Rambo II : cette fois c’est bien sa guerre, on repart au front

Simon Riaux | 10 mai 2021 - MAJ : 10/05/2021 16:16
Simon Riaux | 10 mai 2021 - MAJ : 10/05/2021 16:16

Sylvester Stallone était de retour dans Rambo : Last Blood le 25 septembre 2019. Le vétéran du Viêtnam y a une nouvelle fois massacré plein de méchants, armé de son arc et de son gros couteau. Mais avant, il y avait Rambo II : La Mission, diffusé ce soir à 21h15 sur C8.

Devenue une des franchises emblématiques de la carrière de son interprète, la saga s’est transformée et a muté à travers les âges, au gré des changements de mode, des bouleversements politiques et de la carrière de Sly. Alors que le cinquième chapitre de cette fresque qui fleure bon la viande a divisé la critique et les spectateurs, on revient sur les épisodes précédents.

On a attaqué les hostilités avec Rambo et on poursuit avec Rambo II : La Mission, réalisé par George P. Cosmatos en 1985.

 

Photo Sylvester StalloneL'arc fait enfin son apparition !

 

POURQUOI C’EST GRAVE SA GUERRE

Après avoir laissé sa rage s’exprimer dans le comté de Hope, John Rambo purge une longue peine de prison. Mais le colonel Trautman ne tarde pas à réapparaître pour lui annoncer une terrible nouvelle. Les Vietnamiens, ces salauds, ont toujours en leur possession des prisonniers de guerre américains, qu’ils se plaisent à torturer sans fin, comme le fut notre héros des années plus tôt. Pour John, c’est l’occasion de renverser la vapeur, de venger la terrible défaite et les pertes lourdes essuyées par l’armée américaine et de sauver d’autres héros américains.

Il accepte donc de repartir pour le Viêtnam. Ses ordres sont simples : photographier les prisonniers afin de prouver leur existence au public, sans engager le feu avec l’ennemi, afin de préserver les USA de tout souci diplomatique. Parachuté à proximité de son objectif, Rambo perd tout son équipement, et se retrouve seulement avec son mythe et son couteau.

 

Photo Sylvester StalloneL'heure de la vengeance a sonné

 

Sur place, il retrouve Co-Bao, combattante avec qui il a manifestement échangé des gamètes jadis. Mais il ne peut se résoudre à seulement photographier les prisonniers, et tente d’en sauver un. Redoutant l’incident diplomatique, Murdock refuse donc d’extrader John, qui est fait prisonnier. Il n’était donc qu’un élément de communication, un outil sacrifiable par la même administration pleutre qui lui fit connaître l’enfer du Nam des années plus tôt.

Très colère, tout musclé et pas d’une super humeur, Rambo transforme la moitié du pays en compote, retrouve Murdock et le menace de lui offrir un détartrage à la soude s’il n’aide pas tous ces soldats innocents que les USA ont laissé tomber.

 

Photo Sylvester StalloneLa passion du... heu... de Sly

 

BOX(E)-OFFICE

Le premier Rambo fut une belle opération, un véritable succès… Mais c’est Rambo II : La Mission qui transforme cette réussite initiale en phénomène populaire mondial, transformant le personnage en icône. Les 125 millions de dollars de recette du précédent film sont tout simplement pulvérisés puisqu’au total, ce nouveau Rambo amasse 300 millions de dollars de recettes, pour un budget de 44 millions.

L’opération est un succès monstrueux, qui reviendrait, en ajustant l’inflation, à miser 105 millions pour en toucher 715. À titre de comparaison, le film de l’année 2019, John Wick : Parabellum, a coûté moins cher puisque son budget avoisine les 75 millions de dollars, mais n’a rapporté que 321 millions. Quelques données qui permettent de saisir l’impact du film sur Hollywood.

En France, Rambo II transforme Stallone en légende instantanément. Le film opère d’ailleurs une bascule symbolique, puisqu’il permet à la star hollywoodienne de passer devant Belmondo au box-office français, soit un succès que personne n’avait anticipé. Au niveau des entrées, la réussite est tout aussi phénoménale, puisque dans l’Hexagone, 5,8 millions de spectateurs sont allés assister au film.

 

Photo Sylvester StalloneTendu ce AirB'n B

 

GUERRE SALE

À bien y regarder, Rambo II est un reniement total du premier film. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que son titre original est « First Blood : Part Two », comme si le projet du blockbuster était bien de nier la dimension unitaire du premier volet, le rattacher indiscutablement à sa suite, et amoindrir ainsi sa charge politique contre les USA tout en effaçant a posteriori le désespoir qui le traverse.

Jusque dans l’affiche se noue un dialogue étrange. Nous retrouvons l’image de John Rambo, de face et armé. Mais les vêtements sales du précédent opus et la mitraillette ont disparu. C’est désormais un corps idéalisé de super héros qui prend toute la place, tandis que la sulfateuse a laissé la place à un surréaliste lance-roquettes. Le ton est donné.

Psychologiquement et politiquement, le personnage a totalement changé. « Cette fois, on y va pour gagner, colonel ». Une réplique qui explique le plus simplement du monde le programme de Rambo II, totalement impensable dans la bouche du vétéran traumatisé que nous suivions dans le premier épisode. Il faut désormais recommencer la guerre, porter le fer chez l’ennemi et triompher symboliquement, tout un programme. Oubliez les larmes, oubliez l’homme brisé, Sylvester Stallone joue ici un dieu de la guerre convoqué pour punir les belligérants d’hier.

 

Photo Sylvester Stallone"Pourritures communistes !"

 

Le film est une sorte de bizarrerie idéologique, de rêve reaganien humide et simpliste, qui 35 ans après sa sortie témoigne jusqu’à l’absurde de la toute-puissance des États-Unis et de leur cinéma. Imagine-t-on à l’époque un film vietnamien présentant un commando décidé à botter des culs américains, ou une production française narrant comment un soldat partirait venger les victimes du FLN par dizaines sur le territoire algérien ?

Non, la proposition semble d’un mauvais goût et d’une violence politique invraisemblable. Et pourtant, si quelques-uns font alors de Stallone le héraut du conservatisme américain, ils ne peuvent nier que le récit file à toute allure, va à l’essentiel, ne perd jamais de temps. On considère le film bourré de clichés, mais on oublie souvent combien il a justement contribué à créer ces archétypes, et donc la puissance de son système de représentation.

 

Photo Sylvester StalloneLe dieu de la guerre vous salue bien

 

Abandonnant presque toute chorégraphie pour prioriser une vision guerrière presque antique, le film accouche d’images inoubliables, tel le corps sculpté de Stallone, luisant de sueur et de cordite, illuminé par un ciel orangé, les douilles fendant l’air tout autour de lui. Le long-métrage devient pur objet de propagande, mais un objet particulier, assez fascinant, un tract qui croit en lui-même. Car à aucun moment le projet ne semble phagocyté par un quelconque cynisme, jamais il ne paraît téléguidé par un mépris quelconque pour ses personnages ou son public.

Ainsi, Rambo II : La Mission, jusque dans ses clichés les plus foireux (le personnage sacrifié minablement de Co incarné par Julia Nickson) ou la vision fantasmée de la guerre (si on y souffre c'est à cause des bureaucrates, pas à cause... de la guerre), affiche une candeur étonnamment communicative.

 

photoLa faute à pas de chance

 

Enfin, George P. Cosmatos est tout sauf un manchot, et emballe l’ensemble avec un solide sens du spectacle et une grande lisibilité. Maintes fois caricaturé, son travail n’en demeure pas moins un énorme moment d’aventure sur grand écran, qui témoigne d’une forme de candeur guerrière presque inimaginable aujourd’hui. C'est d'ailleurs grâce à la réussite iconographique de son blockbuster que nous avons pu nous repaître de parodies telles que Hot shots !, ou de prolongations folles, telle la saga Delta Force.

En fin de compte, ce Rambo II : La Mission rappelle son aîné en cela qu'à sa manière, il adopte totalement le ton de son époque, ses thèmes, ses outrances, sa naïveté, son trop-plein de folie. Le tout avec une puissance d'arrêt qui en fait un classique instantané.

 

Affiche française

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commentaires
Rambedo
11/05/2021 à 16:02

On n'en voit plus des acteurs qui donnent autant de leur physique. Tout est aseptisé, plus rien n'est crédible désormais.

Bob
11/05/2021 à 10:11

Rambo c'est comme Bond, généralement un film sur deux est excellent.
Rambo 1: Chef d'oeuvre.
Rambo 2: Tuerie Jouïssive
Rambo 3: Daube Soporiphique.
Rambo 4: Chef d'oeuvre DE VIOLENCE !
Rambo 5: Bon Taken, Mauvais Rambo.
Rambo 6: Il faut que ce soit un chef d'oeuvre ! (RDV en 2027)

Pat Rick
10/05/2021 à 20:39

En le prenant comme un film d'action, il est très efficace.
Je l'ai revu récemment avec plaisir, et en effet les scènes d'action sont d'une grande lisibilité.

Commentaire de paix et d'amour
08/10/2019 à 16:44

Simon Riaux qui botte en touche, c'est beau

Simon Riaux - Rédaction
08/10/2019 à 15:02

@Grand Monarque

Comparer votre argumentaire à une citation des Nuls, je ne l'avais pas vue venir.

Grand Monarque
08/10/2019 à 11:09

question:test: si on a droit de dire /ecrire "pourriture communiste" ou" pourriture nationaliste" alors on a le droit de dire "pourriture islamiste"( toujours dans un esprit d'amour de paix et et de tolerance!)
sa guerre c'est le Viet et les Rouge+ mexicos, mais il pourrait poursuivre sa guerre en Europe face à la religion d'amour de tolerance et de paix qu'on pas le droit de nommer j'imagine en France/Europe on pourrait faire des tas de film sur le sujet avec Rambo

Stridy
08/10/2019 à 07:32

Clairement le film de la saga que j'aime le moins.

A moitié sérieux alors que c'est de la démesure totale. À moitié drôle, mais beaucoup moins que le 3eme.

prof west
08/10/2019 à 06:30

Ah ça c'était du bon John c'est bien loin tout ça

sylvinception
10/09/2019 à 12:16

Loulou ?... Oui, c'est moi.

Simon Riaux - Rédaction
10/09/2019 à 10:19

@Zakari

Loulou, quand on porte une accusation, on l'étaye. Pour ma part je n'ai rien à démontrer.

Du reste, puisque vous ignorez manifestement le sens du terme plagiat et n'êtes pas en mesure de citer la moindre ressemblance entre ce texte et celui de Mad (estimer qu'un papier de quelques milliers de signes peut plagier un hors-série de plusieurs dizaines de pages est en soi très cocasse...), oui un dico et des lunettes vous feraient du bien.

Et ne jouez pas les vierges effarouchées. En nous accusant de plagiat, c'est vous qui êtes dans l'insulte.

Et oui, on attend toujours que vous avanciez un semblant d'argument.

Bisous tout doux.

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