Wild Wild West : grandeur et décadence du blockbuster 90s avec Will Smith

Simon Riaux | 5 avril 2020
Simon Riaux | 5 avril 2020

En 1999, le réalisateur de Men in Black retrouvait l’une de ses deux stars, pour un buddy movie à gros budget, vendu comme le bulldozer de l’été. Mais avec un budget colossal pour l’époque de 170 millions de dollars, le film se banana tristement, n’en rapportant « que » 221 à l’international. Ereinté par la critique et peu soutenu par le public, Wild Wild West, qui fait actuellement les beaux jours de Netflix, mérite-t-il de revenir en grâce ?

 

Photo Will SmithC'est parti !

 

L’ANNÉE DE TOUS LES DANGERS

Les dernières lueurs du XXe siècle furent l’occasion d’un beau feu d’artifice Hollywoodien. Matrix, La Momie, Toy Story 2, Sleepy Hollow, L'Enfer du dimanche, Peur bleue, Fight Club… des réussites diverses, certes, mais une énergie impressionnante régnait alors sur Hollywood, comme décidé à brûler la chandelle par les deux bouts à la veille de l’an 2000. Un bref coup d’œil aux productions de cette fin de décennie a aujourd’hui de quoi étonner. Variété des tons, variété des genres, mélanges improbables et projets parfois pharaoniques… L’industrie semblait alors d’une gourmandise désormais remplacée par de vastes plans de gestions de marques et autres licences.

Et à bien y regarder, Wild Wild West est exactement à la croisée des chemins. Produit pensé pour s’appuyer sur une marque reconnue, Les Mystères de l’Ouest, le film veut y injecter une bonne dose de post-modernité, cochant toutes les cases de la mode d’alors. Pour autant il est aussi un des derniers témoins de l’ère qui précéda le tout numérique.

 

photo, Will SmithDe bien belles collerettes

 

Non pas que les images de synthèse soient absentes du long-métrage, son climax en est même lardé de part en part, parfois avec des résultats qui n’ont pas traversé les années sans dommages. Mais ce qui frappe aussi, c’est la multiplication des décors construits en dur, la pléthore d’accessoires, les trucages mécaniques, les effets à l’ancienne, les perspectives forcées et autres maquettes. Tous jouissent d’un luxe de détails devenu rarissime à l’écran, comme si la contrainte physique s’accompagnait nécessairement d’une orgie créative.

Et oui, on est en 1999, et on n’en est pas encore à dater un long-métrage avant même la rédaction de son scénario. Le modèle de production est tout autre, et cela se sent. Chaque département de la fabrication du film, des décors, en passant par les costumes, jusqu’à la lumière (pourtant pas spécialement inspirée) sont l’objet d’une profusion impensable de nos jours, à l’heure des fabrications accélérées et des éclairages « flat ».

 

photo, Will Smith, Salma HayekTout le monde a l'air très content d'être là

 

SACRILEGE COWBOY

On peut l’aimer d’amour ou le haïr pour cela, mais Wild Wild West ne respecte absolument rien. À commencer par son matériau original, Les Mystères de l'ouest. Série culte, dont l’interprète Robert Conrad nous a quitté en février 2020, elle prolongea la fièvre du western et l’amena via le petit écran à une toute nouvelle génération de spectateurs. Ni son atmosphère ni son esprit ne survivent à la tornade Sonnenfeld ou à l’ouragan Smith.

Le réalisateur avait pourtant su tirer le meilleur de La Famille Addams pour l’adapter avec génie, tout comme il avait digéré tout un pan de la culture parano des serials pour narrer MIB. Mais ici, tout n’est que démesure et excès, jusqu’à l’absurde. En témoigne ces personnages masculins, tous résolument priapiques,  et ces personnages féminins, perpétuellement désapés, à peine caractérisés, sinon à la gloire de leurs attributs.

 

photo"Le bon gout, ou la vie !"

 

Loin de toute forme de puritanisme, il est assez sidérant de voir comme le film prend des airs d’énorme érection contrainte, alors que les blagues lourdes et inserts fessiers se multiplient. La même inconséquence préside à l’humour en général. Certes, on pourrait arguer que l’époque était bien moins sensible à la question du politiquement correct (encore que, elle était déjà prégnante aux USA), mais même en gardant cette donnée en tête, l’appétit des dialogues pour les vannes sur le handicap, la différence, ou tout simplement les mutilations de tel ou tel second couteau est étonnant.

Cette inconscience qui évoque parfois une mauvaise descente d’acides, domine aussi les grands thèmes de l’intrigue, à l’image d’un Kenneth Branagh steampunk, fantasmant de rétablir l’esclavage, avec une légèreté qui paraissait déjà absurde à l’époque. Et cette démence survitaminée n’est pas forcément pour déplaire, puisqu’elle innerve jusqu’aux scènes d’action du blockbuster. Plutôt décomplexée, elles ne manquent ni de créativité ni d’énergie, et du train bourré de gadgets mortels aux tableaux habités en passant par des scies magnétiques, Wild Wild West est aussi (avant tout ?) un réjouissant bordel.

 

photo, Kenneth BranaghUn niveau de WTF que même James Bond n'a su atteindre

 

BAD IN BLACK

Malheureusement, le métrage n’est pas qu’un euphorisant condensé de la surchauffe hollywoodienne de la fin des années 90. C’est aussi un blockbuster malade, assommé par ses contraintes marketing. Tout ici y crie stratégie et positionnement promotionnel, du « tube » jumeau de celui de Men in Black en moins inspiré, en passant par la prestation de Will Smith, surexcité mais absent.

Quant à son compagnon Kevin Kline, on le sent à chaque instant capable de voler la vedette, mais empêché par un script qui veille au grain à ce que la star du moment ne puisse recevoir d’ombrage. Ajoutez à cela une flagrante absence d’alchimie, saupoudrez d’une Salma Hayek payée à la fesse, et vous obtiendrez un trio terriblement pâlot. Considérant la longueur du film, ou plutôt les dialogues interminables dont il nous afflige, difficile de demeurer trop indulgent au gré de l’aventure.

 

photo Wild Wild West"Vous êtes sûr hein, c'est pas encore la mdoe des reshoots ?"

 

Pour attachant que soit souvent ce frappadingue pudding, c’est finalement le sentiment général d’assister à un écho courbaturé de MIB qui pose le plus de problème. Tout ce qui pourrait faire l’identité de l’œuvre, et d’ailleurs tout ce qui parviendra à faire, des années plus tard, celle de Lone Ranger, naissance d'un héros, est ici dévitalisé. À la manière d’une suite de jeu vidéo mal travaillée, on a le sentiment de voir ici un skin achevé précipitamment.

Enfin, Sonnenfeld était toujours parvenu à détourner l’injonction au grand spectacle dans La famille Addams et MIB, en usant de son ingénierie visuelle pour ne pas avoir à trop verser dans une action pure et dure qui l’inspire peu. Mais dans le cas présent, le cinéaste ne peut tourner autour du pot et doit offrir de la baston, de la démesure. C’est cette dernière qui lui permet de cacher un peu la misère, tant on le sent peu intéressé par les explosions et cascades.

Et pourtant, force est de constater que jusque dans ses ratés, Wild Wild West respire son époque, la grandiloquence du Hollywood de 1999. Un empire et une époque révolue, auxquels on trouvera peut-être un charme déviant.

 

Affiche française

commentaires

Marc
12/04/2020 à 21:20

@Rovov94

J'oubliai Rorov94 t'est un Tebé . Robert Conrad est un acteur qui à marqué sa génération les 1960 à 1970 et oui Rorov94 sa fait un bail. Si on touche à tes idoles tes héros toi aussi tu me traiterai de Tebé. @+

Marc
12/04/2020 à 19:20

@Rovod94

Les mystère de l'ouest était une série de mon enfance Robert Conrad est juste le héros qu'on voulait lui ressembler ! Le problème que les Studios reprennent des série pour faire du remake et même pas un hommage ils pensent nostalgie = potentiel succès = dollars et c'est la qui se plante avec le choix de will Smith dans Wild Wild WEst c'est un Black et il ne peux pas a l'époque historique de la série être un agent du gouvernement !? Même Will Smith j'ai lu interview il se posait la question d'être crédible !? Ans blague...Ouvrait les livre d'histoire qui montre la vie des noirs américains pendant cette période de leur histoire.

Rorov94
07/04/2020 à 10:38

Faut arrêter! La série est naze!
Ça donne juste un bon matériel de base pour ce sublime WILD WILD WEST...là est son mérite.point.
Conrad n'a jamais été un bon comédien(sauf son caméo dans JINGLE ALL THE WAY)Un bon cascadeur,tout au plus...
Arrêtez de pleurer sur ces vieilles séries bidons:
MISSION IMPOSSIBLE,THE ADVENGERS,WWW,MA SORCIÈRE BIEN AIMÉ,STARSKY & HUTCH,LE SAINT,L'ÎLE FANTASTIQUE...
Par contre en film,cela donne au mieux des chefs d'oeuvre au pire de bons films.
Il est temps de procéder cinématographiquement à un bon vieux nettoyage et mise à jour culturel!
De la m....c'est pas du Nuttela!
Bande de pleureuses!

Murata
06/04/2020 à 22:00

J'ai un problème avec Will Smith. Non seulement je le trouve pas extraordinaire comme acteur mais en plus il pourri les films dans lesquels il joue à vouloir tirer à tout prix la couverture à lui. Wild wild west est un cas d'école, le premier rôle féminin est totalement inexistant, le sidekick reste cantonné dans l'ombre. Et en plus Smith n'a aucune épaisseur, quand j'ai su que Je suis une légende allait être adapté, j'ai sauté au plafond ; quand j'ai su que c'était avec lui, j'ai tout de suite su que ça vaudrait pas un clou, il est incapable d'incarner un personnage complexe.

Marc
06/04/2020 à 12:34

@west James

Tout a fait d'accord avec toi Will Smith n'aurai jamais du accepter ce film mais il n'est pas le seul coupable. C'est le choix du réalisateur ! A l'époque Will smith avec le succès de Men In Black était un acteur qui cantonnait au Box Office . Wild Wild west c'est un film pour faire le max de Dollars pour la crédibilité historique le respect de la série originale le réalisateur sent balance. Hollywood dans ses pire travers .

Hgtdh
06/04/2020 à 12:33

Revu il y a un an et ba franchement je l'ai trouvé hyper efficace bien marrant par moment grâce a son politiquement incorrect ... Le vrai problème du film c'est qu'il a était vendu comme un film les mystères de l'ouest mais qu'il a rien a voir avec la série et que will Smith reprend le rôle d'un acteur blanc ça n'a pas plus et fait polémique a l'époque . Mais le film reste un bon film maltraité injustement a l'époque

West James
06/04/2020 à 12:03

Une honte!!!! Une infamie!!!!! Une sombre m.....!!!! Comment will smith a t'il osé? (oui, je ne met pas de majuscule à son nom, en mettons nous au mot étron?) D'ailleurs, je boycotte tous ses films au cinéma depuis cette sombre année 1999. Et dire qu'il à osé dire avoir vu tous les épisodes de la série pour s'imprégner du rôle!!!! Il a juste vu les 2 téléfilms oui (ratés de chez raté, c'est le moins que l'on puisse dire et qui avaient déjà dénaturé la série).
J'ai failli vomir mon 4 heure, dès la première scène du film ou il nous fait du prince de Bel Air. au far-west. Arrrrghh, rien que d'y repenser, je suis de nouveau pris de nausée.....attendez, je reviens.....

Bon, ça va un petit peu mieux. Il a fait de James West, un pitre, qui a un moment donné, se travesti en femme, me semble t'il, je ne sais plus, je pense que j'ai du m'évanouir un moment à la vue de cette scène. Putain, mais dans quel épisode de la série il l'a vu ça????? Oh will, viens ici, viens prendre ta baffe, viens, que je t'explique.....alors, suis-moi bien, celui qui se déguise, c'est pas James West, c'est son acolyte, Artemus Gordon. Voilà, voilà, y'a 104 épisodes que tu dis avoir tous vu, et tu n'as même pas retenu ça? PAFFFFF!!!!! Ah p......, ça fait du bien, depuis le temps que ça me démangeais....

Bon, et pour au final, le sieur will smith, apparemment aurait renié le film. Mais quel gâchis!!!!

Le seul, à l'époque, que j'aurais bien vu reprendre le rôle, était Georges Clooney. Si vous regardez Batman et Robin (pas bon, lui non plus), Georges Clooney en Bruce Wayne, c'est James West : la classe, les postures, les petits sourires, l'assurance, tout y est. Certes, il cabotine à mort, mais ça colle parfaitement. On y retrouve un peu, ces mimiques, propre à Robert Conrad (RIP). Si vous en doutez, recherchez la scène, sur Youtube ou Pamela Isley rencontre Bruce Wayne.

Si jamais, j'apprends, que will smith, veut faire une adaptation du prisonnier, je vous jure que je prends direct mon billet d'avion pour Los Angeles, et je m'en vais lui expliquer ma façon de voir. Une fois, mais pas deux.....

Rudy Mako
06/04/2020 à 05:56

J'ai kiffé. Une adaptation cinématographique doit-elle obligatoirement se conformer à la série dont elle est tirée ou au livre...........???????
Non. Smith fait cool sans pourtant être exceptionnel. Kline yep! Salma respecte les directives, Film moyen je trouve

RobinDesBois
06/04/2020 à 01:25

Je n'ai jamais compris pourquoi ce film s'est fait massacré par la critique à l'époque (mis à part l'irrespect du matériau d'origine mais bon perso je m'en contrefiche) sans être réhabilité par la suite. Oui c'est un pur divertissement des années 90 et c'est vraiment plaisant à visionner. Je ne lui trouve pas un charme déviant mais assez naturel même s'il est forcément gonflé par la nostalgie pour ma part. En plus la musique est excellente.

@Ben je trouve que le James West de Will Smith n'a absolument rien à voir avec Axel Foley.

Numberz
05/04/2020 à 21:42

@rorov

Purée les séries b (z?) que tu sites sont quand même des madeleines de proust lol

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