Le mal-aimé : Le Règne du feu, film de dragon à la Mad Max avec Christian Bale

Geoffrey Crété | 21 juillet 2019 - MAJ : 29/07/2019 14:53
Geoffrey Crété | 21 juillet 2019 - MAJ : 29/07/2019 14:53

Parce que le cinéma est un univers à géométrie variable, soumis aux modes et à la mauvaise foi, Ecran Large, pourfendeur de l'injustice, se pose en sauveur de la cinéphilie avec un nouveau rendez-vous. Le but : sauver des abîmes un film oublié, mésestimé, amoché par la critique, le public, ou les deux à sa sortie. 

Parce qu'il n'y a pas que les dragons de Game of Thrones dans la vie, place à ceux du Règne du feu, où Christian Bale et Matthew McConaughey affrontent des bestioles ténébreuses dans un monde post-apocalyptique à la Mad Max.

  

Affiche  

"La plus mauvaise performance à ce jour de Matthew McConaughey" (Le Monde)

"Scénario platement guerrier et déluge pyrotechnique sans imagination" (Télérama)

"Le Règne du feu s'enlise dans une succession d'effets pyrotechniques" (L'Ecran fantastique) 

 

 

LE RÉSUMÉ EXPRESS

Au début du XXIe siècle, un dragon a été trouvé et réveillé en plein Londres, sous les yeux de Quinn. 20 ans plus tard, les créatures se sont multipliées et ont brûlé le monde.

Devenu le leader d'un petit groupe de survivants, Quinn tente de garder espoir, en vain. Mais l'arrivée d'un groupe de soldats américains, dirigés par la tête brûlée Denton Van Zan, change les choses : ils ont compris qu'il n'y a qu'un seul dragon mâle qui féconde les femelles, et qu'il suffirait de le tuer pour sortir de cet enfer.

Le concours de muscle des deux hommes, accompagnés d'une femme bien sûr, les mène jusqu'à Londres, QG du mâle dragon. Van Zan est bouffé par le bestiau, mais Quinn parvient à l'abattre.

Tout est bien qui finit bien pour lui, heureux, dans les bras de la fille, et dans un monde où les dragons disparaissent peu à peu.

 

photo, Christian Bale, Matthew McConaughey, Izabella ScorupcoDeux hommes pour un dragon

 

LES COULISSES

En 2002, Rob Bowman a déjà réalisé The X-Files, le film, mais pas encore Elektra. C'est un réalisateur très connu à la télévision, passé par MacGyverCode QuantumStar Trek : La Nouvelle Génération, et bien sûr X-Files (il en a signé 33 épisodes, un record derrière les 51 de Kim Manners).

Le scénario vient d'une idée de Gregg Chabot et Kevin Peterka, et reste leur seule ligne sur le CV cinéma. Matt Greenberg leur a prêté main-forte pour l'écrire, et lui est plus connu des amateurs de genre : il est crédité sur Halloween : 20 ans aprèsChambre 1408 et la récente adaptation de Simetierre.

La première version du scénario était digne d'un blockbuster, selon les mots de Rob Bowman à In Focus, à l'époque : "A la base c'était une histoire très dense, exagérée, type Independence Day. J'ai dit, 'Premièrement, ils ont déjà fait ce film. Ensuite, je n'aime pas cette version'. J'ai dit que je préférerai faire quelque chose de plus atmosphérique, dans le suspense, moins centré sur les dragons et davantage sur les personnages et leur lutte au quotidien."

Il raconte aussi avoir retravaillé les personnages, le Quinn de Christian Bale étant beaucoup plus passif dans cette version, tandis que Van Zan était encore plus exubérant - difficile à croire.

À l'origine, Christian Bale voulait apparaître maigre, fragile, dans un souci de cohérence avec le monde post-apocalyptique. Mais lorsque Matthew McConaughey est arrivé avec ses gros muscles, il a changé d'avis, et est retourné à la salle de sport pour pouvoir se mesurer à lui, notamment pour leurs affrontements à l'écran.

Le sketch continue du côté de McConaughey, puisque l'acteur Alexander Siddig racontera en 2015 à AV Club l'ambiance sur le plateau : "La seule chose dont je me souviens c'est le premier jour. Le premier assistant-réalisateur est venu dans la loge où on était tous maquillés et préparés, et il nous a dit, 'Les gars, votre attention svp. M. McConaughey va arriver sur le plateau d'ici 15 minutes, et je dois vous donner une directive, qui vient des producteurs : vous ne pouvez pas l'appeler Matthew ou M. McConaughey ou quoi que ce soit en rapport avec sa vraie vie. Vous devez l'appeler Van Zan'. Van Zan c'est son personnage. 'Et même si vous le voyez hors du plateau, dans la ville, vous devez l'appeler Van Zan'. Et c'est tout ce dont je me souviens sur ce film."

Le tournage a eu lieu en Irlande, durant une épidémie de fièvre aphteuse qui a empêché certaines séquences d'être filmées.

 

photo, Matthew McConaugheyDon't mess with Van Zan

  

LE BOX-OFFICE

Succès très relatif. Budget officiel de 60 millions et environ 82 récoltés dans le monde, dont seulement 43 côté domestique. Touchstone Pictures (propriété de Disney pour rappel) et Spyglass Entertainement ont forcément perdu de l'argent sur Le Règne du feu.

Le film devait avoir une suiteChristian Bale ayant ouvertement évoqué cette option, notamment que l'enfant proche de son personnage pourrait prendre sa relève. Le succès beaucoup trop modeste du film a sans surprise enterré l'idée.

 

photo Suite tuée dans l'œuf de dragon

 

LE MEILLEUR

Il y a trop peu de films de dragon pour ne pas avoir ne serait-ce qu'une vraie curiosité face à ce Règne du feu. Le scénario s'amuse en plus avec une mythologie étonnante, qui veut que les dragons aient existé depuis des millénaires, aient tué les dinosaures et provoqué l'ère glaciaire, et soient entrés en hibernation après avoir provoqué ce chaos. Cette idée presque lovecraftienne d'avoir des dieux-monstres endormis, prêts à rouvrir les yeux pour dominer l'humanité, est donc particulièrement excitante.

D'autant que le film a fière allure. La photo d'Adrian Biddle y est pour beaucoup, l'homme étant passé sur Aliens, le retour, Willow, Event Horizon - Le vaisseau de l'au-delà, plusieurs Ridley Scott, ou encore La Momie. L'ambiance post-apocalyptique happe vite avec ces teintes grisâtres, cette fumée omniprésente, ces paysages désolés, et ce soin apporté aux décors. Les dragons ont brûlé la Terre, et il ne reste plus que des cendres et des pierres. La direction artistique est une réussite jusqu'aux dragons eux-mêmes, féroces et spectaculaires malgré les limites des effets spéciaux parfois évidentes.

Comme à son habitude, Christian Bale prend son rôle au tout premier degré, forçant une sorte de solennité dans cet univers - comme il le fera plus tard sur un autre film post-apo bancal, Terminator Renaissance. C'est bienvenu dans le cadre d'un tel film.

 

photo Dans la gueule du dragon

 

LE PIRE

Le scénario. De toute évidence, personne n'a aucune idée de quoi raconter avec cet univers et ces personnages, ou laisse au mieux l'impression qu'il y a deux films qui coexistent, à l'image du duel entre les deux héros virils. Passé l'intro, c'est donc d'une mollesse folle, avec des enjeux très tièdes. L'arrivée du personnage de Matthew McConaughey relance l'intrigue, mais ce Van Zan semble sortir d'une série B qui tire vers le Z, si bien que Le Règne du feu bascule. 

Des personnages stéréotypés au possible en particulier du côté des héros, un prétexte bien bête pour gonfler les enjeux (il n'y aurait qu'un mâle pour féconder toutes les femelles), une bataille simpliste pour abattre ce mâle alpha énorme, un trauma originel à peine assumé, une fille au milieu histoire de... À bien des égards, le scénario est le vrai ennemi du film, de Rob Bowman et ses acteurs.

Matthew McConaughey est l'autre point faible du film. Le rôle est grotesque, et l'acteur cabotine en roue libre à un niveau dément. Qu'il finisse en warrior torse nu sur le champ de bataille, littéralement jeté dans la gueule du dragon, est le parfait point final de cette performance ridicule.

Enfin, malgré l'ambiance très réussie sur plusieurs scènes, les effets spéciaux ne sont pas toujours heureux, avec un certain nombre de plans et purs CGI plutôt laids. Le climat apocalyptique et cauchemardesque étant en plus très peu exploité, ça n'arrange pas les affaires. Que tout se termine aussi vite, aussi bien, avec une réplique ridicule ("On n'a pas vu de dragons depuis 6 mois..."), achève ce Règne un peu fumeux.

 

RETROUVEZ L'INTÉGRALITÉ DES MAL-AIMÉS DANS NOTRE RAYON NOSTALGIE

 

Image 157516La gêne

 

commentaires

Andarioch
28/07/2019 à 16:56

J'adore ce film, je me le retape régulièrement. Alors c'est pas l'apocalypse now des dragons mais ça dépote gentiment sans forcement donner dans le décérébré et, contrairement à vous, je trouve le décalage Bale/ McC assez jouissif. Et puis on ne se fait pas ch... une seconde et sans avoir l’impression qu'un executive se fout de notre gueule ce qui est déjà pas si mal. Et, ah, aussi, une idée originale. Pas un remake, un reboot, une suite. Rien que ça...

Manontherun33
23/07/2019 à 09:15

Film honorable mais qui manque d'équilibre. Mon préféré sur les dragons mais qui pêche énormément dans le scénario. La chasse aux dragons avec un harpon a baleine est peu convaincante. Par contre, la vision d'un dragon qui se dégrade a la tombée du jour est vraiment géniale. On parle de créature fantastique et il fallait obligatoirement donner un côté mystique. Le casting est excellent, placer la très belle Izabella évite de faire sombrer le film dans le genre guerre survival horror. Il manque ce qu'essaie de nous décrire le film, la peur viscérale de mourir et aussi un monde moins supportable. Le décor est post apocaliptyque mais il manque le côté claustrophobique qui vous scotche a votre siège

[R]
22/07/2019 à 13:03

Un bon film plaisant qui mêle originalité et prise de risque au contraire de beaucoup de film à gros budget qui ne montre que du réchauffer.
Certes il n'est pas sans défaut mais le film réuni beaucoup de bonne chose à mon avis. Bien dommage qu'il n'y est aucune suite...

Opale
22/07/2019 à 11:57

Beaucoup d tendresse pour ce film. C'était gonflé de faire un film post-apo avec des dragons. Au final c'est plus qu'honorable, un climat inquiétant, des acteurs personnages incarnés et de très, très beaux dragons. Presque culte.

Geoffrey Crété - Rédaction
22/07/2019 à 10:58

@Mera92

Comme on l'a vivement défendu à sa sortie, qu'on en a plusieurs fois reparlé notamment autour de Gore Verbinski, et qu'il est assez récent : non, pas encore :)

Mera92
22/07/2019 à 10:23

Toujours pas de LONE RANGER pour les mal-aimé ? Étonnant.

Bubble Ghost
22/07/2019 à 07:29

Mais moi je l'adore, ce Van Zan. Il est parfaitement génial, ce personnage. Sa fin est totalement épique. Et c'est par ce film, que j'ai découvert Matthew McConaughey, " All right, all right, all right ". Le règne Du Feu contient possiblement, mon dragon de cinéma préféré. Dont le titre au classement, se dispute dans ma tête, avec celui de Le Dragon Du Lac De Feu de 1981. Un autre dragon conçu par les gars de chez ILM :D

Number6
21/07/2019 à 21:17

Toujours apprécié ce film. L'atmosphère est super chouette. En terme de conte, j'ai une grosse tendresse pour cœur de dragon. Puis cette musique...

Sicyons
21/07/2019 à 17:45

Ca fait du bien de voir ce film mis en avant. Même si au final la conclusion ne fait que rejoindre l'avis général et enfoncer encore peu un film qui ne le mérite pas. Car si effectivement ils semble désarticulé, manquant de cohérence et peinant à donner un sens à l'ensemble de son histoire, il n'en reste pas moins que sous ses airs de série B parfaitement assumée cette série B s'est permis de s'offrir une belle place parmi les films post-apocalyptique. Avec plus de prise de risque, d'originalité et de soin que beaucoup de films à gros budget du genre. Le rôle de McConaughey est à mon avis à prendre justement comme un hommage à tous ces direct-to-vidéo qui ont bercé notre jeunesse ou celle de Tarantino. Il en fait des tonnes mais c'est jouissif tant c'est too-much.

La réal est quand même de très bon niveau, la photo superb, comme les décors, et les FX sont la plupart du temps très honorables. reste un budget limité pour de telles ambitions (ça se ressent surtout à la fin) et un scénar qui comme vous le dites est très bancal et semble ne pas savoir quelle direction prendre. mais même malgré ce point, je trouve l'histoire plaisante à suivre. Juste une impression de scénar d'épisode de série TV anthologique rapidement adaptée au ciné en tirant sur la longueur et en meublant.

Pat
21/07/2019 à 17:19

Vu une fois et déçu, peut-être que je le reverrais un jour mais pas vraiment tenté.

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