Batman : Unchained - la suite de Batman & Robin qui aurait pu tout changer

Arnold Petit | 9 août 2020
Arnold Petit | 9 août 2020

Après Batman Forever et Batman & Robin, Joel Schumacher devait réaliser un autre film, qui dépassait tout ce qu’on pourrait imaginer.

S’il est surtout connu pour avoir mis des tétons apparents sur le Batcostume dans Batman Forever (qu'on a défendu avec amour et ferveur par ici) et pour Batman & Robin, qui compte encore aujourd’hui parmi les pires films de super-héros et a conduit à la disparition du personnage pendant plusieurs années, Joel Schumacher aurait peut-être pu sauver sa réputation et son héritage auprès des fans du Chevalier Noir avec un autre film, qui n’a jamais vu le jour, mais reste un curieux et ambitieux projet dans l’histoire de Batman au cinéma : Batman : Unchained (ou Batman : Triumphant pour certains).

 

photo*Musique épique d'Elliot Goldenthal*

 

JAMAIS DEUX SANS TROIS

Même si cela paraît inconcevable aujourd’hui, à une certaine époque, bien avant la sortie de Batman & Robin en 1997, Warner Bros. imaginait que Batman avait encore un bel avenir devant lui au cinéma et comptait déjà sur Joel Schumacher pour réaliser un troisième film consacré au Chevalier Noir. Soit le cinquième film de la saga qu'avait débuté Tim Burton avec Batman et Batman, le défi et que Schumacher avait repris (et largement remanié) avec Batman Forever.

Le cinéaste, qui s'était éloigné de l'univers de Batman pour aller travailler sur différents projets à plus petit budget, dont 8 millimètres ou Personne n'est parfait(e), accepte de revenir une dernière fois, mais sait que quelque chose doit changer, comme il l'expliquait dans une interview pour Variety en décembre 1997 :

« Je n'ai jamais prévu d'être le gars à la tête du blockbuster de l’été. J'ai commencé petit, et les choses se sont enchaînées et avant de le savoir, je me retrouve jusqu'au cou avec des adaptations de John Grisham et des films Batman. Je suis reconnaissant pour tout cela, mais j'ai senti, surtout pour Batman & Robin, que le box-office était devenu plus important que le film. Je voulais revenir à la réalisation, mais pas d'une superproduction.

 

photo, Arnold SchwarzeneggerLe précieux box-office

 

J'aimerais faire un autre film Batman, mais je pense que nous devons attendre. J'ai senti que j'avais déçu beaucoup de fans plus âgés en étant trop préoccupé par l'aspect familial. J'ai reçu des dizaines de milliers de lettres de parents me demandant un film que leurs enfants pouvaient aller voir. Maintenant, je dois aux fans hardcore le film Batman qu'ils aimeraient que je leur donne. »

Avec ce troisième opus, Schumacher espère enfin réaliser le Batman qu'il a toujours voulu faire, celui qu'on lui a refusé par deux fois au profit d'un divertissement pour les petits et grands. Un film sérieux et complexe, qui s'intéresserait d'abord à Bruce Wayne et ses peurs, mais aussi à ses doutes concernant ses actions dans sa lutte contre le crime en tant que Batman, comme on peut le voir lors de quelques scènes dans Batman Forever et son director’s cut qui ne sortira jamais.

Pendant qu'il était en train d'assurer le tournage et la post-production de Batman & Robin, il commence à plancher sur ce fameux troisième long-métrage, dans lequel Batman serait cette fois confronté à l'Épouvantail et Harley Quinn, avec une sortie prévue pour 1999. Le réalisateur demande à Akiva Goldsman, qui a écrit Batman Forever et Batman & Robin, s'il veut lui aussi remettre le couvert, mais le scénariste refuse (et écrira ensuite un scénario pour le Batman v Superman de Wolfgang Petersen qui sera lui aussi abandonné, mais ça, c'est une autre histoire).

 

photoLe Batman dont a toujours rêvé Joel Schumacher

 

Mark Protosevich, qui venait d'écrire le script de ce qui deviendra plus tard Je suis une légende, est donc engagé et rencontre Joel Schumacher à plusieurs reprises, pour se mettre d'accord sur la direction dans laquelle ils veulent emmener la franchise. Sans plus attendre, Protosevich se met au turbin et écrit une première ébauche de scénario de 150 pages, qu'il rend au bout de quelques semaines sous le nom de Batman : Unchained (aussi connu plus tard comme Batman : Triumphant, même si le scénariste a admis qu'il ne savait pas d'où venait ce nom).

George Clooney, Chris O'Donnell et Michael Gough devaient reprendre leurs rôles respectifs de Batman, Robin et Alfred, mais en revanche, le personnage de Batgirl, interprétée par Alicia Silverstone, n'apparaît pas dans le brouillon qu'avait écrit Protosevich. Pour incarner l'Épouvantail, l'un des deux grands méchants du film, Schumacher avait pensé à Nicolas Cage. Il racontait dans un entretien avec The Hollywood Reporter en 2015 qu'il imaginait quelque chose de très sombre et avait directement été voir l'acteur sur le tournage de Volte/Face pour lui proposer le rôle. Concernant Harley Quinn, même si cela n'a jamais été officiellement confirmé, Courtney Love et Madonna auraient été envisagées à un certain moment.

 

Photo Nicolas CageIl aura quand même eu Ghost Rider 

 

BECAUSE I’M BATMAN !

Les 150 pages de scénario de Mark Protosevich n’ont jamais été publiées ou rendues publiques, mais le scénariste et Joel Schumacher ont dévoilé de nombreux éléments de l’intrigue au cours de ces dernières années dans différentes interviews.

Batman : Unchained démarrait sur la séparation entre Batman et Robin. Le jeune acolyte, souhaitant s’éloigner de l’ombre de son mentor, abandonnait Bruce Wayne, qui se retrouvait seul dans le Manoir Wayne avec Alfred et ses vieux démons. Tourmenté par la mort de ses anciens ennemis, dont il se considère comme responsable, Bruce était alors hanté par des cauchemars et des visions du Joker de Jack Nicholson.

Dans le même temps, ceux qui deviendraient les deux grands méchants du film étaient également introduits. D’abord le Dr. Jonathan Crane, un psychiatre à l’asile d’Arkham qui devait avoir une dent contre Bruce Wayne et mener des expériences sur ses patients afin de mettre au point une toxine permettant d’extérioriser les peurs de quiconque la respire, puis Harley Quinn, une fabricante de jouets que Protosevich décrit comme « sadique, dans un sens malicieux et amusant » qui découvrait que le Joker était son père et décidait de le venger en tuant Batman.

 

photoArkham version Schumacher

 

Jonathan Crane découvrait que Bruce Wayne était en fait Batman et s’alliait ensuite à Harley Quinn afin d’utiliser sa toxine contre lui pour le rendre fou et le faire interner à l’asile d’Arkham. Lors d’une de ses hallucinations, Bruce était confronté à ses anciens ennemis, tous réunis lors d’un procès contre le Chevalier Noir. Une séquence qui semble directement inspirée d’un des épisodes de Batman, la série animée, sobrement appelé Procès, dans lequel Batman est capturé et emmené dans une salle de tribunal, où il est jugé par Double-Face, le Ventriloque, l’Épouvantail, Killer Croc, Poison Ivy, le Chapelier Fou, Harley Quinn ou encore le Joker, qui l’accusent d’être responsable de ce qu’ils sont devenus.

Enfermé à Arkham, Bruce se retrouvait face à l’Épouvantail et Harley, mais était toujours incapable de discerner ce qui est réel ou pas à cause de la toxine et les combattait tous les deux, mais aussi Le Pingouin de Danny DeVito, la Catwoman de Michelle Pfeiffer, le Double-Face de Tommy Lee Jones et l’Homme-Mystère de Jim Carrey, jusqu’à un ultime affrontement contre le Joker de Jack Nicholson. Protosevich raconte que « Joel voulait faire le lien entre tous les films. Les films de Tim Burton et ses films, qui auraient mené jusqu’à ce moment. »

Devenu complètement fou à cause de ses hallucinations, Batman devait être sur le point de mourir, mais Robin faisait son retour à la dernière minute et intervenait pour l’aider à combattre Harley et l’Épouvantail.

 

photo, Batman, la série animée12 vilains en colère

 

Débarrassé de ses vieux démons, Bruce se rendait à Bali à la fin du film et découvrait une caverne remplie de chauve-souris (sans doute le temple de Goa Lawah). Debout au milieu de la grotte, il les laissait alors voler autour de lui, prouvant ainsi qu’il avait définitivement vaincu sa peur après son combat contre l’Épouvantail. Une image forte et symbolique, sur laquelle le film devait s’achever et que l'on verra plus ou moins dans Batman Begins, lorsque le Bruce Wayne de Christian Bale découvre l'endroit qui deviendra sa Batcave.

D’autres éléments du scénario de Protosevich sont également présents dans le film de Christopher Nolan : L’Épouvantail, l’un des grands méchants du film, est d’abord introduit en tant que Dr. Jonathan Crane et utilise sa toxine à plusieurs reprises sur Batman, qui se met à avoir des hallucinations avec des chauves-souris.

 

Photo Christian BaleVaincre et devenir la peur

 

CAMISOLE DE FORCE

Mais alors que le projet commence à prendre forme, Batman & Robin sort en salles en juin 1997. Même s’il a réalisé le troisième meilleur week-end d’ouverture de l’année, avec près de 42 millions de dollars de recettes (hors inflation et frais marketing), les critiques sont assassines et le film se ramasse finalement au box-office.

Avec 107 millions de dollars de recettes à domicile et 238 millions à l’international pour un budget de 125 millions, il est bien loin des 411 millions de Batman ou des 336 millions engrangés par Batman Forever. Peu de temps après, Joel Schumacher demande à lire ce que Protosevich avait commencé à écrire et le montre à Tom Lassally, un des producteurs de Warner Bros. Le scénariste reçoit finalement un coup de fil, comme il le raconte à The Hollywood Reporter :

« Quelques jours plus tard, je reçois un appel de Joel, dont le principal commentaire était que j’avais peut-être écrit le film le plus cher qui ait jamais été fait. Puis je me souviens que je n’ai plus jamais eu de nouvelles de Warner Bros. J’ai appelé plusieurs fois, sans jamais obtenir de réponse. Ça a duré quelques semaines, puis un mois, et mon agent a harcelé la Warner. Et l’instant d’après, ils ont mis fin à tout le projet. Ils allaient attendre et voir ce qu’ils allaient faire avec Batman. Le train du Batman de Joel Schumacher avait été retiré de la circulation. »

 

photoDésolé George, il faut rendre le costume

 

Officiellement, le projet a été stoppé pour des raisons budgétaires. Mais après le bide critique et commercial de Batman & Robin, Warner Bros. a sans doute préféré couper court au projet et éviter un autre tollé, préférant se focaliser sur d’autres productions comme La Ligne verte, Matrix ou Harry Potter à l'école des sorciers. Joel Schumacher a quand même collaboré avec Nicolas Cage, pour 8 millimètres, et a laissé entendre à une certaine époque que le scénario de Protosevich pourrait donner lieu à un comic book, qui n’a finalement jamais vu le jour non plus.

En se fiant à ce que Protosevich et Schumacher ont dévoilé durant toutes ces années, le jeu vidéo Batman : Arkham Knight (dont on parle avec des étoiles dans les yeux ici) est certainement ce qui se rapproche le plus de ce qu’aurait pu être Batman : Unchained. Après la mort du Joker dans Batman : Arkham City, Gotham connaît une brève période d’accalmie, jusqu’à ce que l’Épouvantail, présumé mort, menace de faire exploser une bombe contenant sa toxine. Batman, qui avait été contaminé par le sang du Joker, parvient à réduire l’explosion, mais respire quand même le gaz de l’Épouvantail et commence à avoir des visions du Joker qui le suit, lui parle et se moque de lui pendant qu’il traque le Chevalier d’Arkham, le grand méchant du jeu.

 

photoJe vois des Joker qui sont morts

 

Après s’être échappée d’Arkham, Harley Quinn, devenue encore plus violente et psychotique depuis la mort de son Mr. J, cherche à le venger et monte tout un plan pour tuer Batman. Elle parvient à le capturer et l’enferme dans une statue géante du Joker à l’intérieur du sanctuaire qu’elle a construit pour lui, mais Robin débarque, parvient à l’arrêter elle et ses sbires, puis libère Batman en deux temps trois mouvements. Un jeudi soir comme les autres à Gotham.

Même si personne n’a oublié Batman & Robin et qu’il aurait été très difficile de proposer une suite sombre et sérieuse directement après avoir vu Mr. Freeze dans ses chaussons ours polaires et Batman dégainer sa Bat-carte de crédit pour essayer d’obtenir une nuit avec Poison Ivy, ce Batman : Unchained aurait au moins pu donner lieu à une réunion dantesque entre Batman et tous ceux qu’il avait affrontés. Cela aurait probablement été l’une des scènes les plus chères de l’histoire du cinéma, à défaut de réconcilier tout le monde avec le Chevalier Noir.

 

Affiche officielle

commentaires

MOz
13/08/2020 à 11:17

Harley Quinn, la fille du Joker? Bien content que ce film n'ai jamais vu le jour!

Mich24
11/08/2020 à 09:08

C'est pas la première fois que l'on parle de ce 5iem Batman. Et à chaque fois je suis déçu que il ne soit pas sorti. A mon avis il aurais fais un succès monstre, comme la superbe trilogy de M Nolan.

sylvinception
10/08/2020 à 15:32

@azertyuiop : je plussoie sur la coquille, sacré Joel !! lol

Sinon en VF, dans le texte, et avec le doublage bien pourrave: "Salut Freeze, je suis Batman!"
Cultissime...

azertyuiop
10/08/2020 à 12:58

C'est dingue que l'on ne parle que des tétons du costume. Moi ce qui m'avait choqué c'était la raie des fesses du costume et la coquille bien proéminente. Personne n'en parle jamais !

Satan LaTeube
10/08/2020 à 09:15

A l'époque on parlait de Travolta plus que de Cage pour l'Epouvantail. Par contre je me souviens très bien des rumeurs sur Madonna pour Harley Quinn.

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