Christopher Nolan : 5 scènes géniales, qui démontrent la folie de son cinéma hollywoodien

La Rédaction | 16 août 2020
La Rédaction | 16 août 2020

Tenet arrive le 26 août au cinéma et présage des scènes absolument folles... comme souvent chez Christopher Nolan.

On n'a jamais été aussi proche de la sortie de Tenet sans doute le long-métrage le plus attendu de la carrière de Christopher Nolan, mais plus globalement, le film le plus attendu au cinéma après cette longue période de confinement et de salles désertées par les spectateurs. Largement décrit par le cinéaste lui-même comme son film le plus ambitieux et surtout le "plus gros film d'action de sa carrière". Il devrait donc jouir de nombreuses scènes toutes plus dingues les unes que les autres.

Ça nous a donc donné envie à Ecran Large, de revenir sur les scènes les plus folles de sa filmographie. Attention, petite précision qui a son importance cela dit, ce qui nous intéresse ici se tient dans la folie des coulisses de certaines scènes des films de Nolan et non les scènes en elles-mêmes (bien qu'elle soient spectaculaires).

Avant l'explosion plus vraie que nature d'un véritable Boeing 747 dans Tenet, on revient donc sur cinq scènes aux coulisses totalement dingues.

 

photoUne explosion dont on veut connaître tous les secrets

 

INTERSTELLAR - LE TESSERACT

Christopher Nolan en est fier : pas de fonds verts dans Interstellar. Le cinéaste admet volontiers qu'il trouve ça ennuyeux et déprimant à filmer. Il a donc préféré mettre en place des sortes de simulations, avec des décors construits entièrement ou en partie, et des écrans pour diffuser les images de l'espace derrière les hublots. Pas besoin de créer la magie en post-prod et laisser les comédiens l'imaginer dans le vide : tout était là, sous leurs yeux.

Ainsi, l'illusion est presque totale. La caméra pouvait librement filmer les acteurs, qui étaient entourés d'un semblant de réalité, avec du concret tout autour d'eux. Par ailleurs, les vaisseaux ont été construits en maquettes de taille imposante, puisque l'Endurance faisait dans les 7 mètres, et le Ranger et le Lander, dans les 15 mètres. Quand le vaisseau se pose sur la planète océan, c'est vraiment un vaisseau, tenu par une grue, avec une porte praticable. Quand il glisse sur la vague monumentale, il a vraiment été filmé en studio avec de l'eau, et assemblé en post-prod avec le décor. Même les robots étaient maniés par des techniciens ou accompagnés d'un véhicule, avec l'acteur Bill Irwin.

Cette idée préside tout chez Nolan et son équipe, notamment Nathan Crowley, chef décorateur d'Insomnia, la trilogie The Dark Knight ou encore Le Prestige. A Wired, il disait :

"Les gens ont oublié les autres manières de faire les effets visuels. C'est peut-être efficace de décorer une scène avec des formes numériques ou étirer les bords en CGI. Mais si vous construisez à partir de vrais matériaux et étirez à partir d'un vrai paysage, l'image a un poids qui serait sinon absent."

 

photo effetsUn jour normal sur un tournage de Nolan

 

L'idée de créer et imaginer l'intérieur d'un trou noir se prêtait néanmoins aux effets visuels, plus que toute autre chose dans Interstellar. Et même là, Christopher Nolan et son équipe ont cherché une alternative. Paul Franklin, le superviseur des effets visuels, décrit le tesseract comme "l'ombre en trois dimensions, d'un hypercube en quatre dimensions, qui a été déplié". Cette partie du film a été le premier sujet de discussion entre le cinéaste et Nathan Crowley, et ça a été la dernière chose qu'ils ont réglée, après des mois de discussions, réflexions et tentatives (notamment une pièce couverte de miroirs spéciaux pour refléter le décor à l'infini).

Au final, l'équipe a construit un impressionnant et vertigineux décor, haut de trois étages, avec plusieurs versions de la même pièce, et des meubles aux dimensions irréelles pour figurer le temps et l'espace étirés. Un lit perché dans les airs sur des pieds immenses, des arrière-plans avec d'interminables lignes pour étirer les formes et couleurs, Matthew McConaughey accroché dans les airs en cosmonaute et Mackenzie Foy de l'autre côté d'une paroi dans une chambre : voilà en gros la réalité de ces scènes, dès le tournage.

 

photo effets spéciaux tesseractLa magie du réel, en direct

 

Bien sûr, une couche de magie numérique est passée sur tout ça après, et le vertige de cet endroit incroyable où plonge Cooper a été créé en CGI. Mais ces décors cubiques au milieu desquels flotte le héros, ces effets d'espace étirés et déformés, sont en grande partie réels. Même les effets de lumières et mouvements viennent de projecteurs, installés pendant les prises de vue pour donner vie aux décors.

Le tesseract n'est pas une création intangible de post-production, mais une réalité de bois et de lumière. Que Christopher Nolan ait eu cette ambition, avec son équipe artistique et technique, pour figurer l'autre côté d'un trou noir (soit l'une des choses les plus abstraites et inimaginables au monde), est certainement la plus belle preuve de sa conception de la magie du cinéma. En résulte une scène visuellement sensationnelle, tour à tour merveilleuse et inquiétante, mais encore plus étourdissante si on a en tête la réalité concrète du tournage.

 

photo, Matthew McConaugheyLes cordes sensibles de Christopher Nolan

 

INCEPTION - SCÈNE DE LA FORTERESSE

Avant de se lancer dans Interstellar et au milieu de sa trilogie Batman, Christopher Nolan s'est occupé de Inception. Un projet de longue date pour le Britannique puisqu'il avait déjà élaboré un plan du film dès 2000 et l'avait présenté à la Warner l'année suivante. Le studio avait refusé de le produire, sentant qu'il manquait d'expérience (à l'époque Nolan n'a fait que Following et Memento) et avait préféré le mettre aux commandes Batman Begins, soit le début de la renommée pour le réalisateur. On ne va pas se mentir, le refus de Warner Bros. a sans doute été une bénédiction pour Nolan et le film en lui-même.

En effet, avec son pitch de départ, Christopher Nolan avait besoin d'un gros budget pour fabriquer correctement son film comme il l'a largement expliqué dans une interview avec le New York Times en juin 2010, quelques semaines avant sa sortie en salles : "Dès que l'on parle des rêves, le potentiel de l'esprit humain est infini. Et donc l'échelle du film doit paraître illimitée. On doit avoir le sentiment que ça pouvait aller partout et nulle part à la fin du film. Et ça doit fonctionner à une énorme échelle."

Sans expérience et sans garantie de son talent, la Warner ne lui aurait jamais offert une telle somme (160 millions) et jamais Inception ne serait devenu ce qu'il est aujourd'hui.

 

Photo Leonardo DiCaprioNolan prêt à shooter quiconque utilise un fond vert

 

Ainsi, Inception, sans doute bien plus que la majeure partie des films de Nolan, jouit de scènes toutes plus grandioses les unes que les autres. Ce qui nous intéresse ici cependant, c'est la capacité de Christopher Nolan à créer l'illusion avec des décors réels, des reproductions grandeur nature ou des maquettes. Ou plutôt le soin minutieux qu'il apporte à chacune de ses scènes afin d'éviter au maximum l'usage des fonds verts et CGI qu'il exècre tant (c'est tout l'objet du sous-texte de Le Prestige). La séquence qui va nous intéresser ici est celle se déroulant au troisième niveau de rêve : celle de la forteresse.

Située dans le dernier tiers du film SF porté par Leonardo DiCaprio, cette séquence contient peut-être ce que Nolan a fait de plus fou pour un de ses films. Dans un souci de réalisme, comme on le disait plus haut, le Britannique se refuse un maximum de fonds verts (pour preuve, Inception contient 500 plans à effets visuels quand un film comme Skyfall en contient 1300) et avec la séquence enneigée, il est allé extrêmement loin dans sa recherche d'authenticité comme l'a expliqué le co-producteur Jordan Goldberg :

"Nous avons essayé de faire autant de choses que possible sur place, ce qui est très difficile lorsque vous êtes à Calgary, où il va faire un froid glacial et il y aura des températures extrêmes et des conditions météorologiques extrêmes."

 

photoLa forteresse finale dans le film

 

Tout d'abord, Christopher Nolan voulait absolument un paysage naturel pour tourner la séquence et c'est ainsi qu'avec l'aide de son chef opérateur Wally Pfister, il a choisi la station de ski Fortress Mountain à Calgary, Canada. Sur place, l'équipe technique y a construit la forteresse en grandeur nature, soit près de trois mois de travail d’août à novembre. Assemblée au sommet de la montagne, les matériaux étaient donc montés grâce au télésiège de la station. Cependant, Nolan voulait absolument tourner la séquence avec de la vraie neige.

Après plusieurs semaines d'attente sans neige, le mois de novembre n'étant pas propice à des tombées, l'équipe et Nolan s'étaient résignés à mettre de la neige artificielle pour tourner la séquence (le temps pressant). Par chance, la semaine avant le tournage, une tempête s'est déclarée recouvrant l'intégralité du plateau et refroidissant à l'extrême le climat sur place (selon l'équipe et les habitants du coin, il s'agissait d'une des plus grosses tempêtes de la décennie à Calgary).

Des conditions dures, mais parfaites pour Christopher Nolan qui a ainsi pu mettre à profit son décor grandeur nature et filmer sans artifice l'ensemble de la séquence sur place. Avec la neige abondante, Nolan a alors décidé d'aller encore plus loin : souhaitant que la scène se termine sur une avalanche (pour provoquer la "décharge"), il a donc recruté des artificiers déclencheurs d'avalanche pour en avoir une vraie dans son long-métrage.

C'est là toute la folie de Nolan concentrée dans une seule séquence. Alors même que l'avalanche aurait été créée en post-production à coups d'effets spéciaux par de nombreux réalisateurs, le Britannique s'est forcé à en faire une réelle pour donner un gage de réalité à son long-métrage (lui-même parlant de rêve et de reconstitution de la réalité pour tromper).

 

 

Enfin, vient la partie finale de la séquence en question avec l'explosion de la forteresse. À l'image de tout le reste, Christopher Nolan n'a évidemment pas souhaité la concevoir numériquement. Sachant que le décor sera déconstruit, il décide donc de le faire exploser en réel. Malheureusement, la tour ne tombe pas du bon côté. Le superviseur des effets spéciaux, Chris Corbould, l'expliquait au New York Post en 2010 :

"Presque tout le monde est parti de la montagne. Des avertissements sont lancés pour regarder le ciel, pour la chute des débris. Les caméras tournent et un boom surpuissant gronde dans la vallée, le feu et la fumée grandissent de manière impressionnante dans l'air depuis la base de la tour, mais quelque chose ne va pas. Seules les charges avant ont été déclenchées et la tour bascule donc... en arrière. [...]

Cela ne s'est pas déroulé comme prévu. Mais nous décidons de garder le plan. Nous avons eu une première explosion très spectaculaire et nous avions toujours planifié un tournage en miniature, car le décor ne représentait qu'environ un dixième du complexe réel du film. Alors nous avons fait une explosion miniature... mais exactement la même chose s'est produite, la tour est tombée dans le mauvais sens. Alors nous l'avons fait à nouveau !"

Et cette fois-ci, c'était la bonne pour Nolan et son équipe. Le dispositif de la miniature est incroyable puisqu’elle est à l'échelle 1/6, est placée en hauteur et donc située à 12 mètres du sol. Une hauteur obligeant l'équipe à user d'une grue de chantier de 108 pour filmer l'explosion de haut et placer la technocrane à 21 mètres du sol. Si des retouches numériques ont évident été ajoutées en post-production pour compléter l'explosion, elle a donc été en majeure partie réalisée en vrai (et donc trois fois) pour venir clôturer sans doute une des séquences les plus affinées de Nolan, dont le souci du détail s'y révèle illimité et extrêmement précieux.

 

 

INCEPTION – LE PARIS-PLIANT

Au cours d’une des scènes les plus mémorables d’Inception, Christopher Nolan parvenait à plier les rues parisiennes en deux. Alors que Dom Cobb explique le fonctionnement du rêve partagé à la jeune Ariane, la jeune femme parvient à prendre le contrôle en alignant les immeubles haussmanniens de manière parfaitement symétrique dans une série de plans absolument abasourdissants. C’est la scène du Paris-pliant et évidemment celle-ci pouvait difficilement être assemblée par le biais de maquettes dans lesquelles les deux acteurs peuvent librement évoluer. Le recours aux effets spéciaux numériques s’est donc imposé.

 

photoQuand Nolan joue aux Origami

 

Lors d’un entretien avec le magazine américain Wired, le responsable des effets spéciaux – Paul Franklin, encore et toujours – souligne la difficulté dans l’équilibre entre le goût de Nolan pour les effets visuels réels et le recours à la technologie. Pour lui, "c’était un vrai défi pour l’équipe des effets spéciaux. Il fallait rester fidèle à la ‘réalité’ qui était tournée sur le plateau et utilisé des effets qui courbent subtilement les éléments comme la physique, l’espace et le temps."

Cette affirmation est vraie pour tous les effets spéciaux numériques, justement supposés aller au-delà des limites imposées par la physique, mais ça l’est encore plus pour la scène du décor pliant. Le défi posé à l’équipe numérique était d’imaginer, au-delà du script, comment les éléments allaient réagir à ce pliage. Comment évolue la lumière et comment fonctionnent les jeux d’ombre ? Quel effet le pliage a-t-il sur la pliure ? Comment réagissent les passants ? Pour répondre à ces problématiques, Franklin et son équipe ont longtemps brainstormé avec l’avantage de planifier l’agencement d’un rêve – par définition, un endroit où tout est possible, y compris des choses irréalistes.

Franklin décrit ce processus comme un processus très "collaboratif" dans lequel ses artistes ont longtemps cherché à interpréter chaque ligne du scénario, avant de proposer des "schémas concepts", puis les premières "animations numériques brouillonnes, les prévisualisations". Pour essayer de mêler au maximum la réalité et les effets visuels, Christopher Nolan était derrière un écran d’ordinateur sur lequel étaient projetés à la fois le décor et ses acteurs. Il pouvait ensuite les guider le plus précisément possible dans ce décor de carton-pâte numérique.

 

photo, Joseph Gordon-LevittDes décors qui donnent le tournis

 

Mais bien sûr, tous ces effets n’ont pas été créés à partir de rien. Un article de MTV New datant de juillet 2010 révèle que Franklin et son équipe ont passé du temps à photographier et filmer les rues parisiennes pour étudier avec précision ce qui allait "être la base de l’aspect photographique réaliste de l’effet de pliage". Par ailleurs, les plans dans le café et les explosions au ralenti, qui précèdent le pliage de rue de quelques minutes à peine, ont été tournés en réel, afin de brouiller la frontière entre les effets visuels réels et numériques. Ils ont ainsi eu recours à des caméras très sophistiquées, capables de capter 1500 images par seconde (plus de 60 fois plus qu’une caméra standard qui ne capte que 24 images par seconde). Il était ensuite aisé de ralentir chaque plan sans compromettre sa qualité.

Pour que la transition entre ces plans soit la plus douce possible, le chef-opérateur Wally Pfister a opté pour "un style de photographie très naturaliste, de l’éclairage au mouvement de la caméra, pour que tout ait l’air très ancré". Tout le réalisme de la séquence tient là-dedans : un délicat jeu d’équilibriste entre effets spéciaux numériques et des plans captés en réel.

Décrire Nolan comme d’un réalisateur technophobe serait donc une exagération (après tout, il est également un grand défenseur du format IMAX). Funambule serait plus approprié : il a régulièrement recours à la fameuse CGI quand son équipe ne peut soumettre les lois de la physique à ses excentricités.

 

photo, Ellen Page, Leonardo DiCaprioFaire sauter Paris ne lui suffisait pas, il fallait faire sauter Paris

 

THE DARK KNIGHT - LA POURSUITE DANS GOTHAM

Sur Batman Begins, le réalisateur avait déjà poussé très loin le réalisme de la physique de la Batmobile. Le véhicule était lancé, construit tel quel, à pleine vitesse dans des rues réelles ou recrées en studio, suivi par un gros camion équipé d'une grue. Lors du tournage d'un des plans finaux les plus impressionnants du film où le Chevalier Noir saute à travers une cascade pour revenir dans son antre, la voiture-tank a réellement sauté d'un tremplin sur le premier plan, et s'est fait catapulter à travers la chute d'eau dans le deuxième plan.

Avec 30 millions de dollars de plus au budget de la suite, il fallait passer un nouveau stade dans l'organisation de poursuites spectaculaires. Celle qui partage le film en deux, montrant le Joker s'attaquer au faux Batman alors que le vrai Batman tente de l'intercepter, explose au bat-bazooka les attentes du public. La poursuite est découpée en deux parties : des échos-fourrés dans un tunnel puis un bouquet final au milieu des rues de Gotham.

 

PhotoBatman et les tunnels : une longue histoire d'amour

 

La première partie se déroule donc dans un long tunnel, terrain de jeu préféré du cinéaste, et on comprend pourquoi. Quoi que nos yeux nous disent pendant le visionnage de la scène, une partie des plans spectaculaires ont été réalisés sur une maquette. C'est désormais bien connu : Nolan a tendance à s'interroger sur la faisabilité en direct et en dur de ses effets avant de les filmer. Il s'est donc inquiété de la possibilité d'écraser un camion poubelle contre un plafond en béton.

Chris Corbould, superviseur des effets visuels, est catégorique : c'est impossible. Refusant toujours de céder au numérique, le metteur en scène s'arrange donc avec ses collaborateurs pour engager une société experte dans la production de miniature : New Deal Studios. Après WatchmenLa Guerre des mondesShutter IslandAvengers et autres Blade Runner, le studio réalise donc un pan entier de tunnel miniature, dans lequel il balance une batmobile à l'échelle 1/3.

En dessous du tunnel : un système de rails qui leur permet de manipuler à leur guise les caméras mobiles et la batmobile à une vitesse bien précise. L'effet est moins impressionnant dans son exécution que dans son intégration au reste de la poursuite. Bien ménagé par des inserts tournés à part, il se fond dans l'action pour un résultat très impressionnant. Convaincu, le réalisateur collaborera avec New Deal sur ses essais suivants, plus précisément pour le vaisseau Endurance d'Interstellar ou l'avion de l'introduction de The Dark Knight Rises.

 

 

Mais ce n'est même pas la cascade la plus dingue de la séquence. Car dès lors que Batman et son ennemi juré sortent du fameux tunnel, ils s'explosent l'un l'autre. Deux instants ont en général marqué les spectateurs : le batpod, sorte de moto directement issue de la carcasse de l'engin principal, et le retournement littéral du camion dans lequel se trouve le Joker. Là encore, c'est difficile à croire, mais les deux éléments ont été envisagés en dur. Le batpod existe, et il est piloté par des cascadeurs n'ayant pas froid aux yeux.

Quant à la destruction du camion, c'est probablement l'un des effets les plus ambitieux du Hollywood des années 2000, et on comprend pourquoi. Il faut quand même avoir une certaine confiance pour proposer de retourner complètement un camion américain à 8 roues, et une bonne assurance vie pour monter au volant de l'engin. L'heureux élu est Jim Wilkey, un vieux briscard ayant débuté sur Independence Day (le métier doit vite rentrer), puis sur Aux frontières de l'aubeRoboCop 2Une journée en enferVolte/Face ou encore 2 Fast 2 Furious. Un sacré CV donc, et des corones en acier trempé pour une cascade qui ne s'encombre cette fois pas de miniatures.

 

photoBig Rigs, le film

 

Malgré les avertissements et propositions alternatives de Corbould, le cinéaste persiste dans son idée. Après un test concluant, ils se décident à  renverser le camion en pleine zone urbaine, aidés par un piston (un bout de métal appuyant sur le véhicule pour le forcer à se retourner) d'une taille peu commune. Dans la cabine de pilotage, une impressionnante forêt d'alliages destinés à protéger le conducteur. Le directeur de la photographie Wally Pfister précise dans le making-of que les 2 plans ne comportent qu'un effet numérique : celui qui efface l'énorme piston catapultant le camion.

7 angles de vue en Imax capturent la performance, qui rentre directement dans les annales américaines de la maltraitance de tôle froissée.

 

 

DUNKERQUE - A LA GUERRE COMME A LA GUERRE

Christopher Nolan est connu pour capturer la quasi-totalité de ce qui compose son film directement sur le plateau, en n’ayant recours le moins possible aux effets numériques, aux fonds verts et autres ajouts rendus possibles par les CGI. Cette spécificité, au fil des années et des performances du metteur en scène est progressivement devenue une assertion banale... qui prend ici un sens tout particulier avec Dunkerque. 

Film historique et de guerre essentiellement tourné en extérieur, il a exigé de ses équipes de relever des défis particulièrement inhabituels pour un tournage, voire totalement antinomique de ses usages. Traditionnellement, les éléments de décors et les accessoires ne sont pas pensés pour durer, ni même être particulièrement solides. Tenus d’être légers pour faciliter leur installation, manipulation, transport et éventuelles modifications, ils composent une forme d’illusion dont le spectateur a rarement conscience. 

 

Photo Kenneth BranaghUn décor plus réel que bien d'autres

 

Logiquement pensée pour faciliter le travail d’éclairage et les mouvements de caméra, leur fausseté est en temps normal indispensable au bon déroulement d’un film. Sur le tournage de Dunkerque, impossible de se risquer à bâtir des structures trop fragiles ou périssables. Le meilleur exemple est sans doute l’immense jetée, modifiée et prolongée à l’occasion du film. Si elle existe véritablement, il a fallu la modifier pour quelle corresponde à son agencement de l’époque.  

Jusque là, rien de bien fou, sauf que pour assurer que la construction tienne des semaines de tournage durant, avec des centaines de figurants et du matériel très imposant (les caméras Imax nécessitant toute une chaîne de production particulièrement encombrante), repenser les méthodes habituelles s’est avéré indispensable.  Non seulement les équipes de construction ont dû créer de véritables pilotis, capables de supporter la force de la marée, connue pour être particulièrement forte à Dunkerque. Mais, en dépit d’efforts architecturaux notables, cette jetée améliorée a particulièrement souffert de violentes tempêtes survenues durant les deux premières semaines de tournage, contraignant l’équipe à une discipline ahurissante, proche de la légendaire Berezina. 

Ainsi pendant qu’acteurs, réalisateur, techniciens et figurants filmaient sur un tronçon utilisable, l’équipe de construction rebâtissait les zones endommagées, tentant de tenir le rythme et de progresser sans entraver la captation du film ou prendre des risques inconsidérés. Un processus harassant, qui n’est peut-être pas pour rien dans la tension phénoménale qui exsude des scènes utilisant le décor de la jetée. 

 

 

commentaires

Plop
18/08/2020 à 18:10

"des échos-fourrés"
ahahahahahahah

corle
17/08/2020 à 14:03

je me souviens d'un jour ou j'ai regarder le makingof de end of days avec arnol de peter hyams ou l'un des techncien e neffet spceicaux disat que " les gens pensent toujours que l'on détruit des immeubles explose des voitures, etc alors que ce sont des maquettent miniatures et qu'on y voit que du feu". moi meme etantp lus jeune à laube de l'an 2000 je me faisait avoir par les effet speciaux car naife et ne savait pas vraiment comment fonctionnait les FX je fut decu dapprend que se sont des maquettes qu'on envoyat dans le décort... et apres visionage du train qui déraille a la fin de end of days j'était un peu decu car focement suite à ce making of j'avais l'oeil un peu plus aiguiser ce qui feasait baisser consideralement la magie du spectacle au cinéma Nolan lui les fait exploser pour de vrai ! bâtiment voiture avion et sa c top

Kyle Reese
17/08/2020 à 00:53

@Kouak

Bien d'accord avec toi pour The Thing.
Pas un film dans le genre n'arrive à sa cheville, mon tout premier film d'horreur.

Je crois que Nolan a un vrai coté artisan. Dans un des clips sur la construction de la batmobile on apprend que lui et son frère s'amusaient enfants à fabriquer de manières assez poussé des petites voitures avec divers matériaux.

CGI killed the FX stars... Yeap bien vu.
Le numérique au sens large a révolutionné tellement de chose, et c'est loin d'être fini.

Kouak
16/08/2020 à 22:05

Bonsoir,
C'est tout à son honneur...
Et peut-être une sorte d'hommage à tous ces spécialistes des FX "manuels", souvent effectués avec 3 francs six sous et les moyens du bord ou encore de vieilles recettes d'illusions d'optiques...
Moi perso l'exemple le plus flagrant de FX qui me subjuguent encore aujourd'hui et qui subjuguent mon jeune entourage ayant connu depuis leur naissance que du CGI, c'est le travail incommensurable de Rob Bottin sur "the thing" de Carpenter...
C'est simple, ça n'a pas pris une ride !
D'ailleurs la transition est dure pour certains...
Un peu comme à l'époque du passage du cinéma muet au parlant...
Rob je ne sais ce qu'il est devenu d'ailleurs...
La créativité assistée par informatique n'aura pas fait que des heureux...
CGI killed the FX stars...
Bref...

Kyle Reese
16/08/2020 à 17:46

Chapeau, c'est vrai que son obstination d'essayer de faire un maximum d'effets en réel à l'ancienne produit cette sensation de réalisme en plus dans ses films. C'est un luxe qu'il s'est offert au fil de ses projets et succès.

votre commentaire