Joker entre dans l'histoire, marque des records... et bat Avengers ?

Geoffrey Crété | 26 octobre 2019 - MAJ : 27/10/2019 21:25
Geoffrey Crété | 26 octobre 2019 - MAJ : 27/10/2019 21:25

Joker avec Joaquin Phoenix, réalisé par Todd Phillips, est le plus gros succès de tous les temps pour un film Rated R.

Avengers : Endgame a peut-être gagné la place du plus gros succès de tous les temps, avec 2,79 milliards, mais Joker a son propre record : celui du plus gros succès pour un film Rated R (interdit aux moins de 17 ans non accompagnés aux Etats-Unis). Une place qu'il prend à Deadpool 2 (qui avait tout de même encaissé dans les 50 millions grâce à une version non Rated R justement) et qui le place devant des succès comme DeadpoolMatrix ReloadedÇaLoganLa Passion du Christ ou encore Very Bad Trip 2 (sans compter l'inflation).

Retour sur ce sacre, qui n'a pas fini de briller en salles.

 

photo, Joaquin PhoenixLa victoire est mienne

 

LE BUDGET

Si le succès de Joker de Todd Phillips est aussi grand, c'est parce qu'il a coûte peu : entre 55 et 70 millions max, selon The Hollywood Reporter et Deadline. C'est un budget officiel très modeste, qui n'a évidemment rien à voir avec ceux des autres films de super-héros. Avengers : Endgame a coûté 300-350 millions, Captain Marvel entre 150 et 175 millions, et même Shazam! est au-dessus des 100 millions. Même chose pour Venom.

Le premier Deadpool avait coûté à peine 60 millions, et Deadpool 2 le double. Logan était plus cher : autour des 100 millions.

A ce budget officiel s'ajoute le budget marketing, indispensable pour vendre et exister aux yeux du public. Deadline parle d'un budget de 120 millions. C'est beaucoup, mais c'est logique dans le paysage actuel. Et ce n'est rien comparé à Endgame, qui aurait coûté dans les 200 millions, rien qu'en promo.

Joker aurait donc coûté au minimum 180 millions.

A noter que les coûs ont été divisés entre la Warner, Bron Studios et Village Roadshow. The New York Times a détaillé cette coproduction, forcément compliquée et risquée pour la Warner, qui a déjà encaissé le désastre Justice League. La prudence a donc été de mise : les coûts ont été divisés en trois (50% pour Warner, 25% pour Bron Studios, 25% pour Village Roadshow)... ce qui signifie que le gâteau sera au final coupé en trois aussi, avec avantage pour Warner.

 

photo, Joaquin Phoenix La classe, le sourire, le carton

 

LE BOX-OFFICE MONDIAL

Près de 850 millions et ça tourne encore. C'est désormais le plus gros succès Rated R.

C'est beaucoup. Sans inflation, c'est déjà plus que Shazam! (364 millions), Justice League (657 millions), Man of Steel (668 millions), Suicide Squad (746 millions) et Wonder Woman (821 millions). Ne reste que Batman v Superman : L’Aube de la justice (873 millions), et le leader Aquaman (1,1 milliard).

Pour la comparaison avec Marvel, c'est plus que Les Gardiens de la Galaxie (773 millions), Doctor Strange (677 millions), ou encore Ant-Man et la Guêpe (622 millions).

Et pour une comparaison qui a du sens (film dans un univers de super-héros mais sans vraie toucher super-héroïque, centré sur un personnage noir, Rated R) : Logan avait fini sa carrière autour de 619 millions.

Les 900 millions semblent incontournables. Joker va t-il atteindre le milliard ? Pas impossible. Tout dépendra en partie du succès de Terminator : Dark Fate, Doctor Sleep, et quelques autres, qui peuvent lui barrer la route.

L'année n'est pas finie, La Reine des neiges 2 et Star Wars : L'Ascension de Skywalker arrivent, mais Joker est déjà le 7ème plus gros succès de 2019, juste devant Fast & Furious : Hobbs & Shaw (758 millions). Dans les six premières places, Avengers : EndgameLe Roi LionSpider-Man : Far from homeCaptain MarvelToy Story 4 et Aladdin ont tous passé la barre du milliard.

 

photo, Frances Conroy, Joaquin Phoenix Quand tu viens nourrir le bilan compta de DC chez Warner

 

LE BOX-OFFICE DOMESTIQUE

Plus de 277 millions, et les compteurs tournent encore. C'est plus que Justice League, qui n'a pas atteint les 230 millions. C'est également plus que Shazam! (140 millions).

Côté domestique, l'univers étendu DC est mené par Wonder Woman (412 millions), Aquaman (335 millions), Batman v Superman : L’Aube de la justice (330 millions) et Suicide Squad (330 millions).

Joker se retrouve au niveau d'un Doctor Strange (232 millions) et Captain America : Le soldat de l'hiver (359 millions), qui ont bien sûr coûté beaucoup plus cher.

C'est également plus que Logan, qui avait encaissé dans les 226 millions.

 

photo Joker : accueilli avec des rires lors de l'annonce, puis comme un roi en salles

 

LE BOX-OFFICE INTERNATIONAL

Plus de 571 millions hors box-office domestique. C'est plus que Shazam (224 millions), Man of Steel (377 millions), Wonder Woman (409 millions), Suicide Squad (421 millions), et Justice League (428 millions). Batman v Superman (543 millions) est en ligne de mire, et devrait être dépassé. Joker serait alors le plus gros succès de DC depuis la trilogie de Christopher Nolan. Green Lantern, lui, avait encaissé dans les 103 millions à l'international en 2011.

Le film a surtout marché au Royaume Uni (37 millions), en Corée du sud (29 millions), au Mexique (29 millions), en Russie (20 millions), et en Australie (19 millions).

Quid de la Chine ? Sauf miracle, Joker n'aura pas droit à une sortie là-bas : ce film où se déroule en toile de fond un soulèvement populaire, autour de l'affrontement entre les puissants et la masse de citoyens, et d'une apocalypse civile, est l'absolu contraire de ce que la Chine laisse voir à la population.

Logan était sorti en Chine et avait encaissé plus de 100 millions. Le mauvais côté : c'est potentiellement un gros manque dans les recettes. Le bon : même sans ça, Joker cartonne, et n'en sortira que plus grand.

 

photo, Joaquin Phoenix Dernière retouche avant d'écraser les autres

 

LE BOX-OFFICE FRANÇAIS

2,8 millions d'entrées jusque là. C'est très loin d'Avengers : Endgame (6,8 millions) bien sûr, et globalement de tous les films de super-héros de ces dernières années. La comparaison n'a pas de sens vu comme Joker n'a pas grand chose à voir avec ces films, mais ça reste drôle puisque le film avec Joaquin Phoenix a attiré plus de monde qu'Iron ManX-Men : Le CommencementX-Men : ApocalypseX-Men : Dark PhoenixVenomLes Gardiens de la GalaxieDoctor StrangeCaptain America : Le soldat de l'hiverAnt-ManAnt-Man et la GuêpeThor, Thor : Ragnarok et bien d'autres.

Seule comparaison pertinente là encore : Logan, qui avait réuni 2,3 millions de personnes.

 

photo,  Joaquin PhoenixQuand tu compares ta rentabilité à Joker

 

LES RECORDS

Joker a donc pris à Deadpool 2 la place de plus gros succès pour un film Rated R. Ce n'est pas rien, puisqu'une telle classification freine forcément l'exploitation aux Etats-Unis, territoire majeur pour les studios.

Un record compté sans inflation pour rappel, car sinon nul doute que Matrix Reloaded (742 millions en 2003) est bien au-dessus.

Mais il n'y a pas que ça : ce succès avec ce budget réduit fait de Joker un succès immense, à la rentabilité plus bien folle qu'un blockbuster du MCU par exemple. Les Avengers rapportent très, très gros, mais coûtent beaucoup en premier lieu. Deadline affirme ainsi que le film de Todd Phillips devrait rapporter près de 500 millions de bénéfices (à couper en trois parts, encore une fois), soit un chiffre proche d'Avengers : Infinity War (les détails de ce succès par ici) et Black Panther (qui avait été un phénomène incroyable). Ce serait le double d'un Aquaman, d'un Venom, d'un Wonder Woman et d'un Deadpool. Bref, Joker explose toute la concurrence avec sa formule.

Encore un peu de patience pour savoir jusqu'où ira le film au box-office.

 

Affiche Rated RBlagounette de Ryan Reynolds

 

LES CONSÉQUENCES

La première : Joker aura t-il une suite ? Certes, l'équipe a paradé avant la sortie en répétant que c'était un film unique, hors de l'univers étendu. Mais Joaquin Phoenix a aussi répété pendant des mois qu'il n'avait jamais entendu parler de ce rôle, affirmant qu'il ne serait pas le nouveau Joker. Forte possibilité d'un bullshit promo pour travailler l'image de marque d'un film à part donc, ou simple décision de ne rien vendre avant d'avoir eu l'approbation du public - chose que trop de blockbusters oublient ces dernières années.

L'acteur a depuis eu des paroles plus nuancées, les rumeurs montent, et il y aurait bien des pistes pour continuer l'histoire d'Arthur Fleck. Vu ce succès, la Warner aurait toutes les raisons du monde de relancer la machine.

Là arrive la deuxième option : partir non pas sur une suite à proprement parler, mais ouvrir une saga parallèle de films uniques, hors DCEU, avec la même formule (noir, violent et pas cher : prestige en somme). L'idée d'une étiquette DC Dark collée sur des films aux budgets plus modestes, qui permettent plus de liberté, traîne depuis quelques années. Ce serait une manœuvre intelligente : plutôt qu'une méga-franchise comme le MCU, qui offre chaque année des doses d'un même spectacle, DC pourrait avancer dans deux directions en parallèle.

En gros : un Aquaman grand public et coloré qui tape le milliard et gratte le public Marvel, puis un Joker sombre et adulte qui touche un autre public et brille côté critique.

 

photo, Todd PhillipsOn ira loin, je te le garantis Bobby

 

Ce serait l'équivalent des spin-off A Star Wars Story, que Disney avait lancé avec Rogue One : A Star Wars Story dans l'espoir d'avoir une franchise parallèle. Le bide de Solo : A Star Wars Story a remis les choses en perspective, mais l'idée a du sens pour des studios qui cherchent à occuper le terrain et attraper le public, chaque année, dans le cadre d'une super-franchise.

Joker aurait alors droit non pas une suite sur Arthur Fleck, mais à des dérivés symboliques, conçus sur le même modèle. Et le catalogue DC offre beaucoup de possibilités. Une origin story sur Double-Face ? Le Pingouin ? Catwoman ? Mister Freeze ? Ou du côté des gentils, avec Robin ? Le triomphe du film, autant côté critique que public (sans compter la campagne aux Oscars, qui arrive), serait un argument en or pour attirer des réalisateurs et acteurs.

 

Photo Gal GadotLa nuit est tombée sur le DCEU

 

Avec un risque néanmoins : que tout cela devienne obscur et illisible pour le grand public, qui a déjà vu deux Joker (Jared Leto et Joaquin Phoenix) en l'espace de quelques années, et pourrait vite s'y perdre si l'univers DC est démultiplié ainsi. Les prochains rendez-vous sont Birds of Prey et la Fantabuleuse Histoire de Harley Quinn en février 2020, Wonder Woman 1984 en juin 2020, The Batman en juin 2021, The Suicide Squad en août 2021, sans oublier Aquaman 2 et le spin-off Trench, le projet The Flash toujours en attente, Shazam! 2 et Black Adam.

Où se situe le Joker Phoenix là-dedans ? Celui de Jared Leto est-il totalement oublié, comme le veut la rumeur ? La galaxie DC actuelle va t-elle être officiellement scindée en deux, avec l'univers étendu d'un côté (autour d'une Ligue des justiciers) et des films solo de l'autre ? Ou Phoenix va t-il croiser la route de Robert Pattinson en Batman dans la trilogie annoncée ?

Après avoir longtemps cherché son identité, entre un Batman v Superman : L’Aube de la justice souvent moqué et quasi renié par le studio, et un Aquaman considéré comme une copie carbone d'un Marvel, la Warner semble en tout cas avoir trouvé une direction solide avec DC.

 

Affiche US

commentaires

Tony
25/11/2019 à 03:48

J’espère bien que le Joker de Leto n'existe plus (cette daube).

Noax
11/11/2019 à 15:01

Sur box office mojo, en worldwide all-time, il y a actuellement un "combat clin d'oeil" intérressant ;) (The Dark Knight - 1.004B vs Joker - 0.994B)

Xprocessor
29/10/2019 à 10:15

Même si, dans une récente interview, Joaquim Phoenix préférait utiliser le mot "expérience" à celui de "performance" pour parler de son interprétation saisissante, c’est pourtant bien la performance de l'acteur qui fait de ce film ce qu'il est. Phoenix joue un Joker habité, crédible et transcendé par une colère rentrée, par la médiocrité du monde, par la dégénérescence de sa propre santé mentale... Le film en est bouleversant de radicalité crue... Une danse macabre dans un monde à feu et à sang. Film unique donc... petite merveille de cinéma dont on attendait pas grand chose vu le CV peu avenant de Todd Phillips... Et pourtant, je ne veux surtout pas de suite à ce film. Certains miracles doivent rester uniques.

Opale
28/10/2019 à 07:59

849 millions de recettes et le film continue à cartonner un peu partout... Incroyable. J'ai lu quelque part que le milliard était atteignable, je n'y croyais pas du tout, mais maintenant...

Mr saviuk
28/10/2019 à 00:06

Voilà une adaptation parfaite de «comics», qui ne reste pas collé à l'oeuvre originale et qui pourtant fonctionne. Difficile de trouver un défaut à ce film. C'est du bon cinéma à l'ancienne qui prouve que sans cgi on peut réussir un très bon film. Bravo à Todd Phillips ( dieu sait que j'avais peur en apprenant qu'il allait réaliser ce film) et aux acteurs, tous brillants. Seul bémol, faire une suite serait une erreur à mon sens.

Pat23j
27/10/2019 à 22:01

La barre est haute ! Tres haute! En esperant que si il font une suite se sera dans le même cren

Geoffrey Crété - Rédaction
27/10/2019 à 21:44

@Louis
@Sebastien

Ces chiffres semblent aberrants mais sortent vraiment de sources et médias crédibles.

Par ex, les pub TV notamment aux USA, coûtent cher. C'était encore récemment la moitié du budget qui partait de ce côté. Pour Terminator, c'est quasi 7 millions dépensés en moins d'une semaine à titre d'exemple. Il n'y a qu'à voir le prix d'une minute lors du Super Bowl pour imaginer la guerre en coulisses pour avoir une visibilité énorme et donc, coûteuse...

Il faut ajouter à ça toute la campagne elle-même (les affichages, les installations... même une bande-annonce est faite par des gens, souvent des boîtes extérieures, avec parfois des musiques conçues spécialement pour ça, ou dans d'autres cas des musiques pré-existantes dont il faut acheter les droits), les tournées promo à travers le monde avec une partie de l'équipe, des événements spéciaux pour célébrer les lancements, tout le côte web (ce sont des équipes : les relations presse, ce sont des coûts), les partenariats pour qu'un film apparaisse un peu partout...
Très vite, la note grimpe...

Sébastien
27/10/2019 à 16:35

Marrant ses critiques de "rageux" d'un film par ailleurs encensé. Non seulement ils sont passés à côté du film et ne veulent pas l'admettre, mais ils cherchent à tous prix à le dévaloriser.
On est pas obligé de crier au chef-d'oeuvre, mais la moindre des modesties seraient de reconnaitre ses qualités formelles au minimum.
L'exact contraire de Star Wars, où les films sont réellement critiquables et critiqués mais où il semble interdit de faire preuve d'un peu d'indépendance d'esprit.
Je remarque aussi que ceux qui n'ont pas aimé le film attendaient un Marvel-Disney de plus. Comme s'il n'y en avait pas assez...
Je suis très heureux que le film provoque un tel engouement. Cela démontre une forte attente pour un d'autres types de cinéma. Rien que pour ça, Joker est indipensable.

Sébastien
27/10/2019 à 16:28

@ Louis

Je n'ai jamais cru à ces budgets publicitaires. La pub est faite avant-tout par les relations presse et le bouche à oreille. Ou alors il s'agit de budgets "graissage de pattes".
La diffusion de bande-annonces coûtent zéro, donc je ne vois pas la justification de telles sommes.

Louis
27/10/2019 à 16:03

Difficile à croire que produire le fil. Coûte 70 millions et la pub 120 millions

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