Star Wars : Les Derniers Jedi mérite t-il toute cette haine ?

La Rédaction | 25 octobre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58
La Rédaction | 25 octobre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Avant le cas Star Wars : L'Ascension de Skywalker, le chapitre précédent de la saga, Les Derniers Jedi, s'attirait encore et toujours les foudres d'une partie des spectateurs, mais de manière spectaculaire. Mérite-t-il tant de haine ?

Pas une brève, pas une bande-annonce, sans que des hordes de fans, encore manifestement révoltés par Les Derniers Jedi ne viennent écrire leur colère à l'encontre du réalisateur Rian Johnson, dont le travail est abondamment critiqué et décortiqué dans des myriades de vidéos de par le web.

Si le métrage était loin de nous emballer entièrement à sa sortie (notre critique est ici), il faut néanmoins revenir sur sa réception. Pour le moins électrique, cette dernière a engendré bien des griefs devenus, pour certains, des a priori, voire des clichés. Nous revenons aujourd'hui sur ceux qui nous paraissent les plus importants ou répandus.

 

photo, Daisy Ridley, Adam DriverDisney et les fans se battant pour le respect de Star Wars

 

LUKE EST MALTRAITÉ

Star Wars : Le Réveil de la Force se terminait sur Rey qui retrouvait Luke, sur l'île perdue d'Ahch-To, pour lui rendre son sabre laser. Un moment fort et émotionnel qui aura été brisé directement par Rian Johnson dès le début des Derniers Jedi puisque le héros récupère l'arme, et la jette par-dessus son épaule avant de partir. C'est une image qui symbolise pour beaucoup le traitement raté de Luke Skywalker, personnage lumineux et courageux, réduit ici à un vieux renfrogné. C'est aussi une image en écho au Retour du Jedi, où il jetait son sabre face à Palpatine.

Que Mark Hamill lui-même ait exprimé des désaccords avec la tournure du personnage n'a pas aidé à calmer les fans déçus ou énervés par ces choix.

 

Photo Mark HamillLe moment qui a brisé la magie ?

 

Et Luke a effectivement bien changé... ce qui peut sembler logique, voire nécessaire après tant d'années. Le faire revenir ne pouvait que signifier une évolution, sauf à vouloir l'enfermer dans un rôle de mentor facile et doux. Pour Rian Johnson, Luke s'est donc retiré pour des raisons explicitées dans le film : il a failli succomber à la peur et la colère en voyant Kylo Ren suivre un chemin dangereux, et en conséquence son apprenti a succombé au côté obscur de la Force. Ce qui rappelle l'affrontement entre Luke et Dark Vador, où seule sa colère lui avait permis de surpasser son adversaire. L'épargner n'était pas un acte d'héroïsme, et de pitié positive : c'était la défaite d'un Jedi qui se laissait mener par ses émotions, et se retrouvait au bord du précipice du Mal, malgré tous les avertissements en ce sens.

Luke n'a pas appris de ses erreurs, s'estime impuissant face au Dark Side qui guette tout Jedi (y compris lui, face à Kylo Ren, lorsque son sabre laser s'active), et en corrompt toujours de nouveaux. Il décide donc de s'exiler. Comme Obi-Wan sur Tatooine, entre La Revanche des Sith et Un nouvel espoir. Ou comme Yoda sur Degobah, qui s'est isolé après une défaite face à Dark Sidious. La sagesse des Jedi les pousse donc souvent à se retirer du monde, et attendre qu'ils y soient rappelés par le destin.

Qu'il résiste plus face à Rey est simplement une autre étape : en finir avec les Jedi pour en finir avec les Dark Vador, enterrer cette force suprême détruira les deux facettes de la pièce, qui coexistent. Il reste un héros, qui agit de manière plus grande et sensationnelle donc. Et qu'il décide de ne pas réellement combattre Kylo Ren, préférant éviter ses coups et ne même pas l'affronter en chair et en os, est la preuve qu'il a retenu une leçon après Le Retour du Jedi.

Des choix narratifs qui peuvent bien sûr déplaire, agacer, ou briser la magie pour certains, mais des choix qui ont un sens et un but néanmoins.

 

Photo Mark Hamill, Dark VadorUne image à avoir en tête

 

PERSONNE NE SAIT QUOI FAIRE DE REY

Le cas est intéressant parce qu'il révèle toute la difficulté de tenir une saga coincée entre un héritage à protéger et un futur à écrire, entre le remix facile et les risques liés à toute nouveauté. La Rey du Réveil de la Force était une copie quasi conforme de Luke, ce qui a autant réconforté qu'exaspéré le public. Qu'elle soit sa fille était donc l'option facile, et Rian Johnson a sans nul doute pris ça en compte dans son scénario. L'héroïne découvre ainsi que ses parents seraient des gens lambda, et qu'elle ne serait pas la descendante quasi royale des super-Jedi alors même qu'elle semble dotée de capacités extraordinaires - ce que Les Derniers Jedi justifie par le simple hasard, qui fait que chacun peut devenir un Jedi au fond.

Le mystère sur ses origines est la pierre angulaire de ce personnage, et la trilogie va devoir affronter cette question malgré une position intenable, avec peu de chance de satisfaire le public. Rey cristallise bien des critiques, sur la gestion à moyen terme des histoires, et l'incapacité de Lucasfilm à choisir une direction, ni trop nostalgie-flemmarde, ni trop audacieuse-risquée.

Dans tous les cas, en tant qu'héroïne et visage de cette trilogie, elle est l'illustration la plus claire des errances, approximations et manques de clarté de l'équipe de Kathleen Kennedy. Cette dernière assume cette part d'incertitude et liberté laissée aux réalisateurs, qui peuvent ainsi réécrire, atténuer et rediriger les personnages et l'univers.

 

Photo Daisy RidleyUn grand pouvoir implique de grandes capacités à encaisser

 

LEÏA EN SUPERMAN ?!?

Lorsque son vaisseau est attaqué, Leïa se retrouve précipitée dans le vide intersidéral. Inanimée, la peau glacée, elle flotte vers le néant… jusqu’à ce qu’elle se reprenne et utilise la Force pour voler jusqu’au sas de pressurisation le plus proche, cape au vent, tel un curieux ersatz de Superman. Cette scène, imprévisible et rompant avec ce qui s’annonçait comme des adieux déchirants à un des piliers de la saga, est peut-être celle qui a le plus instantanément révolté les fans.

Et pour le coup, il faut dire qu’elle pose plusieurs problèmes bien réels. Non seulement on n’a jamais vu un personnage user de la Force de la sorte, et on ne peut pas dire que Leïa ait été caractérisée préalablement comme une Jedi capable de pareilles prouesses. Mais après tout, pourquoi pas, Star Wars a toujours aimé surprendre son spectateur, en tuant Obi-Wan, en révélant l’identité de Dark Vador... Alors, pourquoi ne pas tenter de renverser la table avec la princesse et commandante incarnée par Carrie Fisher ?

Et c’est là que le bât blesse, si on n’a pas forcément envie de reprocher à Johnson d’expérimenter, sa tentative arrive au plus mauvais moment. Non seulement elle piétine la belle émotion qui pointait alors que Kylo hésitait à tirer sur le vaisseau abritant sa mère, elle contredit le choc de voir Leïa nous quitter et elle donne enfin le sentiment de servir très opportunément à délayer la sauce, étirant plus que de raison un récit aux enjeux confus. 

 

photo, Carrie FisherVers l'infini et au-delà

 

POURQUOI CANTO BIGHT ?

Les aventures de Finn et Rose sur cette planète-casino posent quelques gros problèmes de rythme, cohérence et enjeux, et représentent très bien les faiblesses des Derniers Jedi. De l'apparition de Maz Kanata pour présenter la mission comme dans un jeu vidéo, au faux twist de DJ qui se révèle être aussi dangereux qu'il le disait lui-même dès le début, cette partie semble avoir été assemblée pour les mauvaises raisons : retarder l'intrigue, séparer les personnages, établir la relation entre les deux personnages destinés à s'aimer, placer quelques scènes d'action et poursuites, imaginer une planète pour varier les environnements...

Rien que le résumé de cette partie est ridicule : Finn est arrêté par Rose alors qu'il veut éloigner la balise de retour de Rey pour la protéger, et les deux décident de monter un plan pour infiltrer le vaisseau ennemi afin de neutraliser leur traqueur. Maz Kanata leur indique la planète où trouver l'homme de la situation, mais le duo est arrêté avant de le repérer, et ils rencontrent dans leur cellule un expert en piratage plus que louche, qui les libère. Les héros s'échappent en libérant des lévriers de l'espace, et sont sauvés par le hacker. Lequel finira pas les trahir alors que leur plan semblait être l'issue.

 

Photo Kelly Marie Tran, John BoyegaUn duo qui n'aide vraiment pas Les Derniers Jedi

 

Très nette impression de remplissage, de parenthèses successives et de péripéties artificielles, qui ne mènent à rien, et ramènent l'intrigue au même point. En retirant tout ça, Star Wars : Les Derniers Jedi arriverait quasiment à la même situation. Et les éléments importants (comme le fait que DJ révèle le plan de la Résistance à Hux) sont amenés avec tant de difficulté, que ça leur donne surtout des airs de forcing. Créer de gros obstacles et des échecs pour les héros est une bonne idée, mais avec tant d'efforts, de temps et de péripéties pour si peu, provoque surtout une frustration, et laisse la sensation d'une narration bancale.

Et ce n'est pas la seule chose qui appelle ces sentiments. Rien que l'affrontement entre Finn et Captain Phasma, personnage ô combien stylé et mis en avant dans la promo, est là encore un rendez-vous manqué, ou comment enchaîner pas mal de diversions grossières !

 

Photo Benicio Del ToroUn personnage raté et problématique

 

QUE VIENT FAIRE LAURA DERN DANS CETTE GALÈRE ?

S’il est un nouveau personnage avec lequel le public n’a pas été tendre, c’est bien la vice-amirale Holdo, interprétée par Laura Dern. Et pour le coup, une partie des problèmes pointés par les fans sont tout à fait légitimes. En effet, difficile de ne pas se dire que si Holdo existe, met en œuvre un plan secret qui n’a pas la moindre raison d’être secret et se sacrifie dans un rare élan de stupidité (se sacrifier ainsi de la part d’un leader militaire est un non-sens absolu, à fortiori en laissant derrière lui des troupes très affaiblies), c’est uniquement pour allonger encore un peu un film qui n’a pas tant de choses à raconter et ne souhaite pas brûler sa cartouche Leïa si tôt.

En revanche, les innombrables attaques concernant son costume ont de quoi laisser perplexe. Non seulement on voit mal en quoi il constituerait un reniement des canons esthétiques de la franchise, mais la prélogie nous a habitués à des attentats textiles autrement plus dangereux. Et enfin, il faut aussi reconnaître un vrai désir de la part de Rian Johnson de garder Star Wars vivant et créatif. Tout simplement parce que Holdo, en dépit d’une stratégie peu convaincante, nous offre un des plus beaux moments de toute cette fresque, qui culmine dans un geste kamikaze invraisemblablement beau, spectaculaire, plastiquement accompli, à la puissance imparable.

Et puis bon, le scénar a beau l’agiter un peu n’importe comment, c’est malgré tout à elle qu’on doit au personnage de Poe de prendre un peu d’épaisseur, et de renouveler le stéréotype créé par Han Solo.

 

Photo Laura DernRendez-nous la Présidente Roslin !

 

UNE ANTI-COURSE POURSUITE... STÉRILE ?

Autre facette de l'intrigue lourdement critiquée : la traque de la Résistance par les vaisseaux du Premier Ordre. La flotte menée par Leïa est plus rapide, et peut maintenir une distance de sécurité tout en se protégant des tirs ennemis, tandis que les méchants les pistent de loin, incapables de les rattraper ou les détruire, attendant que leurs réservoirs se vident pour les anéantir.

L'idée d'une poursuite infernale est intéressante, tout comme celle d'un compte à rebours. Mais il y a quelque chose de presque comique à voir ces dinosaures métalliques avancer lentement dans l'espace, dans une fausse tranquillité qui cache une lente mise à mort reposant sur une histoire un peu artificielle de vitesse. Le traqueur au centre de ce dispositif, puisqu'il empêche la Résistance de s'évader sans être suivie, semble là aussi un peu trop gros.

Alors que la Résistance lâche peu à peu ses vaisseaux secondaires, et que l'étau se resserre, tout le monde semble passif, comme bloqué sur une position pour occuper l'espace. La menace se ratatine, réduisant le Premier ordre à une bande de rageux pas très efficaces, tandis que la technologie devient le frein de tout et tout le monde, des deux côtés. Que tout se résolve avec le sacrifice spectaculaire de Holdo, pour une image aussi belle que pratique pour l'intrigue, est là encore un joker sorti de la manche pour tout terminer et passer à autre chose. Et entre Canto Bight et ça, Star Wars : Les Derniers Jedi laisse vraiment l'impression d'un énorme ventre mou.

 

Photo Domhnall GleesonVeuillez patienter

 

ILS ONT CASSÉ LA FORCE

Des héros qui en font un usage surpuissant et apprennent à la maîtriser en deux coups de cuillère à pot laser, une Leïa qui se la joue Kryptonienne, une mystique évacuée par les grands Yoda et Luke Skywalker en personnes, tel un pyromane et enfin un épilogue qui retourne complètement le concept initial de la Force. Aucun doute, la franchise s’est offerte ici la plus audacieuse expérience de déconstruction de son histoire. Ou plus exactement, sa plus grande déconstruction depuis L'Empire contre-attaque, dont on oublie souvent combien il écrase d’éléments d’Un Nouvel Espoir.

La trajectoire de Luke brutalement interrompue, la révélation de ses origines, jusqu’à son saut dans le vide, puis l’éparpillement des héros, venaient pulvériser une grande partie des éléments établis par George Lucas, qui fit tout son possible pour effacer ces accès de noirceur et de profondeur avec Le Retour du Jedi. À bien des égards, Rian Johnson respecte ici une des données premières de Star Wars, qui s’est constamment réinventé. Tout comme la prélogie choisissait de rompre avec l’ADN narratif de ses ancêtres, le cinéaste opère ici des choix qui transforment substantiellement l’univers.

Mais ils ont toujours participé de Star Wars, et c’est précisément grâce à ces ruptures que l’épopée a su rester, sinon moderne, au moins vivante. Et si « démocratiser la Force », crime de lèse-majesté s’il en est, n’était pas tout simplement une des meilleures façons de sortir de l’équation, parfaite mais balisée, qui structure Star Wars depuis des décennies ? Avec ces héros Campbellien en diable, George Lucas a établi une mystique, dont il n’est absolument pas déconnant qu’elle évolue avec le monde dans lequel elle croit.

 

photo, Mark Hamill, Carrie Fisher"Je reviens, je vais boire des larmes de fan"

 

SNOKE ON THE WATER

Il est terriblement paradoxal d’entendre de nombreux spectateurs se désoler du sort de Snoke, vaincu, trahi et tué par son apprenti, alors qu’un des premiers griefs visant Le Réveil de la Force visait justement l’air « générique », la redite après Palpatine, que constituait Snoke. Or, justement, le personnage est à la fois efficacement caractérisé et un bon moteur de renouvellement. Sous ses airs de successeur à l’Empereur, le Suprême Leader dévoile dans ce chapitre un goût pour l’apparat et un narcissisme qui seront bien sûr son talon d’Achille.

Techniquement impressionnant, inquiétant, dans son espèce de robe de chambre spatiale, à la fois redoutable et manifestement diminué par de terribles blessures, Snoke illustre le désir des Derniers Jedi de remettre les actions et les émotions des personnages au cœur du récit, plus qu’un cadre traditionnel par définition rigide. Ici, chaque protagoniste est en mouvement et existe pour s’accomplir, c’est ce qui fait de Kylo une force capable de le défaire. Ce grand méchant arrêté à mi-parcours n’était donc qu’un leurre ? Peut-on en ressortir de la frustration ?

Pourquoi pas, mais n’oublions pas que Star Wars a toujours su gagner en profondeur en nous ménageant des espaces d’interrogation, de questionnements, autorisant une créativité de la part du spectateur, il serait regrettable de s’en agacer aujourd’hui.

 

photo, Andy SerkisSnoke

 

L'HUMOUR N'A RIEN À FAIRE LÀ !

La sensibilité à tel ou tel type d’humour est éminemment subjective, mais reprocher à Rian Johnson d’avoir placé ici et là quelques pointes de loufoquerie, c’est oublier un peu vite l’héritage de la franchise en la matière, qui est conséquent, et le niveau de la Guerre des Blagues jusqu’alors, rarement inoubliable. Les Derniers Jedi aurait-il commis un crime contre la saga en laissant Luke traire un gros alien à trompe ? Les fans ont-ils raison de se scandaliser d’avoir été piégé par l’image d’un fer à repasser pris trop vite pour un vaisseau ? Faut-il se venger des Porgs ?

On est libre de le croire, mais alors, qu’on en finisse avec les Ewoks, qu’on ampute la moitié des vannes entre Han et Chewie, tant elles sont épaisses. Et ce bestiaire, si souvent traité de manière bouffonne ou absurde, comme dans l’antre de Jabba… Non, Rian Johnson n’a pas créé de rupture en ajoutant un peu d’humour et sa sauce. Il a au contraire proposé des gags plutôt malins, questionnant toujours le regard du spectateur. Et c’est peut-être cela, plus que la présence d’une quelconque forme de bizarrerie ou de dérision, qui a pris le public au dépourvu.

 

PhotoEwok ou e-woke ?

 

RIAN JOHNSON EST COUPABLE, FORCÉMENT COUPABLE

Il faut bien un coupable, et pour beaucoup de spectateurs, il s’agit logiquement de Rian Johnson, accusé d’avoir tout foiré, d’avoir ruiné la continuité de la saga, bref, d’avoir fait en quelque sorte cavalier seul dans la pire des directions. Sauf que ça n’a aucun sens. Vous pouvez bien haïr Les Derniers Jedi jusqu’à la moelle, Rian Johnson n’a pas kidnappé Star Wars pour lui faire subir les pires outrages, tout seul dans sa cabane au fond des bois.

Tout comme il semble un peu facile de prendre les récents propos de Kathleen Kennedy au sujet de la liberté laissée aux cinéastes au pied de la lettre. Les nombreux renvois de réalisateurs (Colin Trevorrow, Phil Lord et Chris Miller, etc.) en attestent avec évidence. Et c’est parfaitement logique. Si Disney a besoin d’auteurs, d’artistes pour élaborer une narration, il est évident que le studio ne va pas leur donner d’un produit qui représente un investissement de 4 milliards de dollars. Ce serait simplement irresponsable, voire contre-productif.

Et par conséquent, imaginer que le plan de Johnson n’a pas été pensé, accepté, validé, avec la supervision du studio, laissant le metteur en scène saccager ce qu'avait construit Le Réveil de la Force… relève purement de l’imagination. Bien sûr, après le spectaculaire énervement des fans, l’heure fut à la réécriture et au dérapage contrôlé en matière de communication, comme l’indique chaque déclaration de J.J. Abrams, vantant le film de Johnson tout en affirmant s’en différencier.

 

Photo Star Wars : Les Derniers Jedi"Et là, tu twerkes sur le cadavre de l'Amiral Ackbar"

 

LAISSONS LE TEMPS FAIRE SON TRAVAIL

Oui, Les Derniers Jedi a été détesté... par une partie du public... et à sa sortie. Une haine et un soi-disant désastre à nuancer donc.

Difficile de ne pas se souvenir que la prélogie a été conspuée, moquée, et traînée dans la boue galactique à sa sortie. Jar-Jar était le punching ball ultime, L'Attaque des clones n'a pas vraiment été mieux reçu, et à part La Revanche des Sith qui a réconcilié la majorité des spectateurs avec la saga, la prélogie de George Lucas était perçue comme la preuve de son incompétence. Tout lui a été reproché, de ses limites de scénariste et directeur d'acteur à sa propension à remâcher sa mythologie jusqu'à l'abîmer, en passant par un amour du merchandising et un univers de plus en plus niais et enfantin - d'autres diraient "Disney" comme synonyme.

 

porgsLe porg-peluche qui découvre Baby Yoda

 

Pourtant, le temps a calmé les esprits. La prélogie est désormais moins détestée, est défendue par certains (dont certains chez Ecran Large), et est même devenue le repère pour symboliser une autre époque où Star Wars était vraiment Star Wars, menée par un artiste et pas des business men, et pas une machine à jouets Disney. C'est presque comique, vu comme la prélogie porte en elle tous les signes d'une machine produite par Mickey, tout en étant la continuation logique de la franchise - après tout, Lucas avait capté la force du merchandising dès le début et les Ewoks sont vite arrivés.

Et il suffit de remonter au Réveil de la Force pour voir un même décalage avec le temps. Quand l'épisode 7 est sorti, il a récolté une vraie dose de violence chez certains, en très grande partie à cause des similitudes avec Un nouvel espoir. La paresse était la preuve de l'inutilité du film. Les Derniers Jedi a capté cette colère, au point que le film de J.J. Abrams a souvent été cité comme meilleur, ou disons moins pire. Quand on se souvient que L'Empire contre-attaque n'a pas été adoré par tout le monde à sa sortie, il y a de quoi se montrer curieux de voir comment cet épisode 8 sera perçu dans 5, 10 ou 15 ans. Il ne sera peut-être pas un grand Star Wars, mais probablement plus cette horreur décrite par certains.

 

photoQuand tu sais que le temps sera de ton côté

 

LA HAINE DE DISNEY

Et derrière cette haine se joue forcément la défiance vis-à-vis de Disney. Il y a bien sûr des raisons concrètes de s'alarmer : la surexploitation de la marque, l'aspect événement voué à disparaître avec l'omniprésence dans les salles sur les 10 prochaines années, les spin-off et séries dérivées. Mais Star Wars prend aussi pour l'omniprésence de Disney dans le paysage, et sa mainmise sur le divertissement et le business. De Marvel à Pixar, et encore et toujours plus avec le rachat de la Fox, le studio domine le marché, puisqu'il possède quelques-unes des plus grosses franchises que le public suit avec fidélité.

Bien sûr, c'est Disney qui a racheté Lucasfilm, et le contrôle de près ou de loin. C'est Disney qui a décidé de sortir Solo : A Star Wars Story cinq mois après Les Derniers Jedi, et qui est forcément responsables des productions très compliquées des deux spin-off notamment. C'est Disney qui a autorisé le lancement d'une trilogie avec une marge de manoeuvre narrative un peu trop grande. Le studio a bien entendu sa grosse part de responsabilité, et mérite donc naturellement d'être visé.

 

Photo John BoyegaParé au décollage, et au crash

 

Mais il n'y a qu'à voir la manière dont Kathleen Kennedy est traitée pour se rappeler que la franchise est un terrain miné, encore plus sous l'égide Disney. Boss de Lucasfilm depuis 2012, cette proche de Steven Spielberg et George Lucas a un impressionnant CV de productrice, qui réunit un paquet de films cultes (Retour vers le futurQui veut la peau de Roger Rabbit ?Gremlins, Indiana JonesJurassic Park, Les Goonies, La Liste de Schindler, Sixième Sens). Des décennies auprès des plus grands réalisateurs hollywoodiens, qui la comptent parmi leurs fidèles, en font l'une des personnalités les plus importantes et respectables du milieu. Et jusqu'à Star Wars, elle était dans l'ombre ou citée comme une productrice talentueuse.

 

Photo"C'était mieux avant"

 

Depuis Les Derniers Jedi, elle est souvent citée comme la source du mal, l'origine de ce chaos, et une personne à retirer de l'équation pour sauver la saga. Kennedy a certainement sa part de responsabilité elle aussi, comme tout boss de cette trempe. Mais qu'elle soit si personnellement visée, comme Kevin Feige, montre bien cette perpétuelle chasse aux coupables, et ce désir de présenter Disney comme une vile entreprise, qui emploie des soldats. Si c'est probablement vrai, c'est surtout la même chose partout, chez tous les studios. Disney a bien des défauts, des limites, des dérives, mais n'en a certainement pas le monopole.

Et notre dossier sur le pire et le meilleur de cet Episode VIII

Et notre classement de tous les Star Wars, du pire au meilleur.

 

Tout savoir sur Star Wars : Les Derniers Jedi

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commentaires
Rémi
28/10/2020 à 11:11

Je trouve le 8 plus audatieux que le 7. Le 7 a du potentiel mais on sent le réalisateur le cul entre deux chaises : d'une part faire de la nostalgie en nous ramenant des perso vieillots et peu utiles, et de faire du neuf d'autre part mais qui n'est pas aller assez loin dans le développement des personnages.

Le 8 est une bonne rupture et même si il y a beaucoup de défaut, il y a des scènes qui m'ont vraiment coupé le souffle :
-quand rey visite le coté obscur de la grotte
-le vaisseau rebelle qui traverse le vaisseau amiral du nouvel ordre
- l'affrontement Kylo/Luke qui est tellement bien écrit, filmé et amené... certes le personnage de Luke a peut être été mal traité durant le film, mais revoir ce vétéran blasé conssacrer ses dernières minutes de sa vie pour sauver la troupe et donner une leçon à un jeune arrogant était pour moi jubilatoire. C'est pour moi la plus belle scène de tous les star-wars réunis.

Le 9 est une catastrophe sans nom.

Monsieur Vide
27/10/2020 à 09:32

Pour répondre à la question du titre de l'article, non ce film ne mérite pas cette haine mais il est franchement tarte. C'est creux et ne correspond pas à l'idée d'un bon film pour moi. Et je parle de film en général pas d'un Star Wars particulièrement.
Quant à la scène du fer à repasser moi personnellement je la trouve cool et c'est tout à fait le genre de blague que ferait un Steven Spielberg soit dit en passant.

Ethan
27/10/2020 à 08:36

Quelle m ce film ! Enfin comme le 7 et le 9 !
Disney a racheté Star wars pour faire du fric.
Les gens sont tombés dans le panneau grâce à la logique commerciale. Certains se sont arrêtés au 7, d'autres au 8 comme moi et d'autres sont vraiment allés jusqu'au bout comme des moutons.

Ces films montrent bien la crise du cinéma. De moins en moins des films de qualité. Manque de scénarios originaux, trop d'effet spéciaux

Il y a également une certaine lassitude à voir des films en images trop brillante

Fox
27/10/2020 à 06:27

Cette trilogie est simplement mauvaise les acteurs sont nuls mal castrer kat Kennedy ne gère rien et n'as même pas lus le script et la validé elle est imcompetente et fait regner la terreur à Lucas film quand à rian Johnson il déteste star wars il à saboté et détruit cette franchise il là fait exprès en plus des année avant de prendre les commandes de star wars il à dit en interviews qu'il détester star wars et jj abrams ne comprend rien tous était réunie pour que rien ne marche j'ai vue les derniers Jedi j'avais l'impression de voir une parodie de star wars c'est pathétique et c'est un bras d'honneur à George Lucas et au fans comme moi c'est une honte ils sont pitoyables voilà.

Eddie9Felson
26/10/2020 à 13:50

@Kyle Reese
Excellent résumé de la gestion récente de l’univers SW et du ressenti (idem pour moi) des derniers films.

Arnal
26/10/2020 à 13:39

Voilà 3 "holiday special" bien pourritos. Le 7, "le réveil de la farce", passé le côté madeleine de proust du 1er visionnage, devient juste irregardable. Le 8, "le dernier des derniers", reste un bel hommage à Mel Brooks, quant au 9, "ascension à la marche", faut que je le revois. J'en attendais tellement rien au ciné qu'il m'avait amusé et même parfois ému. Le projet était enfin visible, bien qu'arrivant trop tard (et n'importe quel seigneur sith aurait pu remplacer l'empereur faisandé !!).

Les fans ont validé Rogue One, sont très indulgents envers la prélogie, même Solo (si, si), mais sans pitié pour cette trilogie du caca.

Vivement Le Mandalorien s02. Il a tout compris, lui :)

Jayjay
26/10/2020 à 13:34

Et Yoda qui pisse de rire sur les Jedi... Ce bon gros doigt adressé à tous ces demeurés de fans attardés... Superbe épisode pour tout ravager et repartir de zéro.

Max_Rider88
26/10/2020 à 11:46

Les causes du clivage sont complexes et multiples, bien qu’on puisse facilement circonscrire le problème à des questions de méthode et de management. Si l’on regarde bien les réactions du public depuis le retour de Star Wars sur grand écran en 2015, on peut facilement y déceler les principales étapes du deuil : l’Episode VII est celui du déni, l’Episode VIII celui de la colère et l’Episode IX celui de la résignation / de l’acceptation. En d’autres termes, Rian Johnson s’est retrouvé en plein milieu du maelström, cherchant à détourner l’attention du public par le biais de twists malhabiles, tout en déroulant tranquillement une vision méta-fétichiste de l’Empire contre-attaque. L'ironie absolue. Au final, l’Episode VIII a exactement les mêmes problèmes que le film précédent. Difficile dès lors d’y voir une quelconque volonté de « renverser la table » ou de « bousculer le mythe » de la part d’un réalisateur qui semble avoir toutes les peines du monde à convoquer autre chose que ses souvenirs d’enfance. Pas de haine donc, mais un profond désintérêt pour toute une génération qui n’en finit plus de s’auto-célébrer.

Marc
26/10/2020 à 11:37

Le pire Star wars c'est bien Star wars l'asencion des Skywalker quel gâchis ce choix qui n'a aucun sens Rey la petite fille de Palpatine qui ressort de nulle part avec une flotte impériale ... le baisers de Rey et de Kylo Ren WTF ....bref une trilogie qui commençait bien puis faute de 2 réalisateur une écriture qui ne sais pas où ils vont .
A long time ago in a galaxy far far away...

BoutLet
26/10/2020 à 11:31

Je croyais que kylo ren était le fils de Sophialo Ren ?

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