Men in Black : les origines surprenantes et bien dark d'une saga aimée de tous

Christophe Foltzer | 16 juin 2019
Christophe Foltzer | 16 juin 2019

Le 12 juin dernier, les Hommes en noir sont revenus sur nos écrans après 7 ans d'absence, à l'occasion de Men in Black : International. Si le résultat ne nous a pas conquis (notre critique ici), il est pourtant intéressant de revenir sur les origines de cette saga ô combien sympathique.

 

PASSÉ SOMBRE

Si les films comic-books ont clairement envahi nos écrans depuis 11 ans grâce aux efforts de Marvel, DC et consorts, le premier Men in Black de Barry Sonnenfeld, sorti en 1997, est peut-être le premier long-métrage à avoir prouvé aux studios qu'une adaptation de comics faite avec sérieux et passion pouvait cartonner en salles. Bien avant Blade et Spider-Man. Alors qu'on ne le cite jamais, c'est peut-être lui qui a, en définitive, lancé la mode.

 

photo Tortues Ninja ComicsDes Tortues très différentes de ce qu'elles sont aujourd'hui

 

Pourtant, à l'inverse des super-héros les plus célèbres du moment, Men in Black n'est pas à proprement parler une bonne adaptation de son matériau d'origine. En effet, à l'instar des Tortues ninja ou encore de The Mask, le comics Men in Black a connu d'importantes transformations pour pouvoir intéresser un large public, majoritairement adolescent. Parce que, voyez-vous, à l'origine, Men in Black, ce n'est pas forcément pour les enfants.

Déjà, parce que le comics traite d'un thème cher aux fans de complotisme de tous âges, et que nous allons expliquer rapidement ici : les hommes en noir.

 

photo The Mask ComicsEt on ne parle même pas de The Mask

 

L'origine des Hommes en noir remonterait à la fin des années 40 aux États-Unis, suite à plusieurs témoignages indiquant la visite de personnes énigmatiques après avoir assisté à un phénomène extra-terrestre ou étrange. Il s'agirait d'hommes habillés d'un complet noir, se déplaçant généralement par trois, qui se rendraient chez les témoins pour les décourager de parler publiquement de leur expérience aux frontières du réel.

Pour certains, ils seraient des agents du gouvernement appartenant à un service occulte, tandis que pour d'autres, ils seraient des créatures mystérieuses à l'apparence humaine qui possèderaient une voix électronique et utiliseraient un vocabulaire dépassé tout autant qu'ils semblent décontenancés par les objets du quotidien, comme s'ils ne les connaissaient pas.

La culture populaire et les milieux complotistes ont tôt fait de s'intéresser à ces étranges hommes (et parfois femmes) en noir, au point de mener, d'un côté, des études et des enquêtes très sérieuses sur le sujet et, de l'autre, d'en faire une figure pop propice à insuffler du mystère. Il était donc évident qu'à un moment donné un auteur s'emparerait du sujet pour créer une histoire autour.

 

photo Hommes en noirDes hommes étranges aux origines mystérieuses

 

LES PREMIERS MEN IN BLACK

Le comics The Men in Black, écrit par Lowell Cunningham et dessiné par Sandy Carruthers, parait pour la première fois en janvier 1990 pour une minisérie composée de trois numéros, chez l'éditeur indépendant Aircel. La société venait d'être rachetée par Malibu Comics, grand pourvoyeur d'oeuvres indépendantes qui sera lui-même racheté par Marvel en 1994.

À la suite du succès de la première minisérie, une autre est commandée dès l'année suivante et publiée entre mai et juillet 1991. Juste avant qu'Hollywood ne mette une option sur la série et en développe un film qui sortira finalement en 1997, Men in Black, réalisé par Barry Sonnenfeld, avec Will Smith et Tommy Lee Jones dans les premiers rôles.

 

photo Men in BlackDeux salles, deux ambiances

 

Pourtant, si le film respecte le comics sur le principe, dans la forme, il s'en éloigne beaucoup. Première différence notable, si dans le comics les héros s'appellent bien Jay et Kay (J et K dans le film), Jay n'est pas du tout afro-américain, mais un homme caucasien tout ce qu'il y a de plus banal avec ses cheveux blonds. Kay, quant à lui n'a pas trop changé.

Cette évolution notable d'un des personnages est à mettre au crédit du réalisateur Barry Sonnenfeld qui voulait à tout prix Will Smith dans son film, convaincu qu'il serait parfait dans le rôle. L'Histoire lui a donné raison.

Autre grosse différence : le ton. Si le film est une comédie fantastique avant tout bon enfant, le comics, lui, à l'image des Tortues ninja et de The Mask, verse dans le dark, le sombre, le caustique et l'ultra-violence. Parce que oui, The Men in Black ne fait pas vraiment dans la dentelle, c'est même l'un de ses principes de base.

 

photo Men in BlackJay et Kay, pas là pour la déconne

 

En effet, les Hommes en Noir du comics, dans leur mission gouvernementale top secrète, ont à peu près carte blanche sur les moyens à employer pour contenir la menace qu'ils combattent : le comics ne leur impose en effet aucune limite en termes d'action et de destruction, puisqu'ils n'hésitent jamais à torturer et à tuer pour arriver à leurs fins.

La dernière grosse différence se situe au niveau même de la menace qu'ils combattent. Si dans les films, le MiB n'existe que pour réguler l'immigration extra-terrestre, dressant ainsi un parallèle avec la politique migratoire des États-Unis (notamment vis-à-vis du Mexique), le comics, quant à lui, ne se limite pas à ce simple champ d'action.

Effectivement, les Men in Black d'origine investissent tout ce qui relève de l'inexpliqué et il n'est pas rare de les voir combattre autre chose que des aliens enragés : ils affrontent également des vampires, des loups-garous, des mutants, des démons et même des zombies. Heureusement, et c'est le gros point commun avec les films, ils disposent d'un "Neuralyzer", le fameux appareil qui permet de flashouiller les témoins et leur faire oublier tout ce qu'ils ont vu.

 

photo Men in BlackCouverture du premier épisode, ça donne tout de suite le ton

 

UNE ÉVOLUTION OBLIGATOIRE

La sortie du premier Men in Black étant un franc succès puisque, pour 90 millions de dollars de budget, il en a rapporté plus de 589 millions à travers le monde, on aurait pu penser que cela aurait remis un coup de projecteur sur le comics d'origine. Ce n'est pas totalement vrai. Et pas totalement faux non plus.

Le gros avantage de cette exploitation cinéma, c'est qu'elle a permis à un comics réellement indépendant, dessiné en noir et blanc, au design inégal et imprimé sur du papier de mauvaise qualité, de se faire un nom dans le coeur du grand public. Si la première minisérie est réimprimée pour l'occasion dans de meilleures conditions, c'est à ce moment que la saga va connaitre deux chemins différents.

 

photo, Will Smith, Tommy Lee JonesLe film qui a tout changé

 

Pour capitaliser sur le succès du film, une adaptation en comics du premier film est logiquement créée par Marvel (qui avait racheté Malibu Comics en 1994, rappelons-le), alors qu'en même temps The Men in Black connait de nouvelles aventures sous la forme de prequel et de suites, ainsi que de différents épisodes one-shots.

Mais la série originale ne connaitra jamais la renommée mondiale de son adaptation, beaucoup plus familiale et identifiée et qui, ironiquement, s'installe dans le coeur des fans comme le "vrai" Men in Black. Évidemment, le clou sera enfoncé dès 1997 avec la série animée Men in Black, diffusée aux États-Unis jusqu'en 2001 et qui compte 4 saisons de 53 épisodes, et puis, bien entendu, le second film Men In Black II qui sort sur les écrans américains le 3 juillet 2002.

Dès lors, The Men in Black disparaitra progressivement de l'histoire et retournera au statut confidentiel qui avait permis son émergence, même si le comics réapparait de temps en temps ici et là. Et ce n'est pas la sortie du triste Men in Black : International qui va permettre au public de redécouvrir ces origines un peu plus dark et sans concessions.

 

photo Men in BlackLe retour des Hommes en noir, sous label Marvel cette fois

 

Si on attend toujours une véritable édition française de The Men in Black, le destin de ce comics nous rappelle à quel point une adaptation n'est jamais facile et qu'elle doit toujours trahir au minimum sa source pour rencontrer un grand succès populaire. Si vous aimez les films, vous risquez d'être surpris par leur source d'inspiration. Mais, malgré tout, cela mérite clairement le coup d'oeil. Ne serait-ce que pour voir à quel point l'oeuvre a dû se réinventer pour vous conquérir.

 

Photo Will SmithAllez hop ! Et maintenant, on oublie tout !

commentaires

Moufette
17/06/2019 à 21:57

Bien curieux pour the mask aussi.

Dark knoght
17/06/2019 à 20:37

Comme Ipkiss, j'apprécierais bcp un article de ce type sur the mask (dont j'ignorais l'origne plus dark). En tout cas, merci pour ce genre d'article distrayant et instructif !

Sicyons
17/06/2019 à 11:30

Merci pour cet article très intéressant et instructif. Cela met en valeur un principe que j'a toujours défendu : la différence fondamentale entre "adaptation" et "transposition". "La Liste De Schindler", "X-Men", "Batman Begins" ou "Men In Black" sont des adaptations. "Watchmen" ou "Sin City" par exemple sont davantage des transpositions. Je préfère de loin les adaptations même si j'ai énormément aimé "Watchmen", par exemple.

Christophe Foltzer - Rédaction
16/06/2019 à 15:42

@S.Ipkiss :

On va très sérieusement y réfléchir alors ;)

Number6
16/06/2019 à 14:55

Je rêverais que ces comics sortent en France. Au pire, je regarderais si les imports vo sont pas trop cher.
Et bon sang, la série animée quoi. Jamais sortie non plus. Et pourtant, je la trouvais bien supérieure aux films.

Nico
16/06/2019 à 14:11

David Schwimmer également a refusé le rôle tenu par Will Smith car engagé sur la réalisation d'un film pour Miramax ( le Porteur de cercueil je crois) avec ses anciens amis de la compagnie de théâtre de Chicago, qu'il a fréquenté bien avant Friends.

S. Ipkiss
16/06/2019 à 13:00

Bah justement, moi j’aimerais bien que vous nous fassiez un dossier aussi complet que celui-ci sur « THE MASK », s’il vous plaît.

Zanta
16/06/2019 à 12:55

N'oublions pas que les premiers choix de la production pour les roles principaux sont Clint Eastwood et Chris O'Donnell (le Jai Courtney des années 1990).
Ouf.

votre commentaire