Urban Legend : classique de l'horreur ou plaisir coupable ?

Christophe Foltzer | 1 juin 2019
Christophe Foltzer | 1 juin 2019

Nouvelle rubrique, consacrée aux films d'horreur et slashers 100% nostalgie.

Serial killers, monstres, aliens, psychopathes, vengeances, cauchemars : pour l'amateur de films d'horreur, de thrillers et autres slashers, un paquet de films rallument de bons souvenirs régressifs.

Ecran Large revient sur ces petits classiques de l'horreur, pour se demander s'ils méritent leur statut de "petit classique" ou méritent d'être oubliés. Après Souviens-toi... l'été dernier et Souviens-toi... l'été dernier 2, il est temps de s'attaquer à un challenger de poids : Urban Legend.

ATTENTION SPOILERS !

 

 

SUCCÈS LÉGENDAIRE

1996 est une année historique pour le film d'horreur américain puisqu'elle remet au goût du jour, et à la plus grande surprise des professionnels de l'industrie, le slasher. Un genre populaire au début des années 80 qui s'est essoufflé de lui-même, congestionné par une proposition surabondante qui a étouffé cette poule aux oeufs d'or.

C'est bien sûr la sortie du Scream de Wes Craven, et son énorme carton, qui est à l'origine de ce que l'on a appelé très vite le "néo slasher" : un genre de film qui reprend les codes anciens en mode méta, donc très conscient de ce qu'il est et qui n'héiste jamais à jouer avec les règles établies. Bien entendu, tout le monde veut sa part du gâteau, d'autant que de tels films sont faciles à produire : ils bénéficient de budgets réduits, d'acteurs issus des séries télé du moment, de réalisateurs prometteurs mais débutants, bref, l'investissement est minime et le succès quasi-assuré.

 

photo Urban LegendCours magistral pour une leçon pas super bien apprise au final

 

Souviens-toi... l'été dernier ayant confirmé la validité de la formule, les producteurs s'en donnent donc à coeur joie et c'est en 1998 (1999 chez nous) que sort un challenger de poids : le bien-nommé Urban Legend.

A l'origine, c'est l'idée d'un scénariste en herbe qui vient tout juste de terminer ses études de cinéma et qui travaille comme vendeur en parfurmerie, Silvio Horta. Surfant sur la vague naissante du néo-slasher, il pense à un film d'horreur qui prendrait comme base les légendes urbaines américaines, véritable puits à idées et qui parleront tout de suite au public, tant elles sont inscrites dans l'inconscient collectif du spectateur. Il pitche son idée à Gina Matthews, qui dirige alors un atelier d'écriture et lui fait développer un scénario qui sera ensuite proposé au producteur Neal H. Moritz fraichement couronné par le succès de... Souviens-toi... l'été dernier.

 

photoNatalie, une final girl qui a beaucoup de choses à se reprocher

 

Inutile de dire que le producteur flaire immédiatement le bon coup et n'hésite pas longtemps avant de signer le projet. Il décide de ne pas changer la règle d'un iota : il recrute de jeunes comédiens de premier et second plans mais identifiables par le public (Jared Leto cartonnait à l'époque dans la série Angela, 15 ans, Joshua Jackson était l'une des stars de Dawson) et le tout fut porté dans les bureaux de Phoenix Pictures qui, après une réécriture, accorda au film un budget de 14 millions de dollars.

A la réalisation, Jamie Blanks, nouveau venu dans le milieu. Le jeune réalisateur de 26 ans avait impressionné les producteurs avec un court-métrage d'horreur, Silent Number, et par une ironie du sort typique d'Hollywood, devait réaliser Souviens-toi.. l'été dernier avant que la production ne décide d'engager Jim Gillespie. Pour se faire pardonner, Neal H. Moritz lui offre Urban Legend sur un plateau.

Le film sort en 1998 et récolte 72,5 millions de dollars au box-office, soit 100 millions de moins que Scream et presque moitié moins que Souviens-toi... l'été dernier. Urban Legend n'est pas non plus très bien accueilli par les critiques. Ils mettent en lumière son manque d'inspiration et son scénario décousu, tout comme une partie de son interprétation en-deça des attentes, tandis que le film se paye un bon gros 19% sur Rotten Tomatoes.

 

photo Urban LegendUn tueur malheureusement pas aussi charismatique qu'espéré

 

RACONTE-MOI LE MAUVAIS

L'histoire ne tient absolument pas la route et le mélange des genres ne fonctionne pas du tout. On passe de la comédie teen au slasher, avec des éléments de drame journalistique, pour finir dans une attraction de maison hantée qui rappelle Disneyland, comme si le film hésitait constamment sur ce qu'il veut nous raconter.

Pourtant au coeur du sujet, c'est même le titre du film, les légendes urbaines sont très mal exploitées et servent plus de gimmick qu'à une vraie réflexion sur le statut de la légende urbaine aux Etats-Unis. Celles qui sont choisies paraissent bien arbitraire et davantage comme des trucs de scénario destinés à créer une tension tout en les vidant de leur sens.

 

photo Urban LegendJared Leto fait déjà son Jared Leto

 

Habituellement, dans un slasher, le tueur accomplit toujours des actions défiant la logique humaine. Mais là, on atteint quand même des sommets. Voir le meurtre inaugural, en voiture, où la conductrice se prend un coup de hache en conduisant, ce qui est quand même très stupide en soi pour survivre au meurtre que l'on commet.

Le tueur joue avec le public et pas avec ses personnages, ce qui enlève toute crédibilité et lorsque son identité est révélée, on se demande bien comment une jeune femme a pu accomplir tout ça toute seule. D'autant que ses motivations ne sont pas claires, hésitant entre la vengeance, la folie et on ne sait pas trop quoi.

 

photo, Tara Reid, Michael RosenbaumDes étudiants moins stupides que la moyenne, quoique...

 

Le mobile du tueur, d'ailleurs, est bien foireux : Sasha veut se venger de Natalie qui a tué par accident son petit-ami au prix d'une légende urbaine meurtrière. Clair, limpide. Sauf que ce n'est pas Natalie qui conduisait et qui a décidé de lancer le jeu. Mais c'était sa voiture, et elle était présente, donc elle est coupable, plus que la conductrice qui meurt au début. Etrange. Ensuite, Sasha veut tuer ses amis, pourquoi pas. On ne voit pas trop l'intérêt mais bon... Juste après, elle nous dit qu'elle veut séduire Paul pour se venger de Natalie et ainsi lui offrir un article qui lancera définitivement sa carrière. Ça commence à faire beaucoup. Et puis non, finalement, elle va tous les buter, c'est plus simple. Bref, le mobile est aussi alambiqué que les boucles de cheveux de Rebecca Gayheart, pourtant parfaite dans le rôle.

Les jump-scares sont particulièrement énervants puisque pas du tout justifié de façon intradiégétique. Ceux qui se plaignent de la surabondance du procédé dans les films d'horreur actuels risquent d'être surpris de constater que James Wan n'a rien inventé.

 

photo Urban LegendRebecca Gayheart, superbe

 

RACONTE-MOI LE BON

Ceci étant, il ne faut pas croire, Urban Legend recèle de nombreuses qualités en son sein. Son interprétation en premier lieu. Les acteurs sont solides et s'ils ne sont jamais utilisé à contre-emploi et obéissent aux clichés du genre, ils assurent correctement leur part. On les sent tous investis et se permettent même de dévoiler une petite profondeur insoupçonnée qui nous les rend un peu plus intéressants qu'habituellement. Alicia Witt traverse le film comme un fantôme, insensible et traumatisée, loin de l'image de la final girl vierge, innocente et sensible. Jared Leto compose un journaliste en herbe très ambigü, tiraillé entre son ambition et son amitié.

Joshua Jackson et Michael Rosenbaum surprennent en détournant habilement les clichés du rigolo de service et du quarterback de base. Ils en deviennent sympathiques et attachants, profondément humains. Tara Reid reste Tara Reid, mais elle remplit son contrat comme il faut. Et puis évidemment, Rebecca Gayheart, aussi à l'aise dans le rôle de la meilleure amie que dans celui de la psychopathe, elle rayonne pendant tout le métrage et constitue à elle-seule, le véritable intérêt du film.

 

photo Urban LegendL'un des passages les plus gores du film

 

Le film se permet une petite audace pas déplaisante : il est un peu plus adulte que la moyenne. Plus sanglant que ses prédécesseurs, il nous donne également une petite dose de sexe un peu plus graphique, des conversations particulièrement salées et des mises à mort un peu plus cruelles. On sent pourtant que la production a mis le holà à un moment donné et qu'Urban Legend en garde encore énormément sous le coude. Ce qui est fort dommage.

Bien entendu, il ne faut pas oublier Robert Englund et Brad Dourif. Freddy Krueger et Chucky réunis dans un même film en forme de clins d'oeil et de fausse piste était une excellente idée et inscrit le film dans une tradition du cinéma d'horreur. Cela fait plaisir de les revoir dans des rôles différents et ils semblent beaucoup s'amuser.

 

photo Urban LegendBrad Dourif aurait aimé plus de temps de présence à l'écran

 

Sur le plan esthétique, Urban Legend possède plusieurs gros atouts : son ambiance d'une part, à mi-chemin entre le thriller et le film d'horreur gothique. La représentation du Stanley Hall sous l'orage est magnifique, la lumière est globalement très belle, les textures et matières presque palpables donnent au film un côté organique plus que bienvenu et qui contribue énormément à notre immersion dans cet univers.

Et puis, il y a la musique de Christopher Young, magnifique, envoûtante. Le compositeur d'Hellraiser et du récent Simetierre nous rappelle qu'il est l'un des grands artistes du genre, malheureusement trop souvent oublié. Son thème principal, mélange de piano, de choeurs évanescents et de cordes, pose tout de suite une ambiance sombre, tortueuse et mélancolique qui fait beaucoup, voire tout, dans l'ambiance du film. Et lors de ses envolées lyriques, la bande-originale nous offre même quelques secondes magistrales.

 

photo Urban LegendUne ambiance mortelle

 

Le dernier point positif est un peu plus étrange puisqu'il n'est pas vraiment exploité dans le film mais semble en être le coeur. En effet, quand on regarde de plus près, Urban Legend va un peu plus loin que ses modèles. Il nous présente des étudiants totalement désensibilisés face à la violence du monde, à la merci de leurs pulsions (sexuelles, morbides, ou autres) et qui se repaissent de la violence et du malheur des autres. On y voit là clairement la fascination de la jeunesse pour le cruel, le mortifère, l'affreux, bref un intérêt intemporel.

En filigrane, le film pose aussi la question de la responsabilité des médias dans le traitement de cette violence. Par le personnage opportuniste de Paul, bien sûr, qui cherche l'info croustillante, mais aussi par la fascination de l'agent de sécurité Reese, fascinée par les films de Pam Grier et qui se fantasme en redresseuse de torts.

C'est donc encore une fois le rapport aux images et à leur réalité qui est ici remis en question, avec ce constat terrible que lorsque cela nous arrive, cela n'a rien d'amusant ou de fun et que la souffrance est grande. Dommage que cela ne soit pas plus développé.

 

photo Urban LegendAttention ! Le verdict arrive !

 

VERDICT

Urban Legend n'est pas un bon film. Ce n'est même pas un bon slasher tant il s'empêtre dans sa propre complexité artificielle pour tenter de nous proposer du neuf tout en restant dans les codes du genre. Opportuniste et schizophrène dans son intention, il bénéficie cependant d'un capital sympathie toujours aussi effectif qui le place d'emblée comme un gros plaisir coupable. Malheureusement, il n'est jamais à la hauteur du souvenir que l'on en avait.

C'est par son ambiance envoûtante qu'il se démarque de la concurrence, par sa partition magnifique également et les quelques prises de risque ici et là. Mais rien qui justifie qu'on lui voue un culte encore aujourd'hui.

 

Affiche

 

commentaires

Coucou
06/06/2019 à 22:19

@ la rédaction


Pourriez vous faire un article sur Phantasm, le slasher sorti en 1979, et es-ce que quelqu'un pourrez me dire pourquoi qu'aucun studio ne pense a faire un univers partagé de slasher (freddy, ash, phantasm, hellraiser, jason, Michael myers, pumpkinhead) et qu'en penseriez vous.
Merci d'avance

Paul
02/06/2019 à 19:24

Rien que pour Alicia Witt, je dis oui !!!
Quel dommage que sa carrière soit si mince.

Dutch Schaefer
02/06/2019 à 10:04

Culte certainement pas! Mais un agréable slasher sur le haut du panier, oui!
J'avais découvert avec surprise ce film lors de sa sortie en salle, et ce fut un bon moment dans la catégorie slasher!
Je le revois encore avec plaisir!
Ensuite, ils ont eu la "mauvaise" idée d'en faire un second quelques années après, qui bousilla toute espoir de construire une série emballante!

David
01/06/2019 à 14:47

Il faudrait un remake avec un vrai scénario car le thème avait bcp de potentiel

Mx
01/06/2019 à 14:22

Personne ne voue un culte à urban legend, il a des défauts, mais il demeure attachant, grâce à la mise en scène, au cast, et à la musique.

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