Fabrice du Welz : de Calvaire à Adoration, itinéraire d'un enfant taré

Simon Riaux | 25 janvier 2020 - MAJ : 27/01/2020 14:13
Simon Riaux | 25 janvier 2020 - MAJ : 27/01/2020 14:13

Quand Calvaire est sorti sur quelques écrans en 2005, largement ignoré par la presse généraliste (quand il ne fut pas attaqué frontalement), une poignée de cinéphiles découvrit un auteur singulier et remuant, aussi éminemment européen qu’abreuvé de genre anglo-saxon. La trilogie des Ardennes venait de s’ouvrir. Cinq films plus tard, elle semble se clore avec Adoration, et il était temps de revenir sur ce qui constitue le cinéma de Fabrice Du Welz.

 

 

C’EST QUE DE L’AMOUR

Le cinéma de Fabrice Du Welz charrie plus que sa part d’hommes et de femmes en rupture de ban. On y croise un aubergiste pas super concerné par les questions de consentement, des chasseurs zoophiles, des parents rendus fous par le deuil, des flics pourris, un dentiste porté sur le proxénétisme ou des arnaqueurs un peu assassins sur les bords. Si tous composent avec des passions éruptives, des névroses, une dose de folie et beaucoup de violence, il est une émotion qui les rassemble tous.

Il s’agit bien sûr de l’amour, qui s’avère presque systématiquement le moteur de l’action. Qu’on le protège, qu’on le cherche désespérément ou qu’on le fantasme, cet élan puissant qui pousse à se fondre dans l’autre est celui qui ordonne le récit, celui qui conditionne ses pulsations. Dès Calvaire, nous suivions un « Tintin asexué au pays des chasseurs » (dixit le réalisateur) surface plane, où chaque personnage projetait ses angoisses de solitude et ses espoirs d’amour, voire ses débordements fantasmatiques.

 

photo, Fantine Harduin, Thomas GioriaL'amour dans le sang. Ou le contraire.

 

L’énergie qui électrise les recherches de Jeanne et Paul dans Vinyan est celle d’un deuil, et donc en substance, la survivance affolante d’un amour disparu. La rage qui bouillonne dans les veines du héros de Message from the King n’est pas différente, quoi que plus trouble. Jacob King débarque d’Afrique du Sud à Los Angeles, pour sortir sa sœur du cloaque où elle s’est enferrée. Morte ou vivante, l’amour fraternel ravagera tout sur son passage rédempteur. En rapportant le plus souvent les conflits et les enjeux de ses protagonistes à cette pulsion amoureuse évidente, première, le cinéaste fait une proposition rare, qui s’affranchit de la plupart des mécaniques éculées du genre.

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