Chambers : la série d'horreur Netflix avec Uma Thurman ne serait-elle finalement qu'une vulgaire déception ?

Camille Vignes | 3 mai 2019
Camille Vignes | 3 mai 2019

En mars dernier, le Festival Séries Mania de Lille avait diffusé une partie de Chambers, la nouvelle série horrifique de Netflix avec Uma Thurman. Les deux premiers épisodes esquissait Sasha, une adolescente navajo qui, après une greffe cardiaque, se sentait habitée par celle dont elle avait hérité le cœur.

Chambers promettait d'être un drame aux accents mystiques et fantastiques mais se fait très vite rattraper par ses faiblesses.

ATTENTION SPOILERS !

 

 

 

N’EST PAS LYNCH QUI VEUT

De la mort mystérieuse de la jeune et jolie lycéenne aimée de tous au voile qui se lève sur les secrets des personnages en passant par ses accents mystiques quasi-omniprésents, Chambers emprunte beaucoup à Twin Peaks mais semble avoir oublié ses qualités les plus importantes : la subtilité et la finesse d’écriture.

Comme les révélations autour de Laura Palmer levaient le voile sur les mystères de Twin Peaks, le personnage de Becky (Rebecca Lefevre) cristallise en elle le mysticisme de la série. Malheureusement, contrairement à l’œuvre de David Lynch et Mark Frost, la mayonnaise ne prend pas.

La figure ambivalente du père Lefevre (Tony Goldwyn) - comparable à celle de Leland Palmer (Ray Wise) - n’est jamais un réel enjeu. Chambers essaie bien de défendre ses qualités, mais c’est sans succès : le personnage est creux. On ne croit jamais vraiment à sa bienveillance. D'une part parce que la trahison arrive dès l'une de ses premières apparitions, notamment en insistant sur ses nombreux tatouages géométriques. D'autre part parce qu'il ne semble combattre aucun démon mais répondre aveuglément à la volonté d'un gourou.

 

photo, Uma Thurman, Tony GoldwynLe jeu de Tony Goldwyn ne rattrape pas les traits grossiers du personnage

 

RED LODGE

Au-delà du personnage de Ben, le fanatisme illuminé que le personnage charrie avec lui reste désespérant et presque risible. Le but de la fondation Annex (qui n'est ni plus ni moins qu'une secte) est grotesque et sa présentation baclée : vouloir donner au diable un corps humain pour qu’il puisse se balader librement dans la nature. 

Sa doctrine devrait trouver son pendant lumineux dans la spiritualité Navajo, déployée grâce aux personnages de Sasha, de son oncle Franck, son grand père et son petit ami TJ. Malheureusement cette dernière est traitée par-dessus la jambe. Partisans du moindre effort ou simplement pétris de préjugés, les scénaristes de Chambers se sont contentés d’ajouter un coyote par-ci, un oiseau par-là et une héroïne rejetée par sa communauté autre part. Bah oui, on sait tous que ça se résume à ça une société amérindienne.

Les hallucinations de Sasha, celle où elle erre dans le désert à la recherche de réponse et celle où se débarasse définitivement de Becky représentent le dernier raté mystique. D’une laideur difficilement égalable (merci le philtre rouge Snapchat), elles échouent systématiquement à instaurer une once de mystère et de tension.

 

photoLes tristes garants d'une culture insultée

 

À CŒUR OUVERT

Si le portrait de famille de Sasha n’a rien d’extraordinaire (on ne parlera pas de celui des Lefevre, encore plus caricatural) - famille très modeste, père inconnu, mère junkie disparue - la relation entre l’adolescente et son oncle est complètement sacrifiée.

 

photo, Sivan Alyra RoseUn duo touchant en de trop rares moments

 

Si l'on comprend au détour d’une ou deux conversations que les relations entre l'oncle et sa famille sont houleuses, rien ne vient jamais expliquer son rejet de la culture Navajo. Chambers fait monter la pression autour du secret familial de Sasha pour mieux écarter le personnage de Franck dont iul est clair que la série ne sait pas quoi faire.

De la même manière qu’elle malmène son tuteur, Sasha se détourne progressivement de tous ses proches pour tisser une relation de plus en plus malsaine avec Nancy Lefevre (Uma Thurman). Si la raison de ce rapprochement est simple, l’esprit de Becky a survécu grâce au cœur transféré à Sasha, là encore on ne dirait qu'un prétexte pour occulter les personnages dont la série ne sait pas quoi faire (TJ, Yvonne, Marnie, Peneloppe...)

 

photoElliott Lefevre, autre personnage sacrifié par la série

 

LA MORT AUX TROUSSES ? 

Le pitch de départ avait cela d’interessant qu’il laissait entrevoir la possibilité de faire cohabiter Sasha et Becky dans le même corps. L'une possédant l’autre et conférant à son enveloppe corporelle une ambivalence intéressante, on aurait aimé voir Becky devenir son propre double maléfique ou voir des jeux de possessions. 

Mais déjà possédée avant de mourir, le coeur de Becky transporte l’âme de la jeune adolescente et l’esprit du démon que la fondation Annex avait placé en lui dans le corps de Sasha. Loin de vouloir se débarrasser définitivement du démon, le drame de Becky a été de croire que le suicide serait son salut. Et dans le corps de Sasha, elle n’est mue que par cette même volonté : se donner la mort. 

Là encore, la série est d'une fadeur remarquable. Jamais originale dans ses moments de tension, l'exorcisme de Sasha se fait à coup de déclarations d'amour décevantes. Les personnages disparus progressivement parce qu'ils avaient rejeté la protagoniste principale reprennent du poil de la bête au dernier moment pour l'aider sans qu'on ne comprenne vraiment pourquoi ils changent d'avis. Possession et libération ne sont qu'une ènième image du passage à l'âge adulte, passage dans lequel Sasha est contrainte d'abandonner ses doutes et ses pulsions auto-destructrices. 

 

photo, Sivan Alyra RoseUne maison remplie d'écran géant : pratique 

 

Malgré de rares séquences interessantes (repas de famille, entrevue entre Sasha et Nancy, trajet en voiture avec Elliott et sa mère) qui viennent émailler Chambers d'une esthétique vériablement oppressante, la série ne réussit pas à captiver. Elle confond trop souvent lenteur avec contemplation, oublie la plupart des ses personnages secondaires, exploite très mal ses idées surnaturelles et ne réussit jamais à instaurer de véritable tension.

Chambers est disponible en intégralité sur Netflix depuis le 26 avril 2019.

 

Affiche

commentaires

Pog
06/05/2019 à 12:35

Y a que moi qui ait envie de foutre une baffe à chaque fois que quelqu'un sort un "on n'a pas vu le film je crois !" ou "vous n'avez pas du regarder en entier pour penser ça !" face à un avis différent ?

Pam
06/05/2019 à 12:32

Pas du tout d'accord avec votre article... Originale oui ! Travailler oui ! Et ce n'est pas le type d'histoire vu est revu. Au vu de ce que vous marquez pas sûr que vous ayez pris le temps de tout regarder. Après ne pas aimer est un droit mais de là a dénigrer autant le travail de ces personnes je trouve ça vraiment ingras.

MystereK
03/05/2019 à 20:25

MAD vous l'avez vu ? Et d'autres sites et magazine disent le contraire... alors Netflx quoi ?

Mad
03/05/2019 à 16:27

Netflix quoi.

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