Dracula : pourquoi la version de Coppola est toujours la meilleure jamais filmée

Lino Cassinat | 22 février 2020
Lino Cassinat | 22 février 2020

Le Dracula de Coppola ressort en salles dans une version restaurée le 26 février, et vous ne trouverez de meilleure version du mythe nulle part ailleurs.

 

C'EST DANS LES VIEUX CERCUEILS...

En 1992, alors que la figure du comte vampire Dracula était usée jusqu'à la corde par plus de 60 films et interprétations de qualités très diverses, on pensait avoir fait le tour du mythe. La dernière apparition vraiment marquante d'un vampire remontait à Nosferatu - fantôme de la nuit de Werner Herzog - excellentissime "remake" du Nosferatu le vampire -, et c'était en 1979, soit 14 ans avant.

Il faut dire que la décennie 80's n'est guère propice à la mélancolie du romantisme gothique (au sens littéraire du terme) : la mode (pour le dire très vite) est plutôt à la pensée positive fluo, au culte du corps, à l'aventure pulp et à la science-fiction d'aventure.

 

photoIl a pris cher Palpatine

 

La comparaison du top 10 des plus gros films des années 80 et des dix plus gros films des années 90 vous le confirmera : la décennie qui a suivi fut plus propice aux oeuvres plus sombres, la faute à un spleen ambiant contrastant violemment avec l'individualisme enthousiaste d'antan (on vous laisse choisir votre explication préférée entre le pic de l'épidémie du SIDA, les fiascos des guerres du Golfe et d'Afghanistan, la montée en puissance de l'héroïne et des opioïdes et la mort de Kurt Cobain).

Une période aussi riche en désillusions et en désenchantements que pauvre en idéaux inspirants, et dont le plus grand de tous les hérauts ne sera pas un Action Man, mais Dracula, régénéré par un fabuleux Francis Ford Coppola.

 

photoVraiment très cher

 

... QU'ON TROUVE LES PLUS PUISSANTES CARCASSES

Car il fallait bien en 1992 un auteur talentueux redonner de la substance à ce personnage, que trop de traitements peu rigoureux, d'exploitation en série B ou Z ou de parodies ont vidé de sa substance et laissé... exsangue. Il fallait également un artiste à l'intelligence aiguisée pour en livrer une lecture filmique à la fois fermement ancrée dans son époque, totalement fidèle à l'esprit de son matériau d'origine et toujours inégalée plus de 25 ans après.

Passé, présent, futur : le film Dracula règne sur tous les autres avatars de lui-même, pour tous les temps, indiscutablement. Comment et pourquoi ?

 

photoÀ votre gauche, le cimetière de toutes les autres adaptations de Dracula depuis 1993, attention, NOS4A2 mord encore

 

Pour d'abord aller au plus simple, parce que la plastique du film est belle à en crever. Il est certain que Dracula ne serait pas réapparu avec autant de force sans la montagne d'effets pratiques, sans les jeux d'ombre redoutables et la magnifique palette de couleurs composée par le génial et regretté chef opérateur Michael Balhaus, ou sans les décors et costumes dantesques du film. L'esthétique baroque du film de Francis Ford Coppola pourra certes éventuellement fatiguer ceux qui goûtent peu les exagérations stylistiques en général, mais c'est un véritable festin d'images plus fondantes les unes que les autres pour les fans de grand style.

Ensuite, parce qu'il est l'adaptation la plus fidèle du récit originel de Bram Stoker... tout en étant son plus beau traître. Francis Ford Coppola suit en effet pas à pas les circonvolutions d'un récit épistolaire que la multitude de points de vue rend dense et complexe, et que chaque péripétie, chaque personnage et chaque inflexion du rythme qui ont animé les pages du livre trouvent leur juste place dans ces deux heures de film.

 

photoSi simple, et pourtant si efficace

 

DEMANDER LA LUNE, DÉVORER LE SOLEIL

Mais Dracula est évidemment plus qu'un exercice de style particulièrement brillant et énergique, ou qu'une savante adaptation d'un monstre littéraire passionnant. C'est une adaptation particulièrement sagace qui épice son matériau d'origine de quelques éléments nouveaux, dont la présence fait violemment ressurgir dans une gerbe de sang le poème baroque et la mélancolie gothique du récit d'horreur pulp. En transformant l'horrible prédateur de la nuit en rebelle de Dieu motivé par un amour éternel et se gavant de basses chairs terrestres, Francis Ford Coppola adresse une vivifiante injonction à la résilience.

Plutôt l'apostasie que servir un maître cruel, plutôt la damnation que d'accepter l'inacceptable, et surtout, plutôt le flamboyant amoureux Dracula que le minable Jonathan Harker ou que le cruel Van Helsing. "Est beau ce qui est bizarre", disait le poète ; Dracula fait la somme de tous les héritages de son glorieux passé et complète la formule ainsi : "est héroïque ce qui est monstrueux". Peut-être pas le constat le plus complexe ni le plus neuf de l'histoire de l'art - Milton avait déjà fait la même chose avec son Paradis Perdu -, mais certainement une de ses démonstrations les plus implacables sur pellicule. Suffisamment en tout cas pour qu'on se relève de la torpeur de l'autre Dracula pour se ruer sur la ressortie remastérisée du 26 février.

Même si, quand même, Keanu Reeves y joue vraiment comme un pied.

 

Affiche officielle

commentaires

taram
09/03/2020 à 20:57

Et le Bal des Vampires ?

Miami81
24/02/2020 à 12:53

Au moment de sa sortie, le film avait été une vraie claque cinématographique. La bande annonce elle même annonçait la couleur. Qu'on aime ou pas le film, il ne pouvait laisser indifférent.
2 ans plus tard sortait Entretien avec un vampire, plus abordable, aussi luxueux et là aussi cet impression de voir une œuvre à part.

Léo89
24/02/2020 à 10:27

Je suis désolé messieurs mais la meilleur adaptation au cinéma reste celle de Mel Brooks avec notre regretté Leslie Nielsen.

Stridy
24/02/2020 à 07:52

Un film incroyable mais celui de Murnau reste la référence.

JpMargon
24/02/2020 à 06:56

Bizarrement, dans tous les Dracula que j'ai pu voir, notamment le premier Nosferatu de 1921, l'atmosphère étrange et inquiétante est bien celle de 1931 avec Bela Lugosi.
L'acteur ne fait pas un film, bien entendu, je parle bien de l'atmosphère pesante et l'image du noir et blanc, ainsi que de la musique me pousse à dire que celui de Bela Lugosi, et à qui l'on ne peut dissocier du personnage de Dracula, car il était persuadé d'être...Dracula.

Rosha
23/02/2020 à 20:00

Le dracula de John baddam avec langella est meilleur à mes yeux

Dirty Harry
23/02/2020 à 12:39

J'ai bien aimé les deux premiers épisodes de Dracula-Netflix mais le 3e pose problème (scénario/cohérence doublé d'un mauvais goût artistique et visuel). Le Coppola tient toujours la route avec les années même si je trouve la 2e heure toujours moins interessante que la première (mais c'est aussi dans le roman où je me sens moins investi). Très bons points concernant : Gary Oldman, les effets de plateau, les raccords sublimes d'inventivité et la musique de Wojciech Kilar.

Pete
23/02/2020 à 12:06

Quand je lis quelqu'un qui prétend aimer le cinéma, lâcher des phrases comme "ça ne se discute même pas"... sérieux, change de passion, parce que si tu ne veux pas en discuter, tu passes à côté du plus grand et bel intérêt de cette passion !

Kyle reese
23/02/2020 à 11:04

« I’ve crossed ocean of time.to find you »

Kyle reese
23/02/2020 à 10:56

Adaptation pure ou pas (j’ai lu le bouquin il y a longtemps après le film et ça correspondait pour la trame principale assez bien) le film est et restera pour moi une tuerie artistique flamboyante. J’aime tout dans ce film,
J adore le jeu outrancier parfois de Gary Oldman (I’ve cross ocean of time to find you en roulant bien les R) et de Hopkins,(vampire do exist! Dracul !!!)
j’aime le jeu maladroit et un peu fadasse de Keanu Reeves.
Monica a hanté de nombreuses nuits à l’époque.
Ce film est baroque, gothique, opératique ( il n y’ a qu a voir l’utilisation des multiples sfx pratique pour comprendre l’hommage au théâtre et au début du cinéma)
J’adore le thème des débuts du cinéma, de l émancipation de la femme et l’arriver d élément moderne comme la machine à écrire, on sent bien le changement d époque. La musique est une tuerie tout le long.
J’aime tout dans ce film même le fait que la charmante et fragile vinonia rider fait bcq d effort pour ne pas montrer sa poitrine (par pudeur) alors qu’elle est folle de désir pour son conte.
Ce film est unique, un concentré de romantisme exacerbé qui m’avait mis sur les genoux tellement j’en avais pris plein les mirettes,m et les oreilles.
Coppola à transforme une histoire d horreur en une bouleversante histoire d amour éternelle. Je l’ai vu 2 fois en salles au Max Linder. Quels souvenirs!

Le seul petit bémol reste le fait que le film ne fait pas vraiment peur, mais il est tellement dense et tout le reste est tellement réussi que je lui pardonne cette lacune. En revanche l’ambiance malsaine par petite touche est vraiment la. Cf la scène du bébé.

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