The Grudge : et si c'était l'un des meilleurs remakes de film d'horreur du genre ?

Geoffrey Crété | 24 janvier 2021 - MAJ : 24/01/2021 12:23
Geoffrey Crété | 24 janvier 2021 - MAJ : 24/01/2021 12:23

Retour sur The Grudge sorti en 2004, premier remake très réussi de Ju-on : The Curse.

Le très moyen The Grudge de 2020, avec Andrea Riseborough, a rappelé une chose tristement évidente désormais : le cinéma japonais repris par les studios hollywoodiens, c'est très souvent la fausse bonne idée.

Mais ce film a a également confirmé que le remake de 2004 avec Sarah Michelle Gellar, réalisé par Takashi Shimizu lui-même, était une bonne surprise à l'époque. Comme le remake Le Cercle - The Ring de Gore Verbinski avec Naomi Watts, parfois injustement considéré comme un simple et vain produit de studio (on explique pourquoi ici), The Grudge mérite donc d'être revu. Et réévalué ?

 

 

CERCLE DU SUCCÈS

Au Japon comme aux États-Unis, le destin de The Grudge est lié à celui de Ring. Même si tout a commencé avec les courts-métrages Katasumi et 4444444444 en 1998, réalisés par Takashi Shimizu, c'est le succès mondial du cauchemar en VHS de Hideo Nakata en 1998 qui donne des idées aux producteurs. Arrivent ainsi en vidéo Ju-on : The Curse et Ju-on : The Curse 2 en 2000. Le succès est énorme. Viendra donc Ju-on : The Grudge, premier de la franchise à sortir en salles au Japon, puis Ju-on : The Grudge 2 dans la foulée. Le phénomène s'étend.

Entre temps, Hollywood a flairé cette piste horrifique nippone. En 2002, le remake Le Cercle - The Ring est un gros succès, avec près de 250 millions au box-office pour un budget hors promo d'environ 50. Sony n'a pas hésité longtemps. Avant même que la suite Le Cercle : The Ring 2 ne sorte, The Grudge version américaine est arrivé en 2004.

Et avant que Hideo Nakata lui-même ne revienne singer son Ring pour la suite oubliable avec Naomi Watts, c'est Takashi Shimizu qui suit la malédiction jusqu'à Hollywood, pour emballer lui-même le remake. De là viendront certainement les meilleures idées, dans le fond comme dans la forme. La comparaison avec d'autres remakes sur la même vague (La Mort en ligne devenu One Missed Call, Kaïro devenu Pulse) est tristement parlante.

 

photo, Megumi OkinaMain hollywoodienne s'abattant sur film étranger

 

KILLED IN TRANSLATION

La première belle idée est de garder le décor japonais. Le casting sera forcément américain, puisqu'il faut appeler les jeunes en salles. Ce sera donc Sarah Michelle Gellar, alias Buffy la tueuse de vampires, et Jason Behr l'alien de Roswell, deux visages connus du public biberonné aux séries. Takashi Shimizu ne lutte pas contre cette règle industrielle d'américanisation : il l'intègre au contraire à son récit, qui devient celui d'un déracinement et d'une rencontre avec l'altérité absolue.

Les héros hollywoodiens du remake sont des Américains (Buffy qui a suivi son copain, une femme qui a suivi son mari et s'occupe de sa belle-mère, un professeur qui enseigne à Tokyo), expatriés et perdus dans une culture étrange et étrangère. Avant même que la malédiction ancrée dans la culture nippone ne les frappe, ils sont isolés, confrontés à cet autre monde. Aller au supermarché, trouver une direction, déchiffrer cette culture... sont déjà des épreuves. Et le fantôme sera l'effroyable incarnation de cet isolement, comme une ultime barrière culturelle pour ces Occidentaux.

La rencontre avec l'Autre est d'ailleurs le moteur du cauchemar : tout vient de l'amour aveugle et absurde de Kayako, jeune femme japonaise mariée, pour Peter, un professeur américain qu'elle a repéré et suivi, de manière obsessionnelle.

 

Photo Kadee StricklandAscenseur vers l'échafaud

 

L'isolement est justement très féminin, entre le fantôme de Kayako, et le fait que ce soit aussi par amour pour un homme que les personnages de Sarah Michelle Gellar et Clea DuVall (qui s'étaient croisées sur la saison 1 de Buffy au passage) soient venus au Japon. Même la construction en chapitre, qui divise les personnages et mélange les temporalités, accentue cet effet de solitudes pour créer un cauchemar éclaté.

Cette symbolique apporte une vraie dimension au film et au programme horrifique. L'horreur s'infiltre partout à mesure que l'inquiétude des personnages grimpe, et que leur plus profonde intimité est violée - dans une douche, dans un lit a priori confortable. C'est ce sentiment diffus d'horreur inexplicable, tranquillement installé dans les rues et habitations ordinaires, qui confère à The Grudge une si belle atmosphère.

 

Photo Sarah Michelle GellarBuffy la tueuse de malédiction

 

TOKYO, VILLE OUVERTE

Bien sûr, The Grudge existe dans un cadre très carré de produit de studio. D'où une niaiserie autour de l'héroïne, les jumpscares grotesques, quelques touches de CGI parfaitement laides (du reflet dans une vitre à l'espèce de tignasse volante dans la chambre), et un épilogue stupide. Mais le film reste étonnamment calme, avec peu d'avalanches d'effets, montrées d'adrénaline et autres appâts pour amadouer le public. C'en serait presque mou si l'ambiance n'était pas si soignée, intrigante, avec quelques scènes fortes pour garder la tension et l'attention.

Que ce soit de l'horreur pure à l'image (la langue de Yoko) ou de l'angoisse absolue (Susan happée dans son lit ou Karen surprise dans sa douche : géniales idées de l'horreur qui s'immisce dans l'intimité), Takashi Shimizu emballe plusieurs scènes très réussies. Rien que sa gestion du flashback où Karen traverse le temps pour voir Peter, en silence et sans indication grossière, témoigne du soin de la mise en scène du cinéaste japonais. De quoi donner une petite, mais non négligeable plus-value au film. Et la très belle musique de Christopher Young contribue à l'atmosphère.

À noter par ailleurs qu'une version Rated R, plus violente, avait été montée, mais la version PG-13 a été préférée au moment de la post-production.

 

photo, Ted RaimiImage choc dans 3, 2, 1...

 

Reste qu'il y a pas mal de rendez-vous manqués, notamment dans un climax étonnamment fade. La rencontre entre l'héroïne et le fantôme, ainsi la résolution et découverte de l'énigme derrière sa colère, sont en pilotage automatique. Que tout ça s'achève dans un tristounet fondu au noir, et se résume à une descente des escaliers et un jet de briquet, prive l'histoire d'un grand final horrifique. Surtout quand The Grudge s'achève sur une scène paresseuse, digne de Souviens-toi... l'été dernier.

 

photoMieux vaut ne pas la voir de près (pas pour la peur, mais pour les maquillages)

 

Sans être un classique en puissance, ou une réussite totale, The Grudge version 2004 reste donc un petit plaisir dans le genre, principalement grâce à la touche Takashi Shimizu. Du décor japonais intelligemment utilisé pour noyer ses niais héros américains, à quelques effets de style et scènes très réussies, le film sort du lot parmi une marée de mauvais remakes sans intérêt.

 

Tout savoir sur The Grudge

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commentaires
Gloss
24/01/2021 à 17:31

Ah c'était un remake le 2004!?, j'étais choqué car j'ai cru que vous parliez de celui de 2020! XD
Je viens d'apprendre aussi que The ring 2002 était un remake, et en lisant l'article, j'ai aussi cru que vous parliez du réçent. Découverte surprennante ^^

Maxibestof
24/01/2021 à 16:50

Le meilleur remake de film de fantôme japonais. The Ring est sympa sans plus et Dark Water est horrible... Pour les originaux c'est l'inverse: Dark Water est le meilleur, Ju-On le pire..

Uleertel
24/01/2021 à 13:21

Film flippant en salle. J'ai une amie qui panique encore si on fait le bruit du fantôme !

Karev
24/01/2021 à 13:06

j'ai revu la version japonaise récemment, tellement soporifique et peu flippant, de la vague "fantôme japonais", le meilleur reste de loin Dark Water puis Ring juste derrière. La version US de Verbinski est sympa aussi mais j'ai vraiment du mal avec le gamin hautain (grosse tête à claques) et les sur explications des images de la vidéo maudite.

ALUCARD
24/01/2021 à 12:52

Ce film m'a traumatisé quand je l'ai vu en salles. Vu une fois, et pas vraiment envie de revivre l'expérience.

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