout Bond est là. 

 

photo, Luciana Paluzzi, Sean ConneryUne adversaire à la hauteur de Bond

 

POURQUOI C’EST PAS SI BIEN 

Pour éclatant que soit Opération Tonnerre, il ne peut tout à fait se soustraire au poids des années. Plusieurs innovations techniques ou trouvailles technologiques, révolutionnaires en 1965, ont subi les outrages du temps. Indiscutablement, les séquences sous-marines constituent de véritables exploits, et contiennent encore quantité de plans plastiquement remarquables. 

Mais, pour le spectateur contemporain, le gouffre paraîtra parfois difficilement franchissable, notamment lors de la bataille rangée, dont la rigidité est désormais criante et limite grandement les ambitions chorégraphiques. Le film est resté dans les annales pour son montage de l’action, d’un dynamisme extrême, au tempo et à la précision admirable. Mais ce type de procédés dynamiques, alors relativement balbutiants, valent désormais plus dans une perspective historique que comme source de satisfaction spectaculaire. 

 

photo, Opération Tonnerre Adolfo Celi, un des méchants les plus inoubliables

 

Un constat évident lors du climax, alors que James s’en prend enfin à Largo et à ses hommes, à bord de son yacht démontable de compétition. Le défilement accéléré de l’image, utilisé autant pour simuler la vitesse de l’embarcation que la vigueur de la baston, joue finalement contre le film, dont les protagonistes s’agitent soudain à la manière de pantins désarticulés. 

De même, si juger une œuvre indépendamment de son contexte de production est parfois risqué, ou absurde, le sexisme de Bond, dans les séquences de la clinique, apparaît plus odieux que suranné. Non seulement ces scènes téléphonées manquent cruellement de tension ou de dynamisme, mais l’agressivité sexuelle du personnage à l’égard de sa kinésithérapeute rend l’identification particulièrement désagréable. 

 

photo, Sean ConneryQuand James tourne à l'eau

 

BOX-OFFICE 

Opération Tonnerre est un tsunami, auquel rien ne résiste. Avec 141,2 millions de dollars récupérés dans le monde, le film s’impose comme un mastodonte, en ramenant au taux actuel du dollar, on arrive à la somme faramineuse de 1,167 milliard de dollars. Un score gigantesque, mais il ne suffit pas de le comparer aux actuels blockbusters type Avengers pour bien saisir l’étendue de cette réussite. Pour un budget de 5,6 millions de dollars (soit 46 millions de 2020), c’est ce qu’on appelle un carton plein. 

Tout d’abord, entre la distribution, mais aussi l’export des longs-métrages suivant alors une logique industrielle bien différente de celle que nous connaissons actuellement, l’exploitation des films s’étalait bien plus dans le temps. Si bien que dans certains territoires, Goldfinger et Opération Tonnerre se retrouveront exploités simultanément, ce qui aura fatalement coûté quelques entrées au second. Une situation qui ne l’empêchera pas de dépasser les chapitres précédents (en France, 12 millions de spectateurs se répartiront entre les deux films !). 

Enfin, succès international n’a pas la même signification en 2020 qu’en 1965, où les productions occidentales n’étaient exploitées qu’à l’Est, et ne pouvaient ambitionner atteindre les territoires au-delà du Mur de Berlin, l’URSS ou la Chine 

 

photo, Sean Connery, Claudine Auger"On va pouvoir s'en payer des week-ends au Cap D'Agde !"

 

UNE SCÈNE CULTE 

L’ouverture de ce quatrième film est une des plus emblématiques de toute la franchise, et confine à la perfection. Nous retrouvons 007, alors qu’il assiste en secret aux obsèques d’un lieutenant du SPECTRE. Après la cérémonie, il suit la veuve du lieutenant jusque dans son château, pour découvrir qu’il s’agit en fait de l’intéressé, grimé en femme. S’ensuit un combat à mort, à l’issue duquel James quitte les lieux en jet-pack. 

 

photo, Opération Tonnerre"Prends ça Iron Man"

 

S’il est aujourd’hui devenu courant de pointer du doigt le sexisme bien réel de la saga, on oublie trop souvent de rappeler qu’elle a su rire d’elle-même, penser contre son logiciel, voire livrer de singulières promenades en absurdie. Cette séquence au cours de laquelle James découvre qu’il a été mystifié par son adversaire en est un exemple jubilatoire, où l’on joue des idées de genre et de leurs représentations avec malice. 

Le combat qui suit est le plus maîtrisé du film. Brutal, au montage d’une précision et d’une sophistication sans équivalent à l’époque, il réussit (en usant souvent des mêmes artefacts) là où le climax se cassera les dents. Et pour mesurer la puissance iconique de sa conclusion, véritable foire aux gadgets, il suffit de prendre un peu de recul et de réaliser que quelques secondes auront suffi à imposer le fantasme du jet-pack dans la pop culture mondiale. 

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commentaires

Condor
28/11/2020 à 04:56

J'ai aimé tous les james bond mais un peu moins ceux interprétés par Timothy Dalton. J'ajoute qu'à l'époque je portais une attention particulière aux affiches de films et celles de 007 donnaient le goût de voir le film même si on a pas vu la bande annonce ( pas d'Internet )

Br
27/11/2020 à 19:17

Avec goldfinger un des meilleurs bond

Brancaléone
27/11/2020 à 11:23

N'oublions pas qu'en matière de combat sous-marin, il y eut celui de l'oeil du monocle (1962) de Georges Lautner. Un précédent qui n'a pas à rougir de celui d'Opération Tonnerre....

Grift
26/11/2020 à 19:38

Operation Tonnerre est aussi pour moi un de mes préférés.
Mais, et c'est peut être parce que je l'ai vu gamin au ciné avec mon papa, "Jamais plus jamais" reste aussi un film que j'aime beaucoup. Je ne comprends pas pourquoi il est si souvent pointé du doigt.

zetagundam
26/11/2020 à 19:07

épisode extrêmement divertissant, en tout cas plus que son remake "Jamais plus Jamais", et qui a en plus le mérite de mettre un peu la France sur le devant de la scène cinématographique avec sa scène pré-générique se déroulant au chateau d'Anet et surtout la sublime Claudine Auger

Mx
26/11/2020 à 18:37

j'ai toujours eu une petite tendresse pour jamais plus jamais, justement parce qu'il s'agit du remake d'operation tonnerre, et parce que klaus maria brauder, kim basinger, et surtout, FATIMA BLUS, inoubliable, et ct bien avant une certaine xenia onatopp...

George Abitbol
26/11/2020 à 15:57

D'un point de vue très personnel, Opération Tonnerre est le meilleur James Bond de l'ère Connery ! Le film dégage un charme très vénéneux, les décors sont sublimes et le scénario est l'un des plus intéressants de toute la franchise (au point d'avoir été remaké d'une piteuse façon dans Jamais plus Jamais). La très grande partie de l'intrigue sous l'eau n'a rien perdu de sa superbe tant les prises de vue sont sublimes.

Kravenx
26/11/2020 à 13:37

une arme parfaite pour une femme.
Vous y connaissez en armes mister Bond?
Non mais je m y connais en femmes.!!!

Kravenx
26/11/2020 à 13:34

Et la musique!!
Fabuleuse.

Mx
26/11/2020 à 13:33

L'un des meilleurs bond, à n'en point douter avec on ne vit que deux fois, et au service secret de sa majesté!!

bataille sous-marine inoubliable, méchant charismatique en diable, méchante idem, ouverture excellente ET claudine auger!!!

et sans oublier les requins, bien sûr!!

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